au bord de l'amour

Download Au bord de l'amour

Post on 08-Mar-2016

227 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Balbutiements poétiques, en fin de vie Poêmes de Jean-Thierry Verhelst né au ciel le 25 avril 2013 des suites d'une grave maladie qui l'a progressivement handicapé et fait traverser de grandes souffrances.

TRANSCRIPT

  • Thierry Verhelst

    Au bord De

    lAmour

    Balbutiements potiques, en fin de vie

  • Balbutiements potiques,

    en fin de vie

  • Prambule Lors de leur accouchement, ces quelques pomes eurent pour moi une sorte deffet thrapeutique. Ils sont monts en moi - ou faudrait-il dire descendus en moi ? - lors de moments toils quand le mental cdait, enfin, la place au mystre. Du silence intrieur, sourd le got de lamour. Tantt lamour de Roseline, tantt lamour de la beaut, lors de divers voyages ou diverses relations, tantt lamour de Dieu. Mais cest toujours au bord . Thierry Verhelst PS : Avec mes remerciements Ccile Joris, sans qui ce recueil nexisterait pas. Mes remerciements sadressent galement Jacques Vilet, auteur de l'ouvrage 'Le bord du jour. Paysages photographiques, Anne Sermon qui a cr la sculpture inaugurant le chapitre 2 et Patrick Beelaert dont la photo illustre le chapitre 3. Enfin, je remercie vivement Jolle van Zeebroeck pour son aide attentive la relecture.

    3

  • 1

    Prgrinations

    Et

    Rencontres

    5

  • Allons aux sources ! Allons aux sources ! Cest une question de Vie car le pas quelquefois sgare, envahi de brouillard, quand le sel a perdu sa saveur, et le chant sest tari dans la gorge serre, quand est morte lalouette et que lme est en berne, errant sans joie vers des futurs sans avenir. Allons aux sources ! Le pas alerte et ferme, les feuilles au sol murmurent Il est pass ltre qui se libre Il sent monter en soi la grande ode la Vie, la danse qui largit le cur pour crer un espace douverture o tout peut renatre sur la terre, comme une source dEau Vive.

    6

  • Il jardino harmonico Pour Nesle et un petit garon venir Silence rond du jardin de maman enstase exquise de rouge amour tu es doux mlange. Cur l'unisson la chaude rythmique prpare en secret le bond quand tu plongeras. Nous nous ferons tout ronds et te dirons tout doux qu'il est un jardin plus beau encore dehors. Il s'appelle toi et moi.

    7

  • Patmos, lle absolue, Quand elle souffle sur mes voiles plisses, le cur s'embarque, tendu craquer, et je fonce clabouss de vives vagues, grand largue vers l'le absolue, le de roc rouge et d'azur profond, o Jean l'ami rva ses rvlations d'amour. Apocalypse de chevaux, d'pes, de trompettes, clatement des sceaux sept fois secrets, exalte la Femme au croissant de lune, et vainqueur du serpent le Fils d'homme. Sept toiles brillent dans nos yeux, anges d'Ephse, de Pergame et d'ailleurs, annonciateurs de savoirs subtils qui engloutissent les vieux gouffres sombres, et ouvrent l'me l'extase des flammes, au feu sal de la passion, l'incendie ravageur et baptismal.

    8

  • Breizh

    Cest ici que chantent en chur golands et pinsons, et que luttent dans le vent, brumes marines et pins parasols. Cest ici la sainte Bretagne aux marnages fconds que protge la croix do rayonne le soleil. Corentin de Quimper, Pol, Gildas et Brieuc, vieux saints de la Celtie chrtienne, vous avez engendr un Extrme Occident o la terre finit et invite aux dparts.

    Le Gauguin qui en nous se met rver, illumine de couleurs nos recherches intimes. Cest lAven et son pont qui entranent au loin des mandres arrondis de Kerdruc au fol ocan. Parfois cest le Graal qui nous creuse en-dedans. De saints chevaliers attisent notre feu intrieur Excalibur la main, chevauchant toutes nos peurs, ils nous mnent au-del vers un Autre que nous. Pris dans la louange de la haute alouette, slve le chant o lhomme rconcili entend lange Michel qui du haut de son Mont, linvite rejoindre les ftes du Pardon. Tu incarnes Bretagne la rsistance patiente, le noble refus de cder plus grand, tes Chouans et tes druides, ta bretonnante histoire, ton granit face aux vagues, ta fort Brocliande. Au croisement des chemins, tes calvaires de pierre accueillent la souffrance, les angoisses secrtes. La mort cependant est dj habite du sourire de tes Christs adress nos mes. Le norot mauvais gifle tes les, et les charges ocanes dvalent sur leurs phares qui percent dun appel le rythme des nuits, sauvant des grandes eaux les marins gars.

    9

  • La croix des veuves console parfois de leurs larmes, les plaintes intemporelles des binious plors, tandis que sagenouillent sur les quais dtremps, les plerins qui poussent au ciel kyries et aves. Lorage violet lanant ses noirs clairs dchire les dunes harceles de furies, dans les landes affoles hurle, hallucine, la mmoire des druides, des hros et des saints. Les vagues celtiques emportent dans sa fuite, la barque de granit du bon saint Cado, et les grves dEtel accueillirent un matin, le matelot gallois devenu moine breton. Que de criques et de pointes, destuaires et de ports, daltires falaises aux rochers rouges et noirs, pour offrir lermite en qute de ciel, un berceau pour renatre, une alcve humble et sacre. Sentiers bleuts aux hortensias profonds, falaises rougeoyantes pares de lichen, Bretagne mystique des enclos inspirs offrant ses fontaines au sicle assoiff.

    10

  • Le muezzin de Fs Dans l'odeur enttante du cuir repouss, de l'encens du musc et du th la menthe, jaunes babouches sur burnous fonc, cuivres rutilants sur portes crneles, et dans la fracheur du seuil orn de flamboyants, tincelle en gouttes d'eau frache le rire de Fatima. ton appel muezzin, je veux unir ma voix, mler aux sourates coraniques les cantiques de la Bible, pour clbrer ensemble sous la coupole de la mosque, la sagesse de Dieu enfouie au cur des villes, et voir au-del des lourdes murailles, le jardin secret o rejoindre le trsor de nos curs. Sous les voutes de ta ronde mdina aux minarets altiers, l'Allah Akbar! rsonne de terrasse en casbah, envotant appel venu du fond de l'hgire, recouvrant d'un voile de prire, la vie toute entire. Mille ttes se courbent devant le Dieu unique, tandis que la vie suspendue se recharge de sens.

    11

  • Le pas de la vie Pour Barbara Tu marches de toi toi, des nuits noires aux aubes clatantes. Pour toi. Pour tous. Le pas solitaire n'est jamais esseul, c'est la vie mme qu'il gravit. Pour soi. Pour tous. Tu marches sur les monts de tes rires dans les plaines de tes larmes. Pour toi. Pour tous. La marche clbre la communion des tres, le plerin marche pour au-del Pour toi. Pour tous.

    12

  • Guy-Vito, le passeur Tout est accompli, il est pass de lancien au nouveau. Le serviteur peut sen aller en paix car ses yeux ont vu la beaut de Laala, le mystre du Jourdain, le sourire des simples et laction de lEsprit, la force de la Bible et licne de Marie et lEnergie de Pques, dans le cur des pauvres, pour linsurrection chrtienne devant un monde trop plat. Des guerres ont travers cette vie de feu. Etroites, les portes de sa vie de Frre, mort lui pour renatre en Dieu. Homo viator, homme de passage, il sut rejoindre en lui terre et ciel. Des dserts du Tassili aux vertes berges du Mkong, de mosques en pagodes, de gopuram en clochers, il laissa sa trace, au cur des masses et de ceux qui ne valent rien, aux yeux du monde. Sous les guirlandes de paix aux couleurs de lamour, fut offert, immacul, le cercueil du passeur. Sourd fracas des terres jetes par des fossoyeurs amis saffalant tristement sur jacarandas et orchides, sur mots dadieu et blancs ballons denfants. Le sarcophage de bton attendait dans le soleil. Il engloutt, jamais, le visage serein encore prsent au travers dune lucarne amicale, le cur craqu pour avoir trop aim.

    13

  • Syrie plerinage Sur la steppe syriaque slve, altier, locre resplendissant de la pierre calcaire pour clbrer la naissance au ciel dun fou de Dieu, brl par lamour. Assurant fermement, dans lassise et lveil, le passage troit de la mort la vie, Symon-le-Stylite nous convoque chacun trouver en nous-mmes le oui qui dcide et franchir ainsi, hors du doute et des peurs, le gouffre bruyant des ambiguts tides. Entre les points cardinaux de lantique basilique, est dresse, au milieu, devant lautel sacr, la roche, centrale colonne sacerdotale. Donne-moi, trs saint Pre asctique, la conscience aige de mes racines du ciel, Toi qui, sur ta colonne, assurait puissamment loffrande du monde, travers ton corps bris, et la reliance vivifiante entre les cieux et la terre. Accorde-moi, au-del des opacits grises, de voir le feu divin qui palpite en toute chose. Chasse, loin de moi, les fuites illusoires en dehors du Rel qui, chaque instant, nous convie entrer vaillamment dans le baptistre de la vie. Me laisse engloutir pour que meure le besoin et sourde en moi le Dsir de lUnique trois fois saint. Vomir, enfin, les tideurs moroses, les tristesses suicidaires, quand le dgot et labsurde, tapis en nous, guettent linstant mdiocre de faiblesse, troue de nant. Que jaillisse, hors des eaux baptismales, une libert retrouve, frmissante de vie, toute jeune encore dtre ne en Christ, dans un surgissement de joie lumineuse et libre.

    14

  • Raimon Panikkar Neige ternelle des hauteurs de lme, quand lveil, toujours jeune, pouse les antiques savoirs, les mots safran du sage hindou, sur fond dicnes du moine indien, enivrent mon cur dnergies vivifiantes, irisent de lumire la profondeur du Soi. La joie palpite au fond de ltre - ml pourtant aux pleurs perdus dun monde si dur - prtresse dune autre vie,