le talent des songes

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Madteliers session 12: thème libre

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  • Le talent des Songes

    Rve prmonitoire : se dit dun rve traitant d'un sujet rel, parfois de nature symbolique et semblant tre une reprsentation d'une situation, d'un vnement

    extrieur prsent ou futur dont le rveur n'avait pas conscience au moment de

    s'endormir.

    On the road, again Cette longue route de campagne mouille, encadre dherbe de part et dautre et toujours surplombe par de sombres nuages noirs. Toute la scne est plonge dans une semi-obscurit, un crpuscule agonisant en permanence. Parfois, ces ombres sont

    chasses par lclat fbrile dun lampadaire, qui projette un ple halo lumineux tremblotant sur le sol. Une fine brume est visible partout o je pose les yeux, mais toujours au loin. Jamais

    o je suis.

    Ici, tout est tranquille, sans un bruit, une parfaite reprsentation du calme et de la srnit.

    Comme je hais cette Route.

    Toutes les nuits enfin non, presque toutes les nuits pour tre exact- je me retrouve larpenter. Je la parcours, toujours dans le mme sens, toujours la mme cadence, toujours pareil. Rien dans son apparence ne change jamais, toujours la mme luminosit, toujours la

    mme brume, toujours tout pareil. Cest tellement dprimant de se retrouver inlassablement au mme endroit morne, nuit aprs nuit.

    La seule chose qui change dans ce tableau sont les personnes que je croise. Parfois. Il

    arrive que je marche pendant des heures sans croiser me qui vive, alors qu dautres moments je vois plus de monde quun jour de soldes dans un centre commercial. Mais ces derniers sont plutt rares, je dois lavouer. Et encore heureux.

    Comme je hais cette Route. Comme je hais mes Rves. Comme je hais ce quils me font voir.

    J

    La sonnerie horrible du rveil me fait sursauter violement. Comme tous les matins, je me

    dis que je devrais la changer, mettre une chanson douce et calme la place, afin dmerger du sommeil en douceur. Comme tous les matins, cette ide disparait aussi vite quelle a merge, chasse par les premires sensations aiges du matin. Le corps se remet en marche et limine

    les dernires traces de sommeil.

    Je suis pleinement oprationnel pour une nouvelle journe. Glorieuse journe au

    droulement inconnu. Je ne me souviens jamais de mes Rves au rveil. Et jespre que je ne men souviendrai pas au cours de cette journe

  • Le soir est arriv, et la journe sest pour le moment droule sans aucun incident. Aprs un cinma avec un ami, je mapprte rentrer chez moi. Encore trente minutes et nous serons demain. Et ce sera bon.

    Alors que je descends de lescalator pour aller prendre le mtro, je croise un couple de jeunes. Et l, je vois.

    Dun coup, le monde autour de moi stire, sallonge, comme lors dun vertige, et je me sens entrain ailleurs. Et dans cette sorte de flou propre aux souvenirs, je vois le type se racler

    la gorge au moment o les deux amoureux vont se dire au revoir. Je sens sa gne, son malaise,

    sa rpugnance aborder le sujet. Mais il na pas le choix, il ne peut continuer faire semblant. Je lentends dire dune voix tremblotante dmotion coute, il faut que je te parle dun

    truc et je sens le cur de la jeune femme faire un bond dans sa poitrine (quelle a fort volumineuse par ailleurs). Je ressens la terreur enfler dans tout son corps, jentends ses penses qui semballent.

    Je sais comment tout cela va finir. Je lai vu hier soir, dans mon Rve. Lhomme va rompre en essayant de minimiser le choc que cela va lui faire. Il lui expliquera que ce nest pas de sa faute, quelle na rien fait de mal, quelle a t parfaite mais quil a perdu lamour quil lui portait. Que cest lui le coupable dans tout a, quil est le seul blmer. Mais quil prfre tre honnte plutt que de la laisser vivre dans le mensonge

    Je reviens subitement la ralit. Je me suis arrt au bas de lescalator, fixant sans le voir lcran de mon tlphone. Je ne suis qu quelques pas du futur ex-couple, et jentends le dbut du discours de rupture.

    Et je ris intrieurement de la lchet dont il est sur le point de faire preuve. Car le Rve

    ma fait voir autre chose cette nuit. Cet espce denfoir a couch avec de nombreuses autres filles au cours de ces dernires annes, sans que sa copine nen sache rien ou ne se doute de quelque chose.

    Et ce nest pas parce quil nprouve plus rien pour elle quil rompt il ne la jamais vraiment aim en fait-, mais uniquement parce quil se fait chier au lit. Et que la dernire fille quil a branche au bar lui apporte une excitation et une nouveaut quil navait pas connues depuis longtemps.

    Je mloigne tout en rigolant et en maudissant ce salaud, alors que la fille seffondre en larmes, brise, cherchant comprendre.

    R + 1

    Me revoil sur la Route. Mais je sens que je ne vais pas y rester trs longtemps ce soir. Elle

    est fbrile.

    Enfin, aussi proche de cet tat que peuvent ltre un objet inanim et une atmosphre. Elle est impatiente de me montrer quelque chose, elle nattend que a. Je lai rarement vue aussi excite.

    Alors javance grands pas, un peu stress malgr moi, par peur de ce que je vais y trouver. De telles horreurs mont dj t dvoiles en ces lieux

    Je ne sais pas vraiment ce que sont ces Rves. Ou ces visions. Je ne sais mme pas quel

    nom leur donner.

  • Tout ce que je sais, cest qu mon rveil je ne me souviens jamais de ce que la Route ma montr, jusqu ce que jy sois confront dans le monde rel. L, je me souviens. Et je comprends, je connais tout ce quil y a savoir.

    a, et le ct inexorable de ces Rves. Ou ces visions. Tout ce que je vois arrive, sans

    exception. Mme si jessaye dintervenir, mme si je fais tout mon possible pour que cela narrive pas. Ici ou dans le monde rel.

    Alors que jarrive un grand croisement bien clair, je sens le monde autour de moi trembler, comme si mes yeux taient dsaligns avec la ralit. Quand tout est revenu la

    normale, je vois une tache de couleur inhabituelle sur le bord de la route. Ce nest pas une de ces zones dobscurit profonde, parfaite, que je croise parfois, ni cette lueur fbrile qui jaillit pniblement des lampadaires. Non, cest autre chose.

    Enfin, la Route me montre.

    Plus je mapproche de cette tache, plus elle devient claire mes yeux. Il sagit dune jeune femme, blonde, vtue dun long manteau rouge. Portant une mini jupe et des hautes bottes noires. Elle tient un sac main marron devant elle et cherche quelque chose dedans. Elle se

    met avancer sur la Route, marchant pas distraits, toujours en train de fouiller dans son sac.

    Je reste o je suis.

    Une dizaine de pas plus tard, la femme sarrte et se retourne, un air effray sur le visage. Quelque chose derrire elle lui a fait peur. Au loin, je vois la brume se rassembler, devenir

    plus paisse, plus opaque. Plus vivante.

    Oh, a sent mauvais a.

    Le vent se lve, faisant claquer les pans du manteau rouge. La jeune femme le rabat contre

    elle et se remet marcher, tte baisse.

    Dans la brume, deux lueurs rouges apparaissent, tels deux yeux dmoniaques. Une lgre

    odeur de soufre arrive jusqu mes narines, porte par le vent qui semballe de plus en plus.

    Je ne bouge toujours pas.

    un moment, la femme finit par sentir que quelque chose ne va pas. Que quelquun non, quelque chose, lobserve. Elle relve la tte, et voit la brume qui lentoure. Et ces deux points flamboyants en son sein, fixant leur prochaine victime.

    La jeune femme prend peur et se met courir, fuyant cette apparition cauchemardesque,

    promesse de mort. Une mort douloureuse et gratuite.

    Un rire sourd, perturbant, qui rsonne longuement dans mon esprit, se fait entendre, alors

    que la crature de brume se lance la poursuite de sa proie.

    Je reste toujours immobile. Je sens que je vais perdre le contrle de ma vessie. Cette

    apparition cauchemardesque me terrorise toujours au plus haut point, mme aprs toutes ces

    annes

  • Par chance, cela ne dure pas longtemps. En lespace de quelques secondes, la crature rattrape la jeune femme et la percute avec violence. Son corps est projet en lair, volant comme un pantin dsarticul, les membres briss et tordus selon des angles improbables. Elle

    scrase au sol avec violence, le visage curieusement exempt de tout dommage.

    La brume se contracte alors, jusqu former un corps vaguement humanode (un tronc, deux bras, deux jambes et une excroissance o se retrouvaient les deux points ardents) et se

    penche sur le corps de la malheureuse. La crature effleure sa joue dun tentacule gristre, y laissant une marque sanglante aprs son passage.

    Puis elle se retourne vers moi, madresse un grand sourire et disparat.

    J + 1

    La femme en rouge est morte.

    A un carrefour trs frquent. Elle attendait de pouvoir traverser, cherchant son tlphone

    dans son sac main. Des couteurs dans les oreilles, elle sest engage sur le passage piton sans regarder, induite en erreur par linterruption du flot de voitures dans son champ de vision.

    Une voix sest leve pour lui crier de sarrter, de faire demi-tour. La mienne.

    Le trafic tait bloqu par un bus, les rues tant trop petites pour permettre aux autres

    vhicules de le dpasser, quand il sarrtait pour faire descendre/monter ses pasagers. Il venait de redmarrer et tait lanc plus de quarante kilomtres par heure quand la jeune femme

    sest pratiquement jete sous ses roues. Le conducteur, un brave type qui navait jamais eu aucun problme dans sa longue

    carrire, a bien tent de freiner. Peine perdue cette distance. Le bus a percut la jeune

    femme pleine vitesse, lemmenant de telle manire quelle est reste colle au pare-chocs et nest pas passe sous les roues. Il aurait mieux fallu.

    Le chauffeur a eut pendant une poigne de secondes la vision cauchemardesque du visage

    d