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  • Liaison Sehdacs n19 - 2010

    Le Cochin davant (gilles.thomas@paris.fr) p. 125

    Gilles THOMAS

    QUAND LHPITAL COCHIN SAPPELAIT DJ COCHIN avant que dtre baptis officiellement du nom de son crateur !

    Au travers les quelques manuscrits voqus ci-aprs, cet article va nous entraner le long de

    notre rue Saint-Jacques, mais aprs un bond gracieux dans le temps nous plongeant dans cette artre parisienne principale au XVIIIe sicle. Nous allons essayer de ne pas perdre le Nord puisque nous allons parcourir cette rue en direction du Sud, vers linfini et au-del : Ultrea !! 1 selon la formule consacre utilise par les plerins partant pour Saint-Jacques de Compostelle, et quils prononaient justement lorsquils sortaient de Paris.

    Descendre vers le sud en remontant dans le temps

    Nous allons donc descendre cette artre, mais nous allons aussi vraiment y descendre pour circuler sous cette rue, autrefois axe-majeur Nord-Sud de la capitale avant dtre dtrne par le boulevard Saint-Michel cr lors des grandes perces haussmanniennes. En nous plongeant 20 mtres sous Paris, nous allons aussi remonter deux sicles en arrire, et avoir ainsi la sensation dtre dans une rue parisienne fige au sicle des Lumires.

    Tout dabord nous rencontrons un certain nombre dinscriptions, graves sur les parois de la galerie dont les plus emblmatiques sont : RUE SAINT-JACQUES, A GAUCHE, VIS-A-VIS LEGLISE DES DAMES SAINTE MARIE , PRESBYTERE SAINT-JACQUES , EGLISE SAINT-JACQUES , SOUS LES SOURS-MUETS , MUNICIPALITE DU XII ARRONDISSEMENT , SOUS LE MONT ST-ADRIEN , BENEDICTINS ANGLOIS , SOUS LA FONTAINE DES CARMELITES , 1ER PAVILLON DU VAL DE GRACE , SOUS LHOTELLERIE DE LA HERSE , SOUS LE MUR DES DAMES DE PORT-ROYAL , HOSPICE JACQUES DU HAUT-PAS , SOUS LA PORTE DE LOBSERVATOIRE , AU-DESSOUS DE LA BARRIERE DU COUCHANT .

    Linscription de gauche montre une erreur de gravure trs courante dans les carrires sous Paris : la queue du Q grave lenvers (un Q btourn en quelque sorte, comme le Saint-Benot parisien du mme genre !). Cest la caractristique de la majorit des plaques de consolidation laplomb de laqueduc dArcueil et servant lidentifier. (Photo Emmanuel Dumont ASNEP)

    La plaque faisant rfrence la Barrire dOctroi a t grave en deux temps, comme la seconde se rfrant la Barrire, dans le corpus de ce texte. En atelier une erreur a t commise, Au dessus la place de Au dessous , faute qui a t corrige en mme temps qua t ajoute la prcision du point cardinal ; rue Saint-Jacques, les indications Levant ou Couchant ont presque systmatiquement t graves in situ lorsque la plaque tait enchsse son emplacement en carrire. (Photo Baunau)

    1 Toujours plus loin

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    Toutes ces inscriptions officielles datent de la fin du XVIIIe sicle. Lexplication de leur

    localisation 20 mtres sous terre est simple. Lorsque tout Paris menaa de scrouler dans ses propres entrailles cause danciennes carrires souterraines qui avaient t exploites plusieurs sicles auparavant pour construire Paris (et dont la surface avait fini par tre lotie par ignorance du vide existant par en-dessous), un service fut cr : lInspection des carrires (= IDC). Son rle fut triple : rechercher tous les vides rsiduels rsultant des anciennes exploitations souterraines, consolider ce qui se trouvait sous la voie publique et les btiments du Roi, et en dresser la cartographie ce qui fut fait au 1/1000e. LIDC a t constitue le 4 avril 1777, soit peine 50 ans aprs la premire apposition du nom des rues sur des plaques, aux encoignures des maisons situes aux carrefours (en 1728-1729). Le service des carrires, pour se reprer dans le labyrinthe du sous-sol quil explorait, a fait dresser les plans des excavations, lesquels reports sur la cartographie de surface permettaient de localiser prcisment les habitations, et donc ddifier leur aplomb les confortations qui leur taient ncessaires. Dans une rue, les maisons suivant un alignement relativement rgulier, il en dcoula au droit de la voirie ldification progressive des galeries, qui prirent logiquement le nom de la rue du dessus. Et de manire se localiser encore plus finement sous terre, une prcision supplmentaire fut parfois grave : le nom de btiments remarquables et connus de tous situs au dessus.

    Des adresses rallonge pour essayer de sy retrouver

    Deux ans aprs la fondation de ce service, donc en 1779, pour la premire fois on eu lide de numroter les maisons dans Paris. Auparavant, pour trouver quelquun ou lui envoyer du courrier, on se reprait par rapport des difices bien connus, en employant des descriptifs chantourns et pas toujours trs limpides. Par exemple voici des libell dadresses trouvs dans les archives. En 1425, celui de la femme feu Robin Laignel, sa maison se trouve en la rue Neusve de lAbreuvoir de Mascon, qui fait le coing dicelle rue devant lAbreuvoir du dit Mascon du cost devers St Andry des Ars . Voici galement comment tait localis le Louvre : Palais ou chteau royal du Louvre, avec sa chapelle : une porte rue Fromenteau,

    Le btiment voqu par cette inscription grave existe toujours, mais il a chang daffectation : cest maintenant un immeuble dhabitation. Mais qui, parmi ces habitants, connat son pass prestigieux ?

    En tout cas mme pas la feue Commission du Vieux Paris !

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    lautre porte rue des Poulies vis--vis le passage du clotre de Saint-Germain-LAuxerrois, quartier 4 . Le 24 mai 1653, Gui Patin crivait son ami Belin, mdecin Troyes : Votre fils a chang de logis. Il est log rue de la Harpe, chez un chapelier, la Main Fleurie, la troisime chambre vis--vis la Gibecire, bien prs de lArbalestre . Cent ans plus tard, en 1767 (dans lAnne littraire de Frron), voici ladresse dun petit commerant, lpoque dj considr comme le coryphe de sa profession, devenu grand 2 : Maille, rue Saint-Andr des Arts, la troisime porte cochre main droite, du ct du pont Saint-Michel. Il propose plus de deux cents espces au moins de vinaigres, pour la table, pour le bain, pour la toilette, pour les taches, pour les boutons, pour les cheveux, pour les vapeurs, pour la voix, pour la contagion , mais une prcision supplmentaire peut savrer utile Maille, Vinaigrier-Distillateur, rue des Arcs, la troisime Porte-Cochre main droite en entrant par le bout qui fait face la rue de la Huchette, ci-devant rue de lHirondelle ; et en 1769, ladresse du fameux graveur Papillon : Papillon, graveur en bois, rue de Bivre, proche la place Maubert, aprs la premire porte cochre droite, dans la grande alle, au deuxime tage du grand escalier . Dautres adresses sont plus ou moins prcises : Saint-Joseph, chapelle au haut de la rue Montmartre, quartier 6 , Chambre royale des Libraires et Imprimeurs, rue du Foin, vis--vis la rue Bourg-de-Brie, quartier 18 , Htel de Monsieur Joly de Fleury, procureur gnral, rue Hautefeuille, quartier 18 .

    Et plus proche de nous dans le temps et lespace puisque concernant directement les dessous de la rue Saint-Jacques : Rue Saint-Jacques gauche, vis vis lglise des Dames Sainte-Marie . Lorsque la numrotation apparut, comme tout systme nouvellement impos, elle fut adopte progressivement ce qui se manifesta par une utilisation simultane des numros et des enseignes pour dfinir une adresse : Monsieur Vatel, mercier, au Fil dOr, 594, rue Payenne, au droit de la rue du Parc Royal, proche le grand mur des Filles Bleues .

    (Grard Duserre ASNEP)

    Les pripties de la numrotation parisienne Ce premier numrotage se droulait comme suit : pour chaque rue on partait dune

    extrmit, on la remontait en numrotant chaque pas de porte sans sparation pair impair ; arriv lextrmit de la rue, on la traversait et la srie de numros se poursuivait de lautre ct en la redescendant, ainsi le plus grand numro de la rue se retrouvait en face du premier. En 1791, la terreur sinstallant, du pass il fallut faire table rase , et ce premier systme de numrotage dit de choc en retour ayant eu le malheur davoir t cr sous un roi, il ntait 2 Mais qui a eut finalement maille partir puisque tout une fin ; crise oblige, en 2008 cette moutarde de Dijon a t rachete pour tre dlocalise ! =I ;-(

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    plus convenable de continuer lutiliser. Un nouveau systme (dit sectionnaire ) fut adopt, mais qui ne perdura que quelques annes au vu des divers inconvnients gnrs, avant que ne soit dfinitivement tabli le systme actuel, en 1905. Ce systme intermdiaire neu pas le temps dtre report sous terre.

    Le principe du systme rvolutionnaire intermdiaire, tait de dbuter la srie dans un point particulier de la Section (division administrative de Paris), de remonter la rue, puis la premire intersection de poursuivre le numrotage dans la rue rencontre, et ainsi de suite de croisement en croisement. La difficult tait bien sr darriver parcourir toutes les rues de la section en une seule srie de numros : cest purement un problme gomtrique de parcours dun territoire. Lintrt de ce principe tait, de par lexistence dune srie unique par section, de connatre ainsi par le dernier numro le nombre de proprits dans la section ce qui tait intressant pour des points de vue de recensement, dimpt ou dlections. Mais dun point de vue pratique , cela ne ltait pas ; lorsque lon dbouchait dans une rue, on ne pouvait absolument pas prvoir o se trouvait le numro que lon recherchait, tout dpendait du parcours de la srie dans la section. Par exemple la rue Saint-Honor, qui traversait sept sections tait numrote de la manire suivante : 34 98, 1516 1338, 186 1, 588 489,

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