maurice leblanc - 1916 - le cercle rouge

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Maurice Leblanc

LE CERCLE ROUGE

Le Journal, 78 pisodes 4 novembre 1916 au 20 janvier 1917 Premire publication en volume, Lafitte, 1922

Table des matires PROLOGUE .............................................................................. 41.................................................................................................... 4 2. ................................................................................................ 10

CHAPITRE PREMIER Le stigmate hrditaire ................... 18 CHAPITRE II Une mise en libert......................................... 27 CHAPITRE III Comment Bob comprend le sport ................ 39 CHAPITRE IV Deux morts : ce qui survit.............................46 CHAPITRE V O lon fait connaissance avec M. Karl Bauman, usurier en tous genres ........................................... 60 CHAPITRE VI La femme voile, lauto vole ........................ 71 CHAPITRE VII Comment Florence entend les affaires des autres. Suite des malheurs de M. Bauman ............................ 85 CHAPITRE VIII Le secret du Far West................................. 95 CHAPITRE IX Soupons et stratagmes ............................ 104 CHAPITRE X Prise au pige ? ...........................................112 CHAPITRE XI Sam Smiling, cordonnier et chef de bande .121 CHAPITRE XII Les plans de linvention ............................. 135 CHAPITRE XIII Le bal de lhtel Surfton ........................... 143 CHAPITRE XIV Chaussures et botes couleurs ................161 CHAPITRE XV Le sige du fort Smiling ............................. 173 CHAPITRE XVI Au-dessus de labme ................................ 182

CHAPITRE XVII La cabane en flammes ............................ 193 CHAPITRE XVIII Le chantage ........................................... 202 CHAPITRE XIX La malle surprise .................................. 212 CHAPITRE XX La cooprative Farwell ............................ 220 CHAPITRE XXI Les deux cercles blancs.............................232 CHAPITRE XXII Vers la rhabilitation ..............................244 CHAPITRE XXIII Le corps corps ..................................... 257 CHAPITRE XXIV La rvlation ..........................................264 CHAPITRE XXV Une journe bien remplie de Randolph Allen ......................................................................................270 CHAPITRE XXVI La fin dun bandit .................................. 278 CHAPITRE XXVII Larrestation de Florence Travis ........ 283 CHAPITRE XXVIII Volont et destine ............................. 290 CHAPITRE XXIX Gordon a son heure ...............................293 CHAPITRE XXX La rsolution de Florence ...................... 302 CHAPITRE XXXI La douleur dune mre ........................... 307 CHAPITRE XXXII Le jugement .......................................... 312 PILOGUE ............................................................................322 propos de cette dition lectronique .................................326

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PROLOGUE

1.

Et tu vois, vieux Jim, pronona le gardien, en frappant sur lpaule de lhomme, on a repeint les murs de ta cellule. Si tu les esquintes de nouveau, gare toi ! Hein ! plus dinscriptions. Sinon Lhomme ne bougeait pas, juch sur un escabeau. Le gardien le regarda un instant, et, dune voix plus douce, o il y avait de la piti : Allons, tu es plus calme. Cela ta russi, lisolement. Ah ! coquin ! cest que tu nous en as fait voir avec tes crises ! Cest-il fini ? Tant mieux. bientt, vieux Jim ! Lhomme resta seul dans sa cellule, au milieu de la lumire indcise qui glissait de deux lucarnes tailles en sifflet dans lpaisseur du mur, au milieu du silence spulcral que troublaient parfois des hurlements lointains. Jim paraissait cinquante ans. Ses cheveux gris tombaient sur son front en longues mches. Sous le vtement ray que portent les prisonniers aux tats-Unis, il tait maigre, mais dune carrure dathlte. Sa face, dune pleur pierreuse, aux grands traits lourds, tait fige dans une expression hagarde.

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Jim se leva et sapprocha de la grille qui servait de porte la cellule. Entre ses mains puissantes, il en saisit les barreaux, et, un moment, apathiquement distraits, ses regards errrent dans lombre du couloir, o le gardien stait loign. Puis il se mit marcher de long en large dans la cellule troite. Lallure tait la fois pesante et lastique, comme celle dun grand fauve. Et, tout coup, il sarrta, ainsi que la bte sarrte, sous le choc dune sensation : dsir qui sveille, instinct qui cherche sassouvir. Ses yeux se fixrent dabord sur la muraille nue, droite de la grille, et face aux lucarnes. Le pltre en tait recouvert dune peinture brune, Presque noire, et toute neuve comme lavait dit le gardien. Cela parut lembarrasser. Ses doigts frmirent, impatients et crisps. Mais il y avait, dans lencoignure, un petit placard dangle o il rangeait son pain et sa cruche deau. Il louvrit. lintrieur, la couche de pltre tait blanche, lisse et propre. Alors Jim revint son escabeau, quil empoigna et fit pirouetter. En dessous du sige, le bois stait fendu. Il introduisit un de ses ongles dans cette fente et la suivit jusqu son extrmit. Quelque chose tomba, un morceau de mine de crayon, dun rouge carlate. Tenant cette mine entre le pouce et lindex, il retourna vers le placard. L, debout, le coude appuy contre lun des rayons, posment, avec une tension de tout ltre, qui durcissait son visage, il se mit dessiner quelque chose sur le pltre blanc. Quand il eut fini, il recula un peu pour contempler son uvre. Il avait dessin un cercle rouge.

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Un cercle large environ comme un bracelet de femme, un cercle peu prs rgulier dans son diamtre, mais ingal dans la ligne paisse qui le formait, tantt plus troite et tantt plus renfle ; un cercle de sang, et-on dit. Jim le regarda longtemps, longtemps, avec des expressions diverses et rapides qui contractaient ses traits, expressions de fureur, de haine, de dsespoir, de rsignation farouche. Ses yeux semplissaient de ce rouge anneau insolite, de cette petite figure nigmatique qui semblait lui dire tant de choses terribles et douloureuses. Et, soudain, il parut souffrir un tel point que, brusquement, il referma la porte du placard et sen carta. Mais il navait pas fait quatre pas en arrire quil tressaillit, touffant un cri de stupeur. En face de lui, sur le mur, entre le placard et la grille, il y avait un cercle rouge. Pas une seconde, il nhsita et, si folle que ft lide qui assaillit son cerveau, il laccepta aussitt. Le cercle quil voyait, ctait celui-l mme quil venait de dessiner. En deux enjambes, il sauta jusquau placard : le premier cercle tait l. Mais alors, lautre ? lautre qui jaillissait de la muraille nue ? Il tourna la tte et regarda de ct, en tremblant, avec lesprance de ne plus le voir et la certitude profonde de le voir encore. Il le vit. Il le vit. Ses regards sy clourent ardemment. Le second cercle tait limage du premier en mme temps, il en diff-

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rait En quoi ? En quoi ? Mme grandeur, mme aspect, mme clat sanglant et pourtant pas sournois, Jim se glissa le long du mur, et, tout coup, projeta sa main violemment. Il le tenait ! Il lavait cras comme on crase une bte nuisible ! Il lavait ananti ! Quel soulagement ! Il carta la main. Cette fois, il ne put retenir un cri rauque qui dchira sa gorge. Le cercle rouge tait plus loin, trente centimtres de distance. Et voil que se produisit la chose du monde la plus effarante : le cercle rouge bougea de nouveau ! Il se mit danser sur la muraille nue, allant et venant, disparaissant, reparaissant, bondissant. Sous nos paupires closes, un point de lumire qui persiste danse ainsi souvent, senfle et diminue, devient un disque frissonnant, se transforme en un anneau de clart, se multiplie, se divise en feux follets qui jouent dans le temple ferm de notre vision. De mme, Jim voyait mais devant ses yeux grands ouverts toute une fantasmagorie de cercles rouges, de points lumineux, de taches de sang, de couronnes carlates, de boules enflammes qui tourbillonnaient en une ronde perdue. Sa raison sgara. Il sabattit sur le mur, et de ses poings formidables il frappa sans relche, forcen, tandis que, de sa gorge, jaillissaient des cris incohrents. Eh bien ! Jim, quest-ce quil y a ? Encore tes accs de rage ? Ctait le gardien que le bruit avait attir et qui regardait entre les barreaux.

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Jim recula et, par un effort, se matrisa, non pas quil et peur, mais il ne voulait pas que le gardien entrt et vt le cercle rouge sur la muraille. Le gardien examina lhomme durant quelques instants. Des gouttes de sueur baignaient le visage et le cou de Jim. Cependant, il paraissait maintenant calme et matre de lui. Cest fini, nest-ce pas ? Un peu de silence prsent ! dit le gardien, qui sloigna. Jim navait plus boug. De nouveau, il regardait la muraille. Le cercle rouge ntait plus l. En mme temps, par un phnomne inconcevable, mais dont il ne pouvait mettre en doute un seul moment la ralit affreuse, il avait la sensation nette, irrcusable, que le cercle rouge traversait ltoffe de son vtement, simprimait dans son dos, pntrait dans sa chair et la brlait comme un fer chauff blanc. Sensation diabolique ! Et, pourtant, comment la nier ? Ctait intolrable. Dun coup, Jim sauta de ct, livrant passage cette chose inconnue qui le torturait, et la chose se rua sur le mur, comme projete par une puissance indomptable. Le cercle tait l de nouveau. Et puis, soudain, il disparut. Plus rien. La muraille vide. Jim respira.

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Mais il y eut, coup sur coup, deux apparitions, deux boules de lumire qui jaillirent du mur, encore une interruption, puis toute une srie dclairs, spars les uns des autres par des intervalles rguliers. Machinalement, Jim les compta, ainsi que lon compte les vibrations lumineuses dun phare. Il y en eut quinze. Une autre inter