les echos de saint-maurice - aasm.ch .les echos de saint-maurice edition numérique léon...

Download LES ECHOS DE SAINT-MAURICE - aasm.ch .LES ECHOS DE SAINT-MAURICE Edition numérique Léon ATHANASIADES

Post on 18-Feb-2019

215 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

Edition numrique

Lon ATHANASIADES

Pour un 10e anniversaire : Un musicien que nous avons connu :

Auguste Srieyx

Dans Echos de Saint-Maurice, 1959, tome 57, p. 130-137

Abbaye de Saint-Maurice 2012

Pour un 10e anniversaire

Un musicien que nous avons connu :

AUGUSTE SERIEYX 1865-1949

Quelques anciens lves du Collge se souviennent pro-bablement d'un personnage l'aspect noble et austre que l'on rencontrait parmi les htes de l'Abbaye, l'occasion de certaines grandes ftes. Grand, l'il vif et inquisiteur, forte moustache blanche tombante, lgante barbiche accentuant un visage allong, front trs droit et nez lgrement busqu, tel nous apparaissait Monsieur Srieyx. Un mince sourire plein de bienveillance adoucissait parfois une physionomie naturellement svre. Alos Fornerod ne dit-il pas plaisam-ment que sous l'apparence un peu intimidante d'un per-sonnage auquel il n'aurait manqu que la fraise pour figu-rer un juge du tribunal de la Sainte Inquisition dans le ta-bleau d'un matre espagnol, l'homme tait la bont mme, l'indulgence en personne ?

Une vie

Auguste Srieyx naquit Amiens le 14 juin 1865, d'une ancienne famille de la bourgeoisie franaise, connue dans le Limousin depuis le dbut du XVIIe sicle. Son pre, fonc-tionnaire des finances, fut ensuite dplac Lyon. Aprs la mort de celui-ci, le jeune homme alla poursuivre ses tudes Paris, au Collge des Jsuites.

130

Toutefois, une sant dlicate obligea Auguste Srieyx chercher un climat plus doux et c'est ainsi que nous le trou-vons comme stagiaire Pau, puis avocat Cahors.

La procdure lui laisse assez de loisirs pour prendre une part active au mouvement musical de la rgion : il est orga-nisateur de concerts et critique musical. C'est de cette po-que que datent ses premiers essais de composition et ses recherches sur les vritables bases scientifiques et philoso-phiques de la musique, ce qui sera la proccupation cons-tante de sa vie. Clairement conscient de son inexprience technique en matire de composition, il reconnat la nces-sit imprieuse de suivre la filire traditionnelle des tu-des d'harmonie, de contre-point, de fugue, qui devaient com-bler les lacunes de son savoir. Et le voil Paris trente ans, lve studieux d'Adrien Barthe, puis d'Andr Gdalge, l'un et l'autre professeurs au Conservatoire.

Son activit musicale dans le Sud-Ouest l'avait mis en relations avec Charles Bordes l'occasion d'une de ses tour-nes Bayonne avec ses fameux Chanteurs de Saint-Gervais. Ce prodigieux animateur de toutes les activits artistiques venait de lancer une Socit pour la renaissance de la musi-que palestrinienne et la diffusion du chant grgorien tel qu'il venait d'tre restaur par les Bndictins. Quelques mois plus tard, Bordes jugea ncessaire la cration d'une Ecole afin d'largir sa propagande.

Ayant converti ses vues Vincent d'Indy et Alexandre Guilmant, Charles Bordes fonda donc, Paris, la Schola Can-torum. Son intuition lui avait fait discerner immdiatement dans l'ancien organisateur des concerts de Bayonne une excellente recrue pour son cole naissante : Srieyx fut ins-crit d'office cela mme son insu aux classes de com-position musicale que venait d'ouvrir Vincent d'Indy. Les lves affluaient : Albert Roussel, Dodat de Sverac, Erik Satie et autres seigneurs de moindre importance.

Cette fois, Srieyx a trouv sa voie. On sait que d'Indy improvisait son cours d'aprs quelques notes qui n'taient, somme toute, que des titres de paragraphes. D'entente avec le Matre, Srieyx entreprit la rdaction complte de ce cours. Sa lucidit d'esprit, son sens de la mthode, son be-soin naturel de clart et de logique qu'avaient encore aiguis ses tudes juridiques, tout dsignait en Srieyx l'homme qu'il fallait pour mener chef une uvre de cette envergure.

131

Professeur son tour, il eut comme lves Opiensky, Fritz Bach, Henri Gagnebin, Alos Fornerod, Carlo Boller.

Il fut introduit par son excellent ami Roussel dans le salon o Jeanne Taravant, premier prix de piano du Conser-vatoire de Paris et interprte recherche de tous les musi-ciens de son temps, accueillait libralement l'lite du monde musical. En 1905, Srieyx pousa l'minente virtuose, et c'est par cette union qu'il devint l'hte assidu du Pays de Vaud o Jeanne Taravant possdait une proprit de vacan-ces. Plus tard, le couple se fixa dfinitivement Veytaux.

Sollicit par une agence amricaine d'organiser, sous le nom de Teleschool, un service de leons par correspondance avec les Etats-Unis sur tout l'enseignement thorique de la musique, Srieyx trouva l l'occasion d'appliquer, pour la premire fois, les mthodes entirement nouvelles dont il avait ds longtemps reconnu l'urgence au cours de sa car-rire de professeur. Il commena en 1912, sous le titre de Syntaxe musicale, la publication de petits fascicules destins ses lves d'Outre-Atlantique. Mais la guerre vint interrom-pre brusquement cette exprience.

Quelques mois plus tard, Srieyx tait dsign par les usines Schneider du Creusot pour une mission officielle de contrle en Suisse sur... les fournitures de matriel de guer-re. Il fallait bien une guerre et l' Union sacre pour en arriver l ! J'entends encore le bon rire de Srieyx nous avouant ce ct imprvisible de sa carrire. C'est au cours des nombreux dplacements que ncessitait ce service qu'il retrouva parmi les interns franais quelques-uns de ses anciens lves et camarades, notamment le jeune chef d'or-chestre Marc de Ranse.

Il n'en fallut pas davantage pour que se rallumt chez l'ancien organisateur de concerts, l'tincelle qui donna nais-sance, sous l'gide de l'Ambassade de France Berne, l'Orchestre symphonique des Interns allis (O.S.I.A.) avec sige Montreux. Cet ensemble, remarquable pour l'poque, parcourut toute la Suisse, donnant prs d'une cinquantaine de concerts sous la direction de Marc de Ranse. J'eus moi-mme le plaisir d'assister une de ces manifestations au Casino de Ble o taient exposs, en mme temps, des bibelots fabriqus dans les camps d'interns. Andr et Emile de Ribaupierre y interprtrent le Concerto pour 2 violons de J.-S. Bach. La guerre termine, plusieurs musiciens qui

132

s'taient cr des relations revinrent s'tablir en Suisse ro-mande, les uns comme directeurs d'harmonies (Lecomte et Pinel dans le Bas-Valais), alors que d'autres formaient l'os-sature de l'Orchestre de la Suisse Romande que venait de fonder Ernest Ansermet.

Cruellement frapp dans ses affections par la mort de sa femme, Srieyx rsista aux sollicitations de ses amis qui le rappelaient Paris et, dsireux de mnager une sant dj prcaire, il prfra la solitude et le calme de la Tourelle , Veytaux. C'est l qu'il accueillait avec une bont inlassable

133

les jeunes musiciens qui voulaient profiter de son lumi-neux enseignement. Il connut bientt l'Abbaye de Saint-Maurice et y fit de frquentes visites. Ds ce moment, le chanoine Broquet obtint de travailler avec lui et acquit une formation particulirement profonde. Srieyx ne cachait du reste ni son admiration, ni son affection pour son disciple. Sur un plan plus officiel, Auguste Srieyx fut appel par l'Institut de Ribaupierre assumer l'enseignement des bran-ches thoriques.

Il consacra ses dernires annes mettre au point les nou-velles mthodes qu'il avait introduites dans ses cours de la Teleschool et les appliquer l'enfance. Il y fut admira-blement second par une ancienne lve, devenue, en 1931, Madame Srieyx-Bout, qui se trouvait particulirement qua-lifie par sa premire formation musicale : elle tait, en effet, diplme de l'Ecole Jaques-Dalcroze.

Auguste Srieyx s'teignit dans la paix du Seigneur, le 19 fvrier 1949 il y a dix ans et fut inhum dans le petit cimetire de son cher Veytaux.

Une uvre

L'enseignement ne pouvait suffire l'extraordinaire dyna-misme de Srieyx ; il lui fallait une tribune plus vaste, un auditoire plus tendu qui dispenser une doctrine musicale qui, pour lui, dpassait le cadre d'un art pour tre en quel-que sorte un culte.

Parmi les revues qui publirent ses nombreux articles, il faut citer : la Tribune de Saint-Gervais, La Vie et les Arts liturgiques, les Tablettes de la Schola, le Courrier musical, la Revue musicale, la Suisse musicale, les Feuillets de Pda-gogie. Appartenant la rdaction du journal l'Action Fran-aise depuis sa fondation (mars 1908), il y occupa la fonc-tion de critique musical et thtral pendant plus de quatre annes sans interruption et collabora ensuite l'Encyclopdie Musicale de Lavignac (article Fugue).

L'uvre matresse de Srieyx reste le Cours de composi-tion musicale dont nous avons parl plus haut et dont il rdigea la plus grande partie des deux premiers volumes et

134

la totalit du troisime ; enfin son cours de Grammaire mu-sicale. Si Alos Fornerod fait quelques rserves au sujet du Cours de composition l'enseignement de la composition doit tre oral : le matre forme le disciple , ce cours n'en reste pas moins, ajoute-t-il, un monument d'une rare valeur et ce fut un honneur pour Auguste Srieyx de le signer en mme temps que son matre Vincent d'Indy. Cependant Fornerod accorde une plus grande importance la Grammaire musicale 1 : C'est un ouvrage unique en son genre et qui peut intresser le lecteur non musicien parce que l'auteur a su s'lever au-dessus de la technique pure pour rattacher les questions techniques des lois gnrales, pour mettre de l'ordre dans le chaos de la terminologie musicale et faire in-tervenir la raison o rgne habituellement la routine. La con-ception de cet ouvrage, conclut le critique, a quelque chose de gnial et sa ralisation est magistrale.

Au nombre des uvres musicales, dont une notable partie est encore indite, les plus importantes sont :

la Sonate pour violon et piano (1904) que j'eus l'honn

Recommended

View more >