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Paul Gautier

Le typikon de la Thotokos vergtisIn: Revue des tudes byzantines, tome 40, 1982. pp. 5-101.

Rsum REB 40 1982 France p. 5-101 P. Gautier, Le typikon de la Thotokos vergtis. Edition avec traduction et notes du typikon, ou rgle monastique, du monastre byzantin plac sous le patronage de la Thotokos Bienfaitrice . De ce petit couvent, fond en 1048 par un certain kyr Paul sur un bien patrimonial, quelque trois kilomtres des remparts terrestres de Constantinople, hrita en 1054 un de ses premiers disciples, kyr Timothe, qui l'agrandit, l'embellit et le dota, vers 1065, d'une rgle qui n'a t conserve que par un seul tmoin, un magnifique manuscrit du 12e ou 13e sicle conserv la Bibliothque Nationale d'Athnes sous la cote 788.

Citer ce document / Cite this document : Gautier Paul. Le typikon de la Thotokos vergtis. In: Revue des tudes byzantines, tome 40, 1982. pp. 5-101. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1982_num_40_1_2131

LE

TYPIKON DE

LA

THOTOKOS

VERGTIS

Paul GAUTIER

On se gardera de confondre le monastre du Christ Evergts avec celui de la Thotokos Evergtis. Le premier tait un tablissement urbain, dont la date de fondation est inconnue, mais antrieure 1071, qui fut restaur par un nigmatique protosbaste et grand duc Jean Comnne, sans doute dans le premier quart du 12e sicle, et dont l'glise subsisterait encore sous le nom de Gui Camii1. Le second tait une maison religieuse sub urbaine, dont la fondation et les premiers dveloppements sont voqus et l dans le typikon de fondation que nous publions ci-aprs. Son histoire, que les sources littraires permettent de suivre jusque dans le deuxime quart du 13e sicle, n'a jusqu' maintenant fait l'objet que d'une seule tude, celle de J. Pargoire2, mais elle a t si mthodiquement conduite et elle est si solidement documente qu'il m'a paru inutile de la reprendre. Je me permets d'y renvoyer le lecteur que le sujet intresserait, puisque je ne me propose que de rexaminer le premier demi-sicle de la fondation, 1. Cf. R. Janin, La gographie ecclsiastique de l'empire byzantin. III. Les glises et les monastres2, Paris 1969, p. 508-510. Selon B. Aran, The Church of Saint Theodosia and the Monastery of Christ Evergetes. Notes on the Topography of Constantinople, JOB 28, 1979, p. 211-228, Gl Camii doit tre l'glise du monastre, et non, comme le croyait R. Janin, l'glise Sainte-Thodosie, qui pourrait correspondre celle d'Ayakapi. 2. Constantinople. Le couvent de l'Evergtis, EO 9, 1906, p. 366-373 ; 10, 1907, p. 155167, 259-263. Le P. Pargoire, dont ce fut le dernier article il tait emport par une mningite foudroyante le 17 aot 1907, l'ge de 35 ans , n'avait naturellement pas mconnu le travail antrieur, sur le mme sujet, de A. Dmitrievskij, Un monastre peu connu de Constantinople, la Thotokos Evergtis et son typikon (en russe), Trudy kievskoj duchovnoj Akademii, juillet 1895, p. 421-443.

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dans le but de complter le travail du P. Pargoire et de corriger plusieurs passages de la notice historique que lui a consacre le P. Janin3. Les dbuts de la fondation Nous avons peu de renseignements ce sujet en dehors de ceux qu'on glane dans le typikon. Son auteur, Timothe, qui fut le second higoumne du monastre, nous apprend qu'un certain kyr Paul (c'est sans doute son nom monastique), originaire de Constantinople (1. 28), abandonna tout un beau jour, par amour de la vertu et de l'hsychia et se retira sur un proasteion (1. 19, 22) qu'il avait hrit de ses parents et qu'il convertit en monastre (1. 24). Cet vnement se produisit en juin de l'an 6556, indiction 2, soit juin 1048, s'il y a erreur sur l'indiction (lire 1 au lieu de 2), ou juin 1049, si l'erreur affecte l'anne (lire 6557 au lieu de 6556), ce qui est quasi certain puisqu'il ne s'coula que cinq ans (1. 45) entre l'entre en religion de kyr Paul et sa mort en 1054. Le rdacteur ne fournit pas de prcision sur l'importance de ce domaine ; il le qualifie deux fois (1. 31, 558) d'agridion, soit donc une exploitation isole, un cart , probable ment de modeste dimension. Faute de ressources ou de protection, la fondation se rduisit quelques pauvres kellia et n'hbergea pendant un lustre qu'une poigne de moines (1. 43) ; elle vgta en effet de la sorte durant cinq annes (1. 45), jusqu' la mort du fondateur, qui survint le 16 avril 1054 (1. 47). Timothe ne nous renseigne pas sur l'emplacement du monastre, mais on constate malgr tout, la lecture du document, qu'il tait situ en dehors de Constantinople : au chapitre 13, interdiction est faite l'higoumne de s'y rendre, sauf sur convocation du patriarche ou de l'empereur, et au ch. 19, mention est faite d'ennemis qui pourraient attaquer le monastre, le ruiner ou le rduire en cendres, et au ch. 33, de moines qui seraient envoys en mission dans la capitale. Ce sont en fait des textes du dbut du 13e sicle qui nous apportent sur le sujet un peu plus de prcision. Dans un diplme latin dlivr Constantinople le 6 mars 1206 le cardinal-lgat Benot de Sainte-Suzanne concde l'abb du MontCassin (Roffrid) et ses moines monasterium s. Mariae de Virgioti, extra civitatem Constantinopolitanam infra duo milliaria situm, avec toutes ses dpendances, maisons et proprits, condition que ne soient pas expulss les moines grecs qui y demeurent4. Cet acte de donation fut confirm 3. Op. cit., p. 178-184. 4. Le texte de ce diplme a t dit par A. Belin, Histoire de la Latinit de Constanti nople, Paris 1894, p. 60-61.

LE TYPIKON DE LA THOTOKOS VERGTIS

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par une lettre du pape Honorius III (1216-1217), date du 5 mai 12175. Et dans une lettre du 20 mai suivant, Honorius reconfirmait la donation et reprenait pour localiser le monastre la prcision gographique fournie par Benot de Sainte-Suzanne6. On peut en dduire que le couvent tait distant de quelque trois kilomtres de la capitale. Mais, du ct oriental ou occidental ? A l'poque de la rdaction du typikon (premire version), le danger d'une incursion dvastatrice voque par Timothe ne pouvait surgir que du ct occidental, et c'est donc dans la banlieue europenne qu'il faut chercher l'emplacement du proasteion de kyr Paul. Le P. Pargoire7, suivi par le P. Janin8, a estim, en prenant en considration l'emplacement prsum du mtochion que l'Evergtis possdait dans la capitale, que le monastre se trouvait trois kilomtres en face de la Porte de Pg (Silivrikapi) ou de celle du Xylokerkos (Belgradkapi), c'est--dire sur les bords du Tchirpedji-Dr ou du Hasnadar-Dr, trs peu au nord du point o ces deux ruisseaux ont leur confluent, trs peu au nord de Makri-Keui. L'hypothse est ingnieuse, mais les arguments qui la fondent nous parais sent trop fragiles pour que nous puissions l'adopter. A Paul de l'Evergtis, qui ne laissa pas de rgle, mais dont le recueil asctique, une norme compilation, souvent appel YEvergtinon, a longtemps joui dans les milieux monastiques grecs d'une vogue consid rable9, succda son disciple Timothe, qui l'avait rejoint ds le mois de septembre 1049 (1. 33). Contrairement au fondateur, qui laisse l'impression de n'avoir t qu'un spirituel , peu proccup de dvelopper matriell ement et conomiquement son tablissement, puisqu'il le laissa dans un 5. Lettre dite par A. Belin, op. cit., p. 61-62. Voir aussi A. Potthast, Regesta pontificum romanorum inde ab a. post Christum natum MCXCVIII ad a. MCCCIV, I, Berlin 1 874, n 5541. 6. Voir A. Potthast, op. cit., n 5552. Signalons encore deux autres lettres du mme pape concernant le mme sujet, l'une du 31 octobre 1222 au monastre du Mont-Cassin (ibidem, n 6887), l'autre du 17 novembre de la mme anne au suprieur et aux moines S. Mariae de Virgiotis pour les exhorter l'obissance (ibidem, n 6892). 7. EO 9, 1906, p. 372-373. 8. Op. cit., p. 182. 9. Cf. J. Pargoire, EO 9, 1907, p. 259-261, qui a relev une quarantaine de manuscrits et signal les trois ditions existantes : Venise 1783, Constantinople 1861 et 1901 ; H.-G. Beck, Kirche und theologische Literatur im byzantinischen Reich, Munich 1959, p. 587. Il n'est peut-tre pas sans intrt de signaler que la liste des auteurs spirituels compils par Paul de l'Evergtis pour son florilge (cf. M. Richard, Dictionnaire de Spiritualit asctique et mystique, fasc. 33-34, col. 502) correspond assez exactement celle que Jean l'Oxite a tablie et qui constituait le fonds de toute bibliothque monastique byzantine un peu importante : P. Gautier, Rquisitoire du patriarche Jean d'Antioche contre le charisticariat, REB 33, 1975, p. 101-103.

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tat fort mdiocre (1. 37-40), Timothe, qui avait hrit du monastre par testament (1. 37, 47) et qui en fut donc partir d'avril 1054 la fois l'higoumne et le propritaire, parat avoir t essentiellement un homme d'action et, plus particulirement, un btisseur passionn, ce qui ne laisse pas d'tonner quand on apprend de sa bouche qu'il avait choisi, tout en tant higoumne, la vie d'un reclus (1. 579). Cette condition, qu'il avait au dbut envisag d'imposer ses successeurs, n'aura pas brid son nergie : le lecteur trouvera au ch. 3 un aperu de son activit. Il y rappelle ses moines les amliorations qu'il a apportes au petit et misrable monastre des origines : la construction d'une glise, place sous le patronage de la Thotokos Evergtis, et de kellia beaucoup plus spacieux, l'acquisition d'une grande quantit de livres, de vases sacrs, d'icnes, d'toffes et de mobilier d'glise, sans compter des biens fonciers, et celui qui veut s'en convaincre ou en savoir plus peut, dit-il, consulter cet effet l'inventaire du monastre. Successeur de Paul la tte de l'Evergtis en avril 1054, Timothe se proccupa de mettre par crit les instructions diverses dont ne pouvait se dispenser un koinobion byzantin, savoir un typikon liturgique, qui codifie avec minutie la clbration des offices des ftes fixes et des ftes mobiles10, et pour la rdaction duquel il s'est inspir l'occasion du typikon du