stendhal- la chartreuse de parme

Download Stendhal- La Chartreuse de Parme

Post on 24-Jun-2015

339 views

Category:

Documents

1 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

Stendhal

La Chartreuse de Parme

BeQ

Stendhal

La Chartreuse de Parmeroman

La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 809 : version 1.0

Du mme auteur, la Bibliothque : Le Rouge et le Noir Armance Lucien Leuwen Le Coffre et le Revenant, et autres histoires Le Rose et le Vert, et autres histoires

La Chartreuse de Parme

dition de rfrence : Paris, Le Divan, 1927. Rvision du texte et prface par Henri Martineau.

Gia mi fur dolci inviti a emplir le corte I luoghi ameni. Ariost, sat. IV.

Prface de lditeurDe Civit-Vecchia quil trouve ennuyeux comme la peste, Stendhal, en 1835, fait part de ses gots et de ses dsirs son cousin Colomb, qui a la bonne fortune, ses yeux, dhabiter sur les rives de la Seine : Le vrai mtier de lanimal est dcrire un roman dans un grenier, car je prfre le plaisir dcrire des folies celui de porter un habit brod qui cote 800 francs. Sans doute songe-t-il au Rouge et Noir quil composa ainsi dans ce Paris lointain, une poque o les soucis dargent empoisonnaient son existence mais o la conversation des gens desprit le ddommageait de tout. Tandis que dans son Consulat, en dpit de quelques relations agrables, malgr la proximit de Rome o il demeure la moiti du temps, Stendhal sennuie crever. Pour se distraire il noircit beaucoup de papier. Il commence de raconter sa vie : son enfance dans Henri Brulard,

son sjour Paris et ses voyages sous la Restauration avec les Souvenirs dgotisme. Il bauche des romans dont lun, Lucien Leuwen, demeure fort avanc. Mais successivement il se dgote de chacun de ses sujets. Il nachve rien de ce quil entreprend ; lentrain ncessaire pour persvrer lui fait cruellement dfaut. Aussi, quand en 1836 il obtient un cong, quelle hte na-t-il pas demballer tous ses manuscrits avant que de quitter ses fonctions administratives. Il est dans livresse de retrouver Paris. Il va du reste pouvoir, grce aux bons offices du Comte Mol, alors ministre, et jusqu la chute de son protecteur, prolonger son sjour en France un peu plus de trois annes pleines. Il reprend ses chres habitudes : dne au Caf Anglais, va au thtre applaudir Rachel, frquente des salons amis, voyage quelque peu. Il crit surtout, il crit sans cesse. Les charmants Mmoires dun touriste, sorte de travail de librairie comme il en entreprit plusieurs autrefois, verront bientt le jour. Les Revues publient coup sur coup lHistoire de Vittoria Accoramboni, les Cenci, la Duchesse de Palliano, lAbbesse de Castro, bref, ses meilleurs

nouvelles. Enfin, en quelques semaines, il met sur pied un de ces chefs-duvre quil tait rellement de son vrai mtier dcrire : la Chartreuse de Parme. Beyle depuis plusieurs annes songeait ce grand roman sur lItalie moderne. Vers 1833 il avait dcouvert une douzaine de gros manuscrits italiens relatant des historiettes peu connues. On peut aujourdhui consulter la Bibliothque Nationale qui, grce la recommandation de Mrime, les acquit aprs la mort de Stendhal, les quatorze volumes de copies do ont t tirs la plupart de ces rcits alertes et passionns runis ensuite sous le titre de Chroniques italiennes. On y voit quune de ces Novelle est intitule : Origine delle grandezze della famiglia Farnese , et porte plusieurs notes de la main de Stendhal depuis celle du 17 mars 1834 o il se contente den souligner lintrt. Et, hypothse troublante, la simple et sche analyse de ce manuscrit assez bref semble le canevas rduit sa plus schmatique expression dune Chartreuse dcharne et qui na pas encore incorpor sa sve propre et sa magnifique substance. Il nous est

racont que Vannozza Farnse, gracieuse et belle, fait avec lappui de son amant Roderic, de la famille Borgia, la fortune de son neveu Alexandre. Celui-ci, longtemps emprisonn au Chteau Saint-Ange pour avoir enlev une jeune femme, russit enfin svader et plus tard obtint le chapeau de cardinal. Il continua nanmoins mener une vie drgle jusquau jour o, pris dune fille noble nomme Cleria, il la traita comme sa femme et en eut plusieurs enfants. Ses amours avec Cleria, ajoute la Chronique, durrent longtemps et avec un tel secret quil nen rsulta aucun scandale. M. Pierre Martino, qui a lucid admirablement toutes les cls partielles et complexes de La Chartreuse de Parme, a bien montr ce que Stendhal doit au conteur italien : La vie dAlexandre Farnse est devenue celle de Fabrice del Dongo. Vannozza sappelle la San Severina ; Rodric est le Comte Mosca. Cest le crdit de la San Severina, matresse du premier Ministre, qui fait la fortune du neveu chri ; la jeune femme enleve par Alexandre a pris les traits dune petite comdienne ; le Chteau Saint-

Ange est devenu limaginaire Tour Farnse ; les circonstances de lvasion nont pas t modifies, Fabrice devient coadjuteur de larchevque, comme Alexandre, cardinal. Lpisode des amours secrtes dAlexandre et de Cleria a donn lide de la passion de Fabrice pour Clelia Conti. Stendhal a reproduit jusqu la circonstance dun enfant n de cet amour. Voil le noyau central autour duquel Stendhal a labor son uvre. Et sans prtendre indiquer ici tous ses autres sources, nous mentionnerons quil a trouv dans une autre partie de ses manuscrits romains le nom et ltat civil de la San Severina, et quil na fait que runir en un mme personnage Vannozza Farnse et Maria San Severino. Nous savons de mme quil doit encore aux Chroniques du XVe sicle qui lui servaient sans cesse dexcitant intellectuel maints autres petits dtails et parmi eux tout lpisode la Fausta. Mais cet pisode, il le transposa sur le mode comique et de la sombre tragdie que lui indiquaient les textes, il fit surtout une farce gracieuse et plaisante. Par ailleurs, M. LucasDubreton a recherch ce que limaginaire

Ferrante Palla pouvait devoir au personnage rel de Ferrante Pallavicino. Dautres scoliastes ont remarqu combien la captivit de Fabrice rappelle celle du Comte Andryane qui fut prisonnier au Spielberg et dont Beyle du reste, dans une note de son roman, cite les Mmoires, les jugeant amusants comme un conte, et qui resteront comme Tacite . Il y aurait aussi lucider les rapports probables entre la principaut de Parme du roman et ce que Stendhal avait appris de la principaut de Modne au dbut du XIXe sicle. Il nous importe en outre assez peu de savoir si le Comte Mosca fut peint daprs Metternich ou le Comte Saurau. Il est plus amusant de retrouver surtout dans ce souple diplomate beaucoup de traits qui appartiennent en propre lauteur peignant sa double nature, toute spontane et rflchie, tour tour sous les traits de Fabrice et sous ceux de Mosca. Ne cherchons pas davantage enfin si le chapitre de Waterloo, justement clbre, a t inspir Stendhal par ce quil avait pu voir ou entendre des batailles ranges. Lui, qui ne fut ni Marengo ni Ina, a peut-tre utilis ses

souvenirs de la campagne de Russie et plus srement les images que lui avait laisses le champ de bataille de Bautzen dont le 21 mai 1813 il a trac un rcit excessivement pittoresque et qui annonce par plus dun trait ce que seront, vingt-cinq ans plus tard, sous la mme plume, les impressions de Fabrice del Dongo. La part matrielle de linvention de Stendhal peut donc tre assez exactement mesure par les friands dhistoire littraire. Il y a l un monceau honorable de documents inventorier et peser. Mais son ordinaire Stendhal a transfigur le tout, ayant cr les caractres, latmosphre, la vraisemblance, le mouvement, la psychologie. Car la ressemblance de son roman avec les historiettes qui lui en ont donn lide ne va pas plus loin que la donne extrieure. Nulle part nous navons vu ses prdcesseurs attacher dimportance aux motifs des actions humaines, ni lexplication du cur. Est-il bien lgitime alors daffirmer comme certains nont pas craint de le faire, que Stendhal na point dimagination ? Ne doit-on pas plus

justement penser quil lui faut toujours partir de petits faits concrets pour donner essor ses penses. Nous savons ainsi que tout le sujet du Rouge et Noir est emprunt la Chronique des Tribunaux, et il est assez inutile de rappeler ce que lcrivain en a su tirer. Si on revient encore ses procds de composition, on ne saurait trop rpter quil a besoin dun support initial et quil lemprunte toujours dlibrment. Sur ce support il entasse les trsors de sa divination et de son analyse. De mme que la mine de Salzbourg enrichit de cristaux la moindre brindille sche quon lui abandonne, tout roman de Stenhal est une cristallisation autour dun rameau nu, qui nous est ensuite restitu sous les apparences dun incomparable et pesant joyau. * Voil donc Stendhal racclimat Paris depuis tantt deux ans. Habitait-il encore au no 8 de la rue Caumartin ou dj lhtel Godot-deMauroy, au no 30 de la rue du mme nom ? Quoi

quil en soit, cest au cur de Paris quil se met au travail. Il a retrouv dans le milieu quil aime ce rayonnement indispensable sans lequel il ne peut mener jusquau bout ses projets littraires. Il est loin des tats Pontificaux, il a recouvr sa libert de parole, il peut crire son aise. Il vient de relire lOrigine de la grandeur de la famille Farnse, et il songe to make of this sketch a Romanzetto, comme il ne craint pas de dire en ce bizarre langage quil affectionne et o il mlange et estropie avec volupt deux ou trois langues. Alors, suivant lhypothse pleine de vraisemblance de M. Paul Arbelet, il trace sans doute le plan dtaill et dj rempli dinventions personnelles qui, dans la Correspondance, figure sous la date improbable de 1832. Cest la premire adaptation de la chronique italienne. La seconde, transposant lanecdote au XIXe sicle, sera la Chartreuse elle-mme. Peut-tre est-ce le 3 septembre 1838 que lide de cette transposition lui vient tout coup. Il conoit ce que sera son uvre : il a, confesse-t-il dans une note, lide de la Chartreuse. L-dessus, aprs un sjour de quelques semaines en Angleterre, il se

met au travail. Il crit avec une hte foudroyante. Ayant commenc son roman