les fouilles du site gaulois tardif de villeneuve- fouilles du site gaulois tardif de villeneuve-...

Click here to load reader

Post on 12-Sep-2018

216 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • - 137 -

    Les fouilles du site gaulois tardif de Villeneuve- Saint-Germain (Aisne)

    1 - Avant-propos

    Dans le cadre de lanne de larchologie, le muse municipal de Soissons prsentait une trs belle exposition (*) tablissant le bilan de trente annes de recherches en valle dAisne, de Neufchatel-sur- Aisne, en amont, Vic-sur-Aisne, en aval. Une vingtaine de sites taient voqus laide de quelques maquettes et dobjets de fouilles judicieusement choisis, permettant de retracer 1Cvolution depuis les derniers chasseurs du msolithique jusqu lpoque mrovingienne. Cette vocation na t possible que grce au travail accompli, durant ces trois dcennies, par les diffrentes quipes qui ont tent de sauver ce qui pouvait ltre des destructions dues, notamment, Iexploita- tion intensive des ballastires implantes, depuis la Seconde Guerre mondiale, dans cette valle, axe privilgi de circulation depuis la plus haute antiquit et riche en vestiges de toutes poques. Quand aucun texte ne venait encore prciser les droits et les devoirs de chacune des parties en prsence, il a fallu que les archologues fassent preuve de beaucoup de diplomatie et de persuasion et que les exploitants mon- trent beaucoup de comprhension pour que puissent se raliser des recherches aussi importantes que celles de Michel Boureux, par exemple, Cys-la Commune, Chassemy et en dautres points de la valle, ou de Gilbert Lobjois sur les ncropoles gauloises de Pernant et de Bucy-le-Long. Il faut encore citer les fouilles de Madame Alix Bar- bet sur la villa gallo-romaine de Mercin et Vaux, de Michel Redd au camp romain dArlaine, de Didier Bayard sur les sites mrovingiens de Cond-sur-Aisne et de Juvincourt, de Claudine Pommepuy Bucy-le- Long, etc ... (1). En 1973, nous commencions les fouilles de Villeneu- ve-Saint-Germain, objet du prsent article. Nous intervenions la suite dune fouille de sauvetage urgent, en ballastire, ralise par Michel Boureux. Nos recherches se sont poursuivies jusquen 1984. Limportance du site et lampleur des menaces qui pesaient sur lui ont motiv la venue, en 1974, dune seconde quipe, lUnit de Recherche Archologique no 12 du Centre National de la Recherche Scientifi- que. Elle a travaill en parallle avec nous-mmes, jusquen 1981.

    (*) Du 23 mars au 31 dcembre 1990. (1) Nombreux sont les autres chercheurs ayant travaill dans la valle de lAisne, certains accumulant inlassablement les observations, comme Bernard Ancien, dautres de manire plus pisodique. Le cadre ncessairement restreint de lexposition na pas toujours permis dvaquer leurs travaux.

  • - 138 -

    Cest en 1973 que Bohumil Soudsky, professeur tchque associ a luniversit de Paris 1, langait un programme de sauvetage de lavalle de lAisne et mettait en place une quipe de recherche (1U.R.A. no 12) rattache au C.N.R.S. En 1974, un arrt ministriel instituait, pour cinq ans, une Commission scientifique consultative pour le sauve- tage archologique de la valle de lAisne prside par J.P. Millotte, professeur luniversit de Franche Comt. Elle devait, outre un contrle scientifique, assurer la ventilation des crdits importants allous pour ces oprations. Dautre part, laville de Soissons crait, en 1981, un poste darchologue municipal. Cest ce poste que Denis Defente a pu, entre autres interventions, raliser les fouilles du lyce Grard de Nerval, toujours en cours, qui lui permettaient de mettre au jour un ensemble exceptionnel de peintures murales gallo-romaines. Il tait donc important de montrer au public, aux exploitants, aux am- nageurs, aux lus, les rsultats obtenus depuis trente annes de travail assidu tout au long du couloir axonien dans sa traverse du dparte- ment auquel la rivire a donn son nom. Cest ce qua magnifique- ment russi lexposition 30 ans darchologie dans la valle de lAisne.

    II - Le site de Villeneuve-Saint-Germain dans son cadre golo- gique et gographique (fig. 1 et 2)

    Coulant dest en ouest, cest a Beaurieux que lAisne quitte les ter- rains crtacs de la Champagne pour entamer profondment les pla- teaux tertiaires du Soissonnais qui la dominent constamment de cent cent cinquante mtres. Elle passe de soixante trente mtres dalti- tude au cours de sa traverse du dpartement. Naccusant ainsi quune faible pente, elle serpente en mandres dans sa plaine alluviale dont la largeur est dun a deux kilomtres, mais peut atteindre parfois, comme Soissons, plus de six kilomtres. Lamplitude de la valle sexplique par le peu de rsistance offerte par les sables au sein desquels la rivire sest ouvert un passage dfonant sur toute leur paisseur la masse des matriaux de IEocne infrieur jusqu la base dargile plastique (2). Une coupe transversale au niveau de Villeneuve-Saint- Germain ferait apparatre, de bas en haut, les tages suivants : - lassise de craie secondaire, - le Thantien (sables de Bracheux) par lequel dbute la srie des niveaux tertiaires, - le Sparnacien (argile plastique), - IYprsien (sables de Guise), - le Lutcien (table de calcaire grossier), - les limons quaternaires du plateau.

    (2) A. Fiette, Le dpartement de lAisne, Bordas, 1960, p. 53

  • - 139 -

    OIllIO Luttien

    Yprsien

    Sparnacien

    E Z 3 Thantien

    Alluvions

    EZi+j Assise de craie secondaire.

    Fig. 1 - Coupe transversale de la valle de lAisne au niveau de Villeneuve-Saint-Germain.

    Fis. 2 -Situation de Villeneuve-Saint-germain parrapport Soissons (Augusta Suessionum) et Pommiers (Noviodunum).

  • - 140 -

    La plaine alluviale sest tablie sur ltage sparnacien. On peut y dis- tinguer les alluvions anciennes et les alluvions rcentes. Les alluvions anciennes sont exploites tout au long de lavalle, par de nombreuses ballastires qui ont livr des milliers doutils lithiques, attribuables au palolithique ancien et moyen, ainsi que des vestiges de faune froide tels que le mammouth ou le renne (3). Les alluvions rcentes, compo- ses de dpts fins, sont trs irrgulires, leur paisseur pouvant varier de vingt centimtres six mtres (4). Suivant un trac consquent, des ruisseaux ont creus une srie de courtes valles perpendiculaires celle de lAisne qui joue le rle de collecteur. Ils ont entaill profond- ment les plateaux nord et sud, dterminant une succession dperons parallles. Au cours de la protohistoire, un certain nombre dentre eux ont t isols du plateau par un rempart afin de former une enceinte fortifie facile dfendre. Deux troues qui se font face, celle de la Crise au sud et celle du r dit de Saint Mdard au nord sont lorigine dun largissement important qui a fix lemplacement de Soissons. Cest en dbouchant dans cette vaste cuvette, Villeneuve-Saint-Ger- main, que lAisne dcrit un premier mandre, trs accentu, au sein duquel de nombreux vestiges archologiques ont t mis au jour. Pos- trieurement la conqute romaine, ce mandre a t ferm par un rempart qui dtermine, avec la rivire, une enceinte de soixante et onze hectares environ. Un peu plus de vingt hectares sont situs sur la terrasse fluviatile de la rive gauche attribuable au complexe Riss- Wrm. Ils reclent les tmoignages dune occupation dense la priode dite de la Tne tardive, entre 50 et 20/15 environ avant J.C. (nous indiquerons plus loin, Q V, quels sont les lments permettant davancer cette datation). Le fond de la presqule est submerg lors des fortes crues et semble navoir connu quune occupation sporadi- que. Toutefois, O. Vauvill signale y avoir recueilli, en divers endroits, de la poterie gauloise et des scories (5). A trois kilomtres louest, un autre mandre plus largement ouvert vient enserrer le noyau antique de Soissons, LAugusta Suessionum des gallo-romains. LAisne passe ensuite au pied de loppidum de Pommiers, emplacement de Noviodu- num, la place-forte principale des Suessiones mentionne par Csar dans ses Commentaires de la guerre des Gaules. Comme nous le ver- rons ($ VI), ce sont les deux sites gaulois de Pommiers et de Villeneu- ve-Saint-Germain qui sont lorigine de la ville de Soissons.

    (3) E. Patte, Le quaternaire dans la valle de lAisne, Mmoires de laSocit Gologiquede France, nouvelle srie, 1937, no 32. (4) Ch. Chavenon et G. Firmin. Esquisse dune tude du cadre naturel de la valle de lAisne du nolithique la Tne III, Fouilles protohistoriques de la valle de lAisne (EP. KA.), 9, 1981, voir p. 342. (5) O. Vauville, Lenceinte antique de Villeneuve-Saint-Germain (Aisne),Mmoires dela Socit Nationale des Antiquaires de France, 1907,7me srie, tome 7.

  • - 141 -

    III - Une longue tradition dhabitat

    Nous nenvisageons, dans cet article, que les dcouvertes relatives la priode gauloise tardive. Cest quen effet Villeneuve-Saint-Ger- main sest rvl, peu peu, comme lun des sites majeurs pour ltude de la fin de lge du Fer dans la moiti nord de la France. Fouill sur de grandes surfaces, il a fait apparatre des structures monumentales dont il nest pas connu dquivalent dans le monde celtique (6). Il semble montrer une partition de lespace occup en zones dactivits diffren- cies regroupant soit des ateliers, soit des enclos comprenant chacun une maison et ses annexes, soit des structures vocation agricole pro- bable. Il a livr un matriel abondant et homogne autorisant une datation assez prcise. Dautre part, son apport la numismatique a t considrable (7). Il est ainsi devenu un site de rfrence permet- tant une meilleure approche de cette priode de transition encore mal connue et donnant une bonne image de ce que pouvait tre une agglo- mration gauloise la fin de lindpendance. Ces dcouvertes impor- tantes ont quelque peu oblitr dautres priodes doccupation mises en vidence au cours des diffrentes campagnes de fouilles et qui montrent, en ce lieu, une longue tradition dhabitat. La dcouverte dun biface acheulen et dun racloir moustrien tmoigne de la pr- sence de lhomme prhistorique ds le palolithique ancien et moyen, comme tout au long de la valle. Cest au nolithique que lon trouve les premires installations fixes et le nom de Vi