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  • Liturgie et prire prive

    Dans l'opuscule de Jacques et de Rassa Maritain, Liturgie et con-templation I, on peut distinguer deux intentions d'importance ingale.La premire : faire la critique de ce que les auteurs appellent lapsewio-iturgie. Que dsignent-ils par l? A ce qu'il semble, une con-ception du culte public inspire par l'attention au social humain ,purement humain, nullement surnaturel, ou nullement surnaturalis.Un certain esprit de camaraderie runit des jeunes gens pour la chan-son de groupe et les met en marche sur les routes, au son de la gui-tare : voil du social simplement humain, trs louable son niveau,mais dont la source immdiate n'a rien de surnaturel ni mme de reli-gieux; une dimension trs diffrente du social chrtien authentique,des relations noues entre chrtiens par l'Esprit Saint au sein duCorps mystique. J. et R. Maritain estiment que certains adhrents dumouvement liturgique (lesquels? On ne les nomme pas), au lieu d'obiraux requtes d'unit dictes par l'Esprit de Dieu, se laissent com-mander par l'esprit purement naturel d'quipe. Et cette impuret dansla source entrane deux corruptions majeures. 1) Leur pseudo-litur-gie Jette le discrdit sur les valeurs de la vie intrieure, du silence,du recueillement, au profit des manifestations sonores. Elle demandetoute participation active possible la vie liturgique, au sens de par-ticipation extrieurement manifeste; et elle tend l'imposer, bienau-del des requtes des documents pontificaux; elle ne voit pas quel'attention couter avec le cur est souvent participation plusactive que la parole. Elle s'intresse avant tout l'appareil crmonialdu culte chrtien, dans l'oubli peu prs total de l'esprit de prirequi doit l'animer. 2) La pseudo-liturgie ignore le respect vrai despersonnes et de leur relation singulire Dieu. Assurment, l'authen-tique esprit chrtien considre les personnes, non comme des entitsisoles, mais comme des frres dans le Christ; mais ainsi unies, ellesdemeurent diffrencies; on peut mme dire qu'union et diffrencia-tion croissent ensemble; rien d'aussi distingu dans sa relation Dieuqu'un chrtien en face d'un autre chrtien; c'est ce point que, pourla pit chrtienne, les personnes ne s'additionnent pas : il n'y a d'addi-tion que de l'identique. Tout autrement en va-t-il pour la pseudo-liturgie, Sa mconnaissance de la personne l'induit mettre toutesentraves possibles notre libert (alors que les documents pontificauxla respectent) s. Selon ses zlotes, le chrtien devrait accepter qu'un

    1. J. et R. Maritain, Liturgie et contemplation, Paris, 1959.2. Ibid., pp. 87, S8.

  • LiTUttOI ST PRIRB PR1VB 915

    matre de jeu prescrive chaque instant l'attitude requise. On doitse tenir debout, comme chacun sait, et pas la tte dans les mains s- ; et la limite, pas de prire en chambre, et pas de dvotion prive. Etl'on ne peut pas suivre la messe, en mditant, dans le secret de soncoeur, sur le mystre du salut : il y faut un bon missel la main, ouvert la page adquate . Pit obligatoirement collective, choeurparl pour chrtiens de masse.

    Telles sont, dans leur esprit, sinon dans leur lettre, les remarquesaffliges et quelque peu gmissantes3 de J. et de R. Maritainsur la pseudo-liturgie. Mme si l'on estime qu'elles appellent des rser-ves et sur la notion du social purement humain dont on prtend qu'elles'inspire et sur les dviations auxquelles elle donne lieu, on reconna-tra, du moins, qu'est signal l un pige rel tendu au mouvementliturgique.

    Cependant, si J. Maritain n'avait eu d'autre but que celui de dnon-cer ce danger, son opuscule ne mriterait gure de nous retenir pluslongtemps. Mats il a une autre porte ; il entend, reconsidrer les rap-ports de ce qu'il appelle la contemplation non plus avec la pseudo'liturgie, mais avec l'authentique liturgie.

    On s'en souvient, l'encyclique Medator Dei distinguait ce qu'ellenommait duo precandi gnera *, ce que le P. Doncur, peu aupara-vant, avait rendu heureusement par l'expression : deux rgimes deprires, et l'encyclique s'exprimait, au moins incidemment, sur leursrapports et sur leur rle complmentaire dans la vie chrtienne. Sansle dire expressment, Maritain estime, en somme, qu'une tude plusapprofondie de ces rapports reste possible et lgitime, mme aprsl'encyclique. Rien d'inconvenant dans cette pense, s'il est vrai qu'uneencyclique, loin d'interdire la rflexion, entend la promouvoir. J. Ma-ritain soumet donc une nouvelle confrontation les deux rgimes deprire. C'est cette confrontation que, nous aussi, nous allons tenter, nos propres risques, et sans emprunter la voie que Maritain a suivie.

    DUX RGIMES DE PRIRE

    Et tout d'abord, arrtons le sens des deux termes confronter. Ma-ritain dsigne le premier du nom de contemplation. L'encyclique parle

    3. Telles du moins les trouve le P. L. B o u y e r, dans sa note A propos d'unlivre rcent de Jacques et Raissa Maritain., dans La Vie Spirituelle, 1960, t. 102, p.409, note laquelle nous avons emprunt les quelques traits cits entre guillemets ;chur parl pour chrtiens de masse..., etc.

    4. L'encyclique Mediao-r Dei a t publie dans les Acta Apostolicae Sedis,1947, 38. Nous renvoyons ici au texte paru dans la N.R.Th., 1948, t. 70, pp. 171-199, et pp. 306-319; l'expression : duo precandi gnera, p. 17& et p. 180-

    5. P. D o n c o e u r , Conditions d'une renaissance de l'office canonia, dansEtudes, 1945, t. 245, p. 256.

  • 916 !.. MAWBZ, S. J.

    plus largement de la privata piefas e. Elle use aussi des mots de pitpersonnelle et mme de pit subjective , mais par emprunt, seupersonalem, quam dicunt, pietatem , et comme regret. Et non sansraison; prire personnelle ; terme fort impropre pour distinguer laprire prive de la liturgie : toute prire n'est-elle pas minemmentpersonnelle, n'engage-t-elle pas la personne et la libert? Retenonsdonc le mot de priwta pietas. Mais comment l'entendre? Il faut iciavoir prsentes l'esprit les prcisions apportes rcemment par laSacre Congrgation des Rites sur les actions wgiques, dans l'in-struction sur la Musique Sacre et la liturgie7. Actions liturgiques :ce sont, nous dit-on, ces actions sacres qui, par institution de Jsus-Christ ou de l'Eglise et en leur nom, selon les livres liturgiques ap-prouvs par le Saint-Sige, sont accomplies par les personnes qui ysont lgitimement dputes pour rendre le culte qui leur est d Dieu,aux saints et aux bienheureux . Les autres actions sacres qui sontaccomplies soit dans l'glise, soit au dehors, mme si le prtre y estprsent ou les prside, sont appeles pieux exercices 8 . De l'ensemblede ces dterminations, dtachons celles qui viennent le plus notresujet : 1) toute prire liturgique est d'institution, sinon divine, dumoins ecclsiastique; c'est. l'Eglise qui en a arrt les termes, et enten-dons bien l'Eglise hirarchique (hirarchie d'ordre et de Juridiction) :seule l'Eglise hirarchique institue; 2) les termes ainsi fixs parl'Eglise sont consigns dans certains livres exactement dsigns, leslivres liturgiques approuvs par le Saint-Sige; 3) la prire liturgiquen'exige ni la prsidence d'un prtre, ni pas davantage la communautactuelle, extrieurement apparente, mais elle requiert toujours de sonsujet tout le moins une lgitime dputation. Ainsi toute prire quine vrifie pas ensemble ces trois conditions chappe au statut de laprire liturgique. Exemple : un pre de famille rcite le soir, avec lessiens, les compiles : il y a l communaut chrtienne, il y a texte litur-gique, et pourtant il n'y point prire liturgique ; la dputation faitdfaut9. Mais voici une bndictine qui a fait ses voeux solennels;

    6. Encycl. Medwtor Dei, N.R.Th., 1948, p. 178.7. Publie dans A^A.S., t. 50, 1958, pp. 630-663. On en trouvera la-traduction

    et le commentaire dans l'ouvrage de A. G. M a r t i m o r t et F. P i c a r d , Litur-gie et Mwique, 1958. Cfr aussi C. D u m o n t , S. J. et M. C o l l e y e , S.J.,Instruction De Mwsica sacra du 3 septembre 1958 sw la musique sacre et laliturgie, dans N.R.Th., t. 80, 1958, pp. I095-115 (larges extraits et commentaires).

    8. Traduction de M a r t i m o r t - P i c a r d , o'p. cit., p. 21. A ceux des lec-teurs que ces prcisions, bien ncessaires (nous le verrons plus loin), tonneraient,nous recommandons la lecture de l'ouvrage, dsormais indispensable, de M, A. G-M a r t i m o r t , L'Eglise en prire, nrowtion la- liturgie, Paris-Tournai,1961 (ouvrage qui, a fait appel une large collaboration) ; voir, pour le pointprcis que nous traitons ici, les pp. 7-10 de M- Martimort sur la dfinition de laliturgie depuis Mediatw Dei.

    9. Ds avant l'Instruction sur la musque sacre et a liturgie, le P. Jungmannavait invogu ce cas comme exemple de prire non liturgique. Cfr J. A. J u n g -mann, La Utwgie de l'Eglise romaine, Mulhouse, 1957, p. 10.

  • UTURGI BT PRiRS PRIVE 917

    seule, en voyage, elle dit les matines du jour ; cette prire, a solo ousoa facta, n'est pourtant pas prire prive ; c'est de la prire litur-gique au sens propre, pour la raison que la bndictine a reu, del'Eglise, mandat de rciter l'Office divin10. Tout cela nous rapprochede la dfinition de la prire prive, que nous cherchons, sauf remar-quer qu'en rigueur de termes, la prire prive exclut, de surcrot, toutecommunaut actuelle ; lorsque des fidles rcitent, en commun, lechapelet (sous-la prsidence d'un prtre ou sans elle), cette prire,pour n'tre pas liturgique (elle ne figure pas dans les livres liturgi-ques), n'en est pas moins une prire collective et communautaire. Reste dire ds lors que la prire prive est celle qui a pour sujet immdiat non pas la communaut liturgique soit actuellement prsente en tantque telle (les fidles la sainte messe), soit reprsente par un sujetmandat (la bndictine), ni pas davantage un groupe de chrtiensnon mandat ou runi pour une prire dont le texte n'est pas litur-gique (le chapelet en commun) mais la personne singulire, telfidle dtermin se mettant en prire de sa propre initiative, de son