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Hiver 2009 Le Jumelé | Hiver 2009 1 La Fondation Alex et Ruth Dworkin est fière de soutenir Le Jumelé et sa mission de sensibilisation aux relations interculturelles ANNICK GERMAIN L’auteure est professeur-chercheur titulaire INRS- UCS et Directrice, Centre Métropolis du Québec - Immigration et métropoles Notre modèle d’intégration fait l’en- vie de nombreux pays… peut-être avec un brin d’agacement ! Alors qu’un peu partout l’immigration est vue comme un problème, ici l’intégration semble se faire sans éclat même avec des flux migratoires importants. L es événements de Montréal-Nord auront peut être « rassuré » certains des pays « jalousant » notre modèle (encore qu’il en ait été peu question à l’étranger)… en même temps qu’ils nous auront empêchés de prendre l’intégration des minorités pour acquis. Mais soyons sérieux. S’il est vrai que le Canada et le Québec suscitent de l’intérêt pour leurs politiques d’immigration notamment en Europe et tout particulièrement en Espagne et en Catalogne, où les volumes d’immigration des dernières années sont particulière- ment élevés, il faut dire que notre situa- tion est particulière. Nous augmentons régulièrement nos cibles d’immigration et la géographie du Canada simplifie la vie à bien des fonctionnaires en matière d’immigration clandestine. De leur côté, la plupart des pays européens ont tenté L’intégration au Québec Un modèle mis à l’épreuve ? tant bien que mal de fermer leurs fron- tières depuis de nombreuses années. Bref, les situations ne sont pas comparables. Cela dit, certaines convergences se des- sinent mais il n’est pas sûr que ce soit pour le mieux. Évoquons le nombre croissant de migrants temporaires, bientôt aussi nombreux que les travailleurs sélectionnés. Il y a là un signe qui ne trompe pas et qui montre en tout cas que nous ne contrôlons pas vraiment bien la situation. Notre système de sélection - via une grille de points - semble mis à rude épreuve et comme en Europe, les travailleurs temporaires sont une réalité omniprésente. Ensuite, de nombreux pays européens ont adopté, depuis quelques années, des mesures pour s’assurer de la conformité > suite en page 4 «Fais comme chez toi, mais n’oublie pas que tu es chez moi» NOURREDINE BELHOCINE L’auteur est directeur de la Maison internationale de la Rive-Sud Se conduit-on de la même manière avec un invité et un copropriétaire, fût-il différent ? Les règles ou plutôt l’art, devrais-je dire, de l’hospitalité consistent à honorer l’invité et faire en sorte qu’il se sente quelque peu chez lui, à charge pour lui de respecter très scrupuleusement les règles éta- blies forcément par l’hôte. Avec l’idée que tout ceci est temporaire. Les choses sont quelque peu différentes s’agis- sant des relations qui régissent des co- propriétaires, qui tout en vivant cha- cun chez soi, partagent quand même des parties communes et doivent con- venir d’un minimum de règles à res- pecter, faute de quoi, rien ne tient. Les choses se corsent d’avantage lors- que la personne reçue ne jouit ni du statut d’invité, ni de celui de copro- priétaire. Il y a là une espèce de no man’s land « réglementaire ou nor- matif » que l’on cherche à combler autant que faire se peut, selon nos propres perceptions et préoccupations. Le parallèle est posé. L’immigrant serait celui qui n’est ni invité ni coproprié- taire, pas tout de suite en tout cas, que l’on reçoit parce que l’on aurait besoin de lui, autrement on ne l’aurait pas fait, (à l’exception de l’hospitalité des réfugiés) et avec lequel on ne sait pas trop quoi faire ni comment se com- porter, encore moins ce que l’on attend de lui. L’ équation est posée, à plusieurs incon- nues, qui plus est. Quand tout se passe bien, eh bien, on a tendance à faire comme si de rien n’était. Par contre, s’il y a remous, on commence à s’inquiéter, à essayer de comprendre, à discuter, voire à désigner un fautif dans les cas extrêmes. En tout temps et dans toutes les sociétés, on a exorcisé les peurs collectives en désignant un coupable. Faute de faire bien, les États confrontés à la diversité culturelle et ethnique font de leur mieux, tant les modèles censés les inspirer ont assez largement déçu. Convenons d’em- blée que la situation est fort complexe. > suite en page 11 Alain Thibault Hiver 2009 édition spéciale p. 3 p. 4 p. 5 p. 6 p. 7 p. 8 p. 13 p. 14 p. 10 p.9 p.12 Un modèle ambitieux à parfaire Rejeter le manichéisme du multiculturalisme La poursuite d'égalité: une histoire sans fin L’immigration dans le Sud-Ouest: le défi de l'intégration Identité d'un soir Dans le quartier Ahuntsic Différencier le danger Témoignages de réfugiés Le public au rendez-vous De la survie à la vie L’intégration des nouveaux arrivants en Outaouais Services publics et communautaires Enjeux en Montérégie Famille immigrante La réalité des pères, qu’en savons-nous? L’embauche d’immigrants Un choix d’investissement durable «Mieux vivre ensemble» Quartier Hochelaga-Maisonneuve 6 Quand 150 pays se croisent La diversité à l'UQAM 8 La régionalisation, avec raison 10 Les jeunes de la Maisonnée 13

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Hiver 2009

Le Jumelé | Hiver 2009 1

La Fondation Alex et Ruth Dworkin est fière de soutenir Le Jumelé et sa mission de sensibilisation aux relations interculturelles

ANNICK GERMAINL’auteure est professeur-chercheur titulaire INRS-UCS et Directrice, Centre Métropolis du Québec -Immigration et métropoles

Notre modèle d’intégration fait l’en-vie de nombreux pays… peut-être avecun brin d’agacement! Alors qu’un peupartout l’immigration est vue commeun problème, ici l’intégration semblese faire sans éclat même avec des fluxmigratoires importants.

Les événements de Montréal-Nordauront peut être «rassuré» certains despays « jalousant» notre modèle (encorequ’il en ait été peu question à l’étranger)…en même temps qu’ils nous aurontempêchés de prendre l’intégration desminorités pour acquis. Mais soyonssérieux.S’il est vrai que le Canada et le Québecsuscitent de l’intérêt pour leurs politiquesd’immigration notamment en Europe ettout particulièrement en Espagne et enCatalogne, où les volumes d’immigrationdes dernières années sont particulière-ment élevés, il faut dire que notre situa-tion est particulière. Nous augmentonsrégulièrement nos cibles d’immigrationet la géographie du Canada simplifie la vie à bien des fonctionnaires en matièred’immigration clandestine. De leur côté,la plupart des pays européens ont tenté

L’intégration au QuébecUn modèle mis à l’épreuve?

tant bien que mal de fermer leurs fron-tières depuis de nombreuses années. Bref,les situations ne sont pas comparables. Cela dit, certaines convergences se des-sinent mais il n’est pas sûr que ce soitpour le mieux.

Évoquons le nombre croissant de migrantstemporaires, bientôt aussi nombreux queles travailleurs sélectionnés. Il y a là unsigne qui ne trompe pas et qui montreen tout cas que nous ne contrôlons pasvraiment bien la situation. Notre systèmede sélection - via une grille de points -

semble mis à rude épreuve et comme enEurope, les travailleurs temporaires sontune réalité omniprésente.Ensuite, de nombreux pays européens ontadopté, depuis quelques années, desmesures pour s’assurer de la conformité

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«Fais comme chez toi, mais n’oublie pas que tu es chez moi»NOURREDINE BELHOCINEL’auteur est directeur de la Maison internationalede la Rive-Sud

Se conduit-on de la même manièreavec un invité et un copropriétaire,fût-il différent? Les règles ou plutôtl’art, devrais-je dire, de l’hospitalitéconsistent à honorer l’invité et faireen sorte qu’il se sente quelque peuchez lui, à charge pour lui de respectertrès scrupuleusement les règles éta-blies forcément par l’hôte. Avec l’idéeque tout ceci est temporaire. Les chosessont quelque peu différentes s’agis-

sant des relations qui régissent des co-propriétaires, qui tout en vivant cha-cun chez soi, partagent quand mêmedes parties communes et doivent con-venir d’un minimum de règles à res-pecter, faute de quoi, rien ne tient.Les choses se corsent d’avantage lors-que la personne reçue ne jouit ni dustatut d’invité, ni de celui de copro-priétaire. Il y a là une espèce de noman’s land « réglementaire ou nor-matif » que l’on cherche à comblerautant que faire se peut, selon nospropres perceptions et préoccupations.

Le parallèle est posé. L’immigrant seraitcelui qui n’est ni invité ni coproprié-taire, pas tout de suite en tout cas,que l’on reçoit parce que l’on auraitbesoin de lui, autrement on ne l’auraitpas fait, (à l’exception de l’hospitalitédes réfugiés) et avec lequel on ne saitpas trop quoi faire ni comment se com-porter, encore moins ce que l’on attendde lui.

L’équation est posée, à plusieurs incon-nues, qui plus est. Quand tout se passebien, eh bien, on a tendance à faire

comme si de rien n’était. Par contre, s’ily a remous, on commence à s’inquiéter,à essayer de comprendre, à discuter, voireà désigner un fautif dans les cas extrêmes.En tout temps et dans toutes les sociétés,on a exorcisé les peurs collectives endésignant un coupable. Faute de fairebien, les États confrontés à la diversitéculturelle et ethnique font de leur mieux,tant les modèles censés les inspirer ontassez largement déçu. Convenons d’em-blée que la situation est fort complexe.

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Un modèle ambitieux à parfaire

Rejeter le manichéismedu multiculturalisme

La poursuite d'égalité:une histoire sans fin

L’immigration dans le Sud-Ouest:le défi de l'intégration

Identité d'un soirDans le quartierAhuntsic

Différencier le dangerTémoignages de réfugiés

Le public au rendez-vous

De la survie à la vieL’intégration des nouveaux arrivantsen Outaouais

Services publics et communautairesEnjeux en Montérégie

Famille immigranteLa réalité des pères,qu’en savons-nous?

L’embauche d’immigrantsUn choixd’investissement durable

«Mieux vivre ensemble»Quartier Hochelaga-Maisonneuve 6

Quand 150 pays se croisentLa diversité à l'UQAM 8

La régionalisation, avec raison 10

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Le Jumelé, à la croisée des cultures, souhaiteouvrir un dialogue entre les personnes immi-grantes et celles issues de la société d’accueil.Il vise à encourager la tolérance en matière depluralité sociale, culturelle, religieuse, histo-rique et coutumière.

Toute personne peut soumettre un texte auJumelé afin qu’il soit diffusé. Néanmoins, LeJumelé ne peut s’engager à diffuser tous lestextes qu’ils reçoit. Par ailleurs, Le Jumelé seréserve le droit de réduire la longueur des textesqui lui sont proposés, de supprimer certains pas-sages jugés offensant ou superflus, et de refor-muler certaines phrases ou sections de textespouvant conduire à des erreurs d’interprétation.

Bien que toutes les précautions aient été prisespour assurer la véracité des informations con-tenues dans Le Jumelé, il est entendu que leséditeurs ne peuvent être tenus responsables deserreurs issues de leur utilisation. Les auteurs desarticles publiés dans Le Jumelé conserventl’entière responsabilité des théories ou desopinions qu’ils émettent dans leurs textes.

Le JUMELÉ, à la croisée des cultures518, rue Beaubien Est Montréal (Québec) H2S 1S5Téléphone: 514-272-6060 poste 209Télécopieur: 514-272-3748Courriel : [email protected] web: www.tcri.qc.ca/jumele.html

Éditeurs TCRI et SEIIM www.tcri.qc.caUne co-édition de la Table de concertation desorganismes au service des personnes réfugiéeset immigrantes et du Service d’éducation etd’intégration interculturelle de Montréal.

Rédactrice en chefBlandine Philippe

JournalistesManuelle Ann Boissonneault, André Desroches,Ferdinand Mayega, Benjamin Vachet

Rédacteurs(trices) et collaborateurs(trices)Éric Bédard, Nourredine Belhocine, FlorenceBourdeau, Maëlle Bourguignat, HamiltonCidade, Fabien Cornu, Slim Daouzli, JohanneDoyon, Saïd Fenaoui, Mahnaz Fozi, AnnickGermain, Marion Gouiry, Julie Jeannotte, StellaKukuljan, Laura Noyer, Marie-Josèphe Pigeon,Stephan Reichhold, Pascale Romain, PaolinaRoman, François Vaillancourt.

Références Rivka Augenfeld, Marie-Josée Duplessis

Soutien logistiqueEstelle Gravel, Giovanni Fiorino

Photographe Alain Thibault

Conception graphiqueCaroline Marcant - zigomatik.ca

ImpressionHebdo Litho

Tirage certifié AMECQ10 000 exemplaires

Distribution Courrier A & A

Droits d’auteur Toute reproduction des textes, des illustra-tions et des photographies du Jumelé est inter-dite sans une autorisation écrite des éditeurs.

Dépôt légalISSN 1495-6276Bibliothèque Nationale du QuébecBibliothèque Nationale du CanadaJanvier 2009

Bien qu’il y ait eu de nombreux débats et discussions surl’immigration, connaissons-nous vraiment les forces et leslimites du modèle d’intégration développé au Québec quis’appuie essentiellement sur l’action communautaire?

La Rencontre nationale 2008 des organismes de services auprèsdes personnes réfugiées, immigrantes et sans statut fut unévénement organisé par la TCRI1 les 4 et 5 décembre derniers.Son but était de faire connaître et reconnaître le travail desorganismes communautaires qui soutiennent l’intégration desimmigrants2, de mobiliser ce secteur et d’inviter les différentspartenaires. On peut d’ores et déjà conclure du succès del’événement. Près d’un millier de personnes de tous horizons ontparticipé aux dix-sept activités et rendez-vous organisés par lesorganismes, dans différentes régions du Québec, notammentdans la grande région de Montréal. C’est tout un réseau com-munautaire qui s’est mobilisé dans le but de faire valoir et fairereconnaître le travail et l’expertise développés depuis troisdécennies par les organismes regroupés au sein de la TCRI.

L’idée et la décision de tenir cette Rencontre nationale ont surgià l’automne 2007 durant les débats entourant la commissionBouchard-Taylor, lorsqu’apparut dans l’opinion publique lesentiment qu’il n’y avait pas ou peu de services pour les immi-grants et que le Québec les intégrait mal. Nous nous sommesrendus compte du peu de notoriété et de reconnaissance dontbénéficie le réseau des organismes communautaires quiœuvrent auprès des personnes immigrantes. Actuellement,les organismes de la TCRI desservent environ 50000 person-nes par année, mais les ressources disponibles ne suffisentpas, c’est un fait. La demande et le besoin de soutien de la partdes immigrants dépassent largement l’offre, et la populationquébécoise est généralement peu sensibilisée aux aléas del’immigration. Or, notre réseau a développé des pratiques et desapproches novatrices, adaptées aux personnes d’origines cul-turelles et sociales très diverses, qui donnent des résultatsmais qui sont malheureusement encore peu reconnues et pasassez soutenues. Il s’agit de 132 organismes, membres de laTCRI, actifs dans la plupart des régions du Québec et dont ladevise est simple : Agir pour intégrer. Mais aujourd’hui, unenouvelle étape se dessine, au cours de laquelle il va falloirfaire plus et mieux, être plus créatifs et surtout très per-sévérants.

Nous constatons également que nous devons renforcer etdévelopper les partenariats, aller plus loin dans le développe-ment et l’expérimentation. Pour débattre et réfléchir ensem-ble de ces questions, plus de 250 personnes se sont retrouvéesréunies le 5 décembre à la Bibliothèque nationale : inter-venants et responsables des organismes d’intégration, maisaussi partenaires gouvernementaux, institutionnels, commu-nautaires et du secteur privé.

Dans cette édition du Jumelé, les questions touchant au cadrethéorique et politique des aspirations du Québec en matièred’immigration sont revues et développées par les panélistes quiont participé au débat public. Leurs points de vue, analyses etperspectives soutiennent l’appel lancé à nos partenaires pouraller plus loin, pour travailler ensemble dans le respect et lareconnaissance de nos expertises respectives si riches et variées,toujours au bénéfice des personnes réfugiées et immigrantesqui ont choisi le Québec comme terre d’accueil.

Le défi, pour celles et ceux qui travaillent dans le large champde l’immigration, est de créer un environnement, des serviceset du soutien, propices à l’intégration des nouveaux arrivants.Lors de ces rencontres régionales et locales, les organismescommunautaires ont tenu des journées portes ouvertes, orga-nisé des conférences, des débats et des échanges : les thèmesportaient principalement sur les bonnes pratiques et les actionsgagnantes. Nous en revisitons un certain nombre dans cetteédition spéciale du Jumelé.

Si nous parvenons à nous entendre sur des stratégies et des col-laborations pour faciliter cet important travail qui nous tientà cœur, alors changer le cours des choses est toujours possi-ble. Des collaboratrices et collaborateurs témoignent ici dece qui est fait et de ce qu’il reste à faire pour que le Québecpuisse accueillir et intégrer avec discernement toutes ces per-sonnes, ces familles, ces jeunes, ces femmes, ces professionnelsqui veulent être partie prenante de la société québécoise.

Bonne lecture ! n

Hiver 2009éditionspéciale

Édito

1-TCRI: Table de concertation des

organismes au service des personnes

réfugiées, immigrantes et sans statut.

2-Le terme « immigrants» inclut

toutes les personnes immigrantes

indépendamment de leur statut.

Stephan ReichholdDirecteur TCRI

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Au cœur de l’accueil des immigrantsUn modèle ambitieux à parfaireFERDINAND MAYEGA ET BENJAMIN VACHETLes auteurs sont journalistes indépendants

Dans un débat sans concession où chacun aura joué sa partition avec brio,défendant ses arguments avec talent et conviction, les panélistes se sont finale-ment accordés sur une chose: il n’existe pas de formule magique à l’intégration.Et bien qu’imparfait, le modèle québécois par son ambition, mérite encore la con-fiance pour peu qu’on lui donne les moyens de sa réussite.

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Animée de mains de maître par LéoKalinda, journaliste à Radio-Canada, larencontre entre l’historien Éric Bédard, lephilosophe Daniel Weinstock, l’avocateJohanne Doyon et le directeur de la Maison internationale de la Rive Sud,Noureddine Belhocine aura pris desallures de débat télévisé. Un vrai roundde campagne électorale où les idéesfusent, les arguments rebondissent sur unrythme propre à ne jamais lasser. Le mo-dèle québécois d’intégration fait parler. Mais justement, quel est-il ce fameuxmodèle québécois ? « Il se situe à mi-chemin entre le modèle républicain à lafrançaise et son opposé multi-cultura-liste anglo-saxon», répond NoureddineBelhocine. «Unique en son genre, il sebase sur la volonté de prendre le meilleurdes deux modèles dont il s’inspire, touten profitant du recul historique pour nepas en commettre les erreurs». S’il peut pencher d’un côté ou de l’autre,selon le contexte et les temps de l’his-toire, Éric Bédard rappelle que c’estfinalement la structure de la société,avec une majorité francophone et deuxminorités autochtone et anglophone,qui en a conduit la nécessité. Peut-être, mais il fait des envieux et«pourrait bien inspirer des pays euro-péens enfermés dans leurs modèles ob-solètes », semble répliquer un membredu réseau communautaire dans unecourte séquence vidéo. Car le choix deconfier la responsabilité de l’intégrationaux réseaux des organismes commu-nautaires fait également partie de sesparticularités.

L’emploi comme consensusAvec de telles précautions, où est-ce quele bât blesse, alors? Simplement parceque la théorie n’est pas conforme à lapratique. Malgré les beaux discours, lavolonté politique fait défaut. Même si,comme le souligne Daniel Weinstock, l’intégration est avant tout affaire derelation entre citoyens, «comment se sa-tisfaire que dans une société multicul-turelle les communautés soient absentesdes bureaux municipaux, des effectifs depolice et si peu présentes dans la fonctionpublique en général?», s’interroge Nou-reddine Belhocine. Et «comment expli-quer ce silence assourdissant de la ville de Montréal sur le dossier de l’intégration,alors qu’elle est une métropole particu-lièrement concernée», rapporte AnnickGermain, de l’Institut National de la re-cherche Scientifique.

Peut-être parce que l’intégration et soncorollaire, l’immigration, sont devenuesdes enjeux politiques majeurs à manieravec dextérité et donc précaution.«Depuis le 11 septembre, beaucoup dechoses ont changé », explique MaîtreDoyon, qui en connaît un rayon pourtravailler sur le dossier d’Adil Charkaoui.«Cet évènement a conduit à un reculdu droit pour les immigrés. Aujourd’hui,le principe de tous égaux devant la loin’est plus toujours vrai ». De quoi créerdeux catégories de citoyens et renforcerles méfiances et les préjugés.Quel que soit le modèle, peu importe lemodèle, « l’intégration passe avant toutpar l’emploi», s’accordent les panélistes.«Montréal possède sans doute les chauf-feurs de taxi les plus instruits du monde»,ironise Daniel Weinstock. Mais commentparler d’intégration quand justement lespersonnes sélectionnées pour leurs di-plômes et leur compétences profession-nelles ne peuvent exercer leur métier,se retrouvent confronter à l’invaliditéde leurs diplômes et acquis profession-nels? Cela nourrit rancœurs et frustra-tions, terres fertiles pour la délinquanceet l’insécurité, rappelle Noureddine Bel-hocine, sans oublier la tentation du replicommunautaire.

Rester modeste« Certains ne veulent pas s’intégrer »,lance, un rien provocateur, Éric Bédardqui refuse de n’accuser que la seule so-ciété d’accueil. Pour se faire, il imagineraitun contrat, passible de pénalités en casde non-respect. «Les immigrants ont ungros défi à relever, comme la maîtrise dela langue d’usage, à savoir le français, etl’intégration aux valeurs québécoises»,assène-t-il. Mais le Québec choisit lui-même ses immigrants et la langue mater-nelle fait partie des critères de ce choix.Et puis, encore faudrait-il pouvoir «définirces valeurs», rebondit Noureddine Bel-hocine, car elles «sont plurielles» embrayeDaniel Weinstock. Face à tous ces défis, « il faut rester mo-deste avec notre modèle », tempèreAnnick Germain. Et attendre les deuxiè-mes générations pour voir si le travail apayé. Pour ce faire, la sensibilisationincombe aux pouvoirs publics afin delutter contre les préjugés, comme d’ex-pliquer que le Québec a besoin de cesimmigrants, et que la majorité veut s’in-tégrer. «Cela prend beaucoup de couragepour immigrer», rappelle Éric Bédard. Il esttoujours bon de le rappeler. n

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

> Suite de la page 1

Un modèle mis à l’épreuve?culturelle de leurs immigrants, imposantdes épreuves linguistiques, exigeant desconnaissances sur le pays d’accueil, mul-tipliant les actes de défiance vis-à-vis dediverses valeurs culturelles des nouveauxvenus, à commencer par la religion, etc. Si par ailleurs l’Union européenne a dé-veloppé des outils et des orientationsintéressantes pour contrer les discrimi-nations, plusieurs observateurs euro-péens ont noté un durcissement despolitiques nationales. Dans plusieurs cas,ces mesures conditionnent l’accès à desservices, à un logement social, quand ilne s’agit pas de l’accès au pays ou à lacitoyenneté.

De notre côté, nous nous préoccuponsde plus en plus et à juste titre, de l’inté-gration des nouveaux arrivants sur lemarché du travail. Mais chez nous aussisouffle un vent étrange que j’ai appelél’exigence de conformité culturelle. Toutle monde a bien à l’esprit la récenteproposition du MICC1 relativement à l’en-gagement à l’égard des valeurs com-munes québécoises, initiative dénoncéepar la TCRI2. Mais ce n’est peut-être quela pointe de l’iceberg (oui, il en reste,malgré le réchauffement climatique!). Une recherche comparative menée sur

deux quartiers de Bruxelles et de Mont-réal a éveillé nos soupçons : les com-mentaires des divers intervenantsrecueillis tant dans la fonction publiqueet para-publique quedans les milieux po-litiques et dans cer-taines associationstémoignaient d’unepréoccupation pourdes questions de dis-tance culturelle qui avaient souvent pour effet de reléguer au second plan lespréoccupations (et même la compas-sion) pour les problèmes sociaux ren-contrés par les immigrants et pluslargement par les minorités. Nos inter-locuteurs décrivaient longuement les uset coutumes étranges pour ne pas direbarbares des nouveaux venus, avant denous parler de leurs conditions de vieprécaires.Or, en pratique, le modèle québécois d’ac-cueil et d’intégration repose en bonnepartie sur les épaules des organismescommunautaires, ce qu’on ne dit passouvent dans certains cercles. Et nouspourrions fort bien nous retrouver devantune situation inconfortable si se déve-loppe un écart entre d’une part les atti-tudes prévalant dans le milieu des

organismes communautaires travail-lant au service des immigrants (et desréfugiés) et d’autres part celles qui cir-culent dans les autres milieux concernés

par les questions d’im-migration. N’assiste-t-on pas de manièreimplicite à deux dis-cours sur l’immigra-tion? Pourquoi cettedivergence est-elle

probable ? Parce que les organismescomme ceux regroupés au sein de la TCRIsont bien placés pour connaître les pro-blèmes dans lesquels se débattent lesnouveaux arrivants, ce qui leur confèregénéralement un certain sens du prag-matisme, alors que dans d’autres milieuxon raisonne plus volontiers en termes deprincipes et de normes.Bref, la prudence s’impose quand il estquestion des vertus de notre modèle d’im-migration. Si l’insertion sociale des nou-veaux arrivants pose moins de problèmesqu’ailleurs, il y a lieu de rester vigilants etde veiller au bon équilibre entre unevision des contributions de l’immigrationà la société québécoise et une connais-sance des problèmes pratiques que ren-contrent les immigrants et plus largementles minorités culturelles. n

Chez nous aussi souffle un vent étrange

que j’ai appelé l’exigence de conformité

culturelle.

1-MICC: Ministère de l’immigration et des communautés culturelles. | 2-TCRI: Table de concertation des organismes au services des personnes réfugiées, immigrantes et sans statut.

!ÉRIC BÉDARDL’auteur est historien et professeurUniversité du Québec à Montréal (TÉLUQ)

Rejeter le manichéisme du multiculturalisme!

C’est qu’au cœur de la communautépolitique québécoise, il existe bel et bienune majorité historique, formée desdescendants des premiers colons françaiset de toutes celles et de tous ceux qui, aufil des siècles, ont bien voulu prendrepart à cette grande aventure françaiseen Amérique. Les membres de ce fameux«Nous» tant vilipendé sont attachés àleur histoire. Ils participent égalementd’une histoire occidentale plus large,marquée par la culture et les traditionschrétiennes qui ont fécondé les valeurslibérales et démocratiques.

À mon humble avis, ce soupçon de fer-meture d’esprit, de xénophobie, sinon deracisme qui pèse sur cette majorité his-torique est injuste et choquant. Les habitants du Québec, qu’ils soient lesQuébécois modernes d’aujourd’hui oules Canadiens français traditionnels d’hier, n’ont aucune leçon de tolérance à recevoir de quiconque. Les rapportsdes premiers colons français avec les

amérindiens furent beaucoup plus cor-diaux que ceux qu’entretinrent les Espa-gnols ou les Anglo-américains avec lesPremières Nations ; le Bas-Canada futl’une des premières colonies britanniquesà accorder des droits politiques aux Juifs;de nombreuses familles canadiennes-françaises adoptèrent des orphelinsirlandais qui fuyaient la grande famine de 1847; des Italiens,des Hongrois , desChiliens, des Haïtienstrouvèrent, dès leurarrivée, des Québécoisgénéreux et pleins desollicitudes pour lesdrames qui se vivaientdans ces lointaines contrées.

Les grands récits sur la Révolution tran-quille des années 1960 omettent sou-vent de mentionner que, parmi lesgrandes réformes initiées par le gouver-nement de l’Union nationale, en 1968, ily eut la création d’un Ministère de l’Im-

Au cours des dernières années, la majorité franco-québécoise a été passablementmalmenée. Les habitants d’Hérouxville et, à travers eux, tous ces Québécoisfrancophones qui vivent loin du cosmopolitisme branché de la grande ville, ontété ridiculisés. En présentant la crise des «accommodements raisonnables »comme le symptôme d’un malaise identitaire et en stigmatisant les vieux réflexesde minoritaires canadiens-français, les conclusions du rapport Bouchard-Taylorallèrent malheureusement dans le même sens.

migration et le développement des Cen-tres d’orientation et de formation desimmigrants (COFI), malheureusementabolis plus tard par ceux-là mêmes qui sefirent les ardents partisans de « l’ouver-ture à l’autre». Ministre de l’Immigrationdu Parti Québécois, Jacques Couture fitmontre d’une grande ouverture d’espriten accueillant les boat people qui fuy-aient le totalitarisme de Pol Pot et desKhmers rouges.

Les réactions spontanées contre le juge-ment de la cour suprême sur le port dukirpan et les autres formes d’accom-modements «déraisonnables», de mêmeque les audiences de la Commission

Bouchard-Taylor, ontmontré que cettemajorité historiquerejetait massivementle multiculturalismecanadien, une philo-sophie politique quecertains intellectuels

«progressistes» québécois tentent d’im-porter sous le nom d’«interculturalisme».Qu’il s’agisse de «multi» ou d’«inter» cul-turalisme, cette philosophie reste essen-tiellement la même: placer sur le mêmepied toutes les «cultures» sur le marchédes appartenances identitaires, nier aux

Je crois qu’on peut rejeter ce pluralisme «intégral»

qui a tendance à nier la pesanteur des cultures

et des traditions sans pourautant être intolérant.

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> suite ci-contre en haut

Annick Germain

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

majorités historiques quelque prédo-minance, fonder l’appartenance à la communauté politique sur des chartesuniverselles et abstraites.

Je crois qu’on peut rejeter ce pluralisme«intégral» qui a tendance à nier la pe-santeur des cultures et des traditionssans pour autant être intolérant. On peutrejeter cette philosophie du multicul-turalisme sans pour autant se fermer àl’autre. Si une majorité de Canadienssemblent avoir décidé de renier leur his-toire, s’ils semblent parfois avoir tournéle dos à leurs traditions britanniques etfrançaises, en adoptant le chartisme àl’américaine, le Québec n’est pas obligéd’en faire autant.

Les nouveaux arrivants doivent aussiréaliser que le multiculturalisme, loind’être la noble philosophie d’ouvertureque l’on croit, a été une politique mise enœuvre par le Parti libéral du Canada envue de fidéliser un électorat. Le multi-culturalisme d’un Jean Chrétien n’étaitrien d’autre qu’un clientélisme, qu’unemanière d’acheter le soutien des leadersde communautés qui ne représentaientpas toujours les véritables intérêts deleurs commettants. À bien des égards,les politiques du multiculturalisme ontété des outils au service d’un État centralqui cherchait à discréditer les sainesambitions de la nation québécoise.Opposer, de manière caricaturale et ma-nichéenne, l’ouverture des Canadiens à la fermeture des Québécois a été unestratégie de communication efficacepuisqu’elle continue de placer ces der-niers sur la défensive. Au lieu d’expli-quer les doléances de l’État du Québec,les Québécois doivent constammentrejeter les accusations d’« ethnicisme»qui pèsent sur eux. n

La poursuite d’égalitéUne histoire sans fin ME JOHANNE DOYONL’auteure est avocate spécialisée en droit de l’immigration et citoyenneté à Montréal.

Au Canada et au Québec, tous sont bienégaux devant la loi.

« La loi ne fait acception de personneet s’applique également à tous…»

« Toute personne a droit à la recon-naissance et à l’exercice en pleine égalitédes droits et libertés de la personne…»

« Chacun a droit à la vie, la libertéet à la sécurité de la personne; il ne peutêtre porté atteinte à ce droit qu’en con-formité avec…»

« Chacun a les libertés fondamen-tales suivantes… liberté de conscien-ce… d ’op in ion… d ’express ion…d’association…».

En réalité, le droit à l’égalité s’arrête,aujourd’hui plus que jamais, aux portesdes agents de l’État chargés de l’appli-cation de la loi et quelques fois aussi, àla table de travail du législateur qui neprotège pas suffisamment par les lois,les étrangers, résidants permanents oucitoyens naturalisés de ce pays, ces «cha-cuns» là, que les articles 2, 7 et 15 de laCharte canadienne des droits peinenttant à protéger, on ne sait pas troppourquoi, contre les pires atteintes quisoient.

En effet, les temps actuels apparaissentmarqués par un recul généralisé durespect des droits substantiels des per-sonnes immigrantes. Une série d’obser-vations nous permettent de relever desreculs majeurs en terme de droits :

Recul de la liberté d’opinion,d’expression et de culte.La demande d’uniformisation des valeurspour les immigrants par l’acte d’en-gagement sur les valeurs communesquébécoises annoncée le 29 octobre2008 ; les mesures de contrôle multi-pliées pour les immigrants dont la sub-tile carte de résident ayant permis àl’Etat d’obtenir, mine de rien, une pa-noplie de renseignements personnels et de détails sur la vie privée ; les en-quêtes insistantes dans la communautémusulmane ; l’incitation à la délationdans les enquêtes d’immigration; le pro-filage… sont autant d’éléments con-courant certainement à augmenter lescraintes pour les personnes appartenantau groupe vulnérable des immigrants etcitoyens naturalisés, en particulier pourcelles ayant des opinions moins popu-laires parmi la population ou pour lesopposants dans leur pays d’origine.

Recul du droit à la protectionde sa vie, de sa liberté et desa sécurité. Dans le cas des réfugiés, on note un accèsà l’asile de plus en plus restreint, notam-ment par l’accord des tiers pays sûrs, parle maintien de la possibilité de renvoivers la torture; par l’exécution de renvoismalgré des demandes au contraire duComité contre la torture en 2007, alorsque la menace de torture est un crime auCanada; par la détention arbitraire sanscontrôle indépendant des décisions ministérielles, au motif d’identité ; parl’armement des agents de l’ASFC (agencedes services frontaliers du Canada) et parl’exécution plus serrée de la loi en vue desexpulsions.

Recul du droit à l’applicationrégulière de la loi.Nouvelle loi sur les certificats de sécurité;preuve secrète admissible contre desdétenus et déni du droit à l’audiencepublique et équitable par la section 9 dela Loi sur l’immigration et la protectiondes réfugiés (LIPR) devant toute les sec-tions de la Commission de l’immigrationet du statut de réfugié (CISR); absence dedroit d’appel pour les réfugiés; droit d’ap-pel limité pour les résidents ; perte ducontrôle des moyens de défense et de laprésentation de sa preuve devant la CISR;préjugés tenaces; etc.

Recul du droit de circulation.Des listes injustifiables en l’absence demesures d’atteinte minimale ont fait leurapparition, telles ces listes canadiennes depersonnes désignées interdites de vol oules «no fly list» et qui affectent surtoutles communautés immigrantes. Le décretsur les passeports permet également,arbitrairement, de refuser la délivranced’un passeport en se basant sur une opi-nion ministérielle au motif de sécuriténationale.

Voici brièvement exposée, une partieseulement de la réalité négative que l’é-tranger, puis l’immigrant et le citoyennaturalisé doivent affronter quand ilsrelèvent le défi de s’intégrer au Québec.Ceci en particulier pour les personnesissues de la communauté musulmane etqui sont pratiquantes, cibles faciles desstéréotypes et parfois victimes colla-térales de la guerre au terrorisme.

C’est pourquoi l’intégration ne peutqu’être favorisée par des programmesd’information à la population pourdéconstruire les mythes, les préjugés etles stéréotypes et pour permettre auximmigrants d’accéder au travail. Car malgré certains reculs observés, ilfait bon vivre chez nous, grâce à cettevolonté collective d’égalité et à la cri-tique continue des mesures étatiquesinjustifiées affectant les immigrants etqui sont formulées par le travail et lesoutien des personnes engagées au seindes d’organisations comme le TCRI et leCCR1. n

1-Conseil canadien pour les réfugiés.

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> Rejeter le manichéisme

du multiculturalisme!

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

L’immigration dans le Sud-Ouest: le défi de l’intégrationANDRÉ DESROCHESL'auteur est journaliste à la Voix Pop.

Le visage du Sud-Ouest de Montréal a changé au cours des dernières années.Des immigrants s’y sont installés, modifiant la composition des quartiers. Com-ment ces personnes vivent-elles leur intégration? Quels sont leurs besoins? LeComité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri(CEDA) et son équipe de soutien aux personnes immigrantes ont invité la com-munauté à réfléchir à ces questions lors d’une journée inscrite sous le thème L’im-migration dans le Sud-Ouest : défi intégration.Plusieurs personnes ont pris part à ce moment d’échange et de partage surcette réalité: intervenants, élus, résidants, personnes immigrantes.

L’activité était organisée dans le cadrede la Rencontre nationale 2008 de laTable de concertation des organismesaux services des personnes réfugiées,immigrantes et sans statut. Le but decette rencontre tenue simultanément par19 organisations à travers le Québec étaitde faire connaître et reconnaître le tra-vail des organismes communautaires quisoutiennent l’intégration des immigrants.

On a brossé un portrait global de l’immi-gration dans le Sud-Ouest. On a évoquéles défis qui attendent la personne immi-grante, notamment en ce qui concerne lafrancisation et l’emploi. Des immigrantsont témoigné de leur expérience.

« Le visage du Sud-Ouest a beaucoupchangé en dix ans », note José-MariaRamirez, intervenant membre de l’équipede soutien aux personnes immigrantesdu CEDA. Alors que jusqu’aux années1990 la population était largement for-mée de Québécois de souche, d’Afro-américains et de descendants Irlandais,aujourd’hui on y trouve des résidants quiviennent du Chili, du Salvador, du Congo,du Vietnam, de Chine, signale M. Ramirez.

Les Congolais, Chinois et Bengalis cons-tituent les communautés les plus impor-tantes, précise-t-il.

«Le système d’accueil et d’intégration desimmigrants du Québec est bien, mais ilpourrait y avoir des améliorations», estimeM. Ramirez. Il cite le défi de l’emploi. Desordres professionnels s’ouvrent aux im-migrants, donne-t-il en exemple, maisd’autres demeurent relativement fermésou imposent des exigences importantes.

«Oui, pour la personne immigrante, ledéfi est complexe », constate LindaLozeau, conseillère en emploi au Re-groupement économique et social duSud-Ouest (RESO). « Il se peut que lechemin soit plus long que ce que l’onavait prévu au départ», dit-elle tout enformulant une règle d’or à l’intentiondes immigrants: «allez chercher de l’aideauprès d’organismes en employabilité».

En ce qui concerne la francisation, essen-tielle pour une bonne intégration, desbesoins sont à combler dans le Sud-Ouest, explique José-Maria Ramirez. «Cequi manque, c’est un service pour les

MARION GOUIRYL’auteure est intervenante au centre ALPA,Accueil liaison pour Arrivants.

L’organisme communautaire ALPAœuvre depuis 25 ans dans le quartierHochelaga-Maisonneuve à Montréal,pour aider à l’accueil et à l’intégra-tion professionnelle des nouveauxarrivants au Québec. Depuis quelquesannées, la population du quartier s’estfortement diversifiée et ces change-ments ont des impacts qui soulèventdes questionnements quant au «vivre-ensemble».

En tant qu’organisme porteur de lajournée de rencontre nationale dans l’estde Montréal, ALPA a choisi d’inviter lesintervenant(e)s des différents organismeset institutions d’Hochelaga-Maisonneuveà se rassembler pour partager les expé-riences et défis qu’ils et elles vivent faceà la diversité culturelle grandissante de lapopulation locale.

Une première mise en contexte étaitnécessaire afin d’actualiser le portraitsociodémographique du quartier et des’interroger sur les pratiques d’interven-tion en fonction des nouvelles réalités,avant de pouvoir dégager des pistes d’ac-tion pour le futur.

Pour cela, l’historien Paul Labonne a étéinvité à présenter le portrait du déve-loppement humain dans Hochelaga-Maisonneuve, depuis l’essor industriel de la ville au bord du fleuve jusqu’à sonvisage actuel. Une plongée dans l’histoire du Québec àtravers ses immigrants était ensuite pro-posée par Madame Rivka Augenfeld, co-fondatrice de la table de concertation desorganismes au service des personnesréfugiées, immigrantes et sans statut.«L’immigration au Québec n’est pas unphénomène récent, c’est la réalité d’unpays d’accueil qui s’est bâti et façonné àla force du poignet et des espoirs de mil-lions d’immigrants juifs, grecs, italiens,portugais, chinois et autres, rappelle-t-elle. Aujourd’hui, les pays d’origine desnouveaux arrivants sont différents maisles forces des immigrants sont les mêmes:les connaissances, les savoir-faire et l’espoir de construire, de créer un avenirmeilleur dans le pays qui les accueille. Le Québec et le Canada ont toujours eubesoin d’immigrants pour se développeret les perspectives socio-économiquesnécessitent d’ouvrir davantage les portesaux nouveaux arrivants. » MadameAugenfeld a su montrer la richesse et lesavantages à dépasser les différences etles préjugés pour reconnaître et optimiserles forces de chacun.

femmes qui veulent participer à des coursde francisation et qui ont des enfants,dit-il. Les victimes, ce sont des femmesqui restent à la maison avec les enfants.Elles vont se franciser plus tard, quand lesenfants sont plus grands.»

Mais souvent, avant même de penser à lafrancisation, se pose le défi des person-nes sous-scolarisées qui n’ont pas étéalphabétisées dans leur langue d’origine,

fait observer une intervenante. Il y a unvide à combler de ce côté en terme deservices. Pour le moment, « il n’y a pasun organisme, une commission scolairequi peut combler ce besoin».

Une suite très concrète de cette journéede réflexion pourrait bien être l’élabora-tion d’un document de référence. «Nousaimerions réaliser un répertoire desorganismes du Sud-Ouest qui aident les

personnes immigrantes, un répertoiredes endroits où elles peuvent trouver dusoutien», indique Carole Boucher, coor-donnatrice du CEDA.

Pour en savoir plus, visiter le

www.ceda22.com/

ou téléphoner au 514-596-4422

Cet article est paru dans l’édition du18 décembre 2008 de la Voix Pop. n

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«Mieux vivre ensemble» Quartier Hochelaga-Maisonneuve

C’est au Château Dufresne que l’organisme ALPA avait invité Madame Rivka Augenfeldà présenter l’histoire migratoire du Québec aux représentants d’organismes du quartierHochelaga-Maisonneuve.

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> suite ci-contre en haut

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Identité d’un soirDans le quartier AhuntsicFLORENCE BOURDEAUL’auteure est directrice du Carrefour d’aide aux nouveaux arrivants.

Situé depuis près de 30 ans dans le quartier Ahuntsic, le Carrefour d’aide auxnouveaux arrivants a comme mission de favoriser la participation économiqueet sociale des personnes immigrantes à la société québécoise en les appuyant etles accompagnant dans leur parcours d’intégration. Ayant bâti son histoire sur l’accueil fait aux personnes de toutes origines et detout statut, c’est donc tout naturellement, dans le cadre des Rencontres de laTCRI intitulées «Agir pour intégrer», que le CANA a choisi d’offrir une soirée portesouvertes sur ses activités.

Portes ouvertes au CACI Ressource importante en intégration socio-économique des personne immigrantesdans l’arrondissement Bordeaux-Cartierville depuis plus de quinze ans, le CACI offredes services individuels et collectifs dans cinq grands secteurs d’activités : accueil etétablissement, formation et francisation, employabilité, recherche et sensibilisationet vie communautaire.

L’activité du CACI pour la Rencontre nationale du 4 décembre dernier s’est dérouléesous la forme d’une journée portes ouvertes. L’organisme y a présenté certains de sesprojets sous la forme de DVD, livre de recettes, matériel pédagogique tout en sensi-bilisant les visiteurs à ses activités. Une occasion aussi pour le CACI d’échanger avecses partenaires sur les facteurs qui favorisent ou limitent l’intégration. n

Pour en savoir plus, visiter le www.caci-bc.org/ ou téléphoner au 514-856-3511

Sur la photo, dans l’ordre habituel: Christelle Lebourgeois-projet du PPE (projet préparatoire à l’emploi) et Mianta Andriamiadana du projet SIPPE

(Services intégrés en périnatalité et en petite enfance.

> Quartier Hochelaga-Maisonneuve

C’est d’ailleurs ici qu’entre en jeu toute laquestion des obstacles à la communica-tion en intervention dans un contextede diversité. «L’écoute et l’ouverture àl’autre, explique Marie-Claire Rufagari,coordonnatrice de la formation à la TCRI,sont d’autant plus nécessaires lorsqueles valeurs et les repères culturels de lapersonne à aider sont différents desnôtres. La langue, les préjugés, le senti-ment d’isolement, la perte de repères, levécu personnel de chacun, sont autantde filtres ou d’obstacles à une interven-tion efficace.»

Invités à présenter leurs questionnementsliés à la diversité, les participants à cettejournée se sont d’abord répartis engroupes de discussion afin de nommer lesirritants, les malaises et les inconforts dechacun(e) en contexte interculturel.Coordonnateur de projets pour la Fon-dation de la Tolérance, Zakaria Linganeétait l’animateur tout désigné pour per-mettre à chacun(e) de s’exprimer.

Sans censure, les participants ont expriméla peur de l’effacement de l’héritage cul-turel du Québec (notamment le recul dela langue française et l’oubli des tradi-tions catholiques). La crainte de la pertedes acquis tels que l’égalité homme/femme et la non-ingérence de la reli-gion (notamment à travers l’image duvoile islamique) ont été cités commemalaises. Parmi les irritants, les inter-venant(e)s ont soulevé l’insuffisance desressources offertes pour les immigrants(surtout en région), le sous-financementet la technocratie. De plus en plus, l’in-tervenant(e) travaille sous pression(économique et bureaucratique) et doitsolutionner une situation humaine dansun minimum de temps, avec un mini-mum d’argent et un manque de ressour-ces. Enfin, les participants ont tous sou-ligné le manque de lieux d’échange pourdévelopper une stratégie commune etadapter leurs interventions à la lumièredes expériences de chacun(e).

L’envie exprimée par les participants desuivre des formations auprès de spécia-listes de l’intervention en contexte inter-culturel prouve à quel point le besoin etl’intérêt pour de telles journées d’échangeet de partage est nécessaire. n

Pour en savoir plus, consulter

le www.alpaong.com/

ou téléphoner au 514-255-3900.

Dans l’arrondissement Ahuntsic où lephénomène de la migration reste rela-tivement nouveau, les intervenants desdifférents organismes et institutions sontde plus en plus confrontés aux immi-grants récents, sans bien connaître lemode d’intervention adapté, ni les réa-lités de cette clientèle. Pour ces raisons,le CANA a invité l’ensemble de ses parte-naires communautaires et institution-nels à une soirée d’informations placéesous le signe du parcours migratoire.

Dès leur arrivée, les participants se sontvus remettre des papiers d’immigrationfactices. Résident permanent, deman-deur d’asile ou réfugié, chef de famille oucélibataire, francophones ou allophones,médecin ou professeur, les invités ontendossé une identité et une histoire nou-velles, le temps de la soirée. Munis deces documents, ils ont pu commencer lavisite des différents espaces de leur par-cours d’intégration. Pour l’occasion,chaque bureau de chaque intervenant

présentait un thème lié à l’intégrationsocioprofessionnelle: recherche de loge-ment, garderie et école, employabilité,apprentissage de la langue. Ultimement,nos participants étaient invités à passeren ligne un test de citoyenneté.

Au-delà de ce parcours migratoire sim-plifié, les différents invités ont eu l’oc-casion d’échanger avec les intervenantesdu CANA, la professeure du CREP (Cen-tre de Ressources Éducatives et Péda-gogiques) qui assure quotidiennementles cours de francisation et quelques-unsdes bénévoles et des participants duCANA. Pour l’occasion, les étudiants enfrancisation avaient préparé un buffetcomposé de spécialité de leurs pays (Cuba,Mexique, Colombie, Brésil, etc). Ils pré-sentaient également leurs projets réali-sés dans le cadre des cours du CREP dontune superbe table des morts mexicaine.

Ainsi, cette soirée que le «hasard» ducalendrier a placé 5 jours avant les élec-

«Merci de m’avoir faire comprendre à quel point rien n’est simple quand on s’installe dans un nouveau pays d’accueil» est le plus juste compliment des invités à cette soirée portes ouvertes.

tions provinciales a été l’occasion pourles candidats présents de pouvoir con-fronter leur vision de l’accueil des nou-veaux arrivants et de l’intégration avecla réalité vécue par les personnes issuesde l’immigration récente. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.cana-montreal.org

ou téléphoner au 514-382-0735

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Raymond BachandDéputé d’OutremontMinistre du Développement économique,de l’Innovation et de l’ExportationMinistre responsable de la région de Montréal

5450, ch. de la Côte-des-NeigesBureau 115 Montréal (Québec) H3T 1Y6 Tél. : 514-482-0199

Je vous souhaite une très bonneannée remplie de joie,

de bonheur et de prospérité!

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Différencier le dangerTémoignages de réfugiésJULIE JEANNOTTEL’auteure est travailleuse sociale, intervenante au programme de parrainage collectif de l’organismeAction Réfugiés Montréal.

Ce sont les témoignages de Marguerite, Joy, Claudette, Bridget, Maryam etDuval que les nombreux visiteurs ont pu entendre lors de l’événement, «La pro-tection des réfugiés : Une exposition vivante!» le 4 décembre dernier. Les par-ticipants ont témoigné du grand besoin de protection qu’ont les réfugiés àl’étranger et ici-même, au Canada, en relatant leurs expériences, les défis et lesobstacles auxquels ils ont dû faire face tout au long de leur parcours. L’orga-nisme souhaitait surtout sensibiliser la population à l’importance du droit à laprotection pour les réfugiés.

Étudiants, bénévoles, défendeurs desdroits des réfugiés, gens de différentsorganismes communautaires et Égliseset du MICC1, sont venus entendre maissurtout apprendre des participants. Cesparticipants ont tous bénéficié des ser-vices d’Action réfugiés Montréal (ARM) àtravers ses trois programmes: Jumelage,parrainage collectif et détention.

« J’ai quitté mon pays à cause de l’in-sécurité et du manque de protection,…victime de plusieurs agressions et de violation des droits de la personne »,témoigne Marguerite qui a vécu la guerrepolitico-ethnique qui fait rage auBurundi depuis 1993. Ayant été victimede violence, de menaces et d’intimidation,en plus d’avoir perdu plusieurs membresde sa famille, Marguerite a été contraintede fuir le Burundi en 2002, pour sauversa vie. Elle s’est enfuie vers le Kenya,demeurant à Nairobi pendant plus decinq ans. Mais elle n’y a pas trouvé lasécurité escomptée. Une femme réfugiée,se retrouvant seule dans un grand cen-tre urbain, est très vulnérable. Elle y ad’ailleurs été victime de nouvelles ten-tatives d’agression et a perdu de nom-breux amis. ARM a entamé les procé-

dures de parrainage en 2003. Margueritea trouvé refuge au Canada cinq annéesplus tard, acceptée comme réfugiée. «Icila vie et surtout ma sécurité sont assuréeset je suis dans une société où il y a laprotection de la personne». Marguerite, complète présentement lescours préalables à son admission au pro-gramme de soins infirmiers. Elle est aussijumelée à Anne depuis novembre dernierdans notre programme de jumelage.

Née au Burundi, Claudette quant à ellea dû quitter son paysnatal avec ses deuxenfants en 1997, suiteà des menaces pour savie, étant ciblée pourson origine ethnique.Établie en Gambie,elle a œuvré pour la défense des droitsdes femmes et est devenue directrice del’organisme Women Center for Educa-tion and Empowerment. Mais après avoirdénoncé la situation des femmes enGambie, elle ne pouvait plus y vivre. Nepouvant non plus retourner au Burundi,elle a alors quitté pour le Canada où ellea revendiqué le statut de réfugiée. Loind’être au bout de ses peines, Claudette

a été détenue à sonarrivée à la frontièrede Lacolle: «Avec mesdeux enfants, alorsâgés de 15 et 13 ans,nous avons été dé-tenus à la frontière

pendant deux jours. Nous avons ensuiteété transférés au Centre de Préventionde l’Immigration où nous avons étédétenus pendant environ 3 semaines…».Motif de la détention: identité, bien queClaudette ait présenté sa carte nationaled’identité ainsi que les certificats denaissance de ses enfants. Le gouverne-ment canadien a exigé une vérificationde son document d’identité auprès de

son ambassade avant de les libérer. Claudette a répondu aux nombreusesquestions des visiteurs, la majorité por-tant sur les conditions de détention, letravail qu’ARM y effectue, commentl’organisme entre en contact avec lespersonnes détenues, etc. Ce qu’elleretient de l’événement du 4 décembredernier : « Ça m’a transformée. ARMrefuse d’être indifférent sur cette tristeréalité qui se passe au Canada. On te ditque tu es un danger. ARM reconnaît queles réfugiés ne sont pas des dangers maisEN danger…».

Claudette travaille présentement à tempspartiel. Elle est jumelée à Judy. Sesenfants s’intègrent bien, étudient à l’é-cole secondaire et sont membres d’é-quipes sportives. La famille est toujoursen attente de son audience devant laCISR2, audience qui déterminera si lestatut de réfugié leur sera accordé ets’ils pourront demeurer au Canada. 18mois d’attente, de questionnements etd’inquiétudes. n

Pour en savoir plus sur ARM,

téléphoner au 514-935-7799

souligner la diversité culturelle au sein dela communauté universitaire et à pro-mouvoir le métissage et le rapproche-ment interculturel.Un kiosque offrait aux visiteurs une acti-vité interactive sous la forme d’un jeuquestionnaire. On y faisait également lapromotion du jumelage linguistique et dela sensibilisation aux apports positifs liésà l’interaction entre les cultures. Un ate-lier sur la communication interculturellea également été offert.

Jumelage linguistiqueCe programme consiste à jumeler deuxpersonnes de langues différentes, parexemple un francophone et un hispa-nophone. Les participants s’engagent à serencontrer au minimum une fois parsemaine durant une heure au cours delaquelle la moitié du temps sera parlée enfrançais et l’autre moitié en espagnol.Les participants sont donc à la fois étu-diants et professeurs. Ce programme ren-contre un franc succès, autant auprèsdes nouveaux arrivants que des gens d’iciqui veulent apprendre une autre langue.

Son point fort concerne l’intégration desnouveaux arrivants. Les personnes se rencontrent, s’écoutent, s’apprivoisentet s’entraident. Il y a un climat d’ouver-ture, de tolérance, de bienveillance et derespect chez les participants. Par ailleursle nouvel arrivant se sent valorisé enapprenant au Québécois ou au fran-cophone sa langue et sa culture d’ori-gine. De son côté, le Québécois s’ouvre àune autre culture grâce à la langue.

Bien que ce soit principalement des étu-diants de l’UQAM qui participent aujumelage linguistique, le projet estouvert à toute personne désireuse de s’yimpliquer. L’enthousiasme est presqueunanime, comme en témoigne Karine :«nos compétences linguistiques respec-tives se sont grandement améliorées,ma jumelle intégrera bientôt le marchédu travail québécois et je participerai àun échange (organisé par l’UQAM) enArgentine. Nous sommes devenues degrandes amies. » n

Quand 150 pays se croisentLa diversité à l’UQAMSTELLA KUKULJANAccueil et intégration des nouveaux arrivantsCentre d’écoute et de référence Halte AmiRécipiendaire du prix Mérite en francisation des nouveaux arrivants 2008

À eux seuls, les étudiants et profes-sionnels de l’UQAM représentent plus de150 pays différents. C’est dans cet espritque le Centre d’écoute et de référenceHalte-Ami organisait, le 4 décembredernier, une activité spéciale visant à

Pour en savoir plus visiter le www.ecoute.uqam.ca/ ou téléphoner au 514-987-8509

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Une femme réfugiée, se retrouvant seule dans un grand centre urbain,

est très vulnérable.

1-Ministère de l’immigration et des communautés culturelles

2-Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Le public au rendez-vousBENJAMIN VACHETL'auteur est journaliste indépendant.

Malheur aux retardataires qui ont dû se rabattre sur leurs seuls pieds poursuivre le débat des panélistes chargés de réfléchir au modèle d’accueil des immi-grants à la sauce québécoise: l’auditorium de la Bibliothèque nationale affichaitquasiment salle comble, le 5 décembre dernier.

Ils n’étaient pas venus chercher des réponses, mais des éléments de réponses. Des pistes,des arguments, des idées… Réfléchir ensemble pour agir, pour mieux agir plus exacte-ment. Car ce sont eux, ces centaines d’anonymes massés dans la Bibliothèque nationalepour assister à la rencontre de la Table de concertation des organismes au service despersonnes réfugiées, immigrantes et sans statut, qui travaillent quotidiennement àrendre le modèle d’intégration québécois efficace et cohérent. Au total, plus de 270 personnes avaient fait le déplacement pour assister aux joutesverbales de l’historien Éric Bédard, du philosophe Daniel Weinstock, de l’avocateJohanne Doyon et du directeur de la Maison internationale de la Rive Sud, Noured-dine Belhocine, sur le thème «L’intégration des immigrants au Québec: un modèleavant-gardiste mais imparfait». Ce modèle, ils en connaissent les forces et les faiblesses. Depuis longtemps, le gou-vernement provincial a délégué au milieu communautaire la lourde responsabilité d’assurer le «vivre ensemble» de notre société pluri-culturelle. Véritable trait d’unionentre la population accueillie et la société d’accueil, ils sont le visage de ce modèleunique au monde. Et c’est un peu leur travail qui est mis à mal et remis en causelorsqu’éclatent les bulles médiatiques promptes à faire vendre du papier. Voilà pourquoi la question les intéresse, les anime, les mobilise. Au détour des petitesséquences vidéos tournées avec certains d’entre eux, les doutes apparaissent que nesauraient effacer les succès. Tous savent qu’il reste du chemin à faire.

Annick Germain donne un carton rouge au publicAttentive pendant les débats, la foule s’anime quand vient le temps de participer. Sondépar le journaliste Léo Kalinda sur des questions aussi diverses que «Est-il réalistepour un immigrant de travailler dans son domaine?» ou encore, «Les immigrants ont-ils tous les droits et aucune responsabilité», le public s’amuse devant l’incongruité deces questions en agitant les cartons, côté vert pour le «vrai », côté rouge pour le«faux». La réalité du terrain, ils la connaissent. Ici, rares sont les préjugés exprimésvoulant que les immigrants viennent «voler le travail des pures laines» ou «s’en-richir sur le dos de la société québécoise». La longueur du parcours, le courage pourtout quitter, tout recommencer, les difficultés rencontrées bien après l’arrivée, toutcela, les auditeurs le savent. Mais ils savent également que leur travail est essentielpour continuer d’avancer et construire chaque jour ce modèle de qualité. Quand l’animateur prend le pouls du public pour savoir si les personnes immigrantesau Québec ont modifié leurs habitudes de vie, la face rouge s’agite. Annick Ger-main, professeur-chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique, nemanque pas de s’en amuser. «Vous êtes gonflés! Et dans vos habitudes alimentaires,alors?», leur rétorque-t-elle. Amusant en effet, lorsqu’on vit à Montréal et jouis-sons des spécialités du monde entier. Mais n’est-ce pas le signe que cet apport est jus-tement accepté comme une douce évidence, une richesse intégrée, preuve que lasociété se construit dans cette diversité positive?

La faible présence du public de la rue relativise, malheureusement, la portée deséchanges. «Ne prêche-t-on que pour des convaincus?», s’interrogent certains. Poursûr qu’il aurait eu bien des choses à apprendre, ce public de la rue, et que l’on peutregretter son absence. Pour sûr aussi, que l’annihilation des préjugés est une étapeincontournable pour permettre d’intégrer. Trop souvent utilisées à des fins parti-sanes, les questions relatives à l’immigration et aux immigrants restent encore troppassionnées, loin d’une réalité qu’il est de bon ton de rappeler : le pays a besoin deces immigrants. Mais gageons tout de même que le travail des organismes communautaires permet-te de faire passer le message et de créer la rencontre afin de mieux se comprendreet cohabiter. Car au final, tout le monde aurait à y gagner. n

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Les travailleurs immigrantssont en moyenne plus jeuneset plus scolarisés que lestravailleurs canadiens?

VraiEn 2007, sept immigrants sur dix (72%)ont moins de 35 ans.28,9% ont 17 années de scolarité et plus(2e cycle universitaire), contre 20,8 %pour la population québécoise.

Vrai ou faux?Les nouveaux arrivants qui ont déjà comme langue maternellele français s’intègrent beaucoup plus rapidement que ceux quidoivent apprendre la langue?

FauxSelon les données du SITO, les immigrants francophones ne sont pas nécessairementfavorisés car ils vivent quand même des étapes difficiles d’intégration et ne s’accor-dent pas toujours suffisamment de temps pour vivre cette intégration et l’accli-matation à leur communauté d’accueil. Les cours de francisation aident entre autreà apprendre les coutumes, l’histoire, les valeurs et la culture de la société d’accueil.

Quand les nouveaux arrivantsobtiennent la reconnaissancede leurs études effectuéesdans leur pays d’origine, il leur est plus facile d’avoirun emploi au Québec?

FauxLa reconnaissance émise par immigra-tion Québec ne donne pas nécessaire-ment accès à un emploi puisque lesordres professionnels ont des exigencesbloquant souvent l’accès à l’emploi.

Le temps d’attente pour lescours de francisation àGatineau est le même quepour les cours d’anglicisationà Ottawa?

FauxÀ Ottawa, les nouveaux arrivants ontaccès à des cours de langue dans un délaid’une semaine alors que du côté deGatineau, il peuvent devoir attendrejusqu’à neuf mois avant de débuter lescours.

D’après une idée originale de Accueil-Parrainage Outaouais

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

La régionalisation, avec raison!

De la survie à la vieL’intégration des nouveaux arrivants en Outaouais SAID FENAOUI

LAURA NOYER

HAMILTON CIDADE

PASCALE ROMAINLes auteurs travaillent depuis plusieurs annéesauprès des personnes immigrantes et formentl’équipe de régionalisation du Collectif.

Le 4 décembre dernier, le Collectif atenu une activité sur le thème de larégionalisation des immigrants dansle cadre de l’événement «Agir pourintégrer, l’action communautaire aucœur de l’accueil des immigrants ».L’événement a regroupé une quaran-taine de participants composés de personnes immigrantes intéressées às’installer en région, de personnesimmigrantes déjà installées en région,d’organismes de différentes régionsqui travaillent à l’intégration des per-sonnes immigrantes et d’employeursqui travaillent avec succès avec lamain-d’œuvre immigrante.

Après avoir brossé un portrait de l’im-migration au Québec et de ses retombéespositives, Guillaume Vaillancourt, du Mi-nistère de l’immigration et des commu-nautés culturelles, a traité des enjeuxculturels en milieu de travail et donnéquelques outils pour comprendre la cul-ture, et des moyens pour pouvoir com-poser avec cette diversité au travail : «Secomprendre à demi-mots en milieu inter-culturel, c’est risqué. Il faut savoir ob-server pour comprendre et ne pas hésiterà expliquer».Cette diversité, Jacques Munger en con-naît quelque chose. Celui-ci est venutémoigner de façon convaincante desexpériences enrichissantes vécues avecle personnel issu de l’immigration ausein de son entreprise abitibienne.Opérant un laboratoire minéral de py-roanalyse, l’entreprise n’arrivait pas àcombler ses besoins de chimistes. Elle adonc choisi de se tourner vers la main-d’œuvre immigrante qui compte des personnes fortement qualifiées dans cedomaine. Monsieur Munger a d’ailleursprofité de son passage à Montréal pourorganiser une séance de recrutement dechimistes après l’événement.

Un choix de vieFaire connaître aux nouveaux arrivantsl’option de la régionalisation ainsi queles différentes régions du Québec pourleur permettre d’effectuer un choixéclairé est un des défis auquel s’attèleLe Collectif depuis plusieurs années. Pour

cela, l’organisme s’entoure de partenaireset représentants régionaux dont certainsétaient présents le 4 décembre dernier.Ainsi a-t-on pu découvrir par le biais duRegroupement interculturel de Drum-mondville que la région offre d’excel-lentes opportunités de travail aux per-sonnes œuvrant en informatique et sessecteurs connexes ; que l’organismePortes ouvertes sur le Lac accompagneles personnes immigrantes au Lac-Saint-Jean ; ou encore que le Centre Saint-Michel de Sherbrooke développe despartenariats spécifiques avec le milieuscolaire et réussit d’audacieux maillagesentre les immigrants et les entreprises.Finalement, comme le résume une inter-venante: «Vivre en région, ce n’est pasune option par défaut, c’est un véritablechoix de vie!»

Plusieurs personnes immigrantes étaientégalement venues témoigner de la réus-site de leur intégration en région, y com-pris sociale et linguistique: «Lorsqu’ils sont arrivés au Québec, ilsne parlaient pas un mot de français, nid’anglais. Nous devions communiqueren signes ! » a partagé Said Fenaoui,responsable de la régionalisation au Col-lectif, en parlant de Svetlana et SergiuAndronic. Et c’est avec assurance quemadame Svetlana Andronic a poursuivien racontant qu’elle avait été accueillieà bras ouverts au Lac Saint-Jean et qu’onl’avait accompagnée dans toutes lesétapes de l’installation de sa famille et deleur recherche d’emploi. C’est aussi avechumour qu’elle a fait allusion aux motset expressions québécoises qu’elle necomprenait pas au début. Puis elle a tenuà démentir certains préjugés : «On nes’ennuie jamais en région… Nous rece-vons plusieurs invitations, le téléphonesonne tout le temps!».

Concrètement, l’activité a permis deréaliser que la régionalisation de l’im-migration est une option gagnante: lesemployeurs ont cruellement besoin demain-d’œuvre qualifiée et il existe parailleurs des organismes qui aident lespersonnes immigrantes à faciliter leurintégration en région. Nul doute que lesdifférents témoignages ont donné lapiqûre à plusieurs participants qui con-sidéreront plus que jamais cette optioncomme un véritable choix de vie.

Pour en savoir plus, visiter le www.cfiq.ca

ou téléphoner au 514-279-4226 n

MANUELLE ANN BOISSONNEAULTL’auteure est journaliste indépendante et membred’Accueil parrainage Outaouais.

Réunissant plus d’une soixantaine deGatinois provenant de sphères variéeset impliqués dans l’intégration desnouveaux arrivants, Accueil-ParrainageOutaouais (APO) tenait, le 4 décembredernier, une soirée de conférence et dediscussions sur les enjeux de l’inté-gration des nouveaux arrivants dans ledomaine de l’employabilité, de la fran-cisation et de l’accès aux services desanté. Une question centrale a guidé ladiscussion: comment favoriser le pas-sage de la survie à la vie pour les nou-veaux arrivants?

Afin d’encourager la discussion autourde trois enjeux principaux et de tenter detrouver des solutions pour déconstruireles préjugés, des groupes ont été forméset la réflexion a été bonifiée par la pré-sence de trois conférenciers invités.

EmployabilitéEn 2007, l’Outaouais accueillait 1131nouveaux arrivants soit 3% de tous lesimmigrants au Québec (Source MICC).Parmi les multiples enjeux auxquels fontface ces nouveaux arrivants, celui del’employabilité est sans contredit le plusdéterminant. Malheureusement, il est encore difficilepour des nouveaux arrivants de s’intégrercomplètement au marché du travail qué-bécois, notamment en raison des bar-rières de la langue et de la reconnaissancede la formation acquise dans le paysd’origine, même si près du tiers d’entreeux détiennent dix-sept années de sco-larité et plus, soit l’équivalent d’un 1er

cycle universitaire.Pourtant, comme le confirme RobertMayrand, directeur du Service intégra-tion travail Outaouais (SITO), «l’intégra-tion des nouveaux arrivants passe parl’emploi».Il s’agit là d’un des enjeux primordiauxsoulevé lors de la soirée et les partici-pants mentionnent qu’une pression devraêtre exercée auprès des ordres profes-

sionnels afin qu’ils soient plus flexibles àintégrer des professionnels provenantdes quatre coin du monde.

FrancisationLe thème de l’employabilité est néces-sairement relié au thème de la francisa-tion. Il a été soulevé qu’à Ottawa, lesnouveaux arrivants peuvent avoir accèsà des cours d’anglicisation dans un délaid’une semaine alors qu’à Gatineau lesdélais peuvent s’étendre à neuf mois,selon APO. Il s’agit là d’un très graveproblème puisqu’un nouvel arrivant quise retrouve isolé par la langue ne peuts’intégrer à la société et ne peut réaliserles activités de bases nécessaires à sasurvie en société tel que les achats àl’épicerie, l’ouverture d’un compte debanque, la communication avec les pro-fesseurs des enfants, etc. Il faut ainsi prioritairement, comme le mentionnaitJean-Paul Perreault, président d’Impératiffrançais, «augmenter les ressources enfrancisation afin d’augmenter le nom-bre d’heures dédiées à l’apprentissage dufrançais et réduire le temps d’attentepour y avoir accès en faisant pressionsur le ministère».

Par ailleurs, il faut noter que les coursde francisation aident à apprendre lescoutumes, l’histoire, les valeurs et la cul-ture de la société d’accueil. Selon lesdonnées du SITO, les immigrants fran-cophones ne sont pas nécessairementfavorisés dans leur intégration car ilsvivent quand même des étapes difficileset ne s’accordent pas toujours suffisam-ment de temps pour vivre cette intégra-tion et l’acclimatation à leur commu-nauté d’accueil. Une conclusion soulevéeen ce sens lors des discussions est l’im-portance de favoriser l’intégration enmilieu de travail au même titre que lesjeunes bénéficient de classes d’accueildans les écoles.

Accès aux services de santéLa crise dans le système de santé del’Outaouais n’épargne pas les nouveauxarrivants. La difficulté à voir un profes-

sionnel de la santé et à consulter unmédecin est encore plus problématiquechez les nouveaux arrivants, expliqueCecilia Ponce de la Maison de la famillede Gatineau qui a déjà œuvré à la COOPde santé d’Aylmer comme travailleusesociale. Selon elle, certains nouveauximmigrants peuvent arriver avec des ma-ladies chroniques et des problématiquesde santé lourdes qui nécessitent un suiviserré et constant. Or, si le système accom-pagne les réfugiés pendant un an, il en vatout autrement des immigrants éco-nomiques laissés à eux-mêmes, ce quin’est pas évident pour eux car ils ne con-naissent pas les rouages du système desanté.

Parmi les suggestions proposées par lesparticipants, une infirmière du Centrede santé et des services sociaux deGatineau (CSSSG) mentionnait l’impor-tance de faire de la sensibilisation auprèsdes nouveaux arrivants. Elle donne enexemple l’isolement que peut s’imposerun nouvel arrivant lors de son premierhiver québécois en raison de la tem-pérature rigoureuse. «Si on lui expliquel’importance de sortir malgré le froid etqu’on l’avise des conséquences du man-que de lumière sur sa santé, il saura cer-tainement mieux faire face à la saisonhivernale», affirmait-elle.

Apprendre à mieux se voir, connaîtrel’autre et respecter la réalité de chacun,voilà ce qui ressort de cette rencontreoù les acteurs de l’intégration des nou-veaux arrivants en Outaouais se sontconcertés pour voir comment favoriserl’intégration afin de vivre ensemble enprofitant de nos différences. De nom-breuses actions sont encore nécessaireset les acteurs continueront de revendi-quer plus de ressources afin de rendreplus facile le passage de la survie à la viepour les nouveaux arrivants.

Pour en savoir plus, visiter le

www.apo-qc.org/site/

ou téléphoner au 819-777-2960 n

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

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«Fais comme chez toi, mais n’oublie pas que tu es chez moi»Les modèles républicain et multiculturelont montré leurs limites dans plusieurscas et ne peuvent prétendre aujourd’huiau monopole en matière de gestion de ladiversité. Le Québec confronté à la mêmequestion cherche une position médianeentre le forcing assimilationniste et lecommunautarisme ethnique. Le prag-matisme dont il fait preuve et le rejet detoute idéologie intégrationniste l’inci-tent à conjuguer ce qu’il y a de bon dansles modèles établis. En somme, la con-vergence culturelle prônée avec l’inter-culturalisme qui la sous-tend commemode d’action mis de l’avant depuisquelques années serait une forme hy-bride. Du modèle assimilationniste à lafrançaise, elle emprunterait cette volontéde niveler les différences culturelles parla convergence vers un noyau dur (coresociety) qui serait constitué des valeursfondamentales de la société d’accueil ;du multiculturalisme, elle emprunteraitcette capacité à reconnaître et à respec-ter les différences culturelles dans unesociété plurielle. En effet, les politiques d’immigration duQuébec, tant dans la recherche d’un minimum de contrôle par rapport aupouvoir fédéral que dans les stratégiesd’intégration, obéissent à certaines con-sidérations liées au contexte historique etsocio-politique. D’abord, le Québec s’affiche non pascomme une sociétémulticulturelle maisplutôt comme unesociété francophone,ce qui n’est pas for-cément antinomiqued’une société plurielle. La question estalors de savoir comment favoriser la con-vergence des immigrants vers cettesociété francophone dans un contextecanadien multiculturel, fort séduisantau demeurant pour les tenants de lapréservation des identités respectives. Ensuite, la question nationale vientbrouiller quelque peu les cartes, plaçantde facto l’immigrant dans une positionpour le moins inconfortable. C’est ce quis’est passé au référendum de 1995. Ceciexpliquant cela. La question serait alorsde savoir comment dans le contexte dumulticulturalisme national, proposer auQuébec une démarche susceptible dedévelopper un sentiment d’appartenancetout en respectant la pluralité et les dif-férences culturelles. C’est là qu’intervientle concept d’interculturalité qui suggèrede travailler sur la qualité des relations

entre communautés par le dialogue etle débat. Enfin et dans une moindre mesure, com-ment éviter que l’immigration puissecompromettre l’évolution normale de lasociété vers une forme de laïcité. Nousavons connu quelques épisodes média-tiques ou des moments lors du débat surles accommodements raisonnables quilaissent croire que la préoccupation estbien réelle dans la société. Les demandesd’accommodement à connotationreligieuse étaient perçues comme unrecul de la laïcité et un retour vers unQuébec ante révolution tranquille. La volonté du gouvernement actuel defaire signer un contrat moral, aussi sym-bolique soit-il, au candidat immigrant,lui rappelant l’importance de respecter lesvaleurs du Québec traduit bien à notresens le malaise.

En fait, d’où vient le malaiseen question?La politisation soudaine de l’immigra-tion et son instrumentalisation par unparti politique qui cherchait à capitalisersur la question et le débat qui s’en estsuivi ont mis en lumière ces peurs col-lectives, au delà de la surmédiatisationévidente et du jeu politique. Si la légiti-mité de l’immigration n’a pas été remiseen question, on a par contre questionnéles capacités du Québec à intégrer les

personnes immigrantesdans leur nombre etdans leur diversité. Leproblème est que dansla plupart des cas, lesinterventions se fai-

saient sur la base de cas marginauxextrêmes et médiatisés qui ont conduità des généralisations abusives. Or, commedans toute population, les immigrantscherchent dans leur majorité à améliorerleur vie tout en respectant les règles dujeu, avec dans les marges une faible pro-portion qui serait très intégrée (assimi-lée ?) et une autre qui connaîtrait desérieux problèmes d’adaptation. Lacourbe de Gauss est impitoyable! Faut-il rappeler que partout ailleurs l’im-migration est le cheval de bataille despartis radicaux et de leurs intellectuelsracistes. Le Québec, dieu merci, en estdépourvu.

Pour que la convergence se produise, leQuébec mise sur les services publics engénéral (santé, services sociaux, éduca-tion, etc.) qui doivent jouer leurs rôles

intégrateurs, à la fois dans leur accessi-bilité pour les personnes immigrantesmais aussi dans leur adaptation aux nou-velles clientèles issues de l’immigration.Dans ce domaine, et dans bien des cas, onen est aux balbutiements. Le modèlechoisi suggère aussi par ailleurs de met-tre à contribution plus largement la fonc-tion publique qui est censée réserver unereprésentation digne de ce nom auxcommunautés culturelles, eut égard àson poids dans le marché du travail maisaussi à sa charge symbolique. À cet égard,

Conjuguer ce qu’il y a de bon dans les modèles

établis.

il y a encore loin de la coupe aux lèvres!

Au delà du «traditionnel»partenariatEnfin, pour mener à bien sa politiqued’intégration des immigrants, le Québecs’appuie sur un réseau relativement densed’organismes communautaires spécia-lisés et financés qui complètent les ser-vices gouvernementaux. Il est indéniableque ce partenariat est fructueux et sertla clientèle. Cette démarche est pour lemoins originale et intéressante, pour

autant que les deux partenaires se por-tent plutôt bien. En raison de sa pro-ximité avec les besoins de la clientèle,de sa capacité à générer des projets, deson expertise, de sa philosophie, de sesfaibles coûts d’opération, etc., un orga-nisme communautaire représente unpartenaire de choix pour les services gou-vernementaux dans la perspective d’of-frir des services d’accompagnement auxpersonnes immigrantes. Un quelconqueaffaiblissement de l’un ou l’autre despartenaires risque fort bien de com-promettre sérieusement les bénéficesescomptés. Outre ce partenariat «traditionnel» entreles services d’immigration et les orga-nismes d’intégration, le gouvernementaffiche depuis quelque temps unevolonté de partager plus largement lesresponsabilités en matière de gestion del’immigration en mettant à contributionles autres ministères dans leurs champsrespectifs. Et, c’est tant mieux. Si le Québec réussit à faire de ses im-migrants-invités des copropriétairesrespectueux, alors, il aura réussit là oules autres ont échoué. n

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Lieu derencontre pour groupes et associationsafricaines

Serviced’accueil,d’orientation et deréseautage

Communautéchrétienne les1er dimanchedu mois à 10h30

Activités interculturellesetinterreligieuse,animationsafricaines

Heures debureau: lundiau vendredi9h00 à 17h00

1644 rue St-Hubert, Montréal (Qc) H2L 3Z3 (à 2 pas du métro Berri-UQAM)

514-843-4019 [email protected] www.centreafrika.com

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

poles, a transmis plusieurs notions im-portantes associées à l’intégration desnouveaux arrivants et quelques pistespouvant aider à répondre aux besoinsd’une clientèle diversifiée. Quatre panélistes ont par ailleurs pris laparole pour montrer comment chacunde leurs organismes répondait à laprésence d’une clientèle diversifiée:•Pour Alain St-Pierre, il a d’abord fallu

que son organisme, le Centre JeunesseMontérégie, réalise que sa clientèle d’origine étrangère pouvait exprimerune certaine résistance à l’endroit desintervenants, que cette résistance pou-vait nuire à la poursuite de la mission del’organisme et qu’elle nécessitait un

nouveaux arrivants entre 2002 et 2006 etde la volonté des instances de permettreà tous ces nouveaux arrivants de maxi-miser leur contribution au développe-ment de l’économie et de la démographiedu Québec.L’événement a permis aux participantsde mieux connaître le portrait de la cli-entèle immigrante de la Montérégie.Michèle Vatz Laaroussi, professeure detravail social à l’Université de Sherbrookeet responsable du Réseau de recherchesur l’immigration en dehors des métro-

Services publics et communautairesEnjeux et défis en Montérégie

ajustement. Cet ajustement s’est exer-cé par l’établissement d’une entente decollaboration avec un organisme dumilieu, notamment la Maison Interna-tionale de la Rive-Sud qui offre desservices de médiation culturelle.

•Mario Choquette, d’Emploi-Québec, aoffert une riche présentation sur l’en-semble des programmes destinés à laclientèle immigrante. Cette présenta-tion a donné l’occasion aux participantsde réaliser que l’ajustement peut pren-dre différentes formes dont l’élaborationde programmes spécifiques.

•Enfin, Anyela Vergara et Danielle Lavi-gne, de l’Association des familles soutiendes aînés de Saint-Hubert et du Centrede bénévolat La Mosaïque ont montrécomment leurs organismes respectifsrejoignaient très différemment la clien-tèle immigrante.

Comme les besoins des personnes immi-grantes ne diffèrent pas de ceux desmembres de la communauté majoritaire,ce constat a permis à l’une de réaliser lanécessité d’évaluer les causes de la faibleutilisation des services de son organismepar la clientèle immigrante et à l’autrela détresse et la précarité des conditionsde vie des personnes immigrantes et ce,malgré les acquis de cette clientèle (enl’occurrence leur niveau de scolaritéélevé).

En définitive, cette rencontre a fournil’opportunité aux participants de réali-ser que les gestes posés pour ajuster lesservices aux personnes immigrantes etréfugiées répondent à la demande d’uneclientèle de plus en plus présentes sur leterritoire. C’est là un objectif que nouspoursuivions et qui, nous croyons, a étéatteint. L’événement visait aussi à per-mettre aux participants d’exprimer leursopinions, de formuler des interrogationset de partager leurs expériences. Toute-fois, il aurait été intéressant d’entendredavantage les participants exprimer leursobservations quant à la présence de cetteclientèle et de savoir si cette présencesuscitait des difficultés dans l’offre deservice, si les participants cherchaient dessolutions pour mieux desservir cette clien-tèle et s’ils souhaitaient partager davan-tage avec d’autres organismes leursréussites et leurs difficultés quant à laprésence de cette clientèle. La MIRS est soucieuse de travailler enpartenariat avec l’ensemble des inter-venants de la région pour que les per-sonnes immigrantes et réfugiées puissents’intégrer le plus rapidement possible etqu’elles puissent agir sur le développe-ment de la société dans la mesure de leurcapacité. Elle croit que ces résultats pour-ront être plus facilement atteints si lesorganismes du territoire s’interrogent surleur apport et, qu’ensemble, ils cherchentà mieux adapter leurs services pour quela clientèle immigrante et réfugiées par-vienne à s’adapter. La MIRS considèredonc la possibilité de donner suite à cettepremière rencontre. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.mirs.qc.ca

ou téléphoner au 450-445-8777

FRANÇOIS VAILLANCOURT

Dans le cadre de sa participation à laRencontre nationale, la Maison inter-nationale de la Rive-Sud a organiséune demi-journée de réflexion sur lethème: «Une clientèle culturellementdiversifiée, un enjeu et un défi pourles services publics et les organismescommunautaires». Réalisé en collabo-ration avec le ROC-4M, un regroupe-ment d’organismes communautairesde la région, l’événement visait à

fournir aux représentants des orga-nismes publics et communautaires, l’occasion de réfléchir sur les besoinsdes clientèles immigrante et réfugiée,sur les modes d’intervention utiliséspour répondre à ces besoins et sur lesdéfis que la gestion de la demandepose aux services publics et aux orga-nismes communautaires.

Cette réflexion s’inscrit dans un con-texte de hausse du niveau d’immigrationau Québec, de l’arrivée de près de 210000

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Les jeunes de la MaisonnéeSLIM DAOUZLIL’auteur est intervenant social à la Maisonnée.

La journée de Rencontre Nationalevisant à traiter de l’action commu-nautaire au cœur de l’accueil des immi-grants a été l’occasion pour La Maison-née (service d’aide et de liaison pourimmigrants) de présenter deux de sesprincipaux programmes sous la formede tables rondes mettant en présencedes partenaires et intervenants desmilieux communautaires, du réseau desCarrefours jeunesse emploi, de l’en-seignement et des étudiants.

La réalité vécue par les jeunes immi-grants de 12 à 35 ans dans leur parcoursd’intégration à la société québécoise a puêtre revisitée à la lumière des sujets quipréoccupent les nouveaux arrivantsd’une manière générale : l’adaptationfonctionnelle, l’adaptation sociale etenfin l’adaptation culturelle. C’est ainsi que La Maisonnée a mis surpieds deux programmes spécifiques : •L’un concerne la lutte au décrochage

scolaire. Il se déroule auprès des élèvesde l’école Marie-Médiatrice et consis-te en un mentorat proactif entre un

étudiant et un bénévole. L’objectif estde permettre au jeune décrocheur dese construire un projet de carrièreet/ou de vie en lui apportant une aideet un accompagnement autant sur leplan scolaire que sur le plan psy-chologique, afin de lui redonner con-fiance.

•L’autre programme offre de l’aide auxdevoirs aux élèves des classes d’ac-cueil de l’école Père-Marquette des-tinées aux élèves nouvellement arrivésau Québec et qui ne maîtrisent pasencore suffisamment le français pourpouvoir intégrer les classes régulières.Ce programme, qui entre dans le cadre

de la prévention de la délinquance,permet aux jeunes de bénéficier d’unsoutien scolaire et psychosocial et deles aider à bien s’intégrer au Québec.Ils sont accompagnés tout au long del’année par des intervenants, des étu-diants stagiaires et des bénévoles.Parmi les outils développés, on relèvedes activités socioculturelles, des ate-liers, des sorties, le camp de jour et lesupport aux parents.

Mais une fois intégrés au système sco-laire, ces jeunes se maintiennent-ils auxétudes ? Quand vient le temps de seplacer sur le marché du travail, quelle est

la situation vécue par les jeunes desminorités visibles?La question est vaste, bien entendu, eta nécessité des participants aux tablesrondes qu’ils réfléchissent et débattentautour des questions du placement desjeunes des minorités visibles à Montréalet de la réalité des difficultés et desréussites pour rester attractif sur lemarché du travail. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.lamaisonneeinc.org

ou téléphoner au 514-271-3533

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Famille immigranteLa réalité des pères, qu’en savons-nous?PAOLINA ROMANL’auteure est coordonnatrice service emploi à l’Hirondelle.

Bien qu’au Québec la paternité soit un sujet de plus en plus d’actualité, ilexiste peu de données sur la paternité des immigrants et peu de modèles d’in-terventions sociales qui leurs soient spécifiques. Pourtant, la croissance de ladiversité culturelle a nécessairement un impact sur les services sociaux et desanté qui y sont dispensés, plus encore dans la métropole où le dernier recense-ment de 2006 établissait à environ 30% la population montréalaise issue del’immigration.

C’est dans ce contexte qu’une trentained’intervenant-e-s des organismes et desinstitutions de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal/Centre-Sud se sont réunisle 4 décembre dernier: un midi-causerieorganisé par l’Hirondelle (Services d’ac-cueil et d’intégration des immigrants),en collaboration avec le CSSS Jeanne-Mance. Objectif : traiter du thème de lafamille immigrante et réfléchir au vécudes pères immigrants. Ces pères, vivent-ils des situations par-ticulières ? Quels sont les impacts et les conséquences de la migration sur leur rôle de père ? Et sur la relationpères/enfants ? Quelles seraient fina-lement les pistes d’intervention à favo-riser auprès d’eux?

Voilà déjà plus de cinq ans que l’Hiron-delle a mis en place un projet dans ce sens,faisant suite à une réflexion des inter-venants impliqués dans une démarche derelation d’aide auprès des pères immi-grants. Stéphane de Busscher, agent decoordination du service de soutien auxhommes et pères immigrants de l’Hiron-delle explique : « Ces pères vivent unegrande perte de repères culturels et so-ciaux, une grande désillusion entre le rêvede l’immigration et la réalité une foisarrivée au pays d’accueil. (…) Face auxdifficultés d’intégration professionnelle, ils vivent un grand sentiment de culpa-bilité de ne pas pouvoir soutenir et pro-téger leur famille».De leur côté, les enfants s’adaptent plusrapidement aux valeurs de la nouvellesociété, ce qui amène parfois des incom-préhensions, voire des tensions, notam-ment quand les enfants arrivent à l’ado-lescence. L’absence de la famille élargie,

qui jouait autrefois un rôle de régulateurdes valeurs culturelles, vient accentuer cesentiment de perte de contrôle du rôleparental. Ces difficultés font vivre auxpères immigrants une grande détresseet de la souffrance.

Le projet mené par l’Hirondelle vise àaccompagner ces pères afin qu’ils retrou-vent un équilibre et un bien-être émo-tionnel par l’écoute, la compréhension, laformation et des rencontres interculturellesavec des pères québécois d’origine.

Conscients que la problématique est com-plexe et qu’il reste beaucoup à faire dansleurs milieux respectifs, les participants àce midi-causerie ont tenu à réagir demanière très collégiale. Avec les années,ils ont constaté que ce contexte de l’im-migration est venu changer leurs pra-tiques et façons de faire, y compris dansla composition de leurs équipes de travail,dorénavant plus multi-ethniques.

Parmi les réflexions soulevées, on relèvenotamment celles-ci :•Le sentiment que les familles immi-

grantes ont une certaine méfiance faceaux institutions et qu’elles ne per-çoivent pas toujours les intervenantscomme un soutien;

•Le besoin de traducteurs pour êtreassuré que les gens comprennent cequi est dit ;

•Au delà de la langue, il y a souvent desincompréhensions quant aux sens desvaleurs ;

•L’importance de sensibiliser davantagel’équipe de son organisme à cette réa-lité de la détresse psychologique despères: «une meilleure compréhension

du vécu des pères change ma percep-tion et donc va influencer mes inter-ventions auprès d’eux».

•Besoin d’une plus grande souplessedans nos interventions;

•Beaucoup de séparations chez les cou-ples immigrants, source de grandedouleur.

L’importance et la richesse de continuerà partager nos savoirs, nos pratiques etdéfis d’intervention auprès des pèresimmigrants et de leurs familles et de voirà des collaborations possibles se doiventd’être à la hauteur de la grande richesseapportée par les immigrants lorsque nousnous donnons les moyens de nous inté-

resser à ces personnes venant d’autrescultures. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.hirondelle.qc.ca

ou téléphoner au 514-281-5628

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Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

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«Embaucher un immigrant, pourquoi,comment ? » tel était le thème dudéjeuner-conférence organisé parl’AMPE-CITI en décembre dernier.L’événement réunissait les étudiantsen ressources humaines et les jeunesprofessionnels de la dotation autourdes défis que constitue l’adaptationdes pratiques de recrutement de lamain-d’œuvre immigrante. Comme entémoignait Yann Hairaud, directeurde l’AMPE-CITI, « le but de notre con-férence est avant tout de permettreaux futurs gestionnaires des ressourceshumaines de connaître les pratiquesnovatrices en matière de sélection depersonnel immigrant.»

Parmi les intervenants, Yves Jutras dela Direction régionale d’Emploi-Québeca dressé le portrait de l’évolution prévi-sible du marché du travail au cours desprochaines années, mettant notammenten évidence l’écart parfois importantentre les niveaux d’emploi des personnesimmigrantes et ceux de la populationquébécoise en général. Paradoxalement,les nouveaux arrivants sont en moyennedavantage diplômés que le reste de lapopulation. Selon lui, la situation démo-graphique actuelle du Québec rend indis-

L’embauche d’immigrantsUn choix d’investissement durableMAËLLE BOURGUIGNAT

FABIEN CORNULes auteurs sont conseillers en emploi AMPE-CITI

pensable la prise en compte de la richessede la main-d’œuvre immigrante afin de combler les besoins futurs des em-ployeurs québécois. Ce constat a étésouligné par Robert Vyncke, consultanten gestion de la diversité auprès desentreprises depuis plus de quinze ans.Celui-ci a particulièrement insisté sur lefait que les entreprises proactives enmatière de diversité, tant dans leur ges-tion des ressources humaines que dansleur processus de dotation font un choixd’investissement durable. Ce choix lesavantagera à terme face à leurs concur-rents. Il a également souligné que lechemin restant à parcourir par les insti-tutions publiques dans ce domaine étaitmalheureusement encore long.Des employeurs présents, certains ontdétaillé leurs pratiques en la matière.Véronique Biron, conseillère en ressourceshumaines, a témoigné des contraintesparticulières vécues avec des chefs d’é-quipe: «Les gestionnaires ont en généralbien assimilé la démarche de gestion dela diversité; ce sont les superviseurs quisemblent parfois plus difficiles à con-vaincre.» Dimitri Girier, représentant unefirme de génie-conseil reconnue pourles résultats de sa politique d’intégra-tion des personnes immigrantes, a pré-senté les initiatives originales mises enplace auprès du personnel, constitué àprès de 20% d’ingénieurs et techniciensissus de l’immigration.

La contribution du milieu communau-taire a été soulignée par Ahmed Sahboun,conseiller en emploi pour AMPE-CITI, àtravers la présentation des différentsservices que propose l’organisme, notam-ment pour la sensibilisation des em-ployeurs québécois à la gestion de ladiversité en emploi. Les nombreuses ques-tions de l’auditoire ont mis en évidencele grand intérêt que suscite la mise àjour des outils et des pratiques derecrutement auprès de la relève, quidéplorait par exemple l’écart parfoisimportant entre les théories dispenséesen cours et les gestes concrets sur le ter-rain. À cet égard, Yves Jutras remarquaitque le départ programmé des baby-boomers n’allait pas nécessairement setraduire par une refonte brutale des pra-tiques : certaines habitudes sont assezprofondément ancrées au sein des entre-prises et des institutions. Au final, leséchanges ont permis d’établir un paral-lèle intéressant entre la lutte pour l’in-tégration des femmes au marché dutravail québécois voilà un quart de siècleet celle des immigrants aujourd’hui: «ona l’impression d’avoir déjà vécu ça auQuébec. », constatait une consultantesenior en ressources humaines. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.ampe.ca

ou téléphoner au 514-987-1759

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Agir pour intégrer,l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

Marathon d’écriture et conférenceIci, je m’ancre en français !

Soixante personnes s’étaient réunies le 4 décembre dernier au Centre des congrèsde Rimouski sous la présidence d’honneur de monsieur Irvin Pelletier, député deRimouski, dans le cadre d’un colloque visant à sensibiliser des employeurs de larégion à l’embauche des personnes immigrantes. «Main-d’œuvre immigrante, des compétences à découvrir » était le thème choisipar Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent pour cette activité qui s’inscrivait dansle cadre plus large de la Rencontre nationale «Agir pour intégrer, l’action commu-nautaire au cœur de l’accueil des immigrants».Découvrir les compétences de la main d’œuvre immigrante ainsi que les servicesofferts par Accueil et intégration BSL aux personnes immigrantes afin de faciliterleur accueil et leur intégration socioéconomique étaient au cœur de la rencontre.Pour les employeurs, l’organisme a pu présenter les services qu’il est en mesure de leuroffrir: recrutement de candidats en fonction des besoins en main d’œuvre des entre-prises locales; séances d’informations à la Bibliothèque nationale; accompagnementdes candidats montréalais lors de l’entrevue d’embauche; gestion de la diversité cul-turelle; etc. n

Pour en savoir plus, visiter le www.aibsl.org ou téléphoner au 418 723-1986 poste 1595

Pour Monsieur Éric Forest, Maire de Rimouski : « l’intégration des immigrants est un outil important et capital pour le développement de nos municipalités». La MRC de Rimouski-Neigette est la première MRC du Québec à se doter d’unepolitique d’accueil, d’intégration et de rétention des personnes immigrantes.

La Rencontre Nationale de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées, immigrantes et sans statut des4 et 5 décembre derniers, a été l’occasion pour l’organisme PROMIS (Promotion – Intégration – Société nouvelle) de mettre sur pied

sa 1re Journée Emploi Formation. L’événement d’envergure a rassemblé 37 employeurs, des centaines d’emplois à combler et plus d’un millier de visiteurs, dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal. Le succès de cette activité a permis d’offrir des conférences,

de promouvoir la diversité et de faire découvrir à de nombreuses entreprises la qualité des candidats.Une deuxième édition de la Journée Emploi Formation est attendue pour 2009.

Pour en savoir plus, visiter le www.promis.qc.ca ou téléphoner au 514-345-1615.

Emploi des personnes immigrantesRéussir la régionalisation

Pour une deuxième année consécutive, leCARI St-Laurent organisait l’automnedernier un marathon d’écriture « Ici, jem’ancre en français !». Un événement spécial de valorisation del’apprentissage du français chez les nou-veaux arrivants prenant la forme d’ate-liers de création littéraire animés par desécrivain(e)s québécois(e)s et réunissantprès d’une centaine d’apprenant(e)s descours de français offerts par le MICC surl’île de Montréal, donnait lieu au lance-ment du recueil « Ici, je m’ancre enfrançais!»: les plus beaux des nombreux

textes produits lors du marathon y sontici réunis.

C’est au Musée des maîtres et artisansdu Québec de Ville-St-Laurent que setenait le lancement, ainsi qu’une con-férence «Agir pour intégrer en français»réunissant une demi-douzaine de pané-listes spécialistes. Ceux-ci ont notam-ment souligné l’importance d’offrir deslieux et des espaces en vue de favoriserl’usage du français pour une meilleureintégration des immigrants et cohésionsociale. Les objectifs de la conférence

étaient d’identifier l’intégration en fran-çais des immigrants comme un enjeuprioritaire pour les institutions québé-coises, de témoigner de la contributiondu réseau d’organismes communautaireset de ses partenaires pour l’essor social,économique, linguistique et culturel dela société québécoise, en facilitant lafrancisation des immigrants. n

Pour en savoir plus, visiter le

www.cari.qc.ca/

ou téléphoner au 514-748-2007

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La TCRI compte près de 30 ans de con-certation, de réflexion et d’action dansla sphère de l’immigration, de l’intégrationet de la défense collective des droits. LaTCRI, c’est un réseau de 131 organismes auservice des personnes réfugiées et immi-grantes au Québec.

Les organismes de la TCRI affirment, sansrelâche et sur diverses tribunes, l’impor-tance d’informer et de sensibiliser tousles acteurs de la société sur les enjeux etdéfis de l’immigration afin de bâtir uneopinion publique avisée et positive. Ilsréclament que des ressources appropriéessoient allouées aux acteurs de premièreligne que sont les organismes commu-nautaires d’intégration.

Depuis 1994, les organismes d’intégra-tion se rencontrent annuellement pourréfléchir et adapter leurs pratiques etinterventions en tenant compte des mou-vements migratoires et des besoins des

immigrants. Ces journées de réflexion ontpermis l’élaboration en 2005 d’une plate-forme commune, «CAP SUR L’INTÉGRA-TION», qui exprime la vision de l’intégra-tion des immigrants et présente les valeurset principes qui sous-tendent les pra-tiques des organismes.

En 2005, la TCRI a tenu un colloque dontle thème était «QUELLE IMMIGRATION,POUR QUEL QUÉBEC? Choix, enjeux, défiset perspectives» qui a réuni plus de 200personnes issues des organismes mem-bres de la TCRI et autres acteurs en lienavec l’accueil et l’établissement des personnes réfugiées et immigrantes. Les actes du colloque, disponibles surwww.tcri.qc.ca, permettent de constatercombien sont bénéfiques ces événementsde réflexion qui rassemblent et mobilisentles acteurs du quotidien. Nombreux ontété les participants à parler du renforce-ment des partenariats avec les différentesforces vives de la société pour unemeilleure reconnaissance de l’importancede l’immigration pour le Québec.

À cette occasion, les participants ontnotamment confié à la TCRI le mandat:•d’amener les instances politiques respon-

sables à rendre transparentes et dispo-nibles les ressources financières allouéesà l’immigration et l’intégration;

•de développer des stratégies pour attri-buer des ressources dans les servicespublics et les institutions afin de lesadapter à la diversité.

La Rencontre nationale des 4 et 5 décem-bre 2008 dont il est rendu compte danscette édition du Jumelé, s’inscrit dans lacontinuité des actions entreprises depuis30 ans pour améliorer l’intégration desimmigrants. n

Agir pour intégrer, l’action communautaire au cœur de l’accueil des immigrants.

La TCRI : une référence constante en matière d’immigration et d’intégration

Merci auxorganismescollaborateursqui ont tenu simultanémentdes activités locales ourégionales pour discuter avecles partenaires des facteursqui favorisent ou limitentl’intégration:

•Accueil et intégration B.S.L.•Accueil liaison pour arrivants•Accueil-parrainage-Outaouais•Action réfugiés Montréal•AMPE-CITI•Carrefour d’aide aux nouveaux

arrivants•Centre d’écoute et de référence Halte

Ami •Centre d’accueil et de référence

sociale économique pour immigrants(CARI St-Laurent)

•Centre d’appui aux communautésimmigrantes de Bordeaux-Cartierville(CACI)

•Collectif des femmes immigrantes au Québec (CFIQ)

•Comité d’éducation aux adultes de laPetite Bourgogne & St-Henri (CEDA)

•Comité régional d’éducation pour le développement International de Lanaudière (CRÉDIL)

•Fédération des femmes du Québec•L’Hirondelle Services d’accueil

et d’intégration des immigrants•La Maisonnée, Service d’aide

et de liaison •Maison internationale de la Rive-Sud

(MIRS)•Promotion intégration société

nouvelle (PROMIS)•Service d’orientation et d intégration

des immigrants au travail (SOIIT).

Recherché! Votre point de vue à[email protected] de tombée: 1er mars 2009Vous aimeriez réagir à un article paru dans ce numéro, transmettre un commen-taire, nous faire part de vos interrogations sur un sujet qui vous touche ou encoresoumettre votre point de vue en matière d’accueil et d’intégration des immigrants?N’hésitez pas à nous écrire: cela pourra peut-être faire l’objet d’une parution dans LeJumelé! Les textes proposés ne doivent pas dépasser 2 feuillets ou 700 mots. Nous offronsrelecture et corrections.

Encourager le Jumelé etsoutenir sonrayonnement?À l’heure actuelle, Le Jumelé ne bénéficied’aucune subvention publique. Il pour-suit sa mission grâce aux collaborateursbénévoles, aux revenus d’abonnementset à des fonds privés. Vous aussi pouvezcontribuer au rayonnement de sa mis-sion en vous abonnant, en devenant unpoint de dépôt ou en faisant un don dis-crétionnaire (reçus disponibles pour finsd’impôt).Pour information: [email protected]

ou 514-272-6060 poste 209.

Abonnement au Jumelé q Abonnement individu (4 numéros/an) : 19$ * q Abonnement institution (2 exemplaires de chaque numéro, 4 fois/an) : 39$ * q Abonnement membre TCRI (2 exemplaires de chaque numéro, 4 fois/ an) : 25$ * q Point de dépôt (colis de 50 copies, 4 fois/an): 49$ *

Merci de libeller votre chèque au nom de la TCRI et de le poster avec ce coupon à:Le Jumelé, 518, rue Beaubien Est, Montréal (Québec) H2S 1S5.

(* Frais postaux inclus).

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Hiver 2009éditionspéciale

Merci auxpartenairesqui ont rendu possible la tenue de la Rencontre nationale des 4 et 5 décembre 2008

•Ministère de l’Immigration et desCommunautés culturelles

•Ministère de la Santé et des Servicessociaux

•Ministère du Développementéconomique, de l’Innovation et de l’Exportation

•Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale

•Ministère des Relationsinternationales

•Ministère des Finances•Ministère de l’Éducation, du Loisir

et du Sport•Martin Lemay,

député de Ste-Marie-St -Jacques•Bernard Drainville,

député de Marie-Victorin

Espace d'échange et de dialogue entre

les personnes immigrantes et la société d'accueil

Le Jumelé | Hiver 200916