renard,maurice - le maître de la lumière

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Renard,Maurice - Le Maître de la lumière

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Maurice RenardLE MATRE DE LA LUMIRE(1933)

Table des matiresI LAVENTURE TENDRE ET ROMANESQUE.. 4II UN CYCLONE DANS UN CUR.. 29III EN FAMILLE.. 54IV LE FANTME DE SILAZ.. 70V LA MERVEILLEUSE RALIT.. 92VI UN SICLE.. 106VII LA PIERRE-QUI-SE-SOUVIENT. 117VIII MALHEUR MOINS CINQ.. 137IX LE SERMENT DAMOUR. 150X RPONSE TLGRAPHIQUE.. 171XI LE VIEUX CRIME.. 179XII SURPRISES DANS LE PRSENT ET DANS LE PASS.. 204XIII LHOMME LA CANNE.. 231XIV LE GRAND JOUR DU PRODIGIEUX SPECTACLE.. 253XV DE SINGULIERS AUXILIAIRES. 283XVI LAPPROCHE DUN DNOUEMENT FUNESTE.. 293XVII LGIE.. 308XVIII LA REVUE DU 14 JUILLET 1930.. 312XIX CARTOUX.. 329XX TOUTE LA LUMIRE.. 339 propos de cette dition lectronique. 347I LAVENTURE TENDRE ET ROMANESQUECette histoire extraordinaire commence trs ordinairement. la fin du mois de septembre 1929, le jeune historien Charles Christiani rsolut daller passer quelques jours La Rochelle. Spcialis dans ltude de la Restauration et du rgne de Louis-Philippe, il avait dj publi, cette poque, un petit livre trs remarqu sur Les Quatre Sergents de La Rochelle; il en prparait un autre sur le mme sujet et estimait ncessaire de retourner sur place, pour y consulter certains documents.Il nous a paru sans intrt de rechercher pourquoi la famille Christiani tait dj rentre Paris, rue de Tournon, une poque de lanne o les heureux de ce monde sont encore aux bains de mer, en voyage, la campagne. Lautomne se montrait morose, et ce fut, croyons-nous, la seule raison de ce retour un peu prmatur. Car MmeChristiani, sa fille et son fils ne manquaient pas des moyens de mener lexistence la plus large, et disposaient des gtes champtres o lon gote un repos plus ou moins mouvement. Deux belles proprits familiales, en effet, soffraient leur choix: le vieux chteau de Silaz en Savoie, quils dlaissaient compltement, et une agrable maison de campagne situe prs de Meaux; cest l quils avaient pass tout lt.Au moment o nous sommes, le noble et spacieux appartement de la rue de Tournon abritait, en les Christiani, trois tres parfaitement unis: MmeLouise Christiani, ne Bernardi, cinquante ans, veuve dAdrien Christiani, mort pour la France en 1915; son fils Charles, vingt-six ans; Colomba, sa fille, moins de vingt ans, charmante, qui nous devons ladjonction dun quatrime personnage: Bertrand Valois, le benjamin de nos auteurs dramatiques, le plus heureux fianc sur le globe terrestre.Il faut noter que MmeChristiani tenta sans insister, du reste de dcider son fils retarder son dpart pour La Rochelle. Elle avait reu, le matin mme, une lettre qui lui semblait motiver un sjour de Charles en Savoie, ce chteau de Silaz o lon nallait jamais que pour rgler des questions de fermages ou de rparations. Cette lettre manait dun antique et dvou rgisseur, le bonhomme Claude (prononcez Glaude si vous voulez respecter lusage local). Il y parlait de diverses affaires relatives la gestion du domaine, disant que la prsence de M.Charles serait bien utile ce sujet, et que, au surplus, il souhaitait cette prsence pour une autre raison quil ne voulait pas exposer, parce que Madame se moquerait de lui, et pourtant, il se passait Silaz des choses qui le bouleversaient, lui et la vieille Pronne; des choses extraordinaires dont il fallait absolument soccuper.Il a lair affol, dit MmeChristiani. Tu ferais peut-tre bien, Charles, daller dabord Silaz.Non, maman. Vous connaissez Claude et Pronne. Ce sont de vnrables clibataires, mais des primitifs, des superstitieux. Je vous parie quil sagit encore dune histoire de revenant, de servant, comme ils disent! Croyez-moi, cela peut attendre, jen suis certain. Et comme jai prvenu de mon arrive le bibliothcaire de La Rochelle, je ne vais pas, vous le pensez bien, lui donner contre-avis en lhonneur de ces excellents mais simples vieillards. Quant aux affaires, aux vritables affaires, rien ne presse; cest visible. ton aise, mon enfant. Je te laisse libre. Combien de temps resteras-tu La Rochelle? La Rochelle mme, deux jours exactement. Mais jai lintention de revenir en faisant un petit dtour par lle dOlron, que je ne connais pas. Jai appris tout lheure, du concierge, que Luc de Certeuil sy trouve. Il dispute un tournoi de tennis Saint-Trojan; cest une bonne occasion pour moiLuc de Certeuil, pronona MmeChristiani sans le moindre enthousiasme et mme avec une rprobation assez marque.Oh! soyez tranquille, maman. Je ne nourris pas pour lui une tendresse excessive. Mais enfin, nexagrons rien. Il est comme bien dautres, ni mieux ni plus mal; je serais content de trouver quelquun de connaissance dans cette le inconnue de moi; et je sais quil sera trs heureux de ma visite.Parbleu! fit MmeChristiani, pendant quune lueur dirritation brillait dans ses yeux noirs.Et, dun geste qui rvlait son mcontentement, elle lissa les bandeaux presque bleus qui encadraient son visage bistre de Mditerranenne. Luc de Certeuil lui tait antipathique. Il occupait, dans limmeuble, un appartement de trois pices, sur la cour; Charles, peu mondain, ne let sans doute jamais rencontr sans cette circonstance, que lautre avait mise profit pour entrer en relations. Ctait un joli homme sans scrupules, un sportif, un danseur. Il plaisait aux femmes, malgr son regard droutant. MmeChristiani lavait tenu lcart jusquaux fianailles de sa fille Colomba: car elle tait mfiante et rsolue.Enfin, dit-elle, penses-tu pouvoir tre Silaz dans une semaine?Assurment.Bien. Je vais lcrire Claude.Ces propos schangeaient un lundi.Le jeudi suivant, deux heures de laprs-midi, Charles Christiani, accompagn du bibliothcaire qui lui avait grandement facilit ses investigations, dbouchait sur le port de La Rochelle et cherchait des yeux le vapeur Boyardville, en partance pour lle dOlron.Son compagnon, M.Palanque, conservateur de la bibliothque municipale, le lui dsigna; un steamer de dimensions plus imposantes que Charles ne let imagin. Le bateau, rang le long du quai, tait anim de cette effervescence humaine qui prcde toujours les traverses, si insignifiantes soient-elles. Les mts de charge, avec un bruit de chanes droules, descendaient des marchandises par les panneaux de cale. Des passagers franchissaient la passerelle.Depuis de longues annes, le Boyardville accomplit quotidiennement le voyage aller et retour de La Rochelle Boyardville (le dOlron), avec escale lle dAix quand ltat de la mer le permet, cest--dire le plus souvent. Lhoraire des dparts varie selon les mares. La dure du voyage, dans un sens, est denviron deux heures; quelquefois davantage.M.Palanque accompagna sur le pont le jeune historien, qui dposa sa valise contre la cloison du rouf des premires classes et sassura dun de ces fauteuils pliants dit transatlantiques.Le temps, sans tre splendide, ne laissait rien dsirer. Bien que le ciel manqut de puret, le soleil tait assez vif pour projeter les ombres et baigner dune lumire chaude lincomparable tableau du port de La Rochelle, avec ses vieilles murailles et ses tours historiques. Boyardville, disait M.Palanque, vous trouverez aisment une auto qui vous conduira en moins dune demi-heure Saint-Trojan. Dailleurs, en t, il y a peut-tre un car qui fait le service.Jaurais pu prvenir de mon arrive lami que je vais retrouver, il ne se dplace jamais quen automobile des allures, du reste, vertigineuses! mais il se serait cru oblig de venir me prendre Boyardville, et je tiens surtout ne dranger personne.M.Palanque, qui regardait Charles Christiani le plus ordinairement du monde, surprit un brusque changement dans la physionomie de son interlocuteur: une trs brve secousse, aussitt rprime, et, dans les yeux, lclair que produit tout coup lattention subitement veille. Malgr lui, M.Palanque suivit la direction de ces regards, attirs vers quelque particularit imprvue et, sans nul doute, des plus intressantes. Et il dcouvrit ainsi lobjet dune curiosit intense ce point.Deux jeunes femmes, discrtement mais parfaitement lgantes, issues de la passerelle, mettaient le pied sur le pont.Deux jeunes femmes? Un instant dexamen modifiait le premier jugement. La blonde, oui, celle-l, tait une jeune femme. Mais la brune ne pouvait tre quune jeune fille; elle en portait les marques exquises dans lclat juvnile de sa beaut.Voici daimables compagnes de voyage! dit le bon M.Palanque, avec lair de fliciter lheureux passager.Certes! murmura Charles. Des Rochelaises? Les connaissez-vous?Je nai pas cet honneur et je le regrette! Cest la premire fois quil mest donn de les apercevoir.Elle est ravissante, nest-ce pas?Laquelle? demanda M.Palanque, en souriant.Oh! dit Charles, dun ton de reproche, la brune, voyons!Un commissionnaire, porteur de lgers bagages, suivait les deux voyageuses. Sur leur indication, il dposa son fardeau non loin de la valise de Charles Christiani.La sirne du Boyardville siffla trois fois, dans un jet de vapeur blanche. On allait larguer les amarres.Je vous quitte! dit prcipitamment M.Palanque. Bon sjour Olron et bon retour Paris!Quelques minutes plus tard, le Boyardville, sortant du port de La Rochelle, laissait derrire lui le clbre dcor de donjons et de lanternes et gouvernait cap au sud.Les deux femmes staient installes dans leur fauteuil de pont. Charles, pour tre tout prs delles, neut qu sasseoir dans celui quil avait prpar. Les passagers ntaient pas trs nombreux. Abrites dans une sorte dencoignure, ces trois premires classes se trouvaient relativement isoles.Charles couta les propos de ses voisines. Elles parlaient dailleurs librement, et point ntait besoin de prter loreille pour entendre ce quelles disaient. La jeune femme blonde, dun blond trs ple, faisait, elle seule, presque tous les frais de la conversation. Sa voix faible et languissante tait infatigable. Charles en jugeait nervantes les molles inflexions. Quant la jeune fille brune, elle se bornait rpliquer sobrement, lorsque cela tait motiv par des: Tu ne trouves pas? Dis, Rita? qui la foraient rpondre, sous peine dincivilit. Elle le faisait alors avec calme, dune voix grave et profonde, musicale.Donc, elle