magazine de la recherche horizons, juin 2013

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Horizons, le magazine suisse de la recherche publié par le Fonds national suisse et les Académies suisses des sciences, informe quatre fois par an des derniers résultats et des nouvelles connaissances acquises dans toutes les disciplines scientifiques: de la biologie et de la médecine aux sciences naturelles et aux mathématiques, en passant par les sciences humaines et sociales.

TRANSCRIPT

  • Tlescope aux limitesde la science ........... 32

    Jsuites en Chine: et les femmes? ..... 38

    Chercheurs dans le viseur du pouvoir ... 42

    Le dilemme de lexprimentation animale . . . . . . . . . 10

  • Animal, vous avez dit animal?En Suisse, lexprimentation animale consomme environ 660000 animaux par anne, dont quelque 400000 souris. Je ne peux memp-cher de mettre ce chiffre en relation avec un autre: durant le mme laps de temps, un des principaux producteurs de viande du pays abat prs de 24 millions de poulets. Comparaison nest certes pas raison, surtout lorsquon parle de mort et de souffrance. Mais cela permet tout de mme de donner la mesure des phnomnes.

    Rflchir lexprimentation animale amne vite sinterroger sur notre relation aux btes et sur la catgorisation de lanimal et des animaux. Alors que les dcouvertes issues des sciences de la vie rendent de plus en plus floues les limites classiques entre humanit et anima-lit intelligence, langage, utilisation doutils, etc. lanimal en tant que ressource alimentaire ou force de travail tend disparatre de la vie quotidienne de lOccidental lambda, tandis que lanimal domestique devient quasiment un membre de la famille. Dun ct, une ressource dont le traitement nous chappe (alors que les scnes de boucherie faisaient partie dun quotidien pas si lointain), de lautre, un statut lgal toujours plus labor. Paradoxe de lhumain de plus en plus coup de son environnement physique?

    Le regard de la population sur lexprimentation animale est tout aussi paradoxal: autant dessais que ncessaire, mais aussi peu que possible et en infligeant un minimum de douleur. Mais l encore, le lgislateur ne sintresse, de rares exceptions prs, quau devenir des seuls vertbrs. Les animaux qui nous ressemblent le plus.

    Philippe Morel, rdaction

  • horizonsHorizons Le magazine suisse de la recherche scientifique no 97, juin 2013

  • Sommaire

    Point fort exprimentation animale Biologie et mdecine

    28 Lingnierie se mle dattention

    Le neurofeedback permet de contrler cer-taines rgions du cerveau. Un progrs pour les patients atteints de Parkinson.

    30 Le moins puissant lemporte

    Le phnomne dagglomration des virus diminue lefficacit des dsinfectants, notamment des plus forts.

    31 Formation en ligne en thique de la rechercheBarrire contre les lymphdmesDes moustiques gourmets

    10 Quelle souffrance pour quel bnfice?

    Lexprimentation animale nous place devant un grave dilemme. En infligeant des souffrances aux animaux, nous acqurons des connaissances qui nous permettent de soigner des maladies. A-t-on le droit de faire cela? Malgr les alternatives, ces essais restent en effet indispensables pour la recherche mdicale.

    28

    En 2011, 37 360 poissons ont t utiliss pour des essais. Photo: Prisma

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    4 Fonds national suisse Acadmies suisses: Horizons n97

  • Environnement et technique

    32 Des miroirs dompter pour lire le ciel

    Linstrument PRIMA est cens optimiser le Very Large Telescope au Chili. Construit Genve, sa mise en service se fait attendre.

    34 Conseiller ne va pas sans risque

    Aprs le tremblement de terre de LAquila en 2009, des sismologues ont t condam-ns par la justice.

    36 Ponts et merveilles

    Un pont qui supporte 365 fois son poids? Cest la prouesse ralise loccasion dun concours de lEPFL.

    37 LADN, disque dur du futurPlus chaud, plus grosLe rouge et le pourquoi du rouge

    En image

    6Morts ou vivants?

    Dbat

    8 Arguments en faveur et contre le latin obligatoire

    Questions-rponses

    23 Vincent Mooser, pourquoi voulez-vous crer une biobanque suisse?

    Portrait

    24 Kim Do Cunod, neurobiologiste

    Lieu de recherche

    26 Street workout: gymnastique urbaine Los Angeles

    Entretien

    46 Lhistorien Stephan Scheuzger sexprime sur les commissions vrit.

    Comment a marche?

    49 Les fleuves de locan

    Coup de cur

    50 Lclosion des langues

    En direct du FNS et des Acadmies

    51 Pour le virage nergtique

    32 38

    Culture et socit

    38 Jsuites, femmes et concubines

    Comment les missionnaires jsuites ont-ils marqu les rapports entre hommes et femmes dans la Chine du XVIIe sicle?

    41 Se frayer un chemin dans la jungle

    Les journalistes scientifiques sont accuss de dformer les propos et de mal restituer les faits. Un reproche mrit?

    42 Des scientifiques perscuts

    Dans le monde entier, des chercheurs sont lobjet de perscutions politiques. Des rseaux internationaux les dfendent.

    44 Obligation daider les pauvres?

    Le droit international contraint les Etats et les organisations internationales com-battre la pauvret.

    45 Le livre magique qui transcende la lectureDictionnaire toponymique pour le grand publicLa signature crypte de Virgile

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    Fonds national suisse Acadmies suisses: Horizons n97 5

  • En image

    6 Fonds national suisse Acadmies suisses: Horizons n97

  • Morts ou vivants?

    Ils ont lair vivants. Sagit-il de coraux? De racines? Ces bouquets daragonite appels fleurs de roche sont constitus de carbonate de calcium. Sont-ils de simples minraux ou abritent-ils malgr tout une forme de vie? Nicola Tisato et Maria Luisa Tavagna, un couple de chercheurs de lEPFZ, ont trouv ces tranges structures dans la grotte de lAsperge, au sud de la France. La plupart des concrtions dans les cavernes sont modeles par la gravi-tation ou le vent. Les fleurs de roche croissent en revanche dans toutes les directions. Dans ces aiguilles bleues et blanches, les deux scien-tifiques ont, avec des collgues de lInstitut de gologie et de lInstitut de biologie intgrative de lEPFZ, d-couvert des microbes, des bactries notamment. Nourris en laboratoire au moyen dune solution de calcium, les microbes donnent naissance de petits cristaux qui ressemblent aux fleurs de roche. Mais pourquoi font-ils cela? Les chercheurs ne le savent pas. Ces formations leur offrent peut-tre une protection. A moins quil ne sagisse que de jolis dchets. mfPhoto: Max Wisshak

    Fonds national suisse Acadmies suisses: Horizons n97 7

  • Dbat

    La question de la suppres-sion du latin obligatoire en sciences humaines fait dbat dans toute la Suisse. LUniversit de Ble a rcemment renonc exi-ger, pour presque toutes les disciplines, que les tudiants fournissent la preuve de leur matrise de cette langue. Quels sont les arguments de part et dautre?

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    Q uest-ce qui justifie de faire du la-tin? Et de se pencher sur une tra-dition culturelle qui a trouv son expression dans cette langue pen-dant lAntiquit, le Moyen Age et les Temps modernes? A la diffrence de lapprentis-sage dune langue moderne trangre, ce-lui du latin ne passe ni par loralit ni par lautomatisation de schmas linguistiques, mais par lexamen approfondi de structures et lapproche systmatique du contenu s-mantique. Le latin nest pas comparable dautres langues, ce qui le rend non inter-changeable. Il entrane dautres aptitudes, notamment lassemblage disciplin de sa-voirs isols, une comptence centrale dans de nombreuses matires.

    Lacquisition de cette comptence en tudiant le latin permet de se familiariser galement avec des contenus et des motifs constitutifs de notre socle europen com-mun, culturel et artistique. Depuis des sicles, cest dans ce fonds que nous pui-sons pour habiller le prsent dimages com-munes et intelligibles. Il nest pas inter-changeable avec des mythes modernes ou exotiques, il sinscrit dans notre cadre de vie et constitue le signe distinctif de la tradi-tion europenne, enracine dans lantiqui-t grco-romaine, le Moyen Age chrtien et lhumanisme des Temps modernes. Si nous ne le connaissons pas, nous sommes inca-pables dinterprter de nombreux signes qui nous entourent. Et sans matrise de la

    langue qui le vhicule, les trsors culturels dormiraient dans les bibliothques, les ar-chives et les muses, au lieu dtre exposs et dattirer des millions de visiteurs.

    Certes, il y aura toujours des spcialistes qui simmergeront dans ces thmatiques. Mais on ne nat pas spcialiste, on opte pour un type de carrire un moment donn de sa formation acadmique. Et pour pouvoir dcider de se spcialiser ou non dans le

    domaine li au latin (soit lpoque qui pr-cde les Temps modernes dans toutes les sciences sociales), il faut au moins savoir de quoi il sagit.

    Aujourdhui, la maturit fdrale ne garantit plus ces connaissances de base, ce qui est en partie d labandon du latin obligatoire. Il appartient donc maintenant luniversit de sassurer que ses tudiants auront la possibilit de choisir parmi toutes les possibilits proposes, et que les dci-sions quils ont prises, avant et ailleurs, ne limiteront pas leur libert et leurs opportu-nits dpanouissement.

    Je plaide donc pour une offre obliga-toire, qui permette tous les tudiants en sciences humaines et culturelles de se faire leur propre ide dun domaine que les trau-matiss des cours intensifs, les disciples de Bologne et les amis de la mondialisation ont, dans leur course aux crdits et aux ar-guments de vente, un peu partout stigma-tis en le jugeant dmod et quils ont ainsi bout hors de leur curriculum.

    On peut discuter de la faon dont cette offre obligatoire pourrait se prsenter. Rien nempche de dvelopper de nou-veaux concepts pour enseigner le latin et la culture qui lui est lie. Une voie que les reprsentan