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Pour l’égalité entre les filles et les garçons. Enjeux et modes d’action à l’école. Viviane BOUYSSE Inspectrice générale de l’Education nationale Tulle, 29 novembre 2014

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Page 1: Pour l’égalité entre les filles et les garçons. Enjeux et modes d’action à l’école. Viviane BOUYSSE Inspectrice générale de l’Education nationale Tulle,

Pour l’égalité entre les filles et les garçons.

Enjeux et modes d’action à l’école.

Viviane BOUYSSE

Inspectrice générale de l’Education nationale

Tulle, 29 novembre 2014

Page 2: Pour l’égalité entre les filles et les garçons. Enjeux et modes d’action à l’école. Viviane BOUYSSE Inspectrice générale de l’Education nationale Tulle,

Plan de l’exposé

1. Retour sur l’expérimentation de l’an passé. Leçons à tirer de la polémique.

2. Bien comprendre la finalité EGALITE F/G.

3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / Garçons.

4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents.

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1. Retour sur l’expérimentation de l’an passé. Leçons à tirer de la polémique.

Les objectifs du dispositif expérimental « ABCD de l’égalité »

« Susciter une évolution positive des attitudes des enseignants et des élèves des deux sexes » par une formation qui permette aux enseignants : d’acquérir de la lucidité quant à leurs propres

pratiques pour les modifier le cas échéant ; de conduire les élèves eux-mêmes à prendre

conscience de leurs représentations et à prendre confiance dans leurs capacités.

Pour cela, formation + ressources.

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1. Retour sur l’expérimentation de l’an passé. Leçons à tirer de la polémique.

Le contexte institutionnel La loi : deux articles (L. 121-1 et L. 312-17-1) du code de

l’éducation Le référentiel des compétences professionnelles des

métiers du professorat et de l’éducation : arrêté du 01-07-2013 (JO du 18 juillet 2013).

La convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les hommes et les femmes dans le système éducatif publiée au BOEN n° 6 du 07-02-2013.

Le dispositif « ABCD de l’égalité» s’inscrivait

dans le cadre légal et réglementaire.

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1. Retour sur l’expérimentation de l’an passé. Leçons à tirer de la polémique.

Des oppositions idéologiques et un nouveau mode d’action : les journées de retrait des élèves. Quelles leçons pour le système éducatif ?

Elément important : distinguer le déficit de confiance dans l’institution des relations particulières et locales avec les parents, qui sont restées confiantes.

Prendre conscience que l’Ecole n’est pas légitime en soi et qu’il y a un devoir d’information des parents.

Réfléchir aux « éducations à… ». Apprendre à repérer et gérer les risques de conflits entre

milieu d’appartenance et milieu(x) d’apprentissages.

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1. Retour sur l’expérimentation de l’an passé. Leçons à tirer de la polémique.

Conclusion de l’inspection générale (mai 2014)

« Ces polémiques convainquent qu’il ne faut pas abandonner le projet de promouvoir les valeurs humanistes de respect, de tolérance et d’égalité en installant une culture de l’égalité des droits entre les filles et les garçons, par l’école et dans l’école. Ce projet s’inscrit dans la politique de lutte contre toutes les formes de discrimination et participe d’une éducation à l’altérité, donc à l’acceptation des singularités et plus largement au bien vivre ensemble. »

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2. Bien comprendre la finalité EGALITE F/G

La valeur EGALITE : que veut-on ? Agir pour l’égalité entre les filles et les garçons signifie soutenir

et renforcer dès l’école primaire l’égalité des DROITS et l’égalité de TRAITEMENT des filles et des garçons. Ces droits sont :

le droit de penser et de se comporter, sans être contraint ou entravé dans ses possibilités, ses comportements et la construction de son identité, par le fait qu’on est une fille ou garçon  ;

le droit de choisir son orientation professionnelle.Droit pour tout élève de disposer des mêmes conditions d’éducation scolaire que ses camarades du sexe opposé.

Cette égalité des droits relève de la préservation de certaines libertés fondamentales (penser, bénéficier d’une éducation…) Effort de justice éducative.

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2. Bien comprendre la finalité EGALITE F/G

L’égalité : lutter contre les stéréotypes et contre les discriminations

STEREOTYPES : les stéréotypes sexistes sont des CROYANCES injustes partagées, des REPRESENTATIONS caricaturales sur ce que sont ou ce que ne sont pas globalement les filles ou les garçons, sur ce que sont ou ne sont pas les femmes ou les hommes ainsi que sur leurs comportements, leurs traits de caractères. Installées dans notre culture, ces croyances ont pour conséquence de catégoriser les personnes, de les séparer en leur attribuant des caractéristiques de manière injuste car injustifiée.

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2. Bien comprendre la finalité EGALITE F/GL’égalité : lutter contre les stéréotypes et contre les

discriminations / suiteDISCRIMINATIONS Les croyances et représentations stéréotypéees nourrissent

des a priori, des préjugés, des analyses qui entraînent des choix, des paroles, des attitudes injustes qui peuvent constituer des discriminations.

Les discriminations, ce sont des propos ou des attitudes qui ne respectent pas l’identité des personnes. Elles peuvent se manifester selon de multiples critères (couleur de peau, origine sociale, sexe…).

Les stéréotypes, qui sont du registre des croyances et des représentations, peuvent entraîner des paroles et des comportements discriminants qui, quant à eux, sont du registre des actes, des faits et peuvent être perçus comme violents, parce qu’injustes, et fondamentalement illégitimes.

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2. Bien comprendre la finalité EGALITE F/G

En résumé :

Stéréotypes = manières injustes car inégalitaires de PENSER.

Discriminations = manières injustes car inégalitaires de SE COMPORTER.

Discriminations répétées -----> Intériorisation de représentations de soi ----->

Entraves à l’estime de soi, à la réalisation personnelle ou professionnelle, à l’épanouissement.

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3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / Garçons

Ce qui est attendu : Créer des conditions d’apprentissage et d’éducation

scolaires plus égalitaires. Développer une plus grande vigilance afin qu’il y ait le

plus d’égalité possible entre filles et garçons dans l’ensemble des pratiques et des relations.

L’égalité entre F et G s’éprouve dans une forme de BIENVEILLANCE portée par une attention, une

exigence déontologique diffuses. Important parce que les pratiques agissent en permanence,

de façon répétitive et finalement de manière lourde sur la durée de la scolarité, d’autant plus avec de jeunes enfants en situation permanente de dépendance vis-à-vis de leurs éducatrices ou éducateurs.

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3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / GarçonsUne vigilance au quotidien :

La communication verbale avec les élèves : contenus des consignes, remarques, renforcements et arguments) et la communication non verbale (attitudes).

La régulation des comportements et propos des enfants : groupes de jeux, utilisation des espaces…

La détermination et l’application des sanctions. La conduite des activités pédagogiques : tours de

parole, mixité des regroupements lors des activités (sans qu’il n’y ait de crispation sur ce point) ; la répartition des tâches ; l’aide aux élèves en difficulté.

L’attention aux supports didactiques : ouvrages, textes, énoncés de situations, iconographie (images, dessins) qui doivent être dépourvus de stéréotypes.

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3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / Garçons

Des choix didactiques qui soient « ouverts » dans la durée du parcours scolaire des élèves : 2 exemples

Diversifier les genres et les thématiques en littérature de jeunesse.

Diversifier les supports que sont les APSA en EPS… et prêter attention à la manière dont on met en œuvre ces pratiques : prendre conscience du caractère sexué des pratiques sportives selon les qualités qu’elles exigent, de ce que l’on « transmet » implicitement dans ces pratiques (cf. site ressource).

(Extrait / rapport IGEN 2014)

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Sur APSA, extrait / rapport IGEN 2014

« Il ne s’agit pas d’inverser les rôles filles-garçons, ni de gommer les différences garçons-filles. (…) L’objectif est de faire vivre à tous, filles et garçons, divers types de motricité (force, vitesse mais aussi fluidité, adresse, par exemple), différents types d’expériences avec les émotions variées qu’elles procurent (celles plus associées au masculin : le combat, la confrontation, la compétition et celles plus associées au féminin : convivialité, esthétique, douceur, rencontre…) ainsi que des rôles sociaux diversifiés (observateur, arbitre, spectateur…) sans enfermer ni les filles, ni les garçons dans des formes d’activités et des rôles qui seraient prétendument conformes à leur sexe. »

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3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / Garçons

Des entrées plus spécifiques, ponctuellesL’égalité des droits et du traitement des filles et des garçons doit aussi faire l’objet de réflexions et de débats éducatifs,

éventuellement à l’occasion de différends ou de comportements discriminants entre élèves,

à propos de tel ou tel sujet qui s’y prête dans les divers domaines d’apprentissage : littérature, histoire, arts, enseignement moral et civique, sciences…

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3. Œuvrer en classe à promouvoir l’égalité Filles / Garçons

Un conseil de prudence : éviter de convoquer en classe les références au vécu familial

Avec de jeunes enfants, le travail sur et autour de concepts complexes est toujours délicat ; les solutions le plus souvent adoptées consistent à ancrer la réflexion dans les pratiques (le concret, le vécu).

Elles conduisent à se référer à la vie personnelle des enfants hors l’école quand sont sollicités des exemples liés aux expériences familiales. Ce sont des situations susceptibles d’induire les conflits de valeurs redoutables pour les enfants et susceptibles d’avoir des incidences sur la relation avec les parents.

Besoin de ressources, d’aides.

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4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents. L’école n’enseigne pas la « théorie du genre » Notoriété de la notion de « genre » surtout liée à la mobili-

sation de ses adversaires ; premiers travaux anciens. Terme choisi dans une traduction des travaux

anglosaxons (« gender studies ») : « sexe » réfère plutôt à « anatomie » et « genre » réfère plutôt à « rôles », rôles sociaux entre les personnes de sexes différents.

Quelques traits fondamentaux des travaux : Posture constructiviste (rupture avec une vision essentialiste

dans laquelle la « nature »/le biologique légitime le social) ; Existence d’une hiérarchie, d’une asymétrie Hommes /

Femmes.

Distinguer « études de genre » / « idéologie du genre »

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4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents. Egal ne veut pas dire identique, indistinct. Des parents de bonne foi ont été manipulés par des

discours décrivant le projet de l’Ecole comme un projet de transformation des identités des enfants afin de les rendre indistincts, d’annuler les différences sexuelles (masculiniser les filles ou féminiser les garçons, ce second terme de l’alternative générant une crainte plus répandue et plus vive).

On parle d’égalité justement parce qu’il y a de la différence. Hommes et femmes ne sont pas « faits pareil » mais ils peuvent « faire pareil » (B. Grésy, IGAS).

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4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents. L’éducation à l’égalité des filles et des garçons n’est

pas l’éducation à la sexualité et ne vise pas à influer sur des choix d’orientation sexuelle.

L’éducation à la sexualité doit aussi avoir pour objectif de faire respecter une égalité Filles / Garçons dans la sexualité mais l’éducation à l’égalité F / G est un sujet beaucoup plus large que l’éducation à la sexualité.

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4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents. L’éducation à l’égalité n’est pas une obsession de

femmes militantes ; c’est l’affaire de tous. Grande maladresse lors du lancement du dispositif

ABCD : ressources mises en ligne toutes portées / signées par des femmes.

Problème posé par des enseignants rencontrés en 2013-2014 : « plusieurs des directrices et directeurs rencontré(e)s sont d’accord pour dire qu’il y a une interrogation fréquente des professeures des écoles qui concerne la place de leurs collègues hommes : vont-ils aussi lutter contre les stéréotypes ? »

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4. Prendre conscience de quelques malentendus pour communiquer avec les parents. Le cerveau des filles et le cerveau des garçons ne

sont pas structurellement différents ; il n’y a strictement aucune preuve quant à des différences de capacités d’apprentissage entre filles et garçons.

De l’existence de la plasticité cérébrale découlent plusieurs conséquences, notamment que chaque cerveau humain est unique car chaque individu a un parcours, une histoire, qui lui sont propres.

Les capacités cognitives varient bien plus à l’intérieur des groupes de garçons, ou des groupes de filles, qu’entre filles et garçons

Pour développer des compétences multiples chez tous les élèves, filles et garçons, on profite de la plasticité cérébrale, en élargissant leurs possibilités d’apprendre et de comprendre, sans préjuger de leurs capacités.

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Pour conclure

« Promouvoir et mettre en œuvre une égalité réelle, ce n’est pas engager pour l’école une priorité de plus, c’est mieux répondre à ses missions fondamentales ; c’est apprendre à faire un usage critique de la pensée contre les fausses évidences ; c’est assurer la réussite de tous ; c’est aussi rendre l’école plus efficace et la mettre à l’heure de son siècle. »

Rapport IGEN, L’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements. 2013