les énigmes des fous de bassan : féminisme, .prince charmant qui soit beau ... intérêt pour des

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  • Document gnr le 14 sep. 2018 23:44

    Voix et Images

    Les nigmes des Fous de Bassan : fminisme,narration et clture

    Marylin Randall

    Jacques PoulinVolume 15, numro 1, automne 1989

    URI : id.erudit.org/iderudit/200817arDOI : 10.7202/200817ar

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    diteur(s)

    Universit du Qubec Montral

    ISSN 0318-9201 (imprim)

    1705-933X (numrique)

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    Citer cet article

    Randall, M. (1989). Les nigmes des Fous de Bassan :fminisme, narration et clture. Voix et Images, 15(1), 6682.doi:10.7202/200817ar

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    Tous droits rservs Universit du Qubec Montral,1989

    https://id.erudit.org/iderudit/200817arhttp://dx.doi.org/10.7202/200817arhttps://www.erudit.org/fr/revues/vi/1989-v15-n1-vi1363/https://www.erudit.org/fr/revues/vi/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • Les nigmes des Fous de Bassani fminisme, narration et clture par Marilyn Randall, University of Western Ontario

    La diversit des lectures suscites par les Fous de Bassan d'Anne Hbert n'arrive pas expliquer la fascination qu'exerce ce roman nigmatique, le sen-timent ne de pas avoir sond fond le mystre de Griffin Creek. Roman policier par excellence, il se termine sur une confession du criminel qui laisse pourtant perplexe: c'est comme si l'accumulation d'indices menant la rsolution du meurtre et la culpabilit finale de Stevens Brown s'accompagnait, l'insu du lecteur, d'un ensemble de contre-indices travaillant sournoisement miner sa certitude. Et l'incertitude se concrtise jusqu' s'inscrire dans la phrase finale du texte, o Stevens admet que ses aveux ont t rejets par la cour et consi-drs comme extorqus et non conformes la loi1. Seul, notre connaissance, parmi les commentateurs du roman, Jean-Louis Backs est sensible cette ambigut qui pose un ensemble de problmes d'interprtation qui, comme nous le montrerons, ne peuvent tre rsolus de faon simple et univoque:

    Un doute plane en effet sur ce rcit trop bien construit. Il plane sur sa vracit, peut-tre parce quelques lecteurs dtestent les solutions trop nettes comme ils abhorrent le happy end.2

    Si les critiques ont trouv dans ce texte-nigme une source de lectures riches et multiples (lecture postmoderne3, lecture fministe4, lecture mytho-biblique5,

    1 Anne Hbert, les Fous de Bassan, Paris, Seuil, 1982, p. 249. Toutes les citations renvoient cette dition.

    2 Jean-Louis Backs, Le retour des morts dans l'uvre d'Anne Hbert, Esprit crateur, vol. XXD3, n 3, automne 1983, p. 56.

    3 Janet Paterson, L'envole de l'criture: les Fous de Bassan d'Arme Hbert, Voix & images, vol. IX, n 3, printemps 1984, p. 143-151.

    4 Neil Bishop, nergie textuelle et production de sens: images de l'nergie dans les Fous de Bassan d'Anne Hbert, University of Toronto Quarterly, vol. LIV, n 2, hiver 1984-1985, p. 178-199; Karen Gould, Absence and Meaning in Anne Hbert's les Fous de Bassan, French Review, vol. LDC, n 6, mai 1986, p. 921-930; Kathryn Slott, Submersion and Resurgence of the Female Other in Anne Hbert's les Fous de Bassan, Qubec Studies, 4, 1986, p. 158-169; K. Slott, Repression, Obsession, and Re-emergence in Hbert's les Fous de Bassan, American Review of Canadian Studies, vol. XVII, n 3,1987, p. 297-307.

    5 Antoine Sirois, Bible, mythes et Fous de Bassan d'Anne Hbert, Canadian Literature, 104, printemps 1985, p. 178-182; Yvette Francoli, Griffin Creek: refuge des Fous de Bassan et des bessons fous, tudes littraires, vol. XVII, n 1, avril 1984, p. 131-142; Ruth Msavage, L'hermneutique de rcriture: les Fous de Bassan d'Anne Hbert, Qubec Studies, n 5,1987, p. 111-123.

  • lecture narrative6), certaines de leurs conclusions s'avrent, en effet, assez homognes et se rejoignent sur deux points fondamentaux. Premirement, les six livres qui composent les Fous de Bassan reprsenteraient cinq voix narratives distinctes, exprimant le point de vue du personnage incarn par le je autodi-gtique; deuximement, la confession par laquelle le roman se termine fournirait une rsolution vridique et non problmatique au mystre. Et, selon une troisime tendance, celle des lectures fministes, le texte revendiquerait une position fministe en articulant une idologie de la libration et de l'panouissement des femmes1. Ces trois affirmations sont ncessairement lies, car c'est grce au pr-suppos selon lequel chaque rcit livrerait la vrit intrieure de son personnage que l'on arrive justifier la revendication fministe: par les rcits de Nora et d'Olivia nous seraient rvles leurs propres voix, afin qu'elles reprennent le pouvoir de l'expression de soi, et pour parler librement de leur dsir*. Le mme prsuppos sous-tend galement l'authenticit de la confession de Stevens, qui semble combler le vide laiss par le rcit du meurtre dans les narrations prc-dentes.

    Fminisme

    L'argument fministe semble avoir pour justification principale la force tonnante du dsir obsessionnel de deux filles innocentes pour un homme miso-gyne. Nora, par exemple, ne fait nul mystre de son dsir pour Stevensje suis creuse et humide. En attente, et Olivia, pour sa part, reconnat et parfois semble prouver encore ce dsir au-del de la mort mme (p. 221-223)9. La victoire de la femme serait le fait de survivre, en quelque sorte, son meurtre par Stevens qui ne russit pas abolir le dsir de la femme en abolissant son corps: Son dsir est encore plus avide et plus prsent aprs sa mort que dans sa vie.10

    La lecture fministe semble donc vouloir compenser le sort des femmes (strilit, suicide, subjugation sexuelle, viol, meurtre) par la force des voix fminines qui sont bien, aussi, des voix fministes. Certes, il s'agit d'un fminisme peu cons-cient de lui-mme, mais non moins rel pour autant11. Cependant, l'vidence textuelle rduit ce fminisme inconscient peu de chose: aux voix des femmes-anctres soufflant dans le vent mais impuissantes sauver Olivia et Nora du sort que leur destine, semble-t-il, leur propre dsir; un rve de jeune fille d'un prince charmant qui soit beau (Stevens), qui ne soit ni vieux, ni laid, ni fou.

    Quant l. position de supriorit morale des femmes12, on peut facilement admettre qu'elles ne sont pas criminelles au sens de Stevens. Cependant, la

    6 Neil Bishop, Distance, point de vue, voix et idologie dans les Fous de Bassan d'Anne Hbert, Voix & images, vol. K, n 2, hiver 1984, p. 113-129.

    7 Neil Bishop, ibid., p. 129. Pour une exception cette lecture, voir Suzanne Lamy, Un livre de l'irresponsabilit, Spirale, n 29, novembre 1982, p. 3,2.

    8 Kathryn Slott, Repression... , loc. cit., p. 298. 9 Neil Bishop, Distance..., loc. cit., p. 123. 10 Karen Gould, loe. cit., p. 938. 11 Neil Bishop, loc. cit., p. 124. 12 Kathryn Slott, Submergence..., loc. cit., p. 158.

  • froideur maternelle de Bea et de Felicity, la vengeance sexuelle, la jalousie et la provocation exerces par Nora se semblent gure correspondre ni la vertu ni la moralit. Qui plus est, la question des voix des femmes pose de nombreux problmes pour une lecture qui dfend la notion d'une mergence du pouvoir fminin. Cet argument aboutit une position narrative quelque peu paradoxale, sinon indfendable, qui prtend racheter la soumission des femmes l'autorit patriarcale par le silence et la contrainte mme des voix fminines13.

    Les divers points de vue fournis par les multiples rcits ont suscit un vif intrt pour des questions narratives dans l'analyse du roman. Mais le problme qui surgit l'gard de la prsume pluralit des voix narratives est plutt leur tonnante homognit. De livre en livre, de narrateur narratrice, les mmes images, les mmes discours, les mmes champs smantiques obsessionnels reviennent inlassablement Car le texte ne se rpte pas uniquement par le truchement du retour anaphorique aux scnes et aux vnements de l't 193614. Que ce soit au niveau d'un rseau smantique d'images animalesques, domin par les oiseaux et les poissons, ou bien au niveau des refrains rpts par chacun des personnages, tel Non, non, ce n'est pas Stevens et Cette fille est folle (Nicolas, p. 37, Stevens, p. 244), l'aspect obsessionnel du texte est vident15.

    Les rseaux obsessionnels reliant les univers conceptuels des personnages rvlent chez eux une psychologie commune. Par l'entremise de la citation bi-blique: Et le Verbe s'est fait chair et II a habit parmi nous (p. 118), par exemple, Nicolas, Stevens et Nora s'attribuent une identit semblable. Nicolas dclare avoir t le Verbe de Griffin Creek (p. 20), tandis que Stevens, dans un passage qui parat rpondre directement celui de Nicolas, dclare: Si quelqu'un ressemble au Christ dans ce village, c'est bien moi, Stevens Brown (p. 89). Et Nora utilise la mme image, dclarant: Le Verbe en moi est sans parole prononce, ou crite, rduite un murmure secret dans mes veines (p. 118) (affirmation qui trouble quelque peu aussi son statut de narratrice nous y reviendrons).

    Par le biais des obsessions fixes sur la mre, il est vident que Stevens et Nicolas voient le monde et leur exprience de faon identique. Obsds tous deux par Felicity, la grand-mre du premier et la mre du deuxime, ils sont d'accord pour sentir qu'elle les a privs d'amour et qu'elle aime seulement ses filles et petites-filles. Et, en fait, d'aprs les t