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Etude du DEPS

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  • Depuis 2003, les travaux du Conseilnational des professions du spectacleont permis, pour lensemble du spec-tacle vivant, daffiner la comprhensionde lvolution du march de lemploi,marque pour les artistes et le personneltechnique par une forte croissancedmographique, une fragmentation descontrats de travail et de sensibles inga-lits de revenus1. Nanmoins et malgrdautres avances rcentes2, uneconnaissance affine et une approchesocio-conomique plus systmique dece secteur dactivit mritent dtredveloppes, notamment propos descompagnies. En effet, les directions deces trs petites organisations exprimentsouvent des difficults relatives lavalorisation de leurs activits dans uncontexte de concurrence accrue, maisaussi des questionnements sur leursmissions de service public et sur lespossibilits dun comportement pluscoopratif entre lensemble des acteursde ce monde artistique.

    * Recherche coordonne par Daniel Urrutiaguer et Philippe Henry, matres de confrences respectivement luniversit de la Sorbonne nouvelle Paris 3et luniversit de Paris 8 Saint-Denis, ainsi que, pour lenqute quantitative, par Cyril Duchne, directeur des publics et du dveloppement du Centrenational de la danse. Certaines tudes de cas ont t ralises par des chercheurs universitaires, Julie Valro, Agathe Dumont, Laure Fernandez, CcileSchenck (Paris 3), Laure de Verdalle (Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), Serge Proust (Saint-tienne), Brnice Hamidi-Kim (Lyon 2) et SverineRuset (Grenoble 3). Franois Rmond (Paris 3) et Ccile Delassus ont galement collabor certains aspects de la recherche.1. Commission permanente de lemploi du CNPS, Rapport 2008-2009, Paris, CNPS, 2010.2. Observatoire prospectif du spectacle vivant, Tableau de bord de lemploi et de la formation professionnelle dans le spectacle vivant, Paris, OMPQ-SV,2011.

    2012-1182, rue Saint-Honor, 75033 Paris cedex 01( 01 40 15 79 17 4 01 40 15 79 99 Tlchargeable sur le site http://www.culturecommunication.gouv.fr

    Secrtariat gnralService de lacoordination despolitiques culturelleset de linnovationDpartementdes tudes,de la prospectiveet des statistiques

    culturetudesCONOMIE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

    Directeur de publication : Guillaume Boudy, secrtaire gnral. 2012-1 mars 2012Responsable des publications : Edwige Millery

    Territoires et ressources des compagnies en FranceDaniel Urrutiaguer, Philippe Henry et Cyril Duchne*

    Avant-proposRegroupant un ensemble dactivits qui vont de la cration de spectacles leurproduction, leur distribution, leur programmation et leur diffusion, le spectaclevivant figure en bonne place dans les proccupations des politiques culturellespubliques, comme lont encore montr les Entretiens de Valois conduits aucours de lanne 2008 et clos en 2009. Aujourdhui, les conditions dedveloppement du spectacle vivant voluent dans un contexte conomiquetendu. Si les collectivits territoriales et ltat interviennent pour soutenir lacration, la production et la diffusion de spectacles, les acteurs privs maisaussi des logiques marchandes influent de manire significative.Mieux apprhender et comprendre le fonctionnement socio-conomique duspectacle vivant en apportant notamment des lments de connaissance etdexplicitation des filires et des acteurs qui constituent ce champ, telle taitlambition du DEPS lorsquil mit en uvre en 2009, la demande de la directiongnrale de la cration artistique, un appel propositions de recherche afinde constituer une cartographie socio-conomique du spectacle vivant.Premire contribution cette construction de repres sur le champ duspectacle, la recherche dont les rsultats sont prsents ici a privilgi uneapproche par filire, partir du modle conomique des compagnies, tout lafois porteuses de projets et implantes sur un territoire. Lapproche interrogele lien entre la structure des ressources montaires ou non montaires descompagnies, le spectre de lensemble de leurs activits et leur distributionterritoriale. Entre injonction dexcellence, ancrage local et rayonnementterritorial, une typologie construite partir des profils dactivit descompagnies de spectacle vivant permet de distinguer les compagnies selonlorigine de leurs ressources et la diversit de leurs activits.

    Guillaume BOUDY

    The main Territories and Resources of the French Performing Arts Companies

  • Explorer les liens entre la distribution territoriale desactivits des compagnies thtrales et chorgraphiques enFrance et la structure de leurs ressources, montaires et nonmontaires, se rvle une entre pertinente pour prciser lesdfis conomiques, politiques, artistiques et sociaux auxquels ces organisations sont exposes. La mthodologiesappuie sur un chantillon de 51 tudes de cas qualitativeset le traitement quantitatif de 572 rponses un question-naire3.

    Les rfrences la littrature disponible sur le champtudi permettent darticuler les rsultats indits desconfirmations de faits dj connus.

    UN PAYSAGE PRCIS

    Une typologie indite des compagniesAu-del de la singularit de toute dmarche artistique,

    trois variables principales ont t dgages et permettent demieux comprendre les interactions entre les compagnies etleur environnement, dans le cadre dune analyse de filiredu spectacle vivant :1) le centre de gravit territorial de la diffusion des spec-

    tacles des compagnies, et plus particulirement limpor-tance relative de leur rgion dappartenance ou dim-plantation ;

    2) le niveau de reconnaissance institutionnelle des tablis-sements daccueil des activits, et plus particulirementlimportance relative des tablissements artistiques ouculturels labelliss par le ministre de la Culture et de laCommunication au titre de la production ou de la diffu-sion artistiques (thtres nationaux, centres dramatiquesou chorgraphiques nationaux, festivals internationaux ;scnes nationales, scnes conventionnes, festivals natio-naux) ; la corrlation entre cette variable et la prcdentereflte les liens entre la capacit dexcentration de la dif-fusion dune compagnie hors de sa rgion dapparte-nance ou dimplantation et son degr de programmationdes lieux de spectacles labelliss ;

    3) le niveau du budget annuel des compagnies.Ces trois variables se sont rvles beaucoup plus dis-

    criminantes que la diffrenciation usuelle selon la disci-pline4 ou encore selon le genre des directeurs(rices) artis-tiques. Quatre groupes principaux sont distinguables, selonlimportance respective de la rgion du sige social et desautres territoires, national ou international5, dans le tempsconsacr la diffusion. Lapproche qualitative, confirmepar lchantillon quantitatif, a ainsi permis de diffrencier : les compagnies dites rgionales , dont lactivit se ra-

    lise exclusivement ou presque sur leur territoire rgionaldappartenance (90 % ou plus des reprsentations de spec-

    tacles). Lactivit se droule galement presque exclusi-vement dans des tablissements ne disposant daucunlabel national du ministre de la Culture et de laCommunication (centres artistiques et culturels munici-paux, festivals rgionaux ou off dAvignon) et dans destablissements dont la vocation premire nest pas artis-tique (coles, maisons des jeunes et de la culture ou mai-sons de quartier, bibliothques, hpitaux, prisons) ;

    les compagnies dites transrgionales , dont lactivit dediffusion de spectacles reste majoritairement situe dansla rgion dimplantation (55 % 75 % de la programma-tion), cette premire caractristique se compltant duntaux de diffusion trs important dans les tablissementsnon labelliss par le ministre (de 70 % 80 % des spec-tacles de la compagnie). Une part de plus en plus signifi-cative de leur activit dpend nanmoins des partenariatsquelles parviennent nouer hors de leur rgion dorigineou dappartenance actuelle, et de ceux quelles concrti-sent avec les tablissements label national dabord deproduction (7 % 28 % des reprsentations) ;

    les compagnies dites multirgionales , dont la part dac-tivit hors rgion dimplantation lemporte (55 % 80 %des reprsentations de spectacles au-del de la rgion dap-partenance), mme si cette dernire demeure importantepour le projet artistique et culturel de ces compagnies. Cescompagnies dclarent toujours des reprsentations ltranger (de 1 un peu moins de 10 reprsentations).Enfin, la part des reprsentations ralises dans les ta-blissements label national est peine plus importante quepour les compagnies transrgionales, les tablissementsnon labelliss par le ministre continuant tre prdomi-nants pour lactivit de ces compagnies ;

    les compagnies dites excentres , dont lessentiel desactivits se droule hors de la rgion du sige social etadministratif (au moins 70 % des reprsentations de spec-tacles programmes hors de cette rgion) ; les tablisse-ments artistiques labelliss par le ministre (au titre de laproduction ou de la diffusion) sont les principaux parte-naires de ces compagnies, sans pour autant tre exclusifs ;les lieux non labelliss ou vocation premire autre quar-tistique apparaissent ainsi souvent de manire non ngli-geable (de 9 % 39 % des reprsentations).Sur le plan des disciplines artistiques, on note une sur-

    reprsentation du thtre et du conte dans les profils rgio-naux , alors que les arts du cirque, de la marionnette et dela rue sont plus prsents dans les autres groupes.

    Le nombre restreint de compagnies relevant du derniergroupe (8 %) doit tre soulign, dautant quil correspond lidal encore trs largement rpandu dune excellenceartistique dabord proccupe de rayonnement national ouinternational, plus que dattaches territoriales. Les troisautres groupes, o se conjuguent diversement mais constam-ment une vise de qualit artistique et une inscription ter-

    3. Voir encadr mthodologique, p. 16.4. Disciplines reprsentes dans les chantillons : thtre, danse, cirque, arts de la rue, marionnettes, conte. Un nombre non ngligeable de compagniesse prsentent aussi comme pluridisciplinaires.5. Les rsultats quantitatifs sa

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