medievales - num 10 - printemps 1986

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    Revue pubUta avec le concourt du C.N.R.S.

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  • MEDIEVALES

    Revue semestrielle publie par les Presses Universitaires de Vincennes Paris-8 avec le concours du Centre National

    de la Recherche Scientifique

    COMITE DE REDACTION ~ ^ ^

    ^

    Jrme BASCHET ^ !H fi ! Franois-Jrme BEAUSSART j'I -- J 6| Jw I : Anne BERTHELOT / 1 Tr^0,11^ F Bernard CERQUIGLINI vl /J! j Franois JACQUESSON '~ - l fi llfP^ - =fr:~ Christine LAPOSTOLLE WW/J 9 |Fl

    " '

    Odile REDON BK)/ fiLt Yvonne REGIS-CAZAL $2X'

    Le numro : 49 F Abonnements : - 2 numros : 92 F (tranger : 105 F)

    - 4 numros : 175 F (tranger : 200 F)

    Les manuscrits, dactylographis aux normes habituelles, ainsi que les ouvrages, pour comptes rendus, doivent tre envoys :

    MEDIEVALES PUV Centre de Recherche Universit Paris VIII 2, rue de la Libert - 93526 Saint-Denis Cedex 02

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  • SOMMAIRE N 10 / PRINTEMPS 1986

    Page Avant-propos

    Georges DUBY 3

    MOYEN AGE ET HISTOIRE POLITIQUE

    Gense et efficacit du mythe d'Olivier le Daim Jean-Patrice BOUDET 5

    Et je empouvoirrai , propos des relations entre fidlit et pouvoir en Catalogne au XI* sicle

    Michel ZIMMERMANN 17

    L'tat contre le lignage Dominique BARTHELEMY 37

    L'histoire au service des pouvoirs Jean-Michel DEQUEKER-FERGON 51

    Pour une prhistoire du coq gaulois Colette BEAUNE 69

    La France de la fin du Moyen Age : l'tat et la nation Hlne OLLAND 81

    Entre texte antique et image mdivale Christiane RAYNAUD 103

    Jeux (jeux) : 1. Test : quel mdiviste tes-vous ? - 2. Solution mots croiss parus dans le n 9 de Mdivales

    Patricia MULHOUSE 115

    Notes de lectures : Dominique BARTHELEMY, Les deux ges de la seigneurie banale (Jacques Berlioz) ; Jacqueline CERQUIGLINI, Un engin si soutil (Anne Berthelot) ; Jack GOODY, L'volution de la famille et du mariage en Europe (Genevive Buhrer-Thierry) ; Jean-Charles HUCHET, Le roman mdival (Anne Berthelot); Jacques LE GOFF, L'imaginaire mdival (Ingrid Bezard) ; Jean-Marie MOEGLIN, Les anctres du prince. Propagande et naissance d'une histoire nationale en Bavire au Moyen Age (1 ISO 1500) (Alain Boureau) ; Odile REDON et Jacqueline BRUNET, Tables florentines (Brigitte

    Buettner) 122

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  • PRSENTATION

    Lorsque j'tais tudiant , la gographie tenait la tte du peloton des sciences de l'homme. Elle entranait tout, en particulier l'avant-garde des historiens. Appliques l'analyse des paysages dans un cadre rgional, ces mthodes invitaient tudier les socits du pass dans un cadre analogue, considrer dans la globalit de leurs corrlations les multiples facteurs, les uns matriels, les autres, comme disait Michelet, spirituels qui les firent se transformer.

    Dans les annes 1950, la gographie, dmembre, gare par l'ambi- tion fallacieuse de devenir science exacte, rompant les liens qui l'unissaient heureusement dans le systme d'enseignement aux tudes historiques, perdit sa prminence. Celle-ci lui fut ravie par l'anthropo- logie, et de la part de cette jeune discipline, les historiens durent relever un nouveau et plus abrupt dfi. Dans la mesure o elle se voulait structurelle, l'anthropologie en effet tendait renier l'histoire qui est observation de ce qui change. Bien sr, n'chappait-il pas aux ethno- logues que les socits les plus froides ont un pass, lequel mrite attention. Histoire et anthropologie se rapprochrent ainsi pour leur commun profit. En ce temps, j'ai lu trs attentivement Lvi-Strauss ; Mauss, Malinowski et les africanistes franais. Lectures qui furent pour moi sources de rflexions trs fcondes. Les historiens, ceux surtout des poques anciennes, dcouvrirent de la mme faon la nces- sit de ne point, comme l'avaient fait leurs devanciers, tel un Henri Pirenne, transporter sans prcaution par del des dizaines de gn- rations les modles construits au XIXe sicle par les conomistes. Amens reconnatre que la monnaie, l'change, la proprit n'ont pas partout le sens ni la fonction qui leur taient attribus en Europe au temps du capitalisme triomphant, ils s'aperurent du mme coup qu'ils ne les avaient pas eus toujours. Ils se persuadrent encore de l'importance fondamentale des relations de parent. Ils s'exercrent l'tude des mythes, des rituels, de la gestualit. Tout naturellement,

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    l'histoire audacieuse se fit anthropologique. Et le renouveau qui s'observe aujourd'hui dans l'approche historique des phnomnes poli- tiques tient pour une large part - on le vrifiera dans les articles ici rassembls - aux stimulations dont le brusque dveloppement de l'ethnologie politique est la source.

    Ceci impose aujourd'hui aux historiens d'affiner leurs mthodes, de rformer , de prciser leur terminologie, empruntant aux ethnologues les grilles trs fines qui permettent les classements efficaces, d'inventer aussi de nouvelles manires d'interroger, de critiquer les documents. Encore leur faut-il avancer sur ces voies avec prudence et grand souci de ne point attenter l'autonomie de ce qui fait l'objet de leur tude. Ainsi, doivent-ils se garder de dpouiller certains termes , je prends l'exemple du mot lignage, du mot mnage, absent du vocabulaire tech- nique de l'anthropologie, du sens qu'ils ont eu jadis, veillant, bien au contraire, mieux saisir la signification que leur donnaient les hommes du pass : s'ils veulent comprendre comment ceux-ci vivaient en socit, c'est bien la smantique du langage de l'poque qui doit retenir d'abord leur attention. Je mets aussi en garde contre les dangers d'un compa- ratisme trop htif. Les ethnographes qui se sont approchs des socits exotiques ont utilis pour dcrire des usages et des rites qu'ils dcouvraient d'expressions et d'images qui leur taient familires. Ne prenons donc pas ce qu'ils ont appel fief ou vassalit, pour le fief et la vassalit. D'infinies prcautions sont ncessaires pour confronter utile- ment les usages de ce qu'ils ont appel, faute d'un autre mot, mariage, avec ceux qui servaient officialiser l'accouplement des hommes et des femmes au XIIe sicle.

    Georges DUBY

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  • Jean-Patrice BOUDET

    GENSE ET EFFICACIT DU MYTHE D'OLIVIER LE DAIM

    Au sein du panthon des grands personnages du Moyen Age finis- sant, Olivier le Daim n'a plus aujourd'hui la place de choix que lui a rserve l'poque romantique. Le Figaro terrible que la providence, cette grande faiseuse de drames, a ml si artistement la longue et sanglante comdie de Louis XI (1) est rduit prsent au rang de comparse, qui ne joua qu'un rle mdiocre (2) et auquel le roi n'accorda gure d'autorit (3). Point n'est besoin ici de remettre le fameux barbier sur un quelconque pidestal : la relle nature des mfaits du personnage - abus de pouvoir, trafic d'influence, escro- queries en tout genre - est assez bien connue depuis longtemps (4) et le rle effectif de son rseau de solidarits dans la socit politique du rgne de Louis XI est expos ailleurs (5). Il reste que les processus d'laboration et d'exploitation du mythe d'Olivier le Daim demeurent inexplors.

    Cration d'une lgende

    Lorsque le romancier allemand Alfred Neumann publie en 1926 Der Teufel (6), il achve sa manire d'puiser un filon vieux de quatre sicles et demi. L'identit controverse du serviteur de Louis XI fournit en effet, de son vivant mme, une occasion idale de diaboli- sation du personnage. Fils d'un barbier gantois, Olivier de Neckere - entr probablement au service du dauphin Louis en 1457 - apparat

    1. V. HUGO. Notre-Dame de Paris, Gallimard, Paris, 1978, p. 556. 2. J. DUFOURNET, Etudes sur Philippe de Commynes, Paris, 1975, p. 83. 3. P.R. GAUSSIN, Louis XI, roi mconnu, Paris, 1976, p. 142. 4. Voir notamment G. PICOT, Le procs d'Olivier le Daim , dans Sances et travaux de l'Acadmie des Sciences morales et politiques, t. 108,

    1877, p. 485-518 et L. IPCAR, Louis XI et ses mdecins, Paris, 1936, p. 76-89. 5. J.P. BOUDET, Faveur, pouvoir et solidantes sous le regne de Louis XI : Olivier le Daim et son entourage ; article paratre. 6. Traduction franaise de ce succs mondial : Le Diable, Paris, 1952.

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    ds 1461 dans les registres de l'Htel du roi avec le surnom de Le Mauvais (7). Ce surnom n'tait qu'une traduction en franais de son nom flamand, courant Bruges et Gand ds le XIVe sicle, originel- lement emprunt aux mythologies septentrionales, et signifiant le gnie malfaisant des eaux , le dmon aquaticus, le mauvais esprit (8). Mais le Mauvais reprsentait pour les Franais de l'poque un mode courant de dnomination du Diable. Ils christianisrent ainsi l'identit d'Olivier et substiturent au surnom de Le Mauvais celui de Le Diable , ou mme donnrent au dnominatif Le Diable la valeur d'un nom vritable (9). En un temps o la mentalit populaire a tendance voir dans l'identit d'un individu le reflet fidle de sa person- nalit profonde, on imagine les consquences possibles d'un tel ph- nomne.

    Tant que le barbier resta dans l'ombre de l'Htel royal, l'incon- vnient tait mineur. Mais les annes 1473-1474 le voient brusquement surgir de l'anonymat. Le roi le nomme successivement contrleur du grenier sel de Neufchtel-en-Bray, capitaine du pont de Saint-Cloud, concierge du bois de Vincennes, gruyer de la garenne de Rouvray (l'actuel bois de Boulogne), capitaine de Meulan (10). Mieux : il l'anoblit - et le surnom de Le Mauvais seyant fort mal un noble - il lui substitue celui de Le Daim , lui octroie des armoiries meubles d'un chevron accompagn en pointe d'un daim passant, et dextre d'u