les echos de saint-maurice edition numé .jusqu'à la crise entre un enseignement ecclésiastique

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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    Marcel DIETLER

    Le pontificat de Lon XIII

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1967, tome 65, p. 119-135

    Abbaye de Saint-Maurice 2013

  • Le Pontificat de Lon XIII

    Le 7 fvrier 1878 s'teignait Pie IX. Le pape du Syllabus laissait des problmes sans solution qui ne disparais-saient pas avec lui. Pie IX lguait son successeur une Eglise plus forte intrieurement, mais isole devant l'hostilit gnrale des gouvernements et de l'opinion publique. Les succs du catholicisme au cours de son pontificat ont t pour une large part le rsultat des progrs du courant ultramontain et de l'alliance de l'Egli-se avec les rgimes anti-rvolutionnaires. Mais le triom-phe mme de l'ultramontanisme dclenche la raction des gouvernements, mcontents de voir le clerg local s'affranchir de leur emprise et suivre toujours plus doci-lement les mots d'ordre de Rome. L'opinion dmocratique, dont l'influence s'affirme d'anne en anne dans la vie publique et la direction des Etats, ne pardonne pas l'Eglise l'appui que celle-ci n'a cess d'apporter depuis 1848 aux partis conservateurs et qui la fait apparatre comme irrmdiablement solidaire de l'ancien rgime et des forces de raction.

    Pie IX, maladroitement conseill par son entourage, n'a pas russi adapter l'Eglise la profonde volution politique qui transforme du tout au tout l'organisation de la socit civile au cours du XIXe sicle. Il ne s'est pas assez rendu compte par ailleurs de l'urgente nces-sit de s'adapter une autre volution, la transformation progressive de l'ancienne conomie agricole en un monde industrialis et la prise de conscience de sa misre, mais aussi de sa force, par un proltariat urbain dont l'im-portance numrique crot d'anne en anne. Si des catho-liques et des vques ont abord ce problme, le Saint-Sige, trop absorb par la lutte contre le libralisme doctrinal et politique, n'a encore donn aucune directive prcise ni sur le plan des principes, ni sur celui de

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  • l'organisation pastorale. Sur le plan intellectuel, Pie IX n'a pas russi donner les impulsions ncessaires, car peu averti personnellement de cet aspect des choses, il en a abandonn la direction et le contrle des esprits troits, effrays des progrs du rationalisme et du posi-tivisme. Ceux-ci ont cru qu'il suffisait d'anathmatiser les courants doctrinaux nouveaux incompatibles avec la foi chrtienne et de se raidir dans les positions traditionnelles, ce qui ne fait que reculer le problme jusqu' la crise entre un enseignement ecclsiastique fig et les rsultats du dveloppement des sciences naturelles et historiques. Cette attitude intransigeante dans les domaines pratique et doctrinal allait-elle tre continue par son successeur ? Il tait rserv au gnie de Lon XIII de formuler et les grands principes et les applications la fois parfaitement orthodoxes et pour-tant adaptes au monde nouveau.

    Joachim Pecci tait n le 2 mars 1810 d'une ancienne famille patricienne de Carpineto, au-dessus d'Anagni. Ses tudes au Collge Romain accomplies, il entra l'Acadmie des Nobles Ecclsiastiques. Grgoire XVI se l'attacha en le nommant prlat de sa Maison et l'envoya comme dlgat Bnvent, Spolte et Prouse. De 1843 1846 il fut nonce Bruxelles. Nomm archevque de Prouse, il reut le cardinalat en 1853. Lon XIII tait un gentilhomme lettr, remarquable autant comme tho-logien que comme administrateur. Ple et frle, il sem-blait, soixante-huit ans, rserv pour un trs court pontificat ; il rgnera vingt-cinq ans, soit de 1878 1903.

    Durant son long piscopat, le cardinal Pecci avait suivi de prs le mouvement des ides et des vnements. De ses mditations taient sortis tout un corps de doctrine et un plan d'action. Il en poursuivit l'application pendant son pontificat.

    Nous allons donc voir dans une premire partie les aspects de son uvre doctrinale, dans une seconde son action politique, enfin son action pour favoriser l'expan-sion du catholicisme et son encouragement dans le domaine intellectuel.

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  • I. L'uvre doctrinale

    Il ne saurait y avoir de thologie ni de pense catho-lique sans une philosophie catholique. Lon XIII propose et conseille l'tude de S. Thomas. C'est en lui qu'il va trouver les grandes perspectives de sa doctrine politique et sociale.

    a) La doctrine politique

    Ds sa premire encyclique Inscrutabili (1878), le pape avait fortement affirm la ncessit pour la socit tout entire de s'appuyer sur les principes ternels de la vrit et sur les lois immuables du droit et de la justice tels que l'Eglise les enseigne. Toutes ses autres encycliques ne seront que le commentaire de cette affirmation. L'encyclique Arcanum (1880), montre la ncessit pour la cellule sociale, la famille, de se fonder et de vivre sous le signe du Christ. Les Etats, comme les familles, doivent tre chrtiens (encyclique Diuturnum, 1881). Ce qui importe, en effet, ce n'est pas la forme du gouvernement, c'est ce fait que tout pouvoir provient de Dieu, et que le prince n'est que son dlgu. De l, pour les chefs des Etats, le devoir de procurer, avec le bien temporel de leurs sujets, leur bien spirituel. A ce bien s'opposent les associations, comme la Franc-maonnerie (encyclique Humanum genus, 1884), qui vi-sent la destruction de l'Eglise.

    Aprs l'affirmation de ces principes gnraux, Lon XIII en vient plus prcisment aux relations de l'Eglise et des Etats.

    L'Etat est souverain dans son domaine, qui est celui des choses temporelles. Dieu a divis le gouvernement des choses humaines entre deux puissances, la puissance ecclsiastique et la puissance civile, celle-l prpose aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Cha-cune d'elles en son genre est souveraine ; chacune est enferme dans ses limites parfaitement dtermines et traces en conformit avec sa nature et son but spcial. Il y a, par consquent, comme un sphre circons-crite dans laquelle chacune exerce son action en vertu de son droit propre. L'Eglise ne doit donc ni s'ingrer

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  • dans le gouvernement des Etats, ni chercher exercer une domination politique. Elle est au-dessus des partis et des rgimes politiques.

    Mais l'Etat n'a pas le droit de combattre ou d'ignorer l'Eglise. Aussi fortement que Pie IX, Lon XIII condamne le lacisme et le libralisme doctrinal. Car toute autorit venant de Dieu, les lois divines doivent tre les lois fondamentales de tout Etat. Contre elles, ni la souve-rainet populaire, ni l'absolutisme des princes ne peuvent rien. La justice n'est pas toute loi, mais toute loi ordon-ne au bien et au vrai. Les souverains josphistes, au nom d'un droit qu'ils avaient la fatuit de qualifier de divin ; les socits modernes au nom de la dmocratie, cherchent carter l'Eglise de la vie publique. Lon XIII condamne cette prtention et rclame pour l'Eglise un droit de regard sur l'enseignement donn la jeunesse, il affirme que la lgislation doit s'inspirer des maximes chrtiennes.

    L'Eglise respecte les droits de la socit civile. Elle respecte dans la mme mesure les droits civils des catholiques et leurs lgitimes prfrences. Libre eux de se choisir le parti politique qu'ils voudront, pourvu qu'il ne soit pas un parti qui mprise les droits de l'Eglise. Aucun parti n'a le droit de monopoliser l'tiquette de catholique et d'engager ainsi la conscience des lecteurs catholiques. Mais l'Eglise exige que les catholiques portent dans leur activit politique la proccupation de vivre leur foi. Elle les oblige donc avoir le souci actif des intrts de la cit, respecter le pouvoir tabli, lgitime, dfendre les intrts catholiques par les moyens mme politiques en leur pouvoir ; faire triom-pher les enseignements sociaux de l'Eglise.

    Le pape veut donc que les catholiques, loin de gmir sur le malheur des temps ou de s'aigrir contre les gouvernements, entrent dans l'action et fassent pntrer par leur exemple et leur influence les principes chrtiens dans la socit.

    b) La doctrine sociale

    Ces hauts enseignements sur la constitution des soci-ts et sur les relations d'Eglise et des Etats sont dj

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  • des enseignements sociaux au premier chef. Mais les problmes ns des transformations conomiques et de l'organisation du travail dans un monde devenu capi-taliste devaient proccuper tout particulirement le pape et l'amener donner au monde moderne la charte chrtienne du travail, dfinir les grandes lois morales qui prsident aux relations du capital et du travail, marquer chacun : employeur, employ, Etat et Eglise, son rle et ses devoirs. L'encyclique Rerum Novarum (1891) condense et systmatise les enseignements de Lon XIII sur ce sujet.

    Le libralisme, qui considre le travail comme une chose qui s'achte et se vend, oublie la dignit de la personne humaine du travailleur. Il est en grande partie responsable de la misre des ouvriers et de la haine des classes.

    Le socialisme est un remde pire que le mal car il condamne le droit de proprit qui est naturel l'homme et prconise la lutte des classes qui, par sa violence, va directement contre la charit chrtienne. La solution est dans l'organisation du monde du travail. Car un salaire insuffisant consenti par la prtendue libert de l'ouvrier n'est pas un salaire juste et le contrat de travail, mme accept par l'ouvrier, n'est pas conforme l'quit s'il contient des clauses nocives pour la sant de l'ouvrier, pour sa vie domestique ou religieuse.

    Pour faire rgner la justice sociale, Lon XIII prconise deux moyens : 1. les associations professionnelles (patro-nales, ouvrires, mixtes), qui, jouant dans le mtier une sorte de rle lgislateur, rsoudraient les questions relatives au salaire, la dure de la journe du travail, l'hygine ; 2. la lgislation ouvrire.

    Pour repousser les abus et pour carter les dangers, Lon XIII invoque l'autorit des lois, donc l'interven-tion de l'Etat comme arbitre, au besoin comme juge. Le pape signale spcialeme