“ la prière ”

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  • Marcel MAUSS (1909)

    La prire

    Un document produit en version numrique par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi

    Courriel: jmt_sociologue@videotron.caSite web: http://pages.infinit.net/sociojmt

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Une collection dveloppe en collaboration avec la BibliothquePaul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi

    Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

  • Marcel Mauss (1909), La prire 2

    Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marie Tremblay, bnvole,professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi partir de :

    Marcel Mauss (1909)

    La prire

    Une dition lectronique ralise partir du texte de Marcel Mauss (1909), La prire. Texte extrait de La prire. Paris: Flix Alcan, diteur, 1909, pp. 3 175. Ce texte est la 1re partie inacheve de la thse de Mauss sur la prire.Lauteur retira ce livre de limprimerie de la maison ddition, Flix Alcan, en1909. Texte reproduit in Marcel Mauss, Oeuvres. 1. Les fonctions sociales dusacr (pp. 357 477). Paris: Les ditions de Minuit, 1968, 634 pages. Collection:Le sens commun.

    Polices de caractres utilise :

    Pour le texte: Times, 12 points.Pour les citations : Times 10 points.Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    dition lectronique ralise avec le traitement de textes MicrosoftWord 2001 pour Macintosh.

    Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5 x 11)

    dition temporaire du 3 octobre 2002ralise Chicoutimi, Qubec.

  • Marcel Mauss (1909), La prire 3

    Table des matires

    La prire .Livre I

    Chapitre premier. - Introduction gnrale.

    Chapitre second.

    I. Historique de la question.II. La prire, phnomne social.III. Mthode.

    La dfinition.L'observation.Explication

    Chapitre troisime. - Dfinition initiale

    I. Le rite.II. La prire.

    Livre II - Nature des rites oraux lmentaires.

    Chapitre premier. - Historique de la question et dlimitation du sujet.

    I.II.

    Chapitre second. - Y-a-t-il des prires en Australie ?

    I.II. - Les dbuts.

    Chapitre troisime. - Les formules de l'intichiuma.

    I. - Introduction.Il. - Les intichiuma arunta.

  • Marcel Mauss (1909), La prire 4

    La prire (1909)

    Livre IRetour la table des matires

  • Marcel Mauss (1909), La prire 5

    Livre I

    Chapitre IIntroduction gnrale

    Retour la table des matires

    De tous les phnomnes religieux, il en est peu qui, mme ne les considrer quedu dehors, donnent aussi immdiatement que la prire l'impression de la vie, de la ri-chesse et de la complexit. Elle a une merveilleuse histoire : partie de bas, elle s'estleve peu peu jusqu'aux sommets de la vie religieuse. Infiniment souple, elle a re-vtu les formes les plus varies, tour a tour adorative et contraignante, humble etmenaante, sche et abondante en images, immuable et variable, mcanique et men-tale. Elle a rempli les rles les plus divers : ici elle est une demande brutale, l unordre, ailleurs un contrat, un acte de foi, une confession, une supplication, une louan-ge, un hosannah. Parfois une mme sorte de prires a pass successivement par toutesles vicissitudes : presque vide l'origine, l'une se trouve un jour pleine de sens,l'autre, presque sublime au dbut, se rduit peu peu a une psalmodie mcanique.

    On comprend tout l'intrt qu'il peut y avoir tudier et suivre travers toutesses variations une chose aussi complexe et aussi protiforme. Nous avons ici uneoccasion, particulirement favorable, pour montrer comment une mme institution

  • Marcel Mauss (1909), La prire 6

    peut s'acquitter des fonctions les plus diffrentes, comment une mme ralit peutrevtir de multiples formes tout en restant elle-mme et sans changer de nature 1. Orce double aspect des choses religieuses et sociales a t trop souvent mconnu. Tantton ne voit en elles que des notions simples, d'une simplicit abstraite o la raison semeut sans peine. Tantt on leur prte une complexit dsesprante qui les soustraitaux prises de la raison. En ralit tout ce qui est social est la fois simple et com-plexe. C'est sur une matire concrte et pleine de mouvement que l'abstraction dusociologue s'exerce et peut lgitimement s'exercer. Une tude de la prire illustrerautilement ce principe.

    Mais ce n'est pas seulement pour ces raisons extrieures que la prire doit attirerl'attention, c'est avant tout cause de sa trs grande importance intrinsque. Elle esten effet, plusieurs points de vue, un des phnomnes centraux de la vie religieuse.

    En premier lieu la prire est le point de convergence d'un grand nombre de phno-mnes religieux. Plus que tout autre systme de faits, elle participe a la fois de lanature du rite et de la nature de la croyance. Elle est un rite, car elle est une attitudeprise, un acte accompli en face des choses sacres. Elle s'adresse la divinit etl'influence ; elle consiste en des mouvements matriels dont on attend des rsultats.Mais en mme temps, toute prire est toujours, a quelque degr un Credo. Mme lao l'usage l'a vide de sens, elle exprime encore au moins un minimum d'ides et desentiments religieux. Dans la prire le fidle agit et il pense. Et action et pense sontunies troitement, jaillissent dans un mme moment religieux, dans un seul et mmetemps. Cette convergence est d'ailleurs toute naturelle, La prire est une parole. Or lelangage est un mouvement qui a un but et un effet ; il est toujours, au fond, un instru-ment d'action. Mais il agit en exprimant des ides, des sentiments que les mots tradui-sent au dehors et substantifient. Parler, c'est la fois agir et penser : voil pourquoi laprire ressortit la fois a la croyance et au culte.

    Cette nature de la prire en favorise l'tude. On sait combien il est difficile d'ex-pliquer un rite qui n'est qu'un rite, ou un mythe peu prs pur 2. Un rite ne trouve saraison d'tre que lorsqu'on a dcouvert son sens, c'est--dire les notions qui sont et ontt sa base, les croyances auxquelles il correspond. Un mythe n'est vraiment expli-qu que quand on a dit de quels mouvements, de quels rites il est solidaire, quellessont les pratiques qu'il commande. D'une part le mythe n'a gure de ralit s'il ne serattache un usage dtermin du culte ; et, d'autre part, un rite n'a gure de valeur s'iln'est pas la mise en jeu de certaines croyances. Une notion religieuse dtache despratiques o elle fonctionne est chose floue et vague ; et une pratique dont on ne saitpas, de source certaine, le sens n'est, pour la science, qu'une srie mcanique de mou-vements traditionnels, dont le rle ne peut tre dtermin que de faon tout hypoth-tique. - Or ce sont prcisment d'ordinaire, des mythes et des rites peu prs isolsqu'tudient la mythologie et la ritologie compares. On commence peine tudierces faits o reprsentation et action s'appellent intimement, et dont l'analyse peut tresi fructueuse. La prire est prcisment un de ceux-l, le rite y est uni a la croyance.Elle est pleine de sens comme un mythe ; elle est souvent aussi riche en ides et en

    1 Sur ces phnomnes de transmutation, dans l'art et dans ce qu'il appelle le mythe , voir les

    ingnieuses remarques de M. Wundt sur l'Umwandlung der Motive. Vlkerpsychologie, IIr Bd, I,pp. 430, 590.

    2 Sur les rapports du mythe et du rite, voir nos observations, Anne sociologique, 6. Introduction la rubrique Mythes, pp. 242-246, cf. Mauss L'art et le mythe d'aprs M. Wundt , Revue philoso-phique, 1908, p. 17.

  • Marcel Mauss (1909), La prire 7

    images qu'une narration religieuse. Elle est pleine de force et d'efficacit comme unrite ; elle est souvent aussi puissamment cratrice qu'une crmonie sympathique. Aumoins dans le principe, lorsqu'on l'invente, elle n'est rien d'aveugle ; jamais elle n'estquelque chose d'inactif. - Ainsi un rituel de prires est un tout, o sont donns leslments mythiques et rituels, ncessaires pour le comprendre. On peut mme direqu'une seule prire comprend, souvent exprimes nettement, un certain nombre de sespropres raisons. Tandis que, dans les autres rites, le corps d'ides et de sentimentsreste d'ordinaire dans un tat vague ; au contraire, les ncessites du langage font quela prire prcise souvent elle-mme les circonstances, les motifs de son nonciation.L'analyse de la prire est donc plus facile que celle de la plupart des phnomnesreligieux.

    Par cela mme l'tude de la prire nous permettra de jeter quelque lumire sur laquestion si controverse des rapports entre le mythe et le rite. Ce qui a donn nais-sance au dbat, c'est que chacune des deux coles, ritualiste 1 et mythologiste, posaiten axiome que l'un de ces deux lments tait antrieur a l'autre. Par suite tout leproblme se rduisait chercher lequel des deux tait le principe religieux par excel-lence. - Or, en fait, tout rite correspond ncessairement une notion plus ou moinsvague, et toute croyance suscite des mouvements, si faibles qu'ils soient. Mais c'estsurtout dans le cas de la prire que la solidarit de ces deux ordres de faits clate avecvidence. Ici le ct rituel et le cte mythique ne sont, rigoureusement, que les deuxfaces d'un seul et mme acte. Ils apparaissent en mme temps, ils sont insparables.Certes la science peut les abstraire pour mieux les tudier, mais abstraire n'est passparer. Surtout il ne peut tre question d'attribuer l'un ou l'autre une sorte deprimaut.

    En second lieu la prire est un phnomne central en ce sens qu'elle est un desmeilleurs signes par lesquels se dnote l'tat d'avancement d'une religion. Car, danstout le cours de l'volution, ses destines et celles de la religion sont troitementassocies. L'histoire de presque tous les autres rites consiste en une rgression conti-nue. Il y a des ordres de faits q

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