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    Textes spirituels dIbn Taymiyya. Nouvelle srie XVIII. La Syrie

    Au tournant des VIIe/XIIIe et VIIIe/XIVe sicles, la Syrie1 est

    dbarrasse des Croiss venus dEurope mais reste menace par les Mongols dIran. Peut-tre est-ce l le contexte dans lequel il fut demand Ibn Taymiyya si, religieusement parlant, il valait mieux sy rendre comprenons : pour mener le jihd et sil y avait ce sujet quelque source scripturaire. La chose nest cependant pas certaine, vu labsence de toute information sur les circonstances prcises dans les-quelles il composa le prsent fetwa en rponse ces questions.

    La littrature religieuse islamique ne manque pas de textes vantant les mrites de la Syrie2. Le Shaykh de lIslam damascain est dautant plus prt mentionner et commenter divers adths et versets cora-niques confirmant ces mrites que son pays lui semble de fait, son poque, plus profondment musulman que dautres contres. Il a notamment une pitre opinion dune partie des rsidents de la Mec-que, de Mdine et de Jrusalem. En outre, alors que les dbuts de lIslam furent mecquois, cest en Syrie que, selon lui, lIslam de la fin des temps apparatra plus manifestement . Nest-ce dailleurs pas Jrusalem que son Voyage nocturne mena le Prophte ?

    Le propos dIbn Taymiyya nest cependant pas de rattacher la pit une rgion spcifique. Comme Salmn le Persan lavait dj bien compris, seul son agir sanctifie un homme. Cest par accident, non par essence, quune contre est ou non demeure de lIslam ou de la mcr-ance. Il ny a donc pas de raison religieuse dmigrer vers quelque pays supposment plus minemment islamique que ce soit, moins quil offre un cadre o tre mieux obissant Dieu et Son Messager. Le fait est pourtant, crit le thologien damascain, quun tel cadre se trouve parfois en une terre de mcrance et de perversit

    TRADUCTION 3 [Ibn Taymiyya] Dieu lui fasse misricorde ! fut interrog

    [comme suit] : Que disent les matres, les docteurs, les imms de la

    religion ? Vaut-il mieux (afal) sjourner en Syrie quen dau-tres contres ? Y a-t-il ou non, ce sujet, un texte (na) dans le Coran ou les adths ? Rpondez-nous, rcompenss que vous serez !

    Dieu la louange ! rpondit le Shaykh de lIslam et des Musulmans, qui aide la Sunna vaincre, Taq al-Dn. Sjourner en tout endroit o lindividu est4 plus obissant Dieu et Son Messager et accomplit plus de bonnes uvres et de bien en ce sens quil a mieux connaissance de cela, en est plus capable et y consacre plus dnergie vaut mieux que sjourner en un endroit o sa situation, pour ce qui est dobir Dieu et Son Messager, serait moins favorable. Tel est le fondement global. La plus noble des cratures, pour Dieu, est en effet celle dentre elles qui [Le] craint le plus.

    1. La Syrie (al-Shm) dont question dans ce Texte spirituel XVIII est la rgion stendant de lEuphrate au Sina et comprend donc la fois la Syrie, le Liban, la Palestine et la Jordanie daujourdhui.

    2. Voir notamment M. N. D. AL-ALBN, Takhrj adth fail al-Shm wa Dimashq (Ab l-asan Al b. Muammad al-Rab : m. 444/ 1052). dition corrige et augmente, Riyadh, Maktabat al-Marif li-l-Nashr wa l-Tawz, 1420/2000 (sigle A) ; Ab Sad Abd al-Karm AL-SAMANI (m. 562/1167), Kitb Fail al-Shm. d. A. A. UMAR, Damas, Dr al-Thaqfat al-Arabiyya, 1412/1992 (sigle S).

    3. IBN TAYMIYYA, MF, d. IBN QSIM, t. XXVII, p. 39-47 (sigle F). Japporte diverses corrections ldition. Deux dentre elles, ncessi-tes par le contexte, illustrent bien les risques de confusion graphique entre des mots arabes sans rapport de sens : voir la) et note qui suit), et (voir p. 5, n. 8).

    4. yakn al-insn : takn al-asbb F

    Damas, vue du faubourg dal-liiyya5

    O mieux craindre Dieu ? La crainte [de Dieu] (taqw), cest ce que le Dieu Trs-Haut a

    donn comme interprtation de ce [mot] en disant : La pit, cest plutt quiconque croit en Dieu, au Jour dernier, aux Anges, au Livre et aux Prophtes, donne de son bien, malgr lamour quil en a, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, celui qui est sur la route, aux qumandeurs et pour [redresser] les nuques6, clbre la prire et donne laumne ; ce sont ceux qui sont fidles leurs engagements une fois engags et ceux qui patientent dans la misre, la dtresse et au moment du mal-heur : ceux-l sont les vridiques, ceux-l sont les craignants-Dieu7. Globalement, elle consiste faire ce que Dieu et Son Messager ont command et dlaisser ce que Dieu et Son Mes-sager ont interdit.

    Tel tant le fondement, ceci se diversifie en fonction de la diversit des situations de lindividu. Ainsi se peut-il que le sjour dun homme en territoire (ar) de mcrance et de perversit sagissant des diverses sortes dinnovations et de dpravation vaille mieux [quun sjour ailleurs] quand, [dans ce territoire], il est un lutteur (mujhid) sur le chemin de Dieu, de sa main ou de sa langue, en commandant [40] le convenable et en interdisant le rprhensible. [Il en serait ainsi] en ce sens que, sil dmnageait de ce territoire vers le territoire de la foi et de lobissance, ses bonnes uvres [y] seraient moindres et il ny serait plus un lutteur, quand bien mme il [y] aurait le cur plus repos. Ainsi aussi en serait-il si le bien quil accomplis-sait dans les lieux de dpravation et dinnovations en venait [alors] ne plus tre.

    Voil pourquoi sjourner dans les places fortes frontalires (thaghr) avec lintention d[y] militer (murbaa) sur le chemin du Dieu Trs-Haut vaut mieux que sinstaller dans le voisinage des Trois Mosques8 il y a l-dessus accord des ulmas. Le

    5. Illustration tire de W. K. KELLY, Syria and the Holy Land, their Scenery and their People, Londres, Chapman & Hall, 1844, p. 182.

    6. Cest--dire affranchir les esclaves et racheter les captifs. 7. Coran, al-Baqara - II, 177. Ibn Taymiyya ne cite en fait que le

    dbut et la fin du verset, en les joignant par jusqu Ses paroles . 8. La Mecque, Mdine et Jrusalem.

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    genre du jihd est en effet plus minent (afal) que le genre du plerinage, ainsi que le Trs-Haut la dit : Donner boire au plerin et entretenir la Mosque Interdite, lassimilerez-vous [laction de] celui qui croit en Dieu et au Jour dernier et lutte (jhada) sur le chemin de Dieu ? Les deux ne sont pas gaux pour Dieu et Dieu ne guide pas les gens injustes. Ceux qui ont cru, migr (hjara) et lutt sur le chemin de Dieu de leurs biens et de leurs personnes occupent un degr plus important auprs de Dieu et ceux-l sont les gagnants1. Il fut par ailleurs demand au Prophte Dieu prie sur lui et lui donne la paix ! :

    Laquelle des actions est plus minente ? Croire en Dieu et en Son Messager, et lutter (jihd) sur

    Son chemin. Ensuite, laquelle ? Ensuite, un plerinage accept [de Dieu] (ajj mabrr),

    dit-il2. Semblablement, si [cet individu] tait incapable dmigrer et

    de dmnager vers le lieu le plus minent et [tel que], sil y dmnageait, obir serait [l] plus ais pour lui obir Dieu et Son Messager tant dun seul et mme [type] dans les deux endroits mais plus pnible pour lui dans le [premier] , quand deux actes dobissance sont gaux le plus pnible des deux est le plus minent des deux. Telle est la rplique que les [Musulmans] ayant migr en Abyssinie et sjourn parmi les mcrants donnrent quelquun prtendant valoir (afal) mieux queux. Nous tions, dirent-ils, auprs de gens has-sables et lointains alors que vous tiez auprs du Messager de Dieu Dieu prie sur lui et lui donne la paix ! , lequel instrui-sait celui dentre vous qui tait ignorant et nourrissait celui dentre vous qui avait faim ; et cela, pour Dieu3. [41]

    Le Ngus refusant de livrer les migrs musulmans aux

    reprsentants de Quraysh4 Quand en revanche, l-bas5, la vie religieuse (dn) de [cet

    individu] est plus dficiente, dmnager vaut mieux pour lui et telle est la situation de la plupart des cratures : le plus grand nombre dentre elles ne rsisteront pas mais en arriveront plutt adopter la religion de la majorit (jumhr).

    1. Coran, al-Tawba - IX, 19-20. Ibn Taymiyya ne cite pas la fin du verset 20 mais crit et le [reste du] verset .

    2. Voir AL-BUKHR, a, mn (Boulaq, t. I, p. 14) ; MUSLIM, a, mn (Constantinople, t. I, p. 62).

    3. Voir AL-BUKHR, a, Maghz (Boulaq, t. V, p. 137) ; MUS-LIM, a, Fail al-aba (Constantinople, t. VII, p. 172. Selon al-Bukhr et Muslim, il sagit dune rplique dAsma bint Umays au futur calife Umar.

    4. Miniature de RASHD AL-DN FAL ALLH (m. 718/1318), Jmi al-Tawrkh (Histoire universelle), MS de lUniversit ddimbourg, Or. Ms 20, folio 52 r. (714/1314, Tabriz, Iran).

    5. Cest--dire en territoire de mcrance et de perversit .

    Les mrites de la Syrie Les choses tant telles, en ces temps-ci la religion de lIslam

    et ses institutions (shari) sont ostensiblement plus prsentes (ahar) en Syrie quelles ne le sont ailleurs. Cest une affaire [bien] connue des sens (iss) et de lintelligence (aql). Il sagit par ailleurs dune chose sur laquelle il y a comme un accord des Musulmans intelligents qui le savoir et la foi ont t donns.

    Les textes prouvent aussi cela. [Il y a] par exemple ce quAb Dd rapporte dans son Sunan daprs Abd Allh b. Umar6 : Le Messager de Dieu a dit Dieu prie sur lui et lui donne la paix ! : Il y aura [encore] une migration aprs lHgire et les meilleurs des habitants de la terre seront ceux qui sattacheront le plus lendroit o Abraham a migr7. Dans son Sunan, [on lit] aussi au sujet du Prophte Dieu prie sur lui et lui donne la paix ! , daprs Abd Allh b. awla8, quil a dit :

    Vous trouverez des armes (jund) : une arme en Syrie, une arme au Ymen et une arme en Iraq.

    Messager de Dieu, dit Ibn awla9, choisis pour moi. Va en Syrie. Cest en effet la partie de Sa terre que Dieu

    prfre et vers laquelle Il atti

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