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  • vendredi 21 octobre 2011 LE FIGARO

    C

    ISABELLE ROUGHOL

    LPOPE sanglante de Mouammar Kad-hafi sest acheve hier pas trs loin delendroit o, selon la lgende quil staitforge, le Guide tait n sous une tentedans le dsert de Syrte, il y a 69 ans. Cestau moment o les forces du Conseil natio-nal de transition (CNT) parvenaient d-loger les derniers combattants fidles lancien rgime de leur bas-tion du centre-ville que le di-rigeant dchu a succomb.Aucun ordre de tuer le colonelnavait t donn, ont assurles responsables du CNT dansune confrence de presse,tard hier soir. Quand il a tretrouv, il tait en bonne santet portait une arme , a dcla-r Mahmoud Jibril, le chef du nouvel ex-cutif libyen. Il aurait t captur sortantdune conduite dvacuation o il staitrfugi, puis a ensuite t dirig vers unpick-up. Quand le vhicule a dmarr, ila t pris dans un change de tirs entre descombattants pro-Kadhafi et des rvolution-naires, et il a t tu dune balle dans latte. Il serait mort lhpital. Et Mah-moud Jibril dajouter : le mdecin lgistene peut dire si la balle venait des rvolution-naires ou des forces de Kadhafi .

    Une version qui ne rpond pas tout faitaux questions que posent les images tour-nant en boucle sur les chanes de tlvi-

    sion arabes. La vido filme avec un tl-phone portable montre Kadhafiensanglant, encore vivant, bouscul pardes civils et des hommes en treillis. Les di-rigeants nont pas comment ces images.

    Lun de ses fils, Moatassem, ainsi quelex-ministre de la Dfense, AboubakrYouns Jaber, ont subi le mme sort. Unconvoi transportant le troisime fils dudictateur, Sef el-Islam, qui fuyait Syrte,tait encercl hier en fin de journe par lesforces du CNT. Les dirigeants nont pas su

    dire sil avait t captur ou tu.Selon des photographes de

    lAFP, les corps du ras et de sonfils Moatassem ont t transpor-ts hier aprs-midi Misrata,autre ville conquise par les rebel-les au prix de trs rudes combats,et dpos dans une maison o sepressaient les badauds. Les auto-rits envisageraient un enterre-

    ment rapide et dans un lieu secret.La mort du colonel Kadhafi a t salue

    par le prsident amrican dans une courteallocution tlvise. voquant la fin dunchapitre long et douloureux , il a estimque cette mort prouvait que les rgimes poigne de la rgion sont vous lchec. Alain Jupp a, lui, salu la fin dequarante-deux ans de tyrannie en Libyeet soulign que la France tait fire davoir aid le peuple libyen. Selon le mi-nistre de la Dfense Grard Longuet, cesten effet une frappe franaise qui a stopple convoi de Mouammar Kadhafi fuyantSyrte, avant que les forces libyennes ne

    linterceptent terre. Bruxelles, lAl-liance atlantique a bien confirm hier queson aviation tait entre en action dans lesecteur, sans donner plus de prcision.

    Prt mourirles armes lamainLa dernire apparition publique deMouammar Kadhafi remontait au12 juin, deux mois avant la chute de Tri-poli. Par la suite, le Guide sest exprim quelques reprises la radio et dans des

    communiqus vindicatifs. Des rumeurslont, un temps, dit rfugi ltranger,en Tunisie, en Algrie, en Afrique du Sudou en Guine quatoriale. MouammarKadhafi, lui, rptait quil ne quitteraitpas le pays et quil tait prt mourir lesarmes la main.

    Pour une fois, il a sans doute dit vrai.Les services de renseignements occi-dentaux taient persuads que le Guidenavait pas quitt le pays. Lacharne-ment des rebelles prendre Syrte, au-

    del de son importance symbolique, vi-sait aussi supprimer lune des derni-res bases de repli dont pouvait disposerlex-dirigeant libyen. En atteignant cedouble objectif, linsurrection parach-ve sa victoire militaire. Le chef de lex-cutif du CNT, Mahmoud Jibril, a annon-c que la libration totale de la Libyeserait proclame samedi. Une autre pagede lhistoire du pays souvrira alors, cel-le des combats politiques qui pourraienttre aussi pres quune guerre.

    Le premier clich de lex-dirigeant libyen bless pris par un rebelle avec son tlphone portable. Des images de la chane al-Jezirale montre encore vivant, violemment pris partie par des combattants. PHILIPPE DESMAZE/AFP

    Lun des fils de lex-dirigeant, Moatassem,a galement t tu et un deuxime,

    Sef el-Islam, tait encercl par les insurgs.

    ISABELLE LASSERRE

    CEST Silvio Berlusconi, le chef du gou-vernement italien, qui la affirm le pre-mier : La guerre est finie. Sic transitgloria mundi , Ainsi passe la gloire dumonde , a ajout celui qui fut, en Europe,lun des principaux allis de Kadhafi. Ladisparition du Guide libyen signe la fin dela partie pour lOtan, qui avait t autori-se intervenir militairement par les Na-tions unies le 17 mars, avant de prendre lecontrle des oprations le 31. Avec unemission : protger les populations civilesdes attaques du rgime libyen.

    Tout en baissant la voilure, lOtanavait poursuivi ses oprations militairesdepuis la chute de Tripoli en aot der-nier. Aprs avoir pendant quatre moisdgag la voie aux combattants libyens,arm et entran les rebelles, les pays delAlliance ont continu leurs bombarde-ments sporadiques prs des bastions durgime et mis leurs moyens de rensei-gnements et de reconnaissance au servi-ce de la traque de Kadhafi.

    Bombardements sporadiquesVolontiers pass sous silence au dbut dela guerre, le dpart, et larrestation, duleader libyen est vite devenu lun desbuts de guerre des leaders occidentauxet arabes. Mercredi, le Conseil des am-bassadeurs avait dailleurs dcid, souslinfluence de la France et de la Grande-Bretagne, les deux pays leaders de lin-tervention, de maintenir le dispositiftant que persistaient des menaces surla population .

    Un grand flou entourait encore hiersoir les circonstances de la mort du rasdchu. Selon le Conseil national de tran-sition libyen, il a reu une balle dans latte lors dun change de tir aprs sa

    capture. Un raid arien men par lOtanaurait empch sa fuite. Bruxelles,lAlliance a confirm que ses avionsavaient frapp vers 8 h 30, hier matin,deux vhicules des forces pro-Kadhafidans la rgion de Syrte. Et selon le mi-nistre franais de la Dfense, cest uneattaque de laviation franaise qui astopp le convoi : une colonne de 80 v-hicules qui tentaient de quitter Syrte. Undrone amricain aurait galement parti-cip lattaque.

    Paris, Bruxelles et Londres, res-ponsables politiques et militairesnavaient pas attendu la capture de lan-cien leader libyen pour tirer un bilan,positif, de cette intervention militairemene par les Europens et soutenue parles pays arabes de la rgion. Depuis le31 mars, les avions de lOtan ont ralis26 089 sorties, dont 9 618dites offensi-ves . Avec un bilan quasiment nul endgts collatraux. Dans les tats-ma-jors des grands pays ayant particip lamission, lopration libyenne est consi-dre comme une russite, voire mmecomme un modle dintervention mili-taire pour le futur. Le secrtaire gnralde lOtan, Anders Fogh Rasmussen a es-tim que lAlliance avait rempli avecsuccs le mandat historique confi par lesNations unies . Le Conseil de lAtlanti-que nord devrait se runir aujourdhuipour dcider de la fin des oprations.

    Davantage politique, la nouvelle tapequi sest ouverte depuis hier en Libyerisque dtre plus dlicate. En renonant envoyer des troupes au sol, les pays delOtan ont vit la fois limpopularitpolitique et le risque denlisement mili-taire. Mais ils se sont aussi privs dunmoyen dinfluence sur les forces locales.Or la rbellion, arme par lAlliance, estdivise et traverse par des courants is-lamistes.

    TANGUY BERTHEMETENVOY SPCIAL SYRTE

    SYRTE est finalement tombe, de guer-re lasse. Hier, au petit matin, les rvo-lutionnaires ont enfonc les ultimes li-gnes des kadhafistes, mettant fin leurrsistance que tous trouvaient curieu-sement obstine. Lexplication de cettemotivation hors du commun est venueavec lannonce de llimination deMouammar Kadhafi non loin de sa villenatale en ruines. Un mois de combats adtruit la cit que Kadhafi rvait enmodle, la transformant en ville fant-me. Dans les rues dfonces et dsertes,les gros tout-terrain des thuwars, lesrvolutionnaires, continuent de tour-ner, leurs mitrailleuses lourdes pointessur les faades noircies et creusesdimpacts de tous calibres.

    Lest de Syrte tait aux mains des re-belles depuis plusieurs jours, mais les

    snipers, cachs dans les appartementsou sur les toits, continuaient de semerla mort. Depuis une semaine, Abdallahet ses cinq hommes ont traqu cescombattants. On cherche les dbus-quer, mais cest trs dur. Ils bougentsans arrt, profitent de la nuit pourchanger de quartier. Ils ne se rendrontpas. Ils prfrent mourir les armes lamain, car ils savent que la corde les at-tend , expliquait-il, sourire au coindes lvres.

    La plus dure des bataillesLe scnario est chaque fois le mme.Ds que la patrouille entend parler duntir, elle se prcipite et investit la maisonou limmeuble suspect. La fouille tra-vers les pices ravages par les pillardsest rapide. Et le plus souvent vaine. Lafaute en revient la dsorganisation decette nouvelle arme qui, malgr lesvictoires, reste une bande de civils enarmes. Personne ou presque ne signale

    la prsence des tireurs embusqus, pr-frant confier sa vie la grce de Dieu.Il faudra sans doute encore quelquesjours pour que Syrte soit totalementsre. Et des mois pour que les habitantsy reviennent. La ville na plus ni eau, nilectricit. La plupart des logementssont inhabitables. Les boutiques, ri-deaux de fer arrachs, sont bantes.

    Avec Misrata, la bataille de Syrte res-tera comme la plus dure cette guerre.Mais peu de Libyens pleurent le destinde cette ville honnie que la rumeuravait pare de tous les luxes dont le res-te du pays tait priv. Aux abords de cequi tait, hier matin encore, le front en-tourant le dernier carr de kadhafistesreclus depuis quatre jours sur moinsdun kilomtre carr, les thuwars mau-dissaient les lieux, se faisant prudents.Beaucoup sont morts pour prendre cedernier bastion.

    langle de Duba Street et de CairoStreet, le paysage donne une id

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