hommage à léopold sédar .hommage à léopold sédar senghor (1906-2001) colloque « léopold...

Download Hommage à Léopold Sédar .Hommage à Léopold Sédar Senghor (1906-2001) Colloque « Léopold Sédar

Post on 10-Sep-2018

214 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Hommage Lopold Sdar Senghor(1906-2001)

    Colloque Lopold Sdar Senghor, Orphe noir, avocat de la langue franaiseet pre de la Francophonie

    Sige de lOIFParis, 6 octobre 2011

  • 2

    Programme6 octobre 2011

    9 h - 9 h 30 Accueil des participants

    9 h 30 - 9 h 45 Ouverture du colloque par Clment Duhaime, Administrateur de lOrganisation internationale de la Francophonie

    Introduction et prsentation par Hamidou Sall, charg de mission auprs du Secrtaire gnral de la Francophonie

    9 h 45 - 10 h 15 Chants dombre, par Occitan Africa/Novarte

    Spectacle potique et musical, cr loccasion du Festival dAvignon 2011 et prsent lEspace Senghor de Morires-ls-Avignon

    10 h 15 - 12 h 30 Colloque Lopold Sdar Senghor, Orphe noir, avocat de la langue franaise et pre de la Francophonie

    Lopold Sdar Senghor, un sourcier pour demain , par Hamidou Sall Projection dextraits de Lopold Sdar Senghor, de la ngritude luniversel du magazine

    Espace francophone (Dominique Gallet, Mona Makki, As Thiam) Jusquen Sine, jusquen Seine, Lopold Sdar Senghor, de lhellniste lhumaniste intgral ,

    par Alain Houlou, ancien lve de lENS, professeur agrg de lettres classiques Projection du message dErik Orsenna de lAcadmie franaise Lopold Sdar Senghor, du terroir lUniversel , par Barthlemy Faye, ancien lve de lENS,

    avocat aux barreaux de Paris et de New York

    changes avec le public

    Mot de la famille Senghor par lambassadeur Henri Senghor

    12 h 30 - 13 h Tmoignage de S.E.M. Abdou Diouf, Secrtaire gnral de la Francophonie

    13 heures Dvoilement de la plaque commmorative

    13 h 10 - 14 h 15 Rception

  • 3

    Je salue le Matre,le pre spirituel et lamipar Abdou Diouf

    C

    olle

    ctio

    n pr

    ive

    Abd

    ou D

    iouf

    .

    Il y a dix ans, nous quittait Lopold Sdar Senghor.

    Pour saluer le grand pote et illustre homme dtat et sincliner pieusement devantsa mmoire, la Francophonie a choisi de rendre Sdar ce qui est Sdar.

    Pour lui exprimer notre profonde gratitude, nous avons choisi de lui faire une placeau 19-21, avenue Bosquet, Paris, au sige de lOrganisation internationale de laFrancophonie, dans cette maison qui porte la marque de son empreinte indlbile.

    Ce colloque est donc un acte de fidlit par lequel la Francophonie rend hommage lun de ses pres fondateurs ; une journe dmotion dont le point dorgue serade lui offrir la plus belle salle de notre maison.

    Pour le disciple et successeur et pour le Secrtaire gnral de la Francophonieque je suis, ce colloque est aussi un moment dmotion et de souvenirs. En effet,au terme de mes tudes suprieures au Sngal et en France, o jai frquent lafacult de droit de Paris et lcole nationale de la France doutre-mer, jai eu leredoutable honneur et limmense bonheur davoir pass de longues etenrichissantes annes aux cts de cette grande figure que la Francophonie tient saluer par la tenue du colloque Lopold Sdar Senghor, Orphe noir, avocat dela langue franaise et pre de la Francophonie .

  • Pour avoir t le directeur de son cabinet, le secrtaire gnral de la prsidencede la Rpublique, son ministre et son Premier ministre avant de lui succder la tte de ltat du Sngal, jai eu, au quotidien, plus de trois dcennies durant,loccasion, le privilge et le bonheur dobserver, dcouter, de travailler et deme former lombre tutlaire de ce matre dexception.

    Aujourdhui encore, je mesure le poids de lhistoire et celui des circonstancesde la vie qui mont men sur la route de Lopold Sdar Senghor.

    Lopold Sdar Senghor, brillant avocat de la langue franaise, demeure toutjamais celui par qui le Sngal est, je crois, le seul ou lun des rares paysdisposant dun recueil de dcrets et circulaires relatifs lemploi de certainsmots, des majuscules et des virgules dans les textes administratifs. Cedocument et cet art de la pdagogie, le Sngal les doit la clairvoyance et augnie dun homme exceptionnel qui pensait la langue franaise, langue officielle

    de son pays, en fonction de tous ceux qui lont apprise en venant elle et quila toujours voulu pousser mieux la parler et lcrire.

    Ce document, en ma qualit de Premier ministre du gouvernement de monpays, jai eu lhonneur de lavoir contresign avec Lopold Sdar Senghor,prsident de la Rpublique du Sngal.

    Cest que, grammairien et professeur, linguiste et pote, Lopold SdarSenghor croyait fonda mentalement la valeur cratrice du signe, du symboleet des textes qui doivent conduire les affaires de la cit. Orfvre de la languefranaise, il voulut, tout au long de son magistre, et sa vie durant, quelle ftparle et crite au quotidien avec le maximum de rigueur et de perfection. Iltait convaincu quune matrise de la langue saccompagne ncessairementdune clart de lesprit et par voie de consquence dune aptitude raisonneret laborer des solutions aux problmes qui se posent de jeunes tats quiont tant de choses crer.

    Il mit donc un soin tout particulier surveiller le traitement de la langue dans lesdocuments officiels, dans les rapports oraux et crits. Dailleurs, ce souci napas manqu dapparatre certains comme une coquetterie ou une manieintellectuelle. Le disciple et proche collaborateur que jai eu la chance davoir tpeut, aujourdhui encore, garantir que cette rigueur procdait duneproccupation beaucoup plus profonde. Car Lopold Sdar Senghor savaitque ltat, et ltat de droit en particulier, ne peut avoir de bases assures et,par consquent, de dveloppement viable en labsence dune rigueur absoluedans la qualit des outils dadministration que sont les textes de loi, les dcrets,les arrts, les circulaires, les arrts de juridiction, les contrats et accordsinternationaux, les communications en Conseil des ministres tout comme lesrapports des corps de contrle. Il veillait autant sur le fond que sur la forme etavait conscience que la nouvelle administration sngalaise se devait deproduire les lments de sa crdibilit et de sa mmoire future et que sur celles-ci, immanquablement, elle pouvait et devait tre juge par ses partenaires et parla postrit.

    4

    O

    IF

  • 5

    Il y a quelques annes le 22 octobre 2002 octobre, ce mois si riche en symbolessenghoriens , Beyrouth, alorsque sachevait le IXe Sommet de laFrancophonie dont le thme tait faut-il y voir un signe ? Le dialogue des cultures et queje me voyais confier les rnes dela Francophonie, jai eu lesentiment, encore une fois, desuccder Lopold SdarSenghor, mon toujours pre et matre.

    Ce sentiment, je lai prouv parce que, proche collaborateur de lhomme, je savaiscombien il stait investi dans ce combat fondateur de notre belle et grande famille quila toujours voulu comme un espace de solidarit et de coopration au service de lacommunaut dhommes et de femmes vivant aux quatre coins du monde, dans descultures diverses et souvent diffrentes mais toutes et tous unis et attachs cettelangue franaise quils ont en partage.

    De cette belle langue franaise dont il fut un matre parfait, le grand pote LopoldSdar Senghor na cess de nous dire et de nous montrer quelle est une langue parfaiteen sa concision, varie en sa smantique et rigoureuse en sa syntaxe.

    Je salue ce crateur hors pair qui disait : Que jcrive un pome ou que je dcidellaboration dun projet de loi, il sagit de la mme chose sous deux aspects diffrents.Il sagit de transformer le monde. Transformer le monde pour le mettre la mesure delhomme, la mesure de ses aspirations et de son bien-tre, cest le rve de touthomme politique. Cest aussi le rve de tout pote. Cette double et noble aspiration estaussi le socle et le ciment de notre Francophonie, cet humanisme intgral qui se tisseautour de la Terre, dans la chaleur complmentaire des peuples qui la composent .

    C

    olle

    ctio

    n pr

    ive

    Abd

    ou D

    iouf

    .

    C

    olle

    ctio

    n pr

    ive

    Abd

    ou D

    iouf

    .

  • 6

    N Joal, le 9 octobre 1906, au Sngal, dans une famille qui compte de nombreux enfants, LopoldSdar Senghor fait ses premires tudes dans les coles religieuses de son pays natal. Il frquente lesminaire des Pres du Saint-Esprit de Ngazobil o il se montre prodigieusement dou avant dtre dirig, partir de la classe de seconde, vers le collge Libermann qui deviendra le prestigieux lyce Van Vollenhoven deDakar, aujourdhui lyce Lamine Guye. Toujours brillant lve, il y obtient son baccalaurat et est envoy aulyce Louis-le-Grand Paris, en hypokhgne et khgne, o il est le condisciple de Georges Pompidou et dAimCsaire, qui sera son compagnon de plume et de combat dans laventure de la Ngritude.

    Premier Africain agrg de grammaire (Universit de Paris, 1935), il est nomm professeur au lyce Descartes deTours puis au lyce Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fosss, en mme temps quil suit les cours de lcolepratique des hautes tudes et ceux de lInstitut ethnologique de Paris o il a, entre autres matres, Paul Rivet.

    Mobilis en 1939, Lopold Sdar Senghor est fait prisonnier en juin 1940. Il emploie sa captivit apprendrelallemand et, libr pour cause de maladie, il rejoint aussitt la Rsistance, au sein du Front national universitaire.

    la Libration, son activit prend trois directions : lenseignement, o il occupe la chaire de langues et decivilisation ngro-africaines lcole nationale de la France doutre-mer ; la littrature, o ses pomes Chantsdombre, Hosties noires le font bientt saluer comme un crivain dimportance ; laction politique, o ses qualitsintellectuelles et son autorit calme simposent rapidement. Nomm en 1945 par le gnral de Gaulle membrede la commission charge dtudier la reprsentation des colonies dans la future Assemble nationale, il deviendradput du Sngal et dlgu lAssemble consultative du Conseil de lEurope, puis sera membre du cabinetEdgar Faure en 1955, et ministre-conseiller du gouvernement dans les dbuts d