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Download Le Mariage de Figaro -  .2 Acte premier Le théâtre représente une chambre à demi-démeublée, un grand fauteuil de malade est au milieu. Figaro avec une toise mesure

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    Personnages

    LE COMTE ALMAVIVA : Grand Corrgidor dAndalousie.LA COMTESSE : sa femme.FIGARO : valet de chambre du comte et concierge du chteau.SUZANNE : premire camariste de la comtesse, et fiance de Figaro.MARCELINE : Femme de charge.ANTONIO : Jardinier du chteau, oncle de Suzanne et pre de Fanchette.FANCHETTE : Fille dAntonio.CHRUBIN : premier page du comte.BARTHOLO : Mdecin de Sville.BAZILE : Matre de clavecin de la comtesse.DON GUSMAN BRIDOISON : lieutenant du sige.DOUBLEMAIN : greffier, secrtaire de Don Gusman.UN HUISSIER-AUDIENCIER.GRIPPE-SOLEIL : jeune patoureau.UNE JEUNE BERGRE.PDRILLE : Piqueur du comte.

    PERSONNAGES MUETS.TROUPE DE VALETS.TROUPE DE PAYSANNES.TROUPE DE PAYSANS.

    La scne est au chteau dAguas-Frescas, trois lieues de Sville.

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    Acte premier

    Le thtre reprsente une chambre demi-dmeuble, un grandfauteuil de malade est au milieu. Figaro avec une toise mesurele plancher. Suzanne attache sa tte, devant une glace, le petitbouquet de fleur dorange, appel chapeau de la Marie.

    Scne premire

    Figaro, Suzanne.

    FIGARODix-neuf pieds sur vingt-six.

    SUZANNETiens, Figaro, voil mon petit chapeau : le trouves-tu mieux ainsi ?

    FIGARO lui prend les mains.Sans comparaison, ma charmante. Oh ! que ce joli bouquet virginal, levsur la tte dune belle fille, est doux, le matin des noces, lil amoureuxdun poux !

    SUZANNE se retire.Que mesures-tu donc l, mon fils ?

    FIGAROJe regarde, ma petite Suzanne, si ce beau lit que Monseigneur nous donne,aura bonne grce ici.

    SUZANNEDans cette chambre ?

    FIGAROIl nous la cde.

    SUZANNEEt moi je nen veux point.

    FIGAROPourquoi ?

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    SUZANNEJe nen veux point.

    FIGAROMais encore ?

    SUZANNEElle me dplat.

    FIGAROOn dit une raison.

    SUZANNESi je nen veux pas dire ?

    FIGAROOh ! quand elles sont sres de nous !

    SUZANNEProuver que jai raison serait accorder que je puis avoir tort. Es-tu monserviteur, ou non ?

    FIGAROTu prends de lhumeur contre la chambre du chteau la plus commode, et quitient le milieu des deux appartements. La nuit, si madame est incommodeelle sonnera de son ct ; zeste, en deux pas, tu es chez elle. Monseigneurveut-il quelque chose ? il na qu tinter du sien ; crac, en trois sauts mevoil rendu.

    SUZANNEFort bien ! mais, quand il aura tint le matin, pour te donner quelque bonneet longue commission ; zeste, en deux pas il est ma porte, et crac, en troissauts

    FIGAROQuentendez-vous par ces paroles ?

    SUZANNEIl faudrait mcouter tranquillement.

    FIGAROEh quest-ce quil y a ? Bon dieu !

    SUZANNEIl y a, mon ami, que, las de courtiser les beauts des environs, monsieurle comte Almaviva veut rentrer au chteau, mais non pas chez sa femme ;

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    cest sur la tienne, entends-tu, quil a jett ses vues, auxquelles il espre quece logement ne nuira pas. Et cest ce que le loyal Bazile, honnte agent deses plaisirs, et mon noble matre chanter, me rpte chaque jour, en medonnant leon.

    FIGAROBazile ! mon mignon ! si jamais vole de bois vert, applique sur unechine, a dment redress la moelle pinire quelquun

    SUZANNETu croyais, bon garon ! que cette dot quon me donne tait pour les beauxyeux de ton mrite ?

    FIGAROJavais assez fait pour lesprer.

    SUZANNEQue les gens desprit sont btes !

    FIGAROOn le dit.

    SUZANNEMais cest quon ne veut pas le croire.

    FIGAROOn a tort.

    SUZANNEApprends quil la destine obtenir de moi, secrtement, certain quartdheure, seul seule, quun ancien droit du seigneur Tu sais sil taittriste !

    FIGAROJe le sais tellement que, si monsieur le comte en se mariant, net pas abolice droit honteux, jamais je ne teusse pouse dans ses domaines.

    SUZANNEEh bien ! sil la dtruit, il sen repent ; et cest de ta fiance quil veut leracheter en secret aujourdhui.

    FIGARO, se frottant la tte.Ma tte samollit de surprise ; et mon front fertilis

    SUZANNENe le frotte donc pas !

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    FIGAROQuel danger ?

    SUZANNE, riant.Sil y venait un petit bouton ; des gens superstitieux

    FIGAROTu ris friponne ! Ah ! sil y avait moyen dattraper ce grand trompeur, de lefaire donner dans un bon pige, et dempocher son or !

    SUZANNEDe lintrigue, et de largent ; te voil dans ta sphre.

    FIGAROCe nest pas la honte qui me retient.

    SUZANNELa crainte ?

    FIGAROCe nest rien dentreprendre une chose dangereuse ; mais dchapper au prilen la menant bien : car, dentrer chez quelquun la nuit, de lui souffler safemme, et dy recevoir cent coups de fouet pour la peine, il nest rien plusais ; mille sots coquins lont fait. Mais (On sonne de lintrieur.)

    SUZANNEVoil madame veille ; elle ma bien recommand dtre la premire luiparler le matin de mes noces.

    FIGAROY a-t-il encore quelque chose l-dessous ?

    SUZANNELe berger dit que cela porte bonheur aux pouses dlaisses. Adieu, monpetit Fi, Fi, Figaro, rve notre affaire.

    FIGAROPour mouvrir lesprit, donne un petit baiser.

    SUZANNE mon amant aujourdhui ? Je ten souhaite ! Et quen dirait demain monmari ?

    Figaro lembrasse.

    SUZANNEEh bien ! eh bien !

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    FIGAROCest que tu nas pas dide de mon amour.

    SUZANNE, se dfripant.Quand cesserez-vous, importun de men parler du matin au soir ?

    FIGARO, mystrieusement.Quand je pourrai te le prouver, du soir jusquau matin. (On sonne uneseconde fois.)

    SUZANNE, de loin, les doigts unis sur sa bouche.Voil votre baiser, monsieur ; je nai plus rien vous.

    FIGARO court aprs elle.Oh ! mais ce nest pas ainsi que vous lavez reu.

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    Scne IIFIGARO, seul.

    La charmante fille ! toujours riante, verdissante, pleine de gaiet, desprit,damour et de dlices ! mais sage ! (Il marche vivement en se frottantles mains.) Ah, Monseigneur ! Mon cher Monseigneur ! vous voulez mendonner garder ? Je cherchais aussi pourquoi mayant nomm concierge,il memmne son ambassade, et mtablit courrier de dpches. Jentends,monsieur le comte : trois promotions la fois ; vous, compagnon ministre ;moi, casse-cou politique, et Suzon, dame du lieu, lambassadrice de poche,et puis fouette courrier ! pendant que je galoperais dun ct, vous feriezfaire de lautre ma belle un joli chemin ! me crottant, mchinant pourla gloire de votre famille ; vous, daignant concourir laccroissementde la mienne ! quelle douce rciprocit ! Mais, Monseigneur, il y a delabus. Faire Londres, en mme temps, les affaires de votre matre, etcelles de votre valet ! reprsenter, la fois, le Roi et moi, dans une Courtrangre, cest trop de moiti, cest trop. Pour toi, Bazile ! fripon moncadet ! Je veux tapprendre clocher devant les boiteux ; je veux non,dissimulons avec eux, pour les enferrer lun par lautre. Attention sur lajourne, monsieur Figaro ! dabord avancer lheure de votre petite fte, pourpouser plus srement ; carter une Marceline, qui de vous est friande endiable ; empocher lor et les prsents ; donner le change aux petites passionsde monsieur le comte ; triller rondement monsieur du Bazile et

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    Scne III

    Marceline, Bartholo, Figaro.

    FIGARO sinterrompt. H, voil le gros docteur, la fte sera complte. Eh, bonjour, cherdocteur de mon cur. Est-ce ma noce avec Suzon qui vous attire au chteau ?

    BARTHOLO avec ddain.Ah, mon cher monsieur, point du tout.

    FIGAROCela serait bien gnreux !

    BARTHOLOCertainement, et par trop sot.

    FIGAROMoi qui eus le malheur de troubler la vtre !

    BARTHOLOAvez-vous autre chose nous dire ?

    FIGAROOn naura pas pris soin de votre mule !

    BARTHOLO, en colre.Bavard enrag ! laissez-nous.

    FIGAROVous vous fchez, docteur ? les gens de votre tat sont bien durs ! pas plus depiti des pauvres animaux en vrit que si ctait des hommes ! Adieu,Marceline : avez-vous toujours envie de plaider contre moi ?Pour naimer pas, faut-il quon se hasse ?Je men rapporte au docteur.

    BARTHOLOQuest-ce que cest ?

    FIGAROElle vous le contera de reste. (Il sort.)

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    Scne IV

    Marceline, Bartholo.

    BARTHOLO le regarde aller.Ce drle est toujours le mme ! et moins quon ne lcorche vif, je prdisquil mourra dans la peau du plus fier insolent

    MARCELINE le retourne.Enfin vous voil donc, ternel docteur ? toujours si grave et compass, quonpourrait mourir en attendant vos secours, comme on sest mari jadis, malgrvos prcautions.

    BARTHOLOToujours amre et provocante ! Eh bien, qui rend donc ma prsence auchteau si ncessaire ? monsieur le comte a-t-il eu quelque accident ?

    MARCELINENon, docteur.

    BARTHOLOLa Rosine, sa trompeuse comtesse, est-elle incommode, Dieu merci ?

    MARCELINEElle languit.

    BARTHOLOEt de quoi ?

    MARCELINESon mari la nglige.

    BARTHOLO avec joie.Ah, le digne poux qui me venge !

    MARCELINEOn ne sait comment dfinir le comte ; il est jaloux, et libertin.

    BARTHOLOLibertin par ennui, jaloux par vanit ; cela va sans dire.

    MARCELINEAujourdhui, par exemple, il marie notre Suzanne son Figaro quil combleen faveur de cette union

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    BARTHOLOQue son Excellence a rendue ncessaire !

    MARCELINEPas tout fait ; mais dont son Excellence voudrait gayer en secretlvnement avec lpouse

    BARTHOLODe monsieur Figaro ? cest un march quon peut conclure avec lui.

    MARCELINEBazile assure que non.

    BARTHOLOCet autre maraut loge ici ? Cest une caverne ! Eh quy fait-il ?

    MARCELINETout le mal dont il est capable. Mais le pis que jy trouve est cette ennuyeusepassion quil a pour moi depuis si longtemps.

    BARTHOLOJe me serais dbarrass vingt fois de sa poursuite.

    MARCELINEDe quelle manire ?

    BARTHOLOEn lpousant.

    MARCELINERailleur fade et cruel, que ne vous dbarrassez-vous de la mienne ce prix ?ne le devez-vous pas ? o est le sou