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  • Document gnr le 18 fv. 2018 16:49

    LAnnuaire thtral

    Voyagements du thtre qubcois

    Laurent Mailhot

    Circulations du thtre qubcois : refletschangeantsNumro 27, printemps 2000

    URI : id.erudit.org/iderudit/041409arDOI : 10.7202/041409ar

    Aller au sommaire du numro

    diteur(s)

    Socit qubcoise dtudes thtrales (SQET) et Universit deMontral

    ISSN 0827-0198 (imprim)

    1923-0893 (numrique)

    Dcouvrir la revue

    Citer cet article

    Mailhot, L. (2000). Voyagements du thtre qubcois. LAnnuaire thtral, (27), 1630. doi:10.7202/041409ar

    Ce document est protg par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des servicesd'rudit (y compris la reproduction) est assujettie sa politique d'utilisation que vouspouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/]

    Cet article est diffus et prserv par rudit.

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    Tous droits rservs Centre de recherche en littraturequbcoise (CRELIQ) et Socit qubcoise d'tudesthtrales (SQET), 2000

    https://id.erudit.org/iderudit/041409arhttp://dx.doi.org/10.7202/041409arhttps://www.erudit.org/fr/revues/annuaire/2000-n27-annuaire3673/https://www.erudit.org/fr/revues/annuaire/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • -1 TAT DF.S LIEUX

    I ....

    Laurent Mailhot Universit de Montral

    Voyagements du thtre qubcois

    Jonathan Weiss, l'ami amricain.

    C omme la vie est un voyage, la mort le grand voyage, les gens de voyage des comdiens ambulants, le mot voyagements convient bien au thtre. Les voyagements, dans le franais traditionnel du Qubec - le mot n'est pas rpertori par Larousse ou Robert - , peuvent dsigner des allers et retours, une activit un peu brouillonne, mais ils impli-quent des relations multiples, une exploration intense du milieu. Les voyage-ments du thtre qubcois, ce sont ses explorations de l'espace et du temps, ses voyages initiatiques1, ses errances et ses erreurs, ses drives plus ou moins contrles, ses dlires2. Ils se font d'ailleurs aussi bien verticalement, travers des couches gologiques et des fouilles archologiques3, des dates, des ges,

    1. Tel celui du jeune photographe du Vinci (1986) de Robert Lepage. 2. Dont Le dernier dlire permis (Les Herbes rouges, 1991), variations postmodernes de Jean-Frdric Messier sur les identits sexuelles, partir du Domjuan de Molire. 3. La trilogie des dragons (1985-1987), de Lepage, traite des vestiges infimes d'un minuscule quartier chinois situ Qubec, entre 1910 et 1935.

    L'ANNUAIRE THTRAL, N 27, PRINTEMPS 2000

  • VOYAGEMENTS DU THTRE QUBCOIS 17

    gnalogies, dynasties, gnrations successives ou simultanes, que transver-salement, vers un horizon qui se drobe, s'loigne. Les voyagements se font enfin de faon oblique, dtourne, indirecte, par des emprunts , des chos, des traverses de l'Allemagne, de Shakespeare, d'Hiroshima, ou encore par ce Pas-sage de /Indiana (1996), de Normand Chaurette, o la silhouette erratique du paquebot perdu en mer Baltique n'apparat qu' travers le passage (88 lignes) d'un texte litigieux.

    Thtre : entre histoire et mmoire Les artistes crivent des histoires parallles qui sont la vritable histoire de leur poque , disait le peintre Marcelle Ferron (voir Smart, 1998). Ce serait trop beau. Les artistes ne rptent ni ne doublent la ralit, ils la rfractent, la diffractent, pour la rendre plus relle ailleurs, autrement. Il n'y a pas de vritable histoire d'une poque, ft-ce chez les plus grands crateurs (Aristophane, Sophocle, Shakespeare, Balzac, Proust), mais des histoires personnelles, collectives, univer-selles, qui tentent de s'articuler. Le thtre qubcois n'chappe pas cette multiplicit des lignes, des plans, des rythmes, des perspectives. On y voyage de l'infini de la mmoire4 - d'une mmoire ddouble : histoire actualise des scnes europenne et amricaine, mmoire vagabonde de l'artiste dont le travail fabrique de la diffrence - des archipels de mmoire5 > qui seraient des lots perdus, des rcifs, sans la circulation incessante de la conscience travers les sens, les objets, les traces. Ces rsidus, ces fossiles, Marie-Christine Lesage les met au jour, par exemple, dans la dramaturgie de Daniel Danis. Silencieux comme les pierres, archologue de son propre sous-sol, celui qu'on surnomme Caillou a une existence par deux fois ruine , qu'il inventorie, trie et nettoie avant de la rebtir. C'est en tuant la petite mythologie > mortifre du Qubec que les survivants de Danis, chapps d'une catastrophe physique, ma-trielle, avant d'tre morale, remettent dsesprment l'histoire en marche, sans amnsie ni amnistie.

    4. Titre de l'article final, par Gilbert David (1989 : 228-230), d'un large dossier des Cahiers de thtre Jeu sur la mmoire (auquel ont particip Georges Banu, Jean-Pierre Ronfard, Paul Zumthor et d'autres). 5. Titre que Marie-Christine Lesage (1996:79-89) a donn un article sur deux tragdies mo-dernes , de Daniel Danis : Celle-l (1993), et Cendres de cailloux (1992), couronne Maubeuge (1991) et par Radio-France International (1992), cre Jonquire et reprise par l'Espace Go (1993).

  • 18 L'ANNUAIRE THTRAL

    Plusieurs observations de Georges Banu sur les mmoires du thtre -mmoire du moi, du thtre lui-mme, des origines - s'appliquent remarquable-ment bien au Qubec. Pour notre bonheur, il crit sur les intermittences de la mmoire, les trous , les ternels recommencements du thtre : Une mmoire fragmentaire ne peut qu'tre heureuse (1987 : 16). La faiblesse de la mmoire thtrale fait paradoxalement sa force en invitant re-construire plutt qu' tenter une impossible reconstitution . Et cette phrase, enfin, o s'quilibrent la tragdie et le sens critique, le dsespoir et l'utopie cratrice, mettre en exergue toute histoire du Qubec comme toute vision d'absence du thtre : L'imminence de l'effacement aiguise la conscience de la mmoire (p. 15).

    Les actes du colloque sur le thtre au Qubec : mmoire et appro-priation , qui a t tenu en 1988, l'Universit du Qubec Montral (Bourassa, Laflamme et Larrue, 1986) abordent plusieurs fois la question que se posent rci-proquement le thtre et l'histoire. Une nouvelle histoire propose ndr-G. Bourassa en remontant jusqu'aux rituels amrindiens et aux monuments dis-parus de notre dramaturgie. Une histoire du thtre au sens traditionnel - mais quel est ce sens ? - ne semble plus possible Chantai Hbert, qui cherche plutt rendre compte de l'volution du thtre travers sa pr-reprsentation : comment il se fabrique6 , exprimente, se prsente. Jean-Marc Larrue ausculte les naissances et renaissances, les premires qui paraissent tre des pre-mires fois , pour conclure que notre thtre n'est pas une suite de fausses couches et d'avortements, qu'il y a une continuit et une cohrence au fond de l'phmre et de l'parpillement. Je me souviens : comment ? , se demande Rodrigue Villeneuve, qui cite Franois Wahl : Les anctres, a ne se reprsente pas. Encore moins les origines. Mais les fondements, peut-tre, les fondations et refondations, des reprsentations de la reprsentation . Les traces mnsi-ques laisses par un spectacle ont besoin d'tre ractives7, retraces.

    Le thtre qu'on appellera bientt qubcois se dveloppe rapidement par-tir de 1965 et 1968. La mme semaine, en fvrier 1965, sont cres Klondyke [sic] de Jacques Languirand ; Une maison... un jour..., la premire pice de Fran-oise Loranger ; Les beaux dimanches de Marcel Dub, drame psychobourgeois

    6. Voir Le discours de l'orange , fruit sur la table que laisse parler Lepage et sur lequel il peut construire tout un spectacle (Perelli-Contos, 1989). 7. En conclusion et titre d'hypothse, ne pourrait-on pas penser que le travail de l'analyse de la reprsentation rpte celui de l'acteur (Villeneuve, 1989 : 354).

  • VOYAGEMENTS DU THTRE QUBCOIS 19

    et politique, adapt plus tard au cinma, et repris l'hiver 19938 au Thtre du Nouveau Monde o on vise dpasser le naturalisme pour lever la pice au rang de classique avec grande colonne et vaste espace rouge9 . 1965 est l'anne o disparat le Thtre-Club, faute de subventions, mais o sont signes les premires mises en scne d'Andr Brassard au Mouvement Contemporain, o est fond le Centre d'essai des auteurs dramatiques10.

    Au Festival d'art dramatique de 1965, o il n'y a que des crations d'auteurs qubcois, le jury refuse un manuscrit intitul Les belles-surs dont la lecture publique sera un vnement, le 4 mars 1968, et la cration un choc en aot. C'est aussi l'anne de L'Osstid'cho de Robert Charlebois ; du Cid maghan, toujours indit, de Rjean Ducharme ; de la premire griffe, ou patte, de Jean Barbeau dans un happening ( Et caetera ) ; et de deux canevas dramatiques o, grce au hockey et la parodie shakespearienne, l'actualit fait l'histoire et le thtre : Le chemin du roy, de Franoise Loranger et Claude Levac ; Hamlet, prince du Qubec, de Robert Gurik. Michel Tremblay n'est donc pas seul imaginer de nouveaux langages, mme s'il est celui qui le fait de la faon la plus percutante et la plus durable. En 1969 apparaissent des institutions... anti-institutionnelles : le Thtre du Mme Nom (TNM l'envers), de Jean-Claude Germain avec ses Diguidi, diguidi, ha ! ha ! ha ! ; le Grand Cirque Ordinaire anim, entre autres, par Raymond Cloutier et Paule Baillargeon dont la cration collective la mieux structure, Tes pas tanne, Jeanne d'Arc ?, ne sera dite qu'en 199111.

    Quelqu'un proposait nagure de ponctuer l'volution du thtre qubcois, de dix ans en dix ans, partir de 1938 et 1948, qui reviennent Gratien Glinas pour