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  • SAVOIRS ET COMPTENCES EN FRANAIS CRIT DLVES GUINENS : LES ENQUTES CAMPUS (1998-2001)

    Gisle Holtzer Universit de Franche-Comt

    Introduction

    La finalit des recherches menes dans le cadre du projet CAMPUS (1998-2001) sur le franais en Guine tait dordre didactique. Cest donc le milieu scolaire, lieu majeur de diffusion du franais, qui a t notre terrain dtude. Il faut avant tout souligner limportant effort de scolarisation effectu par la Guine au cours de la dcennie 90. Le taux de scolarisation primaire qui tait de 31,8 % en 1990-91 atteint 50,46 % en 1996-971. La recherche CAMPUS, prcisons-le, porte sur lenseignement public mais il faut signaler que depuis 1984, louverture dtablissements privs est autorise par la Rpublique de Guine (ordonnance n 300/PRG/84). Cependant le rseau priv reste encore trs minoritaire sauf Conakry o le nombre dcoles primaires prives (200) dpasse celui des coles publiques (150).

    Le point relever est que les 200 coles prives (laques, franco-arabes, catholiques, protestantes) de la capitale guinenne accueillent moins dlves (36.454) que les 150 coles publiques (119.904)2. Cela signifie de meilleures conditions dtudes dans le priv, du moins pour ce qui est des effectifs par classe. Un document rcent manant du service de Planification guinen (A.A. Barry, 1998) livre une information intressante : la progression des effectifs globaux est nettement plus importante dans le priv que dans le public (+ 24.010 lves pour le priv, + 887 lves pour le public entre 1996 et 1997). Le mme document fait apparatre une diminution du nombre des garons dans lenseignement public (- 4.450) et une augmentation parallle de leur nombre dans lenseignement priv (+ 13.764) en lespace dune anne scolaire (1996 1997). Une enqute rcente mene lINRAP3 montre que lcole prive bnficie dune image positive aux yeux des parents dlves. Selon cette enqute, qui ne concerne que la ville de Conakry, le choix de lcole prive est motiv entre autres par des effectifs limits, une meilleure organisation de ces tablissements mais surtout, et cela pour les 3/4 des parents interrogs, par les bons rsultats enregistrs aux examens nationaux. Lenqute souligne le prestige dont jouit lenseignement priv Conakry, mme auprs des parents qui, pour des raisons gnralement de cot, confient leurs enfants lcole publique (G. Simmy, 1998 : 11). Le priv est ainsi vu plus

    1 Sources : Annuaire statistique de lenseignement primaire, Ministre de lducation

    nationale, Conakry, juillet 1997. 2 Chiffres de 1996-97. 3 INRAP : Institut National de Recherche et dAction Pdagogique.

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    positivement que le public , ce qui explique que les parents qui le peuvent (financirement parlant) y fassent scolariser leurs enfants, prioritairement les garons.

    Le volet Didactique de la recherche CAMPUS porte sur un terrain partiellement pris en compte par les grandes enqutes internationales, celui des comptences effectives en franais oral et crit des lves guinens. Nous avons choisi de procder cette valuation des moments charnires de la scolarit : la 6e

    anne qui marque la fin du cycle primaire et la 10e anne qui clt le cycle du collge. La production soumise valuation est un exercice scolaire de type rdaction , activit dexpression relativement libre qui permet llve de mobiliser ses ressources en franais, de combiner des comptences de nature diffrente (grammaticales, discursives, pragmatiques) en vue de produire un texte significatif autour dune macro-fonction : raconter en 6e anne, argumenter en 10e anne (voir infra).

    Une recherche vise didactique se doit de tenir compte de lenseignant, lment clef de la situation pdagogique, particulirement dans les environnements o le livre scolaire est rare et o les contacts avec le franais se limitent souvent lespace de la classe. Dans chaque tablissement visit, des enseignants ont t invits sexprimer sur leur mtier au cours dentretiens de type semi-directif : formation, mthodes utilises, problmes dapprentissage de leurs lves... Les entretiens, enregistrs avec laccord de chaque enseignant, offrent la possibilit dvaluer la qualit de lexpression en franais du rpondant. Il convient ici de garder lesprit que les enseignants forms entre 1968 et 1984 nont tudi le franais que pendant quelques annes et nont pas tous reus de formation pdagogique initiale. De plus, ceux qui ont exerc avant la rforme de 1984 ont donn la majeure partie de leur enseignement en langue nationale. La formation linguistique et pdagogique des enseignants, selon leur anciennet4, ne peut qutre marque par lhistoire de lducation en Guine.

    Il est certain que ce que lon recueille dans un entretien, ce sont les discours des enseignants sur leurs pratiques (ce quils disent quils font). Seules des observations directes de cours pourraient rendre compte de ce que les enseignants font rellement dans leur classe et des discours pdagogiques quils tiennent (comment ils prsentent tel ou tel aspect de la langue franaise, quelle norme ils se rfrent, comment ils valuent les productions orales / crites de leurs lves). Cest l un volet important si lon veut agir sur la formation des enseignants mais le programme CAMPUS sest arrt aux portes de la classe

    La contribution qui suit ne prsente que les rsultats concernant les lves. Nous avons en effet privilgi ce public, valuant 1097 copies pour le primaire et 995 pour le collge partir dune vaste opration de recueil de donnes dans des tablissements scolaires (niveaux primaire et secondaire) de chacune des rgions naturelles de la Guine.

    4 Sur 13.234 enseignants exerant dans le primaire, 2.080 ont plus de 25 ans danciennet

    (Annuaire statistique de lenseignement primaire, 1996-97).

  • Savoirs et comptences en franais crit 39

    1. Principes mthodologiques

    Pour lanalyse de la situation guinenne, nous nous sommes inspirs du modle tabli par Chaudenson (1991) en rappelant que la Guine ne fait pas partie des nombreux pays francophones auxquels ce modle a t appliqu. En retenant cette approche, notre but ntait pas de fournir des mesures du status et du corpus relatifs au franais dans le contexte guinen mais de fournir des informations susceptibles de sintgrer aux recherches faites selon ce modle sur les autres pays francophones. Le status, pris par Chaudenson dans un sens classique, dsigne le statut de la langue considre (langue officielle, nationale), ses emplois (administration, justice, religion), ses fonctions. En Guine, comme on le sait, le franais a un status lev : il est langue officielle, langue de ladministration centrale, langue de lcole du primaire luniversit depuis la rforme de 1984.

    Dans le corpus, nous avons retenu deux domaines : lappropriation linguistique et les types et niveaux de comptences. En Guine, lappropriation du franais se fait essentiellement lcole mais lenqute sociolinguistique CAMPUS confirme un phnomne mergent qui demanderait tre tudi de manire plus prcise : le franais se pratique aussi de manire informelle5. Les types et niveaux de comptence visent valuer les comptences relles des lves en franais. Le volet Didactique de CAMPUS est en grande partie consacr lvaluation des comptences crites et orales des lves et des enseignants sur lensemble du territoire guinen. Je ne ferai tat ici que des rsultats concernant les comptences crites des lves, labondance des donnes recueillies nayant pas jusquici permis le traitement des donnes orales.

    1.1. Donnes recueillies

    Des donnes, crites et orales, ont t recueillies auprs de deux types de public, les lves et les enseignants et deux niveaux scolaires, fin du primaire et fin du collge. Lenqute mene auprs des lves du primaire et du collge comprend quatre types de donnes :

    - Questionnaire classe (voir annexe) : ce bref questionnaire a pour but didentifier la classe visite et de recueillir des informations sur les effectifs, le nombre de garons/filles, lchelle dge, etc.

    - Questionnaire lve (voir annexe) : il apporte des informations sur la biographie scolaire de chaque lve (frquentation ou non dune cole coranique/maternelle, redoublements ventuels, causes des difficults scolaires). Le questionnaire ne mentionne pas la frquentation possible dune medersa (la medersa vise la matrise de la langue arabe et offre aussi un enseignement en franais) et on peut le regretter.

    - Productions crites Les productions crites ont t effectues durant 1horaire habituel de la

    classe. Les sujets proposs sont troitement lis lexprience sociale et culturelle des lves et les textes attendus (narration et argumentation) figurent parmi les types textuels mentionns dans les programmes. Les sujets proposs sont les suivants :

    5 Voir larticle de A. M. Diallo dans ce mme volume.

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    . cole primaire (6e anne) : Racontez une fte ou une crmonie laquelle vous avez particip (mariage, danse folklorique, initiation, etc.)

    . Collge (10e anne) : Que pensez-vous de lexode rural ? de la scolarisation des jeunes filles ? du tabagisme ? de la polygamie ? (thme au choix). Jintroduirai ici un bref commentaire sur le choix des sujets. La familiarit de llve avec la tche effectuer a t un point dterminant dans le choix du sujet, particulirement pour les lves de 6e anne. La tche devait en effet tre relativement simple sur le plan cognitif et faire appel aux ressources langagires de llve. Sur le plan cognitif, la charge est, on le sait, rduite si les lments suivants sont plus ou moins familiers llve : le type de tche, le sujet, le type de texte, la connaissance du contexte et de larrire-plan, le savoir socio-culturel. Dans le cas des sujets proposs pour lenqute, la familiarit de llve avec le domaine de rfrence (troitement li son exprien

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