les echos de saint-maurice edition numé .des plus puissantes créations de l'architecture de tous

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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    J o s e p h MORAND

    L'architecture byzantine

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1932, tome 31, p. 84-89

    Abbaye de Saint-Maurice 2011

  • L'ARCHITECTURE BYZANTINE

    Lorsque Constantin dcida de donner l'empire une ca-pitale nouvelle, la transformation de l'antique Byzance en Constantinople eut pour consquence de diviser l'empire en deux parties dont les destines ont t fort diverses. Constantinople devint le foyer d'une civilisation brillante, o les influences orientales se sont mles l'hellnisme et tandis que l'Orient, l'abri des invasions et des ca-taclysmes politiques, poursuivait lentement sa longue carrire, l'ombre commenait s'tendre sur le monde oc-cidental. Nous appelons byzantine cette civilisation demi asiatique et demi mditerranenne qui resta l'hri-tire de la Grce, c'est--dire du paganisme, tout en deve-nant chrtienne, et dont l'art byzantin est le produit le plus parfait.

    Les personnes qui tudient les choses d'une faon super-ficielle sont portes confondre l'art byzantin avec l'art chrtien primitif, soit l'art latin, mais cela n'a pas lieu de nous surprendre, car la parent vidente du premier avec le second est encore accentue par la dcoration byzantine, dont on a dans la suite par, en Occident, cer-taines glises du Ve et du VIe sicle.

    La premire basilique chrtienne rappelle le plan de la basilique civile. Un portique extrieur en indiquait l'entre, puis l'on pntrait dans une grande cour carre, l'atrium, orne au centre d'une fontaine qui servait aux ablutions. L'glise proprement dite tait divise par une double colon-nade en trois nefs, dont la centrale, plus large que les autres et ferme vers le haut par une balustrade, formait le chur que terminait une abside. Au milieu du chur se trouvait l'autel, au fond de l'abside le sige de l'offi-ciant. La basilique n'tait pas vote ; la charpente du toit restait apparente ou tait masque par un plafond de bois, parfois orn de dorures.

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    Tel tait le type classique de la basilique constanti-nienne qui va faire place aux glises coupole.

    Prudemment d'abord, puis avec une audace croissante, les architectes substiturent aux lignes droites des basili-ques romaines les formes courbes des glises octogones ou circulaires, puis ils essayrent de couronner leurs difices de coupoles chaque jour plus hardies, plus colossales. La nouvelle architecture allait trouver sa formule dfinitive et atteindre son apoge dans Sainte-Sophie, l'glise consa-cre la Sagesse Divine.

    Au commencement du VIe sicle, un fils de ptres illy-riens monta sur le trne imprial et prit le nom de Jus-tinien, qui est rest entour d'une aurole de gloire qu'il n'a point tout fait mrite. Etranger par son origine la civilisation hellnique, il mconnut les vritables destines de l'empire byzantin et rva la reconstitution de l'empire romain, tout en se dsintressant de ses provinces de la Macdoine, de la Grce et de l'Asie, dvastes sous son rgne par des invasions qui ne rencontrrent point de r-sistance. Mais quelque jugement que l'on porte sur sa politique, il est un mrite qu'on ne saurait lui refuser, c'est d'avoir favoris de tout son pouvoir le dveloppement des arts. Justinien fut un grand constructeur.

    Il existait dj sur le grand Forum une glise ddie la Sagesse Divine. Btie sous Constantin, dtruite en par-tie par les flammes en 404 et rpare par Thodose, elle fut la proie d'un nouvel incendie lors de la terrible sdi-tion qui faillit coter Justinien la couronne et la vie. Vainqueur des rebelles, ce dernier la reconstruisit et vou-lut que la nouvelle glise dpasst en splendeur le temple de Salomon. Son historiographe Procope a consacr un ouvrage spcial aux difices dus la munificence de l'em-pereur et c'est ainsi que nous connaissons par le menu les diffrentes phases de la construction de Sainte-Sophie.

    Rarement, dit Ch. Bayet, la folie de la prodigalit fut pousse si loin. Les plus riches matriaux, l'or, l'argent, l'ivoire, les pierres prcieuses furent employs avec une profusion incroyable et qui mme blesse le got : il sem-ble que Justinien en ait moins apprci la beaut que le prix et qu'il ait voulu blouir par le spectacle d'un luxe ferique.

    Il fallut pour y suffire tablir de nouveaux impts et

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    l'ambon seul cota une anne des revenus de l'Egypte. On se servit mme de matriaux dj travaills en dpouillant les monuments antiques de leurs marbres les plus rares : il en vint de la Grce et de Rome, et les travaux de Sain-te-Sophie absorbrent des sommes immenses, car ne se contentant point de l'emplacement de l'ancienne glise constantinienne, Justinien fit acheter, pour les dmolir, les maisons environnantes, dans le quartier le plus riche de la ville.

    Commence en 532, par Anthemius de Tralles et Isidore de Milet, deux architectes d'origine asiatique, qui s'inspi-rrent des monuments de leur pays, de ceux de la Perse et de la Syrie, Sainte-Sophie fut termine trente ans plus tard. Ce merveilleux difice est par l'originalit du plan, la croix grecque laquelle les Turcs ont ajout quatre salles angulaires, par la prodigieuse lgret de sa struc-ture, la savante habilet des combinaisons d'quilibre, une des plus puissantes crations de l'architecture de tous les temps. L'glise, prcde de l'atrium, est renferme dans un espace rectangulaire de 77 mtres sur 76,70. Cet int-rieur est divis en une partie centrale, la nef, et en deux parties latrales. Au centre de l'difice, une coupole de 31 mtres de diamtre, inscrite dans un carr, s'appuie sur quatre grands arcs que soutiennent quatre piliers co-lossaux. D'immenses pendentifs sphriques se projettent sur le vide, remplissant l'espace entre les grands arcs et vien-nent saisir la coupole centrale que contrebutent deux gi-gantesques demi-coupoles. Autour de l'hmicycle oriental s'ouvrent trois absides et les bas-cts sont diviss en deux tages dont le suprieur porte le nom de gynce. La lu-mire pntre dans l'difice par un grand nombre de baies : quarante fentres s'ouvrent la base de la coupole ; d'au-tres sont perces dans les murs pleins des grands arcs, dans les demi-coupoles et les absides.

    La construction de la coupole centrale avait t un problme difficile rsoudre, cause des proportions fa-buleuses qu'on avait voulu lui donner. Les architectes y employrent des matriaux d'une extrme lgret, mais en dpit de cette prcaution et la suite de plusieurs trem-blements de terre qui jetrent bas une partie de la ville, la coupole de Sainte-Sophie s'croula en 558. Justinien la fit reconstruire et c'est le neveu d'Isidore de Milet qui fut

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    charg de ce travail et qui augmenta encore l'lvation de la coupole.

    On sait qu'aprs la prise de Constantinople par Maho-met II, Sainte-Sophie fut transforme en mosque ; les Turcs auxquels leur religion interdit la reprsentation de la figure humaine, couvrirent d'un pais badigeon l'admira-ble dcoration de l'glise qui rpondait aux ides de magni-ficence de Justinien. Les immenses mosaques o sur un fond d'or ou de bleu fonc apparaissaient le Christ, la Vierge, l'archange saint Michel, les Aptres et les Proph-tes, disparurent sous la chaux.

    Si Sainte-Sophie est le type par excellence de l'glise byzantine, si les contemporains l'ont admire, si les artistes s'en sont inspirs, elle ne s'est pas impose comme un mo-dle dont ils n'osaient s'carter. On ne se contenta pas de copier le plan de l'illustre basilique, et la coupole fut le thme autour duquel on excuta de nombreuses variations.

    Parmi les glises de Ravenne, la plus clbre est celle de Saint-Vital, construite de 526 547. Elle est byzantine, rencontre des autres difices religieux de la ville, qui, bien que datant de la mme poque, ont conserv le plan de l'ancienne basilique latine. C'est un difice de forme octo-gone auquel se rattache une abside ronde l'intrieur, triangulaire l'extrieur. L'intrieur prsente une partie centrale et un pourtour spar par huit gros piliers. Entre ces piliers se trouvent des niches semi-circulaires, prc-des de deux tages de deux colonnes chacun, aux arcades supportant la coupole centrale qui ne se dessine point l'extrieur, mais se dissimule sous un toit en forme de py-ramide. Les colonnes du haut ont des chapiteaux composs de plusieurs pices et celles du bas de beaux chapiteaux trapziformes, excessivement caractristiques.

    A l'intrieur, la sculpture ornementale se dveloppe sous les formes les plus originales et les plus curieuses, et les chapiteaux prsentent une incroyable varit d'aspect. Ici, sur une masse cubique semble jete une gracieuse broderie d'ornements dcoups jour ; l, c'est une corbeille toute couverte d'entrelacs. Parfois des reprsentations d'ani-maux, d'oiseaux ou de vases compliquent encore cette d-coration, alors que les anciens types de l'architecture grec-que et de l'architecture romaine sont dlaisss ou profon-dment altrs. Mais si riche et varie que soit la dcoration

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    des chapiteaux byzantins, il faut bien reconnatre la dcadence des procds d'une sculpture qui manque de re-lief et dont les uvres se rapprochent bien plus du style de l'orfvrerie que de celui de la sculpture.

    Dans l'glise byzantine, la mosaque prodigue toutes ses richesses ; les vastes compositions qui en couvrent les murs, mais o l'action est presque nulle, nous montrent des personnages aux poses hiratiques placs dans une dis-position uniforme, et cette symtrie qui caractrise l'art byzantin convient merveille la dcoration des grands difices. Les mosaques de Saint-Vital sont fameuses. A ct de scnes empruntes l'Ancien et au Nouveau Testa-ment, nous voyons saint Ecclesius le fondateur de l'glise, saint Vital qui fut martyris Ravenne et ses deux fils saint Gervais et saint Protais que l'on rencontre si sou-vent dans l'iconographie de cette poque. Les plus connues reprsentent Justinien accompagn de dignitaires et de