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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    Paul FLEURY

    Le chanoine Louis Broquet

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1955, tome 53, p. 2-10

    Abbaye de Saint-Maurice 2012

  • LE CHANOINE LOUIS BROQUET

    1888-1954

    On sentait le cur dfaillir en entendant le glas, au matin du 6 novembre, sonner l'agonie de celui qui avait t le chanoine Broquet. Se pouvait-il que ft fauche cette existence qui s'coula si modeste et pourtant si rayonnante ? Et l'on a enferm dans un cercueil et dans un caveau cet homme de valeur, qui a fait tressaillir tant d'mes par son talent musical, ce prtre qui prchait par sa gravit et sa modestie attrayante, ce religieux qui, durant quarante-sept ans, a mis au service de Dieu tout ce que Dieu avait mis en lui.

    Ceux qui l'ont connu enfant et jeune homme et rendons hommage Mgr Burquier qui, tant professeur, avait distingu cette vocation peuvent affirmer que tout le destinait la voie royale du sacerdoce.

    Originaire de Movelier, commune du district de Del-mont (J.-B.), il naquit le 17 janvier 1888, Pleigne, pa-roisse voisine de Movelier. Ces deux localits furent tou-jours trs chres M. Broquet, la premire pour sa belle glise datant de 1591, la seconde pour son histoire qui la rattachait l'Abbaye cistercienne de Lucelle ; mais sur-tout parce que c'tait son pays natal, la terre des Broquet, o il vcut ses jeunes annes, o il passa des mois de vacances scolaires. Des souvenirs trs agrables de ces lieux et de ce temps peuplaient sa mmoire et revenaient souvent dans sa conversation : l, tout lui tait familier : les gens, le paysage, les sentiers des forts, le chemin de la Haute-Borne, les arbres avec leurs fruits. A Saint-Maurice, quand il revenait de la chapelle du Sex o, le long du chemin, il avait reconnu des prunelles et des cornouilles, il les comparait aux merises et aux cyno-rhodons de Pleigne, et sa sensibilit s'aiguisait aux mille dtails de sa premire ducation.

    Son pre, Justin-Antoine, tenait le restaurant du lieu, et sa mre, ne Catherine Borne, femme trs cultive,

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  • se consacrait sa tche de matresse de maison. Quand vint l'ge de la scolarit, le jeune Louis fut confi sa tante, Mlle Borne, institutrice Delmont, o sa mmoire est reste en vnration pour ses talents d'ducatrice. Le jeune Louis habita dans le majestueux difice cons-truit en 1717 par Jean-Conrad de Reinach, prince-vque de Ble : c'est le chteau, qui abritait les coles primaires et secondaires. C'est l aussi qu'il commena ses tudes classiques, continues Saint-Maurice de 1902 1907.

    Sa prparation tait excellente et les progrs furent assurs ; l'mulation ne manqua point dans une classe o l'on trouvait ceux qui devinrent Me Maurice Gross, avocat, Me Marc Morand, prsident de Martigny, M. Jo-seph Escher, conseiller fdral, Me Camille Pouget, juge cantonal, pour n'en citer que quelques-uns. Mais la musi-que hantait Louis Broquet et ses dispositions furent tt dcouvertes par le professeur de la branche, cet homme dlicat et excellent chrtien que fut Armin Sidler.

    Ayant acquis brillamment sa maturit, M. Broquet entra au noviciat des chanoines de Saint-Maurice, o il parcourut le cycle des annes de sa formation religieuse et thologique jusqu'au sacerdoce que lui confra Mon-seigneur Joseph Abbet, le 25 juillet 1912.

    Le jeune chanoine clbra sa Premire Messe Del-mont, dans le ravissant sanctuaire du Vorbourg qui brilla dans sa vie comme un phare : lui rappeler ce nom suffi-sait lui faire oublier mme sa souffrance physique. Combien il aima les vers que consacra la Vierge de ce sanctuaire le jeune pote Alexandre Freund, un Ancien du collge et Jurassien comme lui !

    Prtre, le chanoine Broquet remplit l'Abbaye de nombreuses et importantes fonctions : celles de l'ensei-gnement, celles de l'organiste et celles de l'administration.

    Dans l'enseignement, il dirigea d'abord la classe de Principes de 1912 1914 et de 1915 1916. Il affirmait que le jeune latiniste se forme l ; plus tard, en Rhtori-que, ne demandait-il pas ses lves de refaire les thmes

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  • et de revoir le vocabulaire du premier livre des Exercices latins de l'abb Ragon ? En 1914-1915, il en-seigna la thologie morale et la langue grecque.

    En 1916, le chanoine Antoine Gay, dont le souvenir reste prcieux ceux qui le connurent, tombait malade ; sa forte prparation universitaire l'avait fait nommer, tout jeune, professeur de Rhtorique. Pour le remplacer, on fit appel au chanoine Broquet qui reut de M. Gay, hospitalis, ce joli mot :

    Je pars tranquille et relativement fort content, puisque c'est vous qui mnerez la barque. Ne vous montez pas le cou pour autant...

    Au banquet de la vie infortun convive J'apparus un jour et je meurs !

    En dpit de Fouquier soyez lents me suivre. Vivez, amis, soyez heureux !

    Et c'est un rgal de constater comment le chanoine Broquet interrogeait et informait de tout son confrre qu'il remplaait. En 1918, la sant de M. Gay s'tait am-liore ; il reprit son enseignement, mais il dut l'aban-donner nouveau et M. Broquet fut dfinitivement ma-tre de Rhtorique jusqu'en 1954.

    A cela ne se borna pas son activit de professeur ; pendant quatorze ans, il donna encore le cours de littra-ture franaise au Lyce. Avant de le commencer, il tait all suivre les cours de la Facult des Lettres l'Univer-sit de Fribourg pendant une anne.

    Quand il en revint, ce fut pour reprendre sa besogne. Il fut un professeur la discipline ferme, qui n'excluait pas le mot amusant pour amener une dtente aprs une attention soutenue. Son enseignement tait riche, prcis, direct et patient ; le progrs de ses lves lui tenait cur et lui inspirait des responsabilits qu'il s'exagrait.

    Quel est l'lve de la classe de Rhtorique qui n'ait pas t, plus ou moins, marqu, moul par ce matre exigeant, rarement satisfait, insatiable amoureux de perfection aussi bien pour le fond que pour la forme ?

    Ainsi s'exprime M. l'abb Crettol dans un bel hom-mage au chanoine Broquet.

    Pour complter son enseignement non moins que pour raviver les relations entre les anciens lves et le Collge de l'Abbaye, le chanoine Broquet reprit en 1916 la publication

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  • des Echos que la question sociale avait dtourns de leur but ; en 1912, la revue avait cess de paratre. Pendant dix ans, aprs l'avoir rappele la vie, le cha-noine Broquet en fut le rdacteur et l'animateur : l se manifesta la finesse de sa pense et la perfection de sa langue. Un ancien chroniqueur, un ami intime de toujours et combien fidle : M. l'abb Lon Chvre, crivit au nouveau rdacteur.

    Ton article-programme est tout fait bien et j'y souscris d'un bout l'autre. Si j'avais le droit de te donner un conseil, je te donnerais celui-ci : Tiens mordicus au programme, au ton, l'allure frache et jeunette que tu as donns aux nouveaux Echos, et exclus impitoyablement, ds le dbut, toute teinte qui ne con-vient pas au paysage. Ma collaboration, tu l'auras.

    Le chanoine Gay, malgr sa maladie, fut non seule-ment un soutien pour le chanoine-rdacteur, mais un collaborateur de valeur pour la revue, comme il le fut d'ailleurs du musicien auquel, de la Clinique des Croi-settes, il signalait les concerts annoncs Lausanne : la correspondance des deux confrres sur la littrature et la musique ferait connatre ces deux riches natures.

    Son talent musical imposa notre cher chanoine des fonctions importantes auxquelles il donna un relief re-marquable. Il fut organiste et compositeur ; il donna l toute sa mesure, mettant en valeur les prceptes reus dans les leons de ses deux matres, Armin Sidler et Auguste Srieyx, celui-ci professeur la Schola cantorum de Paris. Broquet ne tarda pas tre un brillant orga-niste et un compositeur de marque, qui par la nettet et la perfection de ses conceptions musicales rayonna non moins que par ses inoubliables improvisations.

    Le plan de l'orgue actuel de l'Abbaye est d ses profondes connaissances et son got trs sr ; il le composa avec la collaboration d'un musicien distingu, M. Georges Cramer, professeur de virtuosit au Conser-vatoire de Lausanne ; et une autre musicienne, Mme C. Bu-gnion-Lagouarde, fut heureuse d'apporter la construc-tion de cet instrument magnifique son inapprciable gnrosit.

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  • Il fut aussi matre de chapelle de 1918 1954. Le chur d'hommes de l'Abbaye a gard son empreinte, et on se souvient aussi avec quelle joie, quelle motion, on coutait les excutions religieuses et profanes du chur mixte du collge ; chaque chanteur, petit et grand, obis-sait au regard du matre, et quel regard ! C'tait son geste directeur.

    Des plumes autorises parleront de l'uvre musical de M. Broquet. L'estime en laquelle le tiennent les mu-siciens, les apprciations flatteuses qu'il provoque dans tous les milieux montrent qu'il est un matre. Quand on a la bonne fortune d'avoir du Broquet, disait Pierre Pellorce, organiste Aigle, on ne cherche pas autre chose. Disons que ses meilleures compositions sont religieuses, mais les autres ne leur sont pas infrieures.

    L'activit du chanoine s'est exerce en tant de domai-nes qu'il est trop long de les citer tous. N'a-t-il pas t surveillant au Pensionnat ? Il se disait alors l'aide de camp de M. Zarn. De nombreuses annes, il fut mem-bre du Conseil abbatial et ses interventions taient tou-jours inspires par une grande prudence et le souci d'un sain quilibre. Plus d'une fois, il remplit les fonctions d'expert au Collge Saint-Charles, Porrentruy.

    Il accepta, par dvouement, de s'occuper de questions musicales en dehors de l'Abbaye : on le trouve membre de la Commission valaisanne de musique, membre du jury des examens d'orgue au Conservatoire de Lausanne, du jury encore de nombreuses ftes cantonales de chant.

    Et l'on se demande comment M. le chanoine Broquet a pu assumer une telle somme de travail avec une sant qui,