la drôle de guerre septembre 1939

Download La drôle de guerre septembre 1939

Post on 31-Dec-2016

218 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • 1

    La drle de guerre Septembre 1939 10 mai 1940

    MARINE 294-4152 Marins en poste dobservation sur une batterie mobile de la Marine de 90 mm CA, affecte la dfense

    antiarienne de Paris et dploye Orly.

    Mai 1940, photographe Jean Manzon

  • 2

    Sommaire Introduction 1. La dclaration de guerre : mobilisation et incorporation 2. Lindustrie darmement 3. Le front

    3.1. Les forces armes franaises et allemandes en prsence

    3.2. Ligne Maginot - ligne Siegfried : ltrange face face 3.3. Front des Alpes et front de mer

    4. La drle de guerre : huit mois dattente

    4.1. Les activits militaires

    4.2. Travaux du gnie

    4.3. Prises darmes et visites dautorits sur le front 5. La vie quotidienne sur le front

    5.1. Les loisirs

    5.2. Les travaux agricoles

    5.3. Le rgime des permissions 6. Laction psychologique mene par les deux belligrants Conclusion Bibliographie Montage vido

  • 3

    Introduction La dclaration de guerre de la France lAllemagne, le 3 septembre 1939, fait entrer le pays dans une priode durant laquelle linformation, organise au plus haut niveau de lEtat, met profit presse illustre, radio et cinma pour appuyer sa politique. Immdiatement, larme adapte lorganisation de sa section cinmatographique, ne en 1915 et mise en sommeil la fin de 1919, ce nouveau contexte : une quipe comprenant un officier et plusieurs oprateurs est donc mise sur pied dans chaque arme. Le SCA (Service cinmatographique des armes) nouvellement cr en 1939 est charg de rpondre la triple mission de tmoignage pour le futur, de propagande et de divertissement pour les troupes au front. De leur ct, larme de lair et la marine prennisent galement leurs capacits de production : en 1937, larme de lair cre une section cinmatographique, tandis que le service cinmatographique de la Marine voit son activit progresser compter de 1926.1 De lautre ct du Rhin, la cration des compagnies de propagande allemande, les Propaganda Kompanien ou PK, le 16 aot 1938, par le haut commandement de larme allemande, est le rsultat de multiples expriences issues de la Grande Guerre, des manuvres entre 1937 et 1938 et du travail du ministre de la propagande dirig par Joseph Goebbels. A raison dune PK par arme, les reporters communiquent grce la presse, la radio, mais galement par le cinma, le thtre, la littrature et le sport. Au dbut de la guerre, fortes de lexprience de la campagne de Pologne, les PK sinvestissent davantage dans la propagande destine lennemi, laide de compagnies de haut-parleurs et de tracts largus par avions. Le dbut du conflit entre les deux belligrants se caractrise par peu de combats sur leur territoire et une attente interminable pour les troupes retranches derrire leurs lignes dfensives respectives, Maginot pour les franaises, Siegfried pour les allemandes. Cette priode que lon nomme drle de guerre, qui stend de fin septembre 1939 au 10 mai 1940, est photographie et filme des deux cts de la frontire par les reporters de guerre des deux pays. Les images tmoignent essentiellement de lindustrie darmement, de lactivit sur les deux lignes fortifies dfensives, du quotidien de la troupe alternant manuvres, entranements, patrouilles, loisirs sportifs et culturels, prises darmes, remises de dcorations et visites dautorits et de vedettes du spectacle, destines maintenir le moral des soldats et de larrire. Ces images institutionnelles, souvent poses, sinscrivent dans la propagande par limage mise en place par les belligrants. Nanmoins, elles se rvlent parfois insolites et inattendues et offrent un regard nouveau sur cette drle de guerre qui reste assez mal connue. La slection de photographies qui suit, essentiellement franaises, est reprsentative du travail des reporters dont le nom est rarement connu.2

    1 Les trois armes ont, durant la drle de guerre, produit et fait lobjet de reportages photographiques, conservs lECPAD lexception de ceux de larme de lair, dtenus par le Service historique de la dfense et non prsents dans ce dossier. 2 La numrotation des photographies dans ce dossier nest pas identique celle du portfolio prsent en ligne. Les rfrences elles restent les mmes.

  • 4

    1. La dclaration de guerre : mobilisation et incorporation

    N 1/ Rfrence : FT 2326 (photogramme TCI 00 :04 :14 :05)

    Foule parisienne prenant connaissance de lordre de mobilisation gnrale en septembre 1939.

    Septembre 1939, Magazine de la France en guerre , ralisateur inconnu

    Le 2 septembre 1939 au matin, les Franais dcouvrent laffiche aux drapeaux tricolores entrecroiss qui signale que la mobilisation, dcrte la veille par le gouvernement ddouard Daladier, est effective depuis zro heure. Que lit-on sur les visages des citadins et villageois groups devant cette affiche ? Ni enthousiasme ni abattement. Lincrdulit est sans doute le sentiment le plus largement rpandu. Les plus gs se souviennent de la Grande Guerre, ceux qui constitueront bientt le gros des troupes grommellent sans encore bien raliser.

    Le 3 septembre 1939, 11 heures, la Grande-Bretagne dclare officiellement la guerre lAllemagne, suivie 17 heures par la France. La machine administrative se met alors en marche et les dtenteurs de fascicules de mobilisation 1, 2 et 3, les rappels, les rservistes, officiers, sous-officiers et hommes de troupes se pressent vers les centres mobilisateurs. Au total, 2 700 000 hommes se retrouvent aux armes, 2 300 000 autres restant en rserve en arrire du front, soit environ un huitime de la population active qui est ainsi mobilise.3 Ces hommes convergent donc vers les gares, sans enthousiasme ni dfaitisme, mais dans une confusion relative due lampleur de la mobilisation.

    3 1939-1940, batailles pour la France, Patrick de Gmeline, Presses de la Cit, 1989, p. 9 et 10.

  • 5

    2. Lindustrie darmement A la dclaration de guerre, la mobilisation industrielle simpose mais elle savre difficile car lindustrie se porte mal. En effet, la main-duvre manque (une grande partie de la population active masculine se trouve au front), lquipement industriel et les machines-outils sont vieillissants, la production chute. A titre dexemple, le rythme de sortie des chars B1 des usines Renault est pass de douze par mois avant la guerre neuf en dcembre 1939. Cependant un bel effort est engag grce lentreprenant ministre de lArmement, Raoul Dautry. Il est ainsi dcid de faire revenir 600 000 spcialistes inconsidrment mobiliss et demployer les femmes dans les usines pour pallier le manque de main-duvre. A noter que dans plusieurs secteurs (le vtement, la mcanique de prcision, le travail des mtaux), le rendement de la main-duvre fminine est quivalent voire suprieur celui de la main-duvre masculine. Les chmeurs non mobiliss sont galement embauchs. Le ministre de lArmement enfin souhaite faire appel aux travailleurs des colonies : marocains, algriens et indochinois. La semaine de travail, qui atteint couramment 60 heures, 6 jours sur 7, est mme porte 77 heures hebdomadaires en mai 1940.4

    Les femmes contribuent leffort de guerre : des centaines de milliers sont embauches dans les usines comme ici Valence. Travailler cest combattre comme le proclament les commentaires des films de lpoque montrant ces images.

    N 2/ Rfrence : DG 139-2174 Ouvrires travaillant la fabrication dobus dans une usine darmement Valence (Drme).

    Janvier 1940, photographe inconnu

    En septembre 1939, la France ne compte parmi ses forces terrestres que deux divisions lgres mcaniques ; en mai 1940, elle possde trois divisions lgres mcaniques et trois divisions cuirasses. Au printemps 1940, la production montre un net redressement. Les chars B par exemple sont produits raison de plus dun bataillon par mois (environ 34 chars). Mieux, partir de mai 1940, une compagnie de chars B est livre tous les mois aux Britanniques, sortant des usines AMX de Billancourt, du Creusot, de Saint-Chamond ou de La Seyne-sur-Mer.5

    4 39-40 La campagne de France, Jean Lopez, ditions LeSir, 2001, p. 24 et 25. 5 Histoire de guerre, Blinds et matriel n 74, novembre-dcembre 2006, p. 40 et 41.

  • 6

    Malgr cette acclration du rythme de la production constate dans de nombreux domaines, le pays manque de temps pour continuer sa monte en puissance.

    Des chenillettes de ravitaillement Renault 31 R sont ici alignes leur sortie des chanes de montage des usines darmement FCM (Forges et chantiers de la Mditerrane) de Toulon.

    N 3/ Rfrence : DG 149-2362 Chenillettes alignes la sortie de l'usine FCM de Toulon (Var).

    1940, photographe inconnu

    Concernant les forces navales, le tonnage franais, alli au tonnage britannique, est de loin suprieur celui de lAllemagne au dbut du conflit. Lindustrie aronautique quant elle, est dans un tat de grand dlabrement. En effet, la France accuse un net retard sur lAllemagne puisquelle ne possde que 600 chasseurs contre plus de 1 000 aux Allemands et surtout seulement 200 bombardiers contre plus de 1 500 pour la Luftwaffe. Leffort consenti par ltat est donc dautant plus important, notamment en achats de machines-outils et de stocks daluminium. Nanmoins, les quantits davions de chasse Dewoitine 520 et de bombardiers Amiot 350 livres en mai - juin 1940 augmentent mais restent insuffisantes face au total dappareils allemands. La production dfinie par le plan V initial de mars 1938 nest atteinte quau cours des premiers mois des hostilits, celle du plan V de guerre ne le sera jamais. Dans ce domaine galement, lavance est indniable mais interviendra trop tard.6

    6 Revue Historique des Armes n 2,

Recommended

View more >