les belges dans l'afrique centrale tome ii

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histoire du Congo et la présence des Belges

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  • LES BELGES DANS L'AFRIQUE CENTRALE 511

    Si cependant il tait ncessaire de construire une ligne directe de Vivi

    Lopoldvilie, le cot en serait de trente-sept millions.

    Le chemin de fer est sans contredit la route la plus rapide et la plus

    sre pour conduire l'uvre du roi des Belges l'apoge du succs final.

    Une voie ferre reliant Vivi au Stanley-Pool sera la source de bienfaits

    immenses, non pas tant pour le prsent, mais pour l'avenir.

    La gnrosit de l'auguste promoteur de l'Association internationale, et

    des capitalistes de tous pays qui le secondent, est le gage certain qu'avant

    peu d'annes la locomotive ternira de ses noirs nuages de fume le ciel

    d'opale de ces parages africains, et secouera par ses sifflets stridents la

    torpeur des ngres du Pool.

    Un agent de l'Association, le capitaine Zbonski, a t spcialementcharg en 1884 d'tudier les possibilits et les ncessits de construction

    de voies ferres au Congo.

    Lecapitaine belge, qui est en mme temps ingnieur honoraire des mines,avait en quelque sorte des droits acquis pour remplir cette mission difficile.

    Il a successivement exerc les fonctions d'ingnieur-chef de section aux

    chemins de fer de Bruxelles-Lille et Hesbaye-Condroz; de sous-directeur

    de charbonnages Lige; de directeur des travaux de canalisation du bas

    Escaut; de professeur de mathmatiques rationnelles l'cole militaire de

    Constantinople; de charg de la carte gologique du bassin houiller

    d'Hracle (Asie Mineure) et de l'Attique.

    Aprs avoir explor pendant plus de sept mois les districts riverains du

    Congo, entre Banana et le Stanle3^-Pool, le capitaine Zbonski estima

    quinze millions, en chiffres ronds, la dpense que ncessiterait la construc-

    tion d'un chemin de fer entre la cte et Lopoldvilie, soit cinq millions de

    moins que dans l'estimation de Stanley.

    M. Zbonski supputa.it, d'aprs les donnes des vo3'ageurs et des direc-

    teurs de factoreries au bas Congo, que le trafic gnral de la rgion pouvait

    tre chaque annie d'environ soixante-quinze mille tonnes, a calcul qu'en

    portant suixante-dix francs le prix de transport d'une tonne on obtien-

    drait le revenu ncessaire pour couvrir les frais d'exploitation de cette voie

    ferre.

    D'ailleurs, quel que soit le cot d'une telle entreprise, il serait regrettable

    qu'on hsitt devant sa ralisation. Depuis cinq annes, il y a comme unduel engag entre deux mondes sur les rives du fleuve Congo. Dans cette

    lutte, dans ce corps-a-corps entre le progrs et la barbarie, la victoire res-

    tera au monde civilis, la condition toutefois que le vainqueur prsum

    use dans le combat de ses armes les plus efficaces : la vapeur et l'lectricit.

  • 512 CHAPITRli VINGT ET UNIME

    Les larges sentiers taills la hache dans les halliers, ou traces la mine

    sur les flancs des collines rocheuses, le fleuve lui-mme dans ses parages

    navigables, sont des routes insuffisantes, hrisses de difficults et d'entraves

    au dveloppement agricole et commercial, par suite la prosprit du vaste

    territoire convi au banquet de la civilisation.

    Les rapides wagons trans par la vapeur remplaceraient avec avantage

    les lourds chariots pniblement remorqus l'heure actuelle par des hordes

    d'tres humains, qui les bras et les jambes ont t donnes pour remplir

    des rles plus utiles et plus dignes sur la terre d'Afrique.

    C'est en vain que l'Association a tent de remplacer les malheureux por-

    teurs ngres par des btes de somme. Les mulets et les petits nes, amens

    grands frais de Madre, n'ont rendu que des services insignifiants. La

    mortalit a svi fortement parmi ces animaux. On leur imposait un travailcrasant et sans repos par des chemins impraticables, et on ne leur

    octroyait qu'une nourriture insignifiante et de mauvaise qualit.

    Dans de telles conditions, nes et mulets ne rsisteraient pas davantage

    sous le climat le plus favorable. Il ne faut pas attribuer la mortalit des

    btes de somme la mouche tsets ; cet pouvantable insecte ne se rencon-tre pas au Congo.

    Quelques chevaux ont cependant t introduits par des Europens,

    notamment Vista, sur la cte, dans une factorerie hollandaise : Banana;

    Boma, dans la factorerie belge, et Vivi, dans l'curie du colonel sirFrancis de Winton. Ces chevaux, qui provenaient galement de Madre,

    supportent on ne peut mieux le climat.

    Le buf est presque inconnu dans le pays.

    Puisque nous faisons ici une revue sommaire des animaux domestiques

    et utiles ihomme divers titres, nous sommes tout naturellement con-duit dire quelques mots des moutons du Congo. Ces animaux, de raceexotique, ne portent pas de toison et sont de deux espces, l'une poil

    pais et court, l'autre poil un peu plus long : ces deux espces sont trsrares dans les environs du Stanley-Pool.

    Le blier est dou d'une magnifique crinire qui lui donne un air fier etbelliqueux. La brebis, prive de cet ornement, rappelle, par son pelageblanc et noir, les brebis de race persane. Les indignes, tout en estimant

    beaucoup ce btail, lui prfrent nanmoins les chvres, en gnral bonneslaitires avant et aprs la saison des pluies.

    Chvres et moutons vivent en troupeaux sous la garde de pasteurs indi-

    gnes aids dans leur tche par des chiens, tout comme les bei'gers descontres europennes.

  • LES BELGES DA\S L'AFRIQUE CENTRALE 51?

    Aux lecteurs qui pourraient tre surpris de voir figurer le chien dans

    notre incomplte rcapitulation des animaux domestiques de l'Afrique

    centrale, nous rappellerons que le chien est le seul animal cosmopolite qui,

    dans sa domestication, soit capable de vivre partout o vit l'homme. Os'arrte la vgtation, a dit Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et o s'arrte

    l'herbivore, le chien vit encore des restes de la chasse ou de la pche de ses

    matres. Le mme animal qui au sud veille sur les moutons sans laine del'Africain, chasse pour 1 Indien de l'Amazone, sert de nourriture au Chinois

    et dfend les huttes du Papou, se retrouve au nord gardant les rennes du

    Lapon et tranant l'Esquimau jusque sur les glaces polaires. Voil au

    moins trois mille ans que le chien a atteint, de l'est a l'ouest, les deux

    MOUTON DU CONGO.

    extrmits de l'ancien monde, et les monuments gyptiens attestent qu'il

    tait en Afrique bien avant cette poque.

    Le chien, et sur ce point les naturalistes sont d'accord sans exception,

    est la plus complte et la plus prcieuse conqute de l'homme. Il est de

    tous les animaux le plus intelligent, le plus dvou, le plus docile ; et si

    l'lgance du corps, la dlicatesse de l'ouie. la vivacit des mouvements,

    sont des qualits qu'il partage avec plusieurs d'entre eux, comment ne

    pas signaler l'extrme finesse de son odorat et surtout l'expression varie

    de son regard qui tour tour prie, flatte, caresse, sourit, inteiroge?

    Ces qualits, sur lesquelles nous n'osons pas nous arrter plus longtemps

    dans la crainte d'tre tax d'une cynophilie trop prononce, nous le? retrou-

    vons dans le chien du Congo qui est l'ami du ngre et l'esclave le plus

    LES BELGES. 11. 65

  • 514 CHAPITRE VINGT ET UNIME

    attach son matre qu'il soit possible de rencontrer. Avec le blanc il se

    montre dfiant, inquiet, hargneux, indcis: il pousse, lorsque ce dernier

    iappelle, un aboiement sourd et prolong qui a quelque chose de dou-

    loureux, d'effar, de sinistre.

    Par contre les chiens imports d'Europe par les agents de l'Association

    manifestent pour le ngre une rpulsion non moins marque.

    Les pigeons voyageurs qui avaient t apports en .\frique par l'exp-

    dition que commandait Van Kerckhoven et qui, ainsi que nous l'avons dit

    dans un chapitre prcdent, taient destins un service de postes arien,

    ont t presque tous victimes des serpents et des rats dans le colombier de

    Vivi.On n'est point parvenu encore propager cette

    intressante espce au Congo: par suite la corres-

    ^~'\ pondance en quelques jours de Banana Zanzibar' i est forcment ajourne. Le succs, grce l'exp-

    rience acquise viendra sans nul doute couronner

    un nouvel essai.

    Serait-ce trop exiger que de demander quelques

    millions aux pa)'s pour donner plus d'lan Iceuvre

    africaine ?

    L'Association a fait plus dj, au point de vue

    financier, que n'aurait pu le faire n'importe quelle

    puissance europenne sans rencontrer dans son

    sein une opposition de tous les instants. La France,

    l'Angleterre ou l'Allemagne n'auraient jamais tent

    sparment de crer un empire au curde l'Afrique:

    questions de finance et... d'quilibre budgtaire,

    rpondra-t-on. Triste rponse.

    Seule jusqu' cette heure, la socit inspire et

    cre par S. M. Lopold II devra continuer entie-

    ten!r le foyer civilisateur en Afrique et le doter de tous les lments de

    vitalit ncessaires.

    Dj, en dpit des assertions aussi injustes que malveillantes de certains

    critiques ligus contre l'Association, l'esclavage, la traite des ngres sont

    fort restreints sur les bords du Congo. Le fleuve cquatorial n'est plus la

    citadelle inaccessible du commerce de chair humaine: les traitants serfugient vers le Soudan gyptien, d'o les Anglais, malgr des dfaillances

    momentanes, parviendront tt ou tard les dbusquer pour toujours.

    Les indignes du Congo, depuis Banana jusqu' Lopoldville, n'oppose-

    ront aucune rsistance srieuse l'impulsion progressiste que tendront

    l'OIKE A POUDRE

    ''collection de m. FLEMING

    j

  • LES BELGES DANS L'AFRIQUE CENTRALE 515

    chaque jour largir davantage non seulement les age