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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    Alexis ROUILLER

    Notre Dame de Lourtier

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1982, tome 78, p. 38-41

    Abbaye de Saint-Maurice 2013

  • De chair, mon Dieu, Vous n'en aviez pas Pour rompre avec eux le pain du repas... Ta chair au printemps de moi faonne O mon Fils, c'est moi qui te l'ai donne.

    Marie Nol

  • Notre Dame de Lourtier

    Les Lourtirains ont de la chance. Savent-ils qu'ils possdent dans leur gracieuse chapelle la plus belle statue de la Vierge Marie de toute la rgion, et mme de loin la ronde ? Nous sommes heureux que cette uvre d'art ne se soit pas rfugie, comme il arrive trop souvent, dans une niche de muse, mais qu'elle soit simplement chez nous, Lourtier, dans un sanctuaire o les fidles viennent prier et o l'on clbre rgu-lirement le Sacrifice du Christ. C'est l que Marie, par la vertu d'une image exceptionnelle, continue de parler ses enfants.

    Nous ne dirons pas par quel hasard, mais bien par quelle dlicatesse de la Providence, l'architecte Alberto Sartoris, qui a conu et heureuse-ment achev sa chre chapelle, a-t-il dcouvert en Espagne un tel chef-d'uvre pour notre prire et notre protection. Car l'important n'est pas que la Vierge de Lourtier soit d'origine espagnole, qu'elle ait t sculp-te en Castille ou en Aragon, mais bien qu'elle soit une petite sur authentique des Vierges noires , elles qui restent parmi toutes les images consacres Marie les plus belles reprsentations du mystre de la Vierge en Occident.

    Il est certain que notre statue n'a pas moins de sept sicles. Il suffit de se rappeler l'expression et le message des Madones d'Orcival, de Rocamadour, de Manosque, de Marsat, de Montserrat, et nous en citons trs peu parmi les plus clbres, pour pouvoir situer la Vierge de Lourtier dans la pure tradition romane qui, du XIe au XIVe sicle, nous a valu tant de chefs-d'uvre.

    La Vierge de l'Epiphanie

    L'pisode des Mages, guids vers Jrusalem par une toile pour adorer l'Enfant-Dieu, a beaucoup frapp les initis du Moyen Age. Ils taient dtenteurs de trs vieilles traditions. Comme croyants et chrtiens ils

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  • ont reconnu dans la Vierge Marie la Femme que de longs sicles avaient pressentie et vnre. En crant du neuf, du trs neuf, ils ont assum tout l'ancien, heureux de vrifier en Marie la prsence enfin relle de la Mre, de la Fconde, de la Vivante, dsire sous tant de vocables par les plus anciennes civilisations. Ces artistes ont taill leur statue dans le bois, lment de vie. Ils ont assis la Vierge sur un trne modeste, qu'elle dborde majestueusement. Car cette femme est reine parce qu'elle est mre. Elle prsente son enfant comme le vrai fruit de ses entrailles. Elle l'enveloppe maternellement de tout son corps. Jsus apparat d'emble comme le personnage principal, celui qui doit tre montr. Sa mre a le buste redress pour mieux le faire voir. De plus elle regarde droit devant elle, trs loin, dans la direction o regarde l'enfant. Elle semble mme copier le regard de son fils. Elle est grave, comme surprise, le sourire peine esquiss.

    Elle voit accourir les Mages et, derrire eux, tous les enfants des hom-mes, tous ceux que le Pre attire, chacun par son toile, vers Jsus, le Sauveur de tous.

    La nouvelle Eve

    Saint Irne, au IIe sicle, est le premier chanter la Vierge comme la nouvelle Eve. Son intuition fut mme ce point fconde qu'elle reste le lieu thologique par excellence pour contempler les mystres de Marie. Tout prs de nous des pages sensibles de Claudel, de Pguy, de Bernanos... s'y rfrent avec bonheur.

    Les sages du Moyen Age l'avaient bien compris. Leur Madone est l qui nous regarde, non pas comme une seconde femme enfin mieux russie qu'Eve, sa pauvre mre, mais bien comme l'Eve unique et vri-table, la plus belle des cratures, la premire et la dernire Femme, conue et voulue par Dieu avant que le monde soit.

    C'est pourquoi les merveilleux compagnons et thologiens qui ont bti les cathdrales ont souvent mis dans la main de leurs Vierges assises , et de son Enfant, le fruit dfendu du paradis terrestre. (Notre Dame de Lourtier devait tenir ce fruit, et l'Enfant le montre toujours. Ici peut-tre un rien de restauration serait le bienvenu ?)

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  • Marie est en effet la seule femme qui n'ait pas mang la pomme . Heureuse et reconnaissante, elle se prsente aux Mages et nous tous qui avons partag le fruit de la dsobissance, comme celle qui est notre mre, notre sur, la femme dans la grce enfin manifeste, la petite fille de toujours, plus ancienne que le pch.

    Car en nous donnant Jsus, elle nous fait signe par qui le Seigneur a fait en elle des merveilles et pourquoi tous les ges chanteront son bon-heur.

    Notre statue clbre ainsi, dans sa rude beaut, le triomphe de la Rdemption ; elle est la victoire de la vie sur la mort, du oui Dieu sur le non du pch ; elle est message de joie, d'esprance et de salut.

    Aussi bien, notre vu, et notre prire, en terminant ces quelques notes, est que chacun chez nous, et mme loin la ronde, puisse prouver cette joie : contempler la Vierge de Lourtier, la suivre dans son regard, et par elle se laisser conduire Jsus, le seul Sauveur et gardien de nos curs.

    Alexis Rouiller

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