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  • JEAN GALLET

    Seigneurs et paysans en France 1600-1793

    ÉDITIONS OUEST-FRANCE 13, rue du Breil, Rennes

    Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • Dans la collection «De mémoire d'homme: l'histoire»

    (dirigée par Lucien Bély) :

    Chantres et ménestrels à la cour de Bretagne (G. Lomenec' h) La. Civilisation celtique (F. Le Roux et c.-J. Guyonvarc 'h)

    Les Dieux des Vikings (1. Renaud) Les Druites (F. Le Roux et c.-J. Guyonvarc ' h)

    La. France des cathédrales (M. Chevalier) La. Grande Époque de la marine à voile (M. Acerra et J. Meyer)

    La. Rue au Moyen Âge (J. Chocheyras) Seigneurs et paysans bretons du Moyen Âge à la Révolution (J. Gallet)

    La. Société celtique (F. Le Roux et c.-J. Guyonvarc 'h) Les Vies de saints bretons (B. Merdrignac)

    Les Vikings et les Celtes (J. Renaud) Les Vikings et la Normandie (J. Renaud)

    © 1999, É

  • Extrait de la publication

  • AVANT-PROPOS

    La féodalité politique et militaire médiévale mourut officiellement quand les biens de la famille d' Albret furent réunis à la couronne de France. La mort de ce régime survenait au terme d'une lutte que les rois avaient entre­ prise de longue date et qu ' ils avaient menée avec constance. Par des guerres contre les grandes familles féodales, par des mariages, par des traités, par des achats de droits de succession, par des procès et des confiscations de terres, des mainmises sur des héritages, par l ' incorporation des domaines personnels des nouveaux rois, la monarchie avait réuni à la Couronne les terres des grands vassaux. Dans le royaume, il n 'y avait plus de grands fiefs indépendants . Désormais, seul, le roi, roi de droit divin, faisait la loi, jugeait en dernier ressort, frappait monnaie, levait l ' impôt, engageait des guerres. Ce triomphe juridique correspondait à une suprématie matérielle. Devenu prodigieusement riche par un impôt payé chaque année par tous les sujets de tous les pays du royaume, le roi pouvait, non seulement écraser de son luxe tous ses rivaux, mais encore, il était désormais seul capable de lever, de payer, d' entretenir, d' équiper une armée qui devenait de plus en plus massive et qui restait mobilisée en permanence. Seul aussi à disposer d 'un grand nombre d' administrateurs. Seul enfin, à pouvoir accorder grâces et pensions et donc seul à disposer de l ' appui d' une légion de fidèles .

    La seigneurie était un vestige de la féodalité civile et militaire qui venait de disparaître. Les seigneurs n ' avaient plus le droit ni les moyens d' entre­ prendre des guerres privées, ne battaient plus monnaie, ne levaient pas l ' impôt, ne jugeaient pas en dernier ressort. Cependant ils gouvernaient toujours les campagnes, ils avaient la seigneurie, une féodalité civile.

    Cette féodalité civile différait profondément de la féodalité politique et

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    Extrait de la publication

  • militaire du Moyen Âge. L' illusion d'une permanence et d' une continuité tient au vocabulaire. En effet, le vocabulaire médiéval demeurait : « fief » , « vassal » , « hommage » , « foi » , « fidélité » , « aide aux quatre cas » . . . restent en usage j usqu 'en l789. Mais les réalités que ces mots d�signaient n ' étaient plus les mêmes que celles qu ' ils désignaient au Moyen Age. Elles avaient changé, non dans des caractères secondaires, mais dans leur essence même. La société féodale reposait sur un fief qui était le salaire d'un service militaire, concession précaire puisqu 'elle dépendait de la fidélité du vassal vis-à-vis du seigneur supérieur. Or, dans les nouvelles circonstances, le fief n ' avait plus de signification militaire. Il devenait un instrument de profits, héréditaire, transmissible aux femmes, objet de ventes, d'échanges, d' hy­ pothèques, un objet de commerce. La nouvelle féodalité n' était plus mili­ taire, elle était simplement civile.

    La féodalité c i vile donnait encore une grande importance aux seigneurs. La servitude subsistait. La théorie du double domaine maintenait les droits éminents des seigneurs . Les seigneurs levaient des droits féodaux sur les paysans propriétaires. Ils exerçaient la justice sur tous les paysans de leurs juridictions qui devaient se soumettre, obéir, payer des droits seigneuriaux, faire des corvées , respecter les privilèges et les prééminences de leurs sei­ gneurs .

    Les grandes familles n' avaient pas perdu toute influence dans leurs terres. Elles entretenaient une mystique des temps féodaux, exaltaient la bravoure des ancêtres et leurs actions guerrières . Restaient aussi, partout en France, des donj ons, des murailles et des fossés, tandis que se maintenaient des usages de la vassalité féodale autour des maîtres qui résidaient dans les châteaux.

    La seigneurie est une institution complexe. Le démembrement de la propriété et la multiplication des directes créaient une cascade de dépen­ dances entre les seigneurs et les tenanciers . D ' autre part, les seigneuries présentaient une grande diversité si on considère l ' ensemble du royaume : elles n' avaient pas les mêmes caractères en pays de droit écrit et en pays coutumiers, en pays allodiaux et en pays censuels, dans une coutume ou dans une autre. Chaque seigneurie avait même sa propre loi, sa coutume locale. Il n 'y avait pas deux seigneuries identiques. Les seigneuries s 'étaient construites progressivement au cours de plusieurs siècles, sous des autorités différentes, et suivant les traditions de chaque lieu . L' unité politique du royaume se construisait, mais les institutions juridiques, sociales, écono­ miques restaient diverses, les seigneuries conservaient leurs usages et leurs droits, et formaient une mosaïque de particularismes.

    Après la disparition de la féodalité, les juristes ont étudié le droit ancien en le comparant au droit né du Code civil . Les historiens, de leur côté, ont cherché à déterminer ce qu 'était vraiment la seigneurie, partant d 'un pays, s ' intéressant d ' abord aux seigneurs et aux châteaux, puis aux situations personnelles des paysans, ensuite aux caractères économiques de la sei­ gneurie. La seigneurie fut longtemps étudiée de biais, dans les histoires des provinces, de la société, de l ' économie. Récemment, des historiens se sont penchés sur l ' institution elle-même.

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  • Elle a été regardée souvent dans la perspective de la Révolution française ou, au contraire, sans penser à la Révolution. De toute façon, le débat sur la Révolution et sur l ' Ancien Régime amène à chercher si en 1 789, l ' ins­ titution était morte, ou si elle était une cellule encore bien vivante.

    La recherche se heurte à des difficultés particulières . Les documents sont hétérogènes . Les traités juridiques informent sur une réglementation ; il fau­ drait savoir comment ces règles étaient appliquées. Or, la documentation se révèle inégale, souvent insuffisante, et ne répond pas directement à nos questions. De plus, si on regarde les aveux, les dénombrements, les terriers, les comptes, ces sources ne sont pas identiques à toutes les époques, ces variations gênent les comparaisons .

    Les historiens n' usent pas du même vocabulaire. Lorsqu ' il s 'agit de faire le procès de l 'Ancien Régime ou de montrer une « transition du féodalisme au capitalisme » , la seigneurie est souvent confondue avec la noblesse, le clergé, la monarchie ; tout devient féodal , si bien que les caractères propres de la seigneurie n' apparaissent plus. Si on considère la féodalité comme un mode de production, le mot « fief » perd son sens j uridique et prend un sens large sans limites précises. « Fief », « féodal » n ' ont plus la même signification pour tous les historiens .

    Après 1600, la seigneurie dura encore deux siècles. Elle fut supprimée, d' un coup, et, à première vue, brusquement. Au long des deux siècles , elle n' est certainement pas restée identique. Si on envisage d ' étudier les rapports entre les seigneurs et les paysans entre de 1600 à 1 793 , il faut saisir la seigneurie vers 1600, en suivre les changements - dans son environne­ ment -, apprécier ce qu ' elle était devenue en 1 789, et voir ainsi l ' impor­ tance de la nuit du 4 Août et des péripéties qui ont suivi et qui ont abouti à l ' abolition de la féodalité.

    Extrait de la publication

  • PREMIÈRE PARTIE

    SEIGNEURS ET PAYSANS VERS 1600

    Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • INTRODUCTION

    Les seigneurs et les paysans qui vivaient il y a trois siècles avaient leur manière de considérer la vie et la société, ils avaient leurs valeurs, et ils réglaient leur conduite selon des normes spécifiques, qui n ' étaient pas comparables aux nôtres ni même à celles du siècle des Lumières . En par­ ticulier, des normes religieuses, des normes sociales, des normes juridiques.

    La religion se limitait parfois à une croyance en l ' au-delà et à un culte des ancêtres. Pourtant, s ' il était convenablement instruit, le chrétien connaissait les grands traits de l ' histoire sainte : la Création, le péché ori­ ginel, l ' Incarnation, la Rédemption. Il pensait à son salut et réglait sa conduite selon les exigences de la charité. Le calendrier liturgique qui met­ tait les fêtes en harmonie avec les saisons et avec les travaux des champs incitait

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