l'©thique dans la fili¨re chocolat

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Des enquêtes menées entre 2009 et 2011 ont en effet mis en évidence le fait que plus de 250 000 enfants sont utilisés et exploités dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest. En septembre 2001, certains des plus grands noms de l'industrie chocolatière mondiale signent le protocole Harkin-Engel et s'engagent à lutter contre les pires formes de travail des enfants dans la culture et la transformation des fèves de cacao. Dix ans après, aucun des objectifs fixés par ce protocole n'a été pleinement rempli. Dans l'article "l'Ethique dans la filière chocolat", le Trade for Development Centre présente la situation peu reluisante des droits des travailleurs dans la filière cacao/chocolat, ainsi que les initiatives développées pour tenter de remédier à la situation.

TRANSCRIPT

  • 1.Crdit : Fairtrade Africa En septembre 2001, certains des plus grands noms de l'industrie chocolatire mondiale (dont Nestl et Barry Callebaut) signent le protocole Harkin-Engel. Ils s'engagent lutter contre les pires formes de travail des enfants dans la culture et la transformation des fves de cacao. Dix ans aprs, en mars 2011, l'Universit de Tulane, mandate par le gouvernement amricain pour valuer et documenter l'volution de ces engagements, publie un rapport svre : aucun des objectifs fixs par ce protocole n'a t pleinement rempli. Si l'industrie du chocolat suscite autant d'intrt, c'est parce que les dcisions prises par les principaux oprateurs du secteur ont des consquences fondamentales pour les 40 millions de personnes qui dpendent de cette production en Afrique de l'Ouest et en Amrique latine. Or, aujourd'hui, le panorama de la cacaoculture est loin d'tre scin- tillant. De nombreuses drives ont t releves par les organisations non gouvernementales qui veillent au respect des rgles humanitaires, so- ciales et environnementales les plus lmentaires dans ces pays. Si le diagnostic est effectivement douloureux (notamment en matire de conditions de travail et d'impact sur les ressources naturelles), c'est dans le domaine du travail des enfants que le constat est particulirement svre. Des enqutes menes entre 2009 et 2011 ont en effet mis en vidence le fait que plus de 250 000 enfants sont utiliss et exploits dans les plantations de cacao en Afrique de lOuest (principalement en Cte dIvoire). 15 000 autres, gs de 9 16 ans, sont victimes de trafics et traits comme des esclaves pour aller grossir la main duvre des planta- tions africaines de cacao, de caf et de coton.1 Oxfam-WereldWinkels s'est empare du sujet. Pour cette ONG belge, il s'agit d'un problme clairement systmique : "Linsuffisance du revenu des producteurs les accule rechercher une main duvre bon march et engendre un trafic denfants et des conditions de travail intolrables dans les exploitations." 2 Crdit:RainforestAlliance/TheFrogBlog De la graine de cacaoyer (l'arbre cacao) notre barre chocolate prfre, le chemin est effectivement tortueux et s'inscrit dans une structure globale complexe, o inter- viennent de nombreux acteurs. Mais qui fait quoi ? A quel moment ? Et quels problmes se posent quel maillon de la chane ? Prs de 90% de la production mondiale est issue de trs petites exploitations (de 2 5 hectares en moyenne). 1. Sources : Alter Eco, World Cocoa Foundation. Cocoa market update Mai 2010 - Fairtrade foundation. Fair trade and cocoa Aot 2011 - Tropical commidity coalition - Cocoa barometer 2010 - sweetness follows 2nd edition. TCC Aot 2009 - CIT Organisation Internationale du Travail - DB Dclaration de Berne. 2. Source : Interview de Marieke Poissonnier, Conseillre Stratgique en matires premires chez OXFAM - Wereldwinkels, ralise par IZICOM le 26 sep- tembre 2011 Cette situation est rendue plus complexe encore par l'ab- sence criante d'organisations paysannes structures sus- ceptibles de compenser les dsengagements marqus des structures tatiques depuis la libralisation du secteur dans les annes 1990-2000. Isols, les petits producteurs ne sont pas informs des volutions des prix et sont alors la proie des intermdiaires qui leur achtent leur production des prix infrieurs ceux du march. Cette parcellisation de la production est de fait l'un des prin- cipaux obstacles la mise en uvre de solutions globales.

2. Crdit:TheGatesFoundation Troisime denre alimentaire la plus change dans le monde (aprs le caf et le sucre), le cacao gnre un chiffre d'affaires d'environ 80 milliards de dollars par an.3 Les principaux pays producteurs sont situs en Afrique de l'Ouest : la Cte d'Ivoire (33% de la production), le Ghana (21 %), le Nigria (7 %) et le Cameroun (6 %). Depuis plus de deux ans, les cours ont tendance monter sur les marchs, mais les cultivateurs profitent peu de ces hausses et voient globalement leurs revenus qui stagnent ( environ 1 dollar par jour et par personne pour une famille de 6 7 individus dpendant uniquement de cette produc- tion)4 . Entre le paysan qui extrait les graines de cacao des ca- bosses qu'il cueille dans ses arbres et votre superette pr- fre, la chane de production comprend de nombreuses tapes. Or, aujourd'hui, ce processus de transformation- fabrication-commercialisation est aux mains d'un petit nombre d'entreprises chocolatires qui contrlent la quasi-totalit de la chane. Trois multinationales (Cargill, ADM et Barry Callebaut) transforment (les fves sches en beurre, pte ou poudre de cacao), elles seules 40 % de la production mondiale (soit environ 1,5 million de tonnes par an).5 La fabrication du chocolat industriel de couverture est, elle, domine par Barry Callebaut, le leader mondial, ADM (Archer Daniels Midland Company) et Blommer qui dtien- nent ensemble prs de 70 % du march.6 Enfin, cinq entreprises (Mars, Nestl, Hershey, Kraft/ Cadbury et Ferrero) centralisent prs de 60 % des ventes de chocolat.7 Ces multinationales devraient investir plus de moyens pour rduire la pauvret endmique qui frappe les cacaoculteurs 3. Source : Fairtrade Max Havelaar France, "Le got amer du Chocolat" - www.maxhavelaarfrance.com/spip.php?rubrique349 4. Source : Idem. 5. Source : Oxfam, "Towards a sustainable cocoa chain : Power and possibilities within the cocoa and chocolate sector", 2009 6. Source : Agritrade, Rapport cadre : cacao, mai 2008 et www.unctad.org/infocomm 7. Source : Oxfam, "Towards a sustainable cocoa chain : Power and possibilities within the cocoa and chocolate sector", 2009 africains. En encourageant par exemple ces derniers se structurer ou en favorisant une plus forte appropriation par ces organisations paysannes des activits forte valeur ajoute (telles que les premires phases de transformation des fves de cacao). L'tude des donnes chiffres est en effet claire sur ce point : depuis les annes 1970, les reve- nus des producteurs ne cessent de baisser alors mme que les cours sont en augmentation croissante ainsi que les profits raliss par les multinationales du sec- teur chocolatier. Cela fait prs de 10 ans que des ONG s'efforcent d'alerter les autorits publiques, les entreprises et les consomma- teurs sur la situation sociale et environnementale des ca- caoculteurs africains. Ces actions de sensibilisation ont abouti la mise en place d'initiatives visant apporter des solutions aux multiples problmes que rencontrent ces fi- lires de production. Qu'elles soient collectives ou le fait d'une entreprise unique, ces programmes affichent des bilans trs diffrents les uns des autres. Le rapport rendu par l'Universit de Tulane met en vi- dence la faiblesse des rsultats du protocole Harkin- Engel et souligne le fait que les entreprises signataires nont appliqu de manire satisfaisante aucun des six objectifs du protocole. Certes, le programme a contribu sensibiliser les opinions publiques et a abouti la cration de l'International Cocoa Initiative. Mais les principaux engagements pris par les mul- tinationales signataires n'ont pas t respects, en particu- lier en termes de mobilisation financire et d'application des standards de lOrganisation internationale du travail (OIT) au secteur du cacao en Cte dIvoire et au Ghana. 3. A contrario, les initiatives mises en place pour assurer une production continue et de qualit ont abouti des rsul- tats plus significatifs. Ainsi, dans le cadre de World Cocoa Foundation (cre par l'industrie chocolatire en 2000 pour contrer la tendance baissire de la production), des programmes de soutien aux cacaoculteurs ont t mis en uvre afin d'arriver une production durable de cacao. Que ce soit par des actions de promotion des pratiques de culture plus effi- cientes et rentables, par le soutien la constitution de coopratives et dassociations de producteurs, par un encouragement lagrodiversit, ou encore par le dveloppement de programmes d'ducation et de recherche.8 Ce dispositif, largement soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates, aurait permis, d'aprs ses reprsentants, d'augmen- ter les revenus d'une partie des 420 000 planteurs qui en ont bnfici ces 10 dernires annes.9 Crdit : Tearfund.org A ct de ces projets collectifs initis par la profes- sion, certaines des plus grandes marques de l'industrie chocolatire ont initi seules des programmes sociaux et conomiques de soutien aux petits producteurs. Ainsi, en 2009, la socit amricaine Mars s'est engage ne se fournir, l'horizon 2020, qu'auprs de fournisseurs certifis durables par Rainforest Alliance et UTZ Certified ; en investissant des millions de dollars par an pour soutenir ce passage des producteurs une production durable res- pectueuse de l'environnement et des communauts. La compagnie Cadbury a annonc la mme anne son intention d'investir plus de 53 milliards deuros pour faire certifier quitables ses clbres barres chocolates Dairy Milk. Nestl, pour sa part, a lanc en 2009 son "Plan Ca- cao" (pour un budget de 110 millions de francs suisses sur 10 ans) avec pour ambitions de fournir de nouveaux plants aux paysans et de les former aux techniques modernes de cacaoculture. Les valuations de ces diffrentes initiatives mettent en vidence une tendance forte en termes de crdibilit : les dispositifs mis en place par des entreprises en collabora- tion troite avec des organismes de certification quitable et durable reconnus sont globalement considrs comme beaucoup plus crdibles que ceux initis par ces multinatio- nales seules. Auteur d'une tude remarque sur l'valuation de la perfor- mance sociale et environnementale des entreprises dans les secteurs du caf, cacao, informatique et pharma- ceutique, Guido Palazzo, professeur d'thique des affaires l'Universit de Lausanne, insiste sur cette diffrence daprs lui fondamentale. Le "Plan Cacao" de Nestl "ne prvoit pas de certification extrieure, ni d'application de standards externes au groupe." Il s'apparente " une longue liste de projets l'impact social et environnemental diff