l’arme secrète de maggie

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Page 1: L’arme secrète de Maggie
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L’arme secrète de Maggie

Page 4: L’arme secrète de Maggie

Du même auteur aux Éditions J’ai lu

LES MACALLISTER1 – Noces secrètes

N° 12874

Page 5: L’arme secrète de Maggie

Kinley

MACGREGORL E S M A C A L L I S T E R – 2

L’arme secrète de MaggieTraduit de l’anglais (États-Unis)

par Astrid Mougins

Page 6: L’arme secrète de Maggie

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Titre original CLAIMING THE HIGHLANDER

Éditeur originalAvon Books, an Imprint of HarperCollins Publishers

© Sherrilyn Kenyon, 2002

Pour la traduction française© Éditions J’ai lu, 2020

Page 7: L’arme secrète de Maggie

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Londres, sous le règne du roi Henry II

Beau comme le péché et plus redoutable que le diable en personne, Braden MacAllister n’avait qu’un problème dans la vie.

Les femmes.Il les adorait. À vingt-cinq ans, il avait conquis

plus de cœurs qu’on ne pouvait en compter et charmé plus de femmes qu’il n’y avait d’étoiles dans le firmament. On racontait qu’à sa naissance la sage-femme, qui avait mis plus d’une trentaine d’enfants au monde, s’était émerveillée devant sa bouille charmante. Elle avait aussitôt déclaré qu’il deviendrait un fléau pour toutes les filles assez sottes pour lui donner leur cœur.

Car cela sautait aux yeux : l’enfant avait le diable au corps.

Braden lui-même n’aurait su dire pourquoi les femmes le captivaient à ce point. Il savait uniquement qu’il les aimait toutes, jeunes ou vieilles, célibataires ou mariées, belles ou moins belles. À ses yeux, toutes brillaient d’une lumière intérieure qui l’attirait telle la flamme d’une chandelle attire un papillon de nuit. Par chance, elles le trouvaient elles aussi irrésistible.

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Partout où il allait, elles se retournaient sur son passage, poussaient des soupirs ou se mettaient à glousser. Celles qui avaient déjà goûté à ses talents au lit regardaient de haut les malheureuses qui n’avaient fait qu’en entendre parler.

Braden adressait à toutes les femmes qu’il croi-sait un sourire coquin. Il n’était jamais trop occupé pour s’arrêter en chemin et passer un moment ou deux en bonne compagnie.

Hédoniste dans l’âme, il vivait pour le doux son de leurs soupirs d’extase et pour leur donner du plaisir. Il ne s’estimait heureux qu’après avoir satis-fait sa partenaire au moins trois ou quatre fois de suite.

Sa famille affirmait qu’il souffrait d’un mal étrange.

S’il avait dû expliquer sa passion pour les repré-sentantes du beau sexe, Braden aurait été bien en peine de répondre. Peut-être était-ce leur odeur, ou la sensation de leurs membres souples glissant sur sa peau nue.

Non, décida-t-il. C’était leur goût qu’il préférait à tout autre.

Pour le moment, il était entouré de trois femmes qui rivalisaient pour obtenir ses attentions.

Les sœurs Ghent.En réalité, seules deux d’entre elles étaient encore

des Ghent. La troisième, Piété, s’était mariée avec Rufus de Nottingham l’hiver précédent. Bien que Braden appréciât le vieux comte, il trouvait regret-table qu’une jeune femme aussi dynamique soit enchaînée à un homme qui avait trois fois son âge, d’autant plus que le mari en question passait plus de temps avec ses faucons et ses limiers qu’avec sa belle épouse.

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Piété, dont le prénom ne reflétait en rien le caractère, lui faisait des avances depuis qu’il était arrivé en Angleterre, trois mois plus tôt. Il était venu rendre visite à son frère et, possédant des terres anglaises, jurer fidélité au roi Henry II.

Préférant généralement éviter tout problème avec les Anglais, il avait habilement déjoué les machi-nations et les pièges tendus par la jeune femme.

Lorsqu’il avait reçu un message de Rufus lui demandant de venir le voir pour discuter de terres en Écosse qu’il envisageait de vendre, il ne s’était pas méfié… jusqu’à son arrivée chez le comte. Il avait appris que Rufus était parti en France avec ses frères le matin même et avait été accueilli par les trois sœurs entreprenantes.

Son premier réflexe avait été de rebrousser che-min. Toutefois, quel simple mortel aurait refusé de tels fruits divins lorsqu’ils lui étaient littéralement offerts sur un plateau ?

La tentation était extrême, et il n’en fallait pas beaucoup pour tenter un jouisseur comme lui.

Si les femmes voulaient tant le séduire, qui était-il pour les priver de leur plaisir ?

Les trois femmes le poussèrent sur le lit et commencèrent à le déshabiller.

— Milord, ronronna Patience en laissant tomber son surcot bleu nuit sur le sol, racontez-nous encore comment vous avez tué le dragon de Kilgarigon.

Prudence tira sur la botte droite de Braden et le déchaussa.

— Oh non, redites-nous plutôt comment vous avez mis en déroute le bandit de grand chemin qui s’est enfui la queue entre les jambes.

Piété glissa une main sur l’arrière de ses cuisses, remonta jusqu’à ses fesses et les malaxa.

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— Moi, je préfère cette queue-là.— Ah, mesdames, soupira-t-il. Par où

commencerai-je ?Piété souleva sa cotte, lui offrant une vue gri-

sante sur sa croupe dodue, et l’enfourcha. Elle frotta ses hanches d’une manière suggestive contre les siennes, puis laissa retomber ses jupes autour d’eux. Elle abaissa un peu son décolleté, révélant la naissance d’une poitrine appétissante.

— Pourquoi ne pas commencer par ici ? suggéra-t-elle en se touchant un sein.

— Ma foi, cela me semble un bon point de départ, convint-il.

Toutefois, avant qu’il n’ait pu obliger la comtesse, la porte de la chambre s’ouvrit avec fracas.

— Piété ! rugit une voix mâle.Se redressant sur ses coudes, Braden vit Rufus

sur le seuil, les lèvres pincées. Le visage du comte était plus rouge que les braises dans la cheminée, ce qui faisait ressortir le blanc de sa barbe impec-cablement taillée.

Braden jura intérieurement. On ne pouvait donc pas s’amuser un peu sans qu’un père, un mari ou un frère furibard vienne gâcher la fête en réclamant son sang ?

Il entendit la voix de son frère Sin lui répéter  : « Tu n’aurais pas ce problème si tu épousais la dame d’abord. »

Peuh ! Sin n’était qu’un hypocrite. Il était encore plus rétif à l’idée du mariage que lui.

Piété bondit hors du lit en poussant un cri indi-gné tandis que ses sœurs se réfugiaient dans un coin. La lueur du feu et des chandelles de suif fai-sait danser leurs ombres tremblantes sur le mur.

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Braden poussa un soupir de regret. Cela avait pourtant si bien commencé !

Ne pouvait-on plus faire confiance aux maris pour respecter leur parole quand ils déclaraient qu’ils quittaient le pays ?

En outre, pénétrer dans la chambre de son épouse sans se faire annoncer était un manque de respect. C’était même franchement grossier.

Rufus s’avança dans la pièce.— Comment osez-vous ? vociféra-t-il.Piété se planta devant lui, les poings sur les

hanches.— Et vous, comment osez-vous ? riposta-t-elle.Alors qu’il se dirigeait vers le lit, elle le retint par

son surcot pour l’obliger à lui faire face.— Vous me dites que vous partez et vous réap-

paraissez dès l’instant où je m’amuse un peu ! Je commence à croire que vous me mentez rien que pour revenir tuer quiconque j’attire dans mon lit.

Braden haussa un sourcil, surpris. Combien d’hommes la comtesse avait-elle séduits ainsi ?

Rufus frémit des pieds à la tête.— Madame, si votre père n’avait pas été aussi

riche et si je ne craignais pas de m’en faire un ennemi mortel, je jure que je vous aurais jetée à la porte dès notre première semaine de mariage ou que je vous aurais battue jusqu’à ce que vous ne teniez plus debout.

— Dans ce cas, je ne peux que me réjouir d’appartenir à une famille influente.

Elle désigna Braden du doigt.— Je vous soupçonne de prendre plaisir à

embrocher ces jeunes gens pour vous venger d’être vieux.

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— Je n’aurais aucune raison de l’embrocher s’il ne vous avait pas embrochée le premier ! fulmina son mari.

« Encore eût-il fallu que vous m’en laissiez le temps », pensa Braden avec regret. Il ne l’avait même pas embrassée !

Il se releva lentement du lit.— Il est sans doute temps que je m’en aille, dit-il

courtoisement.— Il est plutôt temps pour vous de mourir !

grogna Rufus en repoussant sa femme.S’étant retrouvé dans une situation similaire à

plus d’une occasion, Braden savait que l’important était de ne pas céder à la panique. Le meilleur moyen de garder sa tête sur ses épaules était de rester calme.

En outre, il ne tenait pas à mourir parmi des Anglais. S’il devait rendre l’âme, ce serait chez lui, en Écosse, avec de la terre écossaise sous ses pieds.

Et, de préférence, avec une charmante Écossaise dans les bras.

— Si cela ne vous fait rien, Rufus, je préférerais attendre encore quelques années avant de rencon-trer mon créateur.

— Dans ce cas, il ne fallait pas vous en prendre à ma femme.

En réalité, c’était sa femme qui s’en était prise à lui. Ce n’était sans doute pas le moment de le préciser, d’autant plus que cela n’aurait été guère galant envers Piété.

Braden aimait bien Piété, en dépit de son effron-terie. Il ne tenait pas à ce qu’il lui arrive malheur.

Elle s’était réfugiée dans le coin de la chambre avec ses sœurs tandis que Rufus dégainait son épée.

Braden jaugea son adversaire.

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Benjamin d’une fratrie de cinq garçons, il avait appris à se battre dès qu’il avait été en âge de tenir une arme. Au combat, seuls ses frères pouvaient lui tenir tête. Et cet imbécile de vieux croûton de Sassenach s’imaginait être à la hauteur ?

Cependant, s’il n’hésitait pas à tuer sur le champ de bataille, il rechignait à verser le sang pour une histoire aussi triviale. Aucune femme ne méritait qu’on meure pour elle.

Il ne lui restait plus qu’à en convaincre le comte.Il ouvrit grand les bras.— Soyez raisonnable, Rufus. Vous ne voulez pas

vraiment m’affronter.— Et comment ! Espèce d’arriéré de Highlander !

Après un tel affront ? Chien primitif impie ! Je m’en vais vous renvoyer à votre juste place, en enfer !

Braden se retint de sourire. Des insultes ? C’était mignon. Dommage que Rufus manquât d’entraîne-ment. Ses frères auraient pu lui donner quelques leçons dans l’art de blesser avec un bon mot bien placé.

— Voyons, Rufus, ne pouvons-nous pas nous comporter comme des adultes ?

— Des adultes ? éructa le comte. Espèce de paltoquet !

Là-dessus, il se précipita vers lui, l’épée en avant.Braden l’esquiva aisément. Néanmoins, la lame

étant passée à quelques centimètres de sa gorge, il jugea que le moment était venu de prendre congé du comte.

Il tenta de détourner son attention tout en recu-lant discrètement vers les portes du balcon.

— Vous savez bien que vous ne pouvez pas me battre. Je pourrais affronter une douzaine d’hommes comme vous.

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— C’est donc une chance que mes trois frères m’accompagnent.

Les frères en question choisirent ce moment pour faire leur entrée dans la chambre, l’épée au poing.

Braden réfléchit à cette nouvelle donne. Ils avaient tous une bonne quarantaine d’années. Toutefois, à la manière dont ils se tenaient, il était clair qu’il avait affaire à des chevaliers aguerris et non à ces poltrons qui payaient un écuage au roi pour échapper au service militaire. Ces hommes avaient été formés au combat et savaient se battre.

Braden n’avait pas peur de quelques chevaliers, mais il n’en demeurait pas moins qu’ils étaient quatre contre un Highlander à demi vêtu et non armé.

Il tenta de faire appel à la bonne éducation anglaise du comte.

— Voilà qui n’est pas très fair-play, argua-t-il.— Me cocufier ne l’est pas plus, riposta le comte.Il n’avait pas tort.Rufus s’élança de nouveau. Braden attrapa un

oreiller et fit dévier son épée, puis il sauta sur le lit et roula sur le matelas, évitant de justesse la lame qui s’abattit près de son épaule et se prit dans les tentures du baldaquin.

Il rebondit sur ses pieds de l’autre côté du lit.— Braden !Lâchant l’oreiller, il courut vers Prudence, qui

lui tendait son épée. Elle en baisa la poignée avant de la lui donner. Il eut juste le temps de la saisir avant que l’un des frères du comte ne fonde sur lui.

Il para facilement le coup et s’extirpa du coin dans lequel il était acculé. Toutefois, avant d’avoir pu se rapprocher du balcon, il fut assailli par les quatre hommes en même temps.

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Il se défendit vaillamment. Sautillant sur place, un pied chaussé et l’autre nu, il était désavantagé. Maudits Anglais avec leurs costumes absurdes ! Au pays, il n’aurait pas été empêtré dans ces vêtements inconfortables.

Dire qu’ils traitaient les Écossais d’arriérés ! Au moins, dans les Highlands, un homme savait s’habiller. La tenue écossaise était pratique et saine.

Sans compter qu’elle était parfaite pour les rendez-vous galants improvisés.

Le comte trébucha et perdit l’équilibre, lui offrant une ouverture et l’occasion qu’il attendait pour s’échapper sans verser de sang anglais.

D’un coup de lame, il trancha la corde du lustre en fer forgé. Le comte et ses frères eurent juste le temps de bondir sur le côté avant que le lustre ne se fracasse sur le sol, éparpillant des chandelles allumées dans toute la chambre.

Pendant qu’ils s’efforçaient de les éteindre à coups de talons, Braden se précipita vers les femmes. Elles se tenaient prêtes. Patience lui tendit son surcot, Prudence sa botte et Piété sa cape.

— Adieu, belles dames, dit-il avec un sourire. Si vous passez par l’Écosse… laissez vos maris à la maison, ajouta-t-il en lançant un regard vers les hommes.

Là-dessus, il bondit vers la porte-fenêtre, sauta par-dessus la rambarde et atterrit gracieusement dans la cour.

Lorsqu’il releva les yeux, les trois sœurs étaient accoudées au balcon.

— Ne nous oubliez pas ! lança Prudence en agi-tant délicatement la main.

— Jamais, mes beautés ! répondit-il en leur souf-flant un baiser.

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Il enfila sa botte et hâta le pas vers l’écurie. Le comte et ses frères seraient bientôt à ses trousses. Il n’aurait eu aucun mal à les terrasser tous les quatre. Cependant, il refusait de tuer un homme pour une simple galipette.

Les femmes étaient faites pour le plaisir. Elles étaient sa raison d’être.

Néanmoins, aucune ne méritait qu’on meure pour elle. Il ne prendrait jamais la vie d’un homme à cause d’une femme.

C’était une leçon qu’il avait apprise bien des années plus tôt.

En outre, il était temps de rentrer au pays. Ces Anglaises étaient charmantes, mais on s’en lassait, au bout d’un moment. Ce qu’il aimait plus que tout, c’étaient les filles des Highlands. Avec leur voix douce, leur accent traînant, leurs sourires rayonnants, elles étaient les joyaux de la terre. Elles l’attendaient les bras grands ouverts.

Il en salivait d’avance.Avec l’efficacité et la rapidité d’un guerrier bien

entraîné, il avait sellé son cheval et quitté l’écurie avant même que le comte ne soit sorti du donjon.

Il lui restait une dernière brève halte avant la liberté. Ensuite, il prendrait enfin la direction du Nord.

— Au galop, Deamhan ! lança-t-il à son étalon noir. Nous trouverons bien une autre bêtise à faire en chemin, n’est-ce pas ?

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Kilgarigon, ÉcosseTrois semaines plus tard

De l’avis général, Lochlan MacAllister était un homme pragmatique et raisonnable. En tant que chef de clan, il devait l’être. Cependant, il n’avait encore jamais affronté pareille crise. Cela dépas-sait tout ce qu’il avait connu durant ses vingt-huit années d’existence.

Toutes les femmes de Kilgarigon refusaient de coucher avec leur homme tant que lui, le laird, ne mettrait pas un terme à la querelle qui opposait son clan à celui de Robby MacDouglas !

Il n’en revenait toujours pas. Elles étaient toutes devenues folles, et la plus folle de toutes était sans conteste Maggie ingen Blar.

C’était leur meneuse. Il aurait voulu l’étrangler.Il n’était pas le seul. Les hommes de son clan

avaient franchi le cap de l’indulgence. Certains parlaient de régler son compte à Maggie. Tous les matins, il s’attendait presque à voir sa pauvre dépouille clouée à la porte de son donjon ou pen-due à un créneau des remparts.

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Irrité, il lança un regard vers l’autre côté de la grande salle propre et élégante. Son frère Ewan, assis à table, tentait de couper un morceau de bœuf que Lochlan avait cuit. En vérité, il aurait mieux fait de saler et de frire ses bottes en cuir ; leur goût n’aurait pu être pire que celui de la viande.

Si la situation n’avait été aussi grave, il aurait ri en voyant son frère tenter de plier ses longues jambes sous la table. Ewan mesurait près de deux mètres. Bien que svelte, il était assez musclé pour impressionner les plus robustes. Cependant, plus que sa taille, c’était son comportement sauvage qui effrayait les gens. Il souriait peu, fuyait toute compagnie et sortait rarement de la grotte dans la montagne où il s’était établi.

En dépit de son tempérament lunatique, il avait le don de cerner le cœur d’un problème et d’appe-ler un chat un chat. C’était pour cette raison que Lochlan l’avait extirpé de son ermitage.

— Que dois-je faire, Ewan ? lui demanda-t-il.Ewan tentait de mâcher la viande, ce qui lui

donnait l’air d’une vache ruminante. Il capitula et repoussa son écuelle.

— Apprendre à cuisiner, sinon tu mourras de faim.— Je suis sérieux, Ewan !— Moi aussi, répondit son frère.Il but une longue gorgée de bière pour chasser

le goût fétide de viande calcinée dans sa bouche.— Ewan…— Il me semble pourtant que la solution est

simple.— Et quelle est-elle ?— Tu te rends à l’église, tu balances Maggie

ingen Blar par-dessus ton épaule, tu la ramènes ici et tu la forces à nous préparer un repas mangeable.

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— Tu crois que je n’y ai pas pensé ? soupira Lochlan. Elle s’est retranchée avec les autres sur un terrain consacré. Je ne peux pas violer leur sanctuaire.

Ewan se leva lentement.— Dans ce cas, je m’en chargerai. Le trône de

Satan gèlera avant que je ne laisse une autre femme me ridiculiser.

— Tu as bien raison, répondit une voix fami-lière. C’est pour ça que notre Seigneur m’a placé sur cette terre.

En se retournant, Lochlan vit son plus jeune frère sur le seuil.

Les cheveux noirs de Braden étaient ébouriffés comme après un grand galop. Son tartan vert et noir était jeté négligemment par-dessus son épaule. Il affichait son habituel air espiègle.

Lochlan éclata de rire pour la première fois depuis deux semaines.

— Tiens, tiens, le fils prodigue est de retour ! s’exclama-t-il en traversant la salle pour étreindre son petit frère vagabond et irrévérencieux.

En arrivant à sa hauteur, il aperçut l’homme qui  se tenait dans l’ombre derrière Braden. Son sourire se figea.

Non, ce ne pouvait pas être…Et pourtant, si.Il n’avait pas vu son demi-frère Sin depuis des

années. Enfant déjà, Sin était plus renfrogné qu’Ewan et rempli de haine.

Lorsque, contre sa volonté, il avait été envoyé à la cour du roi Henry, que leur père détestait de tout son cœur, l’adolescent avait juré de ne plus jamais remettre un pied au nord du mur d’Hadrien.

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Lochlan se demandait bien ce qui avait pu le faire changer d’avis. Peu importait, il en était heu-reux. Il aimait son frère aîné, et ce dernier lui avait manqué.

Sin avait toujours les mêmes yeux noirs perçants et sans joie qui semblaient voir au fond de votre âme. Il était aussi brun que Braden et, étonnam-ment, ne portait pas ses cheveux courts, à la mode anglaise, mais longs comme les Highlanders.

En revanche, sa tenue noire racontait une autre histoire. Ses chausses, ses bottes, son surcot et son haubert étaient bien anglais. Étrangement, il ne portait pas de blason.

Se remettant de sa surprise, Lochlan se tourna vers Braden.

— Tu nous as ramené un invité d’Angleterre ?Il tendit la main à Sin, qui mit une bonne minute

avant de la prendre. Lochlan lui donna une tape dans le dos.

— Je suis heureux de te voir, bráthair. Cela fai-sait trop longtemps.

Les traits de Sin se détendirent légèrement. De toute évidence, il n’avait pas été certain d’être bien accueilli.

— Je ne pouvais pas laisser Braden rentrer seul, dit-il. Il l’a échappé belle trop de fois en Angleterre. Je redoutais qu’un mari ou un père furieux ne le trucide en chemin.

Ewan reconnut son frère à son tour et poussa un cri de joie. Il traversa la salle en quelques enjam-bées et le serra contre lui en le soulevant du sol.

Sin se raidit.— Veux-tu bien me lâcher, espèce de grand

úbaidh !

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— Au moins, tu n’as pas oublié tes racines, déclara joyeusement Ewan en le reposant. Avec ta tenue, je me demandais si tu étais bien mon frère enfin de retour chez lui ou l’une des conquêtes de Braden.

Ce dernier s’esclaffa tandis que Sin le fusillait du regard.

— En parlant de conquêtes, où sont les femmes ? demanda Braden. Je n’en ai pas vu une seule depuis que nous sommes entrés sur les terres MacAllister.

Ewan prit un air faussement affolé.— Juste Ciel ! Braden a passé une heure entière

sans forniquer ? Vite, Lochlan, fais venir le gué-risseur avant qu’il ne soit terrassé par une crise d’abstinence !

— Ne plaisante pas avec ce sujet, dit gravement Braden. Il n’est pas bon pour un homme de rester trop longtemps sans femme. Ses jus lui remontent dans le cerveau et, en un rien de temps, il se trans-forme en ours mal léché et aigri.

Il écarquilla les yeux avant de glisser un bras autour de l’épaule d’Ewan et de s’exclamer :

— Ah, mais voilà donc ce qui t’est arrivé ! Nous devons te trouver une femme au plus vite avant que ton état n’empire.

Ewan le repoussa avec une grimace.— Tu vas arrêter tes âneries ? Ramène-le en

Angleterre avant que je ne l’étripe, ajouta-t-il en se tournant vers Sin.

Lochlan ne prêta pas attention à leurs chamail-leries. Braden et Ewan ne savaient communiquer entre eux que de cette manière.

— Ça fait vraiment plaisir de te voir, dit-il à Sin.— Vous m’avez manqué, Kieran, Braden, Ewan

et toi, répondit Sin. Mais, sans vouloir t’offenser,

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je préfère de loin le luxe anglais à votre mode de vie rustique.

— Tu es devenu un vrai Sassenach, grommela Ewan avec une moue écœurée.

Sin se hérissa, et Lochlan préféra intervenir avant qu’il ne rétorque. On ne se moquait pas impunément de Sin, et il ne tenait pas à ce que le sang soit de nouveau versé entre ses frères. Quoi qu’il se fût passé autrefois, Sin serait toujours le bienvenu chez lui.

— Pas d’insultes, dit-il sévèrement à Ewan. Du moins, pas dirigées contre Sin. Défoule-toi plutôt sur Braden.

— Merci ! s’indigna Braden. C’est ça, ton amour fraternel ?

— Oui, répondit Lochlan avec un sourire sar-donique. Tu observeras que je ne t’ai pas encore taquiné moi-même.

Braden lança un regard intrigué dans la salle vide. Il semblait attendre quelque chose. Avant même qu’il n’exprime sa pensée, Lochlan l’avait devinée. C’était la première fois que son plus jeune frère rentrait chez lui sans qu’une armée de femmes se précipite pour l’accueillir, jouant des coudes pour être la première à lui proposer de la nourriture et d’autres plaisirs qu’elles étaient ravies de lui offrir.

— Où sont les servantes ? demanda Braden.Lochlan ouvrit la bouche pour répondre, mais

Ewan le prit de vitesse.— Non, non, Lochlan, laisse-moi le plaisir de

le lui annoncer, dit-il avec une lueur de jubilation rare dans ses yeux bleus.

— Comme tu voudras, concéda Lochlan.— Dis-moi, Braden, te souviens-tu de la petite

sœur d’Anghus et d’Aidan, Maggie ingen Blar ?

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Braden plissa le front.— La petite diablesse rouquine avec des taches

de rousseur et des dents de lapin ? Comment pourrais-je l’oublier ?

Lochlan fut surpris. Il n’avait jamais entendu son frère décrire une femme autrement qu’en vantant sa beauté. En outre, même si Maggie méritait qu’on la traite de diablesse, elle avait une belle dentition.

— Je ne me souviens pas qu’elle ait jamais eu des dents de lapin, objecta-t-il.

— C’est parce qu’elle ne t’a jamais mordu, répli-qua Braden. Moi, elle n’arrêtait pas de m’attaquer. Je me demande encore pourquoi.

— Ce devait être ta personnalité avenante qui la charmait, intervint Sin.

Ewan se planta devant Braden et lança un regard noir à Lochlan et à Sin.

— Cela vous ennuierait-il de me laisser terminer mon histoire ?

— Je t’en prie, répondit Lochlan.— Merci, dit Ewan.Il plaça ses deux mains sur les épaules de Braden

afin de savourer sa réaction.— Dents de lapin ou pas, Maggie a convaincu

toutes les femmes de se rebeller.— De se rebeller contre qui ? demanda Braden,

perplexe.— Nous, les vilains hommes libidineux.— Tu plaisantes ?Il se tourna vers Lochlan.— Il plaisante ?— Non, hélas, soupira Lochlan. C’est la vérité.

Les femmes ont décidé que, tant que je n’aurais pas mis un terme à notre querelle avec les MacDouglas, elles ne nous serviraient plus.

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— De quelque manière que ce soit, précisa Ewan.Braden pâlit et saisit le revers de Sin.— Par les orteils velus de Satan, je dois être mort

et arrivé en enfer.— J’en doute fort, petit frère, rétorqua Sin. Il fait

trop froid ici pour que ce soit l’enfer.Incrédule, Braden secoua la tête, puis il releva

des yeux suspicieux vers Lochlan.— Avoue, laird, que leur as-tu fait pour les mettre

autant en colère ?— Moi ? s’offusqua Lochlan. Je n’ai rien fait. Au

contraire, j’ai tout essayé pour les raisonner. J’ai menacé et cajolé. Bigre, j’ai même tenté de séduire Maggie, mais…

Braden l’interrompit avec un ricanement de dérision.

— Peuh ! Tout s’explique. Ce n’est pas en ordon-nant à une femme de retrousser ses jupes que tu la feras grimper dans ton lit.

— Pardon ? s’indigna Lochlan. Je suis un peu plus subtil que ça !

— Tu parles ! Tu oublies que j’ai déjà été témoin de tes tentatives maladroites de séduction.

— Maladroites ? Je te signale que j’ai connu plus de femmes que toi, morveux !

Braden haussa un sourcil sarcastique et sûr de lui. Lochlan réfléchit un instant. Il doutait qu’un cheik sarrasin pourvu d’un harem ait couché avec plus de femmes que son jeune frère.

— Soit, concéda-t-il. Peut-être pas plus que toi mais, en tout cas, plus qu’Ewan.

— Ce n’est pas difficile, répliqua Braden. Mon gros orteil a connu plus de femmes qu’Ewan.

— Hé ! grogna ce dernier. Garde tes insultes pour le frère qui te supporte. Ce n’est pas mon cas.

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Braden glissa un bras autour des épaules de Lochlan et pencha la tête vers lui comme s’il s’apprêtait à lui confier un grand secret.

— Écoute-moi, très cher frère qui me supporte. Tu es le laird d’un clan puissant. Tu n’as pas besoin d’en rajouter pour séduire les femmes. Ton titre et ta belle gueule suffisent.

— Mes quoi ? demanda Lochlan, offensé par son ton condescendant.

— C’est la vérité. N’importe quelle femme rêve-rait de passer une nuit avec un séduisant laird. Pas vrai, Sin ?

— Comment le saurais-je ? Je ne suis pas une femme.

Braden lui lança un regard dubitatif mais se garda de commenter.

— Comme je disais, reprit-il en s’adressant à Lochlan, ton titre et ta figure, c’est tout ce dont tu as besoin.

— Ni l’un ni l’autre n’a impressionné Maggie, avoua Lochlan. Elle m’a fichu dehors en un rien de temps. Elle ne me laisse pas le choix. Si les femmes n’ont pas quitté leur sanctuaire demain à midi, je les en ferai sortir de force.

— Tu ne peux pas faire ça, dit Braden en le lâchant. Ce sont des femmes, Lochlan. Nos femmes.

— Tu crois que je l’ignore ? Notre mère s’est enfermée dans l’église avec elles. Que veux-tu que je fasse ?

Braden prit un air songeur. Lochlan pouvait presque voir tourner les rouages de son cerveau. Tant mieux. Braden avait toujours des idées de génie lorsqu’il s’agissait de femmes.

— Je crois avoir une autre solution, déclara enfin son jeune frère. Si j’essayais de faire entendre raison

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à cette demoiselle et de convaincre les femmes de reprendre leur juste place, dans les cuisines et dans nos lits ?

Lochlan réfléchit. Si Braden pouvait résoudre ce conflit paisiblement, cela valait la peine d’essayer. L’idée d’avoir à user de la force sur des femmes lui faisait horreur.

Peut-être Braden réussirait-il là où il avait échoué. Son plus jeune frère avait toujours été doué pour désamorcer les situations explosives.

Sauf à une occasion. Lochlan frémissait rien que d’y penser.

Sa famille avait connu suffisamment de tragé-dies ; elle n’avait pas besoin d’en subir une autre.

— D’accord, dit-il. Je te laisse une chance, une seule. Si Maggie s’entête, mes hommes finiront par organiser un raid sur l’église ou, pire, par me jeter par la fenêtre et élire un nouveau laird.

— Les femmes ! marmonna Sin. J’ai du mal à croire qu’elles fomentent une rébellion contre toi  alors que tu dois faire face à une querelle de clans. Tes hommes n’ont pas besoin d’être distraits par ces sottises alors qu’ils ont des terres à protéger.

— C’est vrai, convint Braden. Je m’étonne que les MacDouglas n’aient pas encore profité de cette mutinerie.

Lochlan lança un regard par la fenêtre. L’église était visible au loin. Malgré lui, il était amusé par la nouvelle qu’il avait reçue trois jours plus tôt.

— Je suis sûr qu’ils nous auraient attaqués si leurs propres femmes n’avaient pas fait comme les nôtres.

— Quoi ?— Même l’épouse de MacDouglas a rejoint le

mouvement, ridiculisant son mari.

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— Il est donc prêt à faire la paix ? demanda Sin.— Non. Même si nous parvenions à un accord,

ni lui ni moi ne pourrions nous y résoudre. Si nous cédons devant nos femmes, elles s’imagine-ront avoir du pouvoir sur nous et, chaque fois que quelque chose leur déplaira, elles recommenceront. Les conséquences pourraient être désastreuses. Vous imaginez ?

— Oui, dit Braden avec un sourire malicieux. Ça pourrait devenir amusant.

Lochlan lui lança un regard noir que Braden ignora. Il se tourna vers ses trois frères, l’air sûr de lui.

— Depuis des années, vous vous moquez de moi parce qu’aucune femme ne me résiste. Aujourd’hui, mes frères, vous allez me remercier pour mon talent. Je vous parie qu’en moins d’un quart d’heure Maggie me mangera dans la main.

— Je prends le pari, déclara Ewan. Surtout après avoir vu la manière dont Maggie a envoyé paître Lochlan. Ça te fera du bien d’échouer.

— Moi, échouer ? s’esclaffa Braden. Peuh ! Aucune femme n’est immunisée contre mon charme.

— Pour une fois, j’espère que tu as raison, déclara Lochlan. C’est un pari que je ne peux pas perdre.

— Alors suis-moi et admire mon triomphe.Ewan donna une tape sur l’épaule de Lochlan.— Je ne sais pas ce que tu en penses mais, pour

ma part, j’ai hâte d’assister à cette confrontation.

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Braden MacAllister pouvait faire capoter tous ses grands projets.

Postée devant la fenêtre de l’église, Maggie ingen Blar se figea en voyant approcher le petit groupe d’hommes. On eût dit les quatre cavaliers de l’Apo-calypse.

N’importe quelle autre femme aurait sans doute aimé voir venir à elle quatre hommes aussi scan-daleusement beaux. Pas Maggie, car elle savait ce qu’ils lui voulaient.

Ils étaient son cauchemar.Elle n’était pas surprise de revoir Lochlan. Il était

le chef du clan. Ses cheveux blonds semblaient avoir été tissés avec des fils d’or. Les anges au fir-mament ne pouvaient rivaliser avec ses traits sculp-tés et doux, ni avec les fossettes que creusaient ses sourires et qui en faisaient soupirer plus d’une.

Aujourd’hui, il ne souriait pas. Il regardait droit devant lui, l’air sombre et déterminé.

Son frère Ewan était immense et très large d’épaules. Sa démarche agressive faisait s’écarter de son chemin les hommes du clan. Ses beaux traits ténébreux fascinaient les femmes, mais son air mauvais les décourageait de l’approcher.

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La plupart de ceux qui le connaissaient, hommes et femmes, avaient peur de lui.

Le troisième homme était vêtu comme un Anglais, et elle ne le connaissait pas. Toutefois, il possédait la même aura dangereuse que les frères MacAllister. Sa démarche assurée et souple évo-quait celle d’un fauve noir traquant sa proie.

Quant au quatrième…Elle connaissait bien Braden MacAllister. C’était

un ami de ses frères aînés. Il était souvent venu chez eux quand elle était enfant.

Déjà petite, elle était en adoration devant lui.Parviendrait-elle un jour à le regarder sans que

son pouls s’accélère ?Si les frères MacAllister étaient tous beaux,

Braden avait un petit quelque chose en plus. Un je-ne-sais-quoi d’irrésistible.

Ses longs cheveux noirs ondulés retombaient sur ses épaules musclées, et Maggie se souvenait encore du parfum de baies de sureau que dégageaient ses mèches soyeuses. Non qu’elle les eût jamais tou-chées. C’était leur éclat brillant qui laissait penser qu’elles seraient comme de la soie entre ses doigts.

Il avait un front haut et des sourcils arqués qui se soulevaient quand il riait. Et il riait souvent, émet-tant un son grave qui emplissait l’air de musique et de chaleur.

Et ses lèvres…Pleines et bien dessinées. Le genre de lèvres dont

les femmes rêvaient la nuit. Des lèvres qui vous embrassaient d’une manière qui vous faisait perdre la raison.

Du moins, c’était ce qu’on lui avait dit.Malheureusement, Maggie n’avait jamais eu

le plaisir de goûter à ces lèvres. Braden l’avait

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toujours considérée comme une petite peste, même s’ils n’avaient que trois ans et demi d’écart.

Depuis ses douze ans, elle avait tout fait pour attirer son attention, allant jusqu’à le mordre un jour où il ne la regardait pas. Peine perdue. Elle devait être la seule femme sur terre qui ne l’inté-ressât pas.

Selon son frère Anghus, c’était par loyauté envers leur famille qu’il évitait de trop la regarder. Mais Maggie n’était pas dupe et savait que ce n’était pas la vraie raison.

Elle n’avait jamais été le genre de fille que les hommes poursuivaient pour une autre raison qu’un repas chaud ou des conseils pour séduire une autre femme. Comme le disait souvent Ian, son frère jumeau, elle était la bonne amie fiable vers laquelle un homme pouvait se tourner sans craindre d’être jugé.

Au mieux, elle passait pour relativement atti-rante, sans être une beauté.

Que n’aurait-elle donné pour avoir le tempéra-ment et le charme nécessaires afin que Braden la remarque, ne serait-ce qu’un instant ! Pour être celle qui dompterait le vent sauvage !

Cependant, ce n’était pas le jour pour attirer son attention. En fait, c’était le pire moment pour le voir. Au fond d’elle-même, elle savait qu’il était le seul capable de percer ses défenses.

Mais elle ne pouvait se permettre de perdre. Non, elle devait coûte que coûte rester indifférente à son charme – si tant est qu’une femme pût ignorer un homme tel que lui.

Alors qu’elle observait les hommes qui se diri-geaient vers elle, Pegeen s’approcha par-derrière

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et lui demanda si elle savait où trouver d’autres couvertures.

Bien qu’elle eût entendu la question de son amie, Maggie resta silencieuse, incapable de détacher son regard du plus beau Highlander ayant jamais vécu.

Braden marchait vers le sanctuaire d’un pas assuré et viril. Le vent soulevait ses cheveux noirs, rabattant des mèches devant ses traits ciselés. Sa main gauche était posée sur la poignée de son épée, ses épaules fièrement rejetées en arrière. Le bord de son tartan vert et noir claquait contre ses cuisses musclées et hâlées.

Mo chreach ! Il était magnifique.Une sensualité sauvage et masculine transpirait

par tous les pores de son corps.Braden était un homme bien dans sa peau et sûr

de sa place dans le monde. Il se fichait de l’opinion des autres, traçait son propre chemin, et au diable les conséquences.

Aujourd’hui, il semblait plus sûr de lui que jamais.

Il mijotait quelque chose. Cela se voyait à l’angle ferme de sa mâchoire et à son regard aiguisé. Il paraissait déterminé. Il avait un objectif.

Elle comprit aussitôt.— Och, balgaire le sùilibj mear ! marmonna-t-elle.— Quel chien au regard de velours ? demanda

Pegeen.— Celui qui vient droit sur nous.Maggie était furieuse de sa propre réaction. Pour

ce qui était de rester indifférente, c’était raté !Pegeen se hissa sur la pointe des pieds pour

regarder par la fenêtre à son tour.— Mazette, tu parles d’une brochette ! chuchota-

t-elle. Tous plus beaux les uns que les autres.

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— On dit que le diable est séduisant, marmonna Maggie. Je préférerais avoir affaire à lui plutôt qu’à Braden MacAllister.

— Pour ce qui est d’être séduisant, Braden n’a rien à lui envier, approuva Pegeen avec un sourire songeur. Bigre, quel morceau !

La jolie Pegeen aux cheveux noir de jais n’avait qu’un an de plus que Maggie. Bien qu’elle se fût mariée quatre hivers plus tôt, elle n’avait pas perdu le goût des beaux garçons.

— Oh, si mon Ross lui ressemblait, tu peux être sûre que je ne resterais pas ici enfermée avec vous. Je serais à la maison en train de lui faire…

— Pegeen ! la sermonna Maggie. Tu es dans une église !

Pegeen chassa ses remontrances d’un geste de la main.

— Le Seigneur sait bien que je ne pense pas à mal. Je ne fais que dire la vérité.

Maggie l’entendit à peine, car son attention avait été attirée par d’autres femmes qui sortaient de divers bâtiments pour regarder par-dessus le muret du cimetière. Même de loin, elle entendait leurs soupirs et leurs gloussements tandis qu’elles admi-raient différentes parties de l’anatomie des quatre hommes qui approchaient.

— Braden est de retour ! s’exclamèrent plusieurs d’entre elles.

— Mary, suis-je bien coiffée ? Tu crois qu’il le remarquera ?

— Doux Jésus, cet homme devient plus beau chaque année !

— Il a la plus jolie paire de fesses que le bon Dieu ait jamais jugé bon d’accorder à un homme.

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