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ROGER ZELAZNY

Les 9 princes dambreRoman TRADUIT DE LAMRICAIN PAR ROLAND DELOUYA

DENEL

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Titre original : NINE PRINCES IN AMBER (Avon Books. New York)

by Roger Zelazny, 1970 et pour la traduction franaise by ditions Denol, 1979.

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1.a commenait se dissiper, mais aprs ce qui me parut tre une ternit. Jessayai de remuer les orteils. Jy russis. Jtais sur un lit dhpital, les jambes dans le pltre. Ctaient bien mes jambes. Je fermai les yeux avec force et je les rouvris. Trois fois. La chambre reprit son aplomb. O diable tais-je ? Les brumes se dchirrent lentement et la mmoire me revint. Je me souvins de nuits, dinfirmires et daiguilles. Chaque fois que je commenais reprendre mes esprits, quelquun entrait et me piquait avec quelque chose. Ctait exactement ce qui stait pass. Exactement a. Mais maintenant jtais peu prs conscient. Ils allaient bien tre obligs darrter leur petit jeu. Non ? Une pense jaillit : Peut-tre pas. Un lger scepticisme, bien naturel, quant la puret des motivations humaines vint assombrir le cours de mes penses. Je pris brusquement conscience quon avait d madministrer une bonne dose de narcotiques. Sans aucune raison, eu gard mon tat de sant. Aucune raison non plus pour quils sarrtent si on les avait pays pour. Alors fais gaffe et joue les drogus, me conseilla une petite voix intrieure qui, malgr sa sagesse, ntait pas ce quil y avait de meilleur en moi. Cest ce que je fis. Dix minutes plus tard, une infirmire passa la tte par lentrebillement de la porte. Jtais videmment en train de ronfler avec application. Elle sen alla. Pendant ce temps, javais commenc reconstituer ce qui tait arriv.

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Je me souvenais vaguement davoir eu un accident. La suite tait encore floue. Quant ce qui stait pass avant, je nen avais pas la moindre ide. Je me souvenais quon mavait dabord conduit dans un hpital, puis dans cet endroit. Pourquoi ? Je nen savais rien. Mes jambes, cependant, se portaient bien. Suffisamment bien pour me soutenir. Je ne savais pas combien de temps stait coul depuis leur fracture mais je savais quelles avaient t fractures. Je massis. Aprs un gros effort, car mes muscles taient ankyloss. Dehors il faisait nuit. Une poigne dtoiles clignotaient contre la fentre. Je leur rendis leur clin dil et balanai mes jambes sur le bord du lit. Je fus pris dun vertige qui sattnua au bout dun moment. Je me levai en magrippant la tte de lit. Je fis mon premier pas. Parfait. Mes jambes me portaient. Thoriquement, jtais donc en tat de men aller. Je revins mon lit et mallongeai pour rflchir. Je transpirais et je tremblais. Visions de bonbons, etc. Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark Je me souvins. Il y avait une voiture mle cet accident. Un sacr bon Dieu daccident La porte souvrit, laissant filtrer un peu de lumire. travers mes cils, japerus une infirmire tenant une seringue hypodermique. Elle sapprocha du lit. Une nana hanchue avec des cheveux sombres et de grands bras. Au moment o elle fut tout prs, je me redressai. Bonsoir. Oh ! bonsoir ! rpondit-elle. Quand est-ce que je sors ? Il faut demander au docteur. Faites-le. Remontez votre manche, je vous prie. Non merci. Je dois vous faire une piqre. Je nen ai pas besoin. -5-

Jai bien peur que ce soit au docteur den dcider. Alors faites-le venir. Il me le dira lui-mme. Jusque-l je refuse. Jai des ordres. Eichman en avait aussi. Vous savez ce qui lui est arriv, dis-je en hochant lentement la tte. Trs bien, dit-elle, je vais tre oblige de faire un rapport Je vous en prie. Pendant que vous y tes, dites-lui que jai dcid de partir demain matin. Impossible. Vous ne pouvez mme pas marcher Vous avez eu des lsions internes Nous verrons. Bonsoir. Elle disparut sans rpondre. Je restai allong en ruminant mes penses. Je devais tre dans une sorte de clinique prive. Quelquun payait donc la note. Qui parmi mes connaissances ? Aucun visage familier parent ou ami ne mapparut. Que restait-il ? Des ennemis ? Je rflchis un moment. Rien. Personne pour me combler ainsi de bienfaits. Brusquement un souvenir me revint : jtais pass par-dessus une falaise au volant de ma voiture et tomb dans un lac. Je ne me rappelais rien dautre. Jtais Je me torturais la mmoire et commenais transpirer de nouveau, je ne savais pas qui jtais. Je massis et pour moccuper, je dfis tous mes bandages. En dessous, a avait lair daller. Javais donc eu raison dagir ainsi. Je brisai le pltre de ma jambe droite laide dun montant de mtal fix la tte de lit. Javais le brusque sentiment quil me fallait sortir de l en vitesse, que javais quelque chose faire de toute urgence. Jexaminai ma jambe droite. Tout allait bien. Je mis en pices le pltre de ma jambe gauche, me levai et me dirigeai vers le placard. Pas de vtements. Des bruits de pas. Je retournai mon lit et fis disparatre les dbris de pltre et les bandages inutiles. -6-

La porte souvrit une nouvelle fois. La lumire minonda. Un gars costaud en blouse blanche se tenait sur le pas de la porte, la main sur linterrupteur. On me dit que vous donnez du fil retordre linfirmire ? dit-il. Inutile davoir lair de dormir. Je ne sais pas, dis-je. Pourquoi ? Son froncement de sourcils mapprit quil tait perplexe, puis : Cest lheure de votre piqre. tes-vous mdecin ? Non, mais jai qualit pour vous faire une piqre. Je refuse. La loi my autorise. Dites-moi ce quelle vous autorise vous ? Vous aurez votre piqre quand mme , dit-il en contournant le lit. Il tenait une seringue quil avait cache jusque-l. Un coup bas, environ dix centimtres au-dessous de la ceinture, le mit sur les genoux. ! dit-il au bout dun moment. Tu vois ce qui arrive aux gens qui sapprochent dun peu trop prs ? Nous avons les moyens de venir bout de malades comme vous , haleta-t-il. Il tait temps dagir. O sont mes vtements ? demandai-je. ! rpta-t-il. Je suis donc oblig demprunter les tiens. Donne. Comme a mennuyait de rpter trois fois la mme chose, je lui jetai les couvertures sur la tte et lassommai avec le montant mtallique. En moins de deux minutes, jtais tout de blanc vtu : la couleur de Moby Dick et de la glace la vanille. Moche. Je le tranai jusquau placard, puis je regardai par la fentre grillage. La nouvelle lune, dans les bras de la vieille, se balanait mollement au-dessus dune range de peupliers. Lherbe tait argente et scintillait. La nuit marchandait nonchalamment avec le soleil. Rien ne permettait de reconnatre cet endroit, je devais tre au deuxime tage de

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limmeuble. En bas, gauche, un carr lumineux indiquait sans doute une fentre au rez-de-chausse, avec quelquun derrire. Je sortis de la pice et tudiai le couloir. Tout au bout, un mur avec une fentre grillage. Quatre autres portes, deux de chaque ct. Probablement des chambres qui dbouchaient, comme la mienne, sur dautres portes. Jallai la fentre : dautres jardins, dautres arbres, la mme nuit, rien de neuf en somme. Je fis volte-face et pris la direction oppose. Des portes, encore des portes. Aucune lumire en dessous. Un seul bruit : celui de mes pas, cause des chaussures empruntes. Trop grandes. Ma montre-bracelet mapprit quil tait 5 h 44. Javais cach le montant mtallique dans ma ceinture, sous la blouse blanche. Il y avait un plafonnier peu prs tous les sept mtres qui donnait une lumire denviron quarante watts. Je dbouchai droite sur un escalier menant aux tages infrieurs. Je le pris. Il tait moquett et silencieux. Le premier tage ressemblait au mien : des ranges de chambres. Je continuai. Lorsque jatteignis le rez-de-chausse, je tournai droite et je cherchai la porte do filtrait la lumire. Le type en peignoir de bain criard, assis derrire un grand bureau brillant, tait en train dexaminer une sorte de registre. Ce ntait pas la salle de garde. Il leva des yeux furieux et gonfla les lvres pour mettre un hurlement qui resta au fond de sa gorge, peut-tre cause de mon air dcid. Il se redressa rapidement. Je fermai la porte derrire moi et dis en mavanant vers lui : Bonjour. a va mal pour vous. Dans ces cas-l, les gens devraient ragir plus vite car il lui fallut trois secondes le temps que je mis traverser la pice pour me demander : Que voulez-vous dire ? Je veux dire que vous allez tre poursuivi en justice pour mavoir retenu prisonnier sans possibilit de communiquer avec lextrieur, pour mavoir mal soign et avoir us de narcotiques sans discernement. Je souffre dj de symptmes de privation et a peut me conduire un acte de violence -8-

Il se leva. Sortez dici. Je vis un paquet de cigarettes sur son bureau. Je me servis et rpondis : Asseyez-vous et fermez-la. Nous avons parler. Il se rassit mais sans la fermer : Vous violez plusieurs rglements, dit-il. Nous nous en rapporterons donc un tribunal pour dterminer les responsabilits. Je veux mes vtements et mes objets personnels. Je sors. Vous ntes pas en tat On ne vous a rien demand. Ou vous vous excutez immdiatement ou vous en rpondez devant la justice. Il tendit la main vers un bouton pos sur son bureau mais je len dissuadai dune claque sur les doigts. Immdiatement ! rptai-je. Il fallait appuyer sur ce bouton quand je suis entr. Maintenant cest trop tard. Monsieur Corey, vous me rendez les choses difficiles Corey ? Je nai pas demand tre admis dans cet tablissement, mais bordel jai le droit de men aller. Cest le moment. Finissons-en. Il est vident que vous ntes pas en tat de quitter cette institution. Je ne puis le permettre. Je vais appeler quelqu un qui vous ramnera dans votre chambre et vous remettra au lit. Je ne vous conseille pas dessayer, sinon vous apprendrez vos dpens dans quel tat je suis. Jai plusieurs questions vous poser. Premirement : qui ma fait admettre ici et qui paye la note ? Trs bien , soupira-t-il. Sa fine moustache blond-roux saffaissa lamentablement. Il ouvrit un tiroir, y plongea la main, ce qui minquita aussitt. Je le lui fis voler des doigts avant qu