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  • Document gnr le 14 sep. 2018 04:36

    Qubec franais

    La petite fille qui aimait trop les allumettes ou lamtaphore du Qubec

    Aurlien Boivin

    Le prscolaireNumro 122, t 2001

    URI : id.erudit.org/iderudit/55943ac

    Aller au sommaire du numro

    diteur(s)

    Les Publications Qubec franais

    ISSN 0316-2052 (imprim)

    1923-5119 (numrique)

    Dcouvrir la revue

    Citer cet article

    Boivin, A. (2001). La petite fille qui aimait trop les allumettesou la mtaphore du Qubec. Qubec franais, (122), 9093.

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    Tous droits rservs Les Publications Qubec franais,2001

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  • nirtWr crtf ^ffVijTaLv / 9 Q

    La petite fi l le qui aimait trop les allumettes

    Gatan Soucy La petite fille qui aimait trop les allumettes

    ou la mtaphore du Qubec

    Aurlien Boivin

    Troisime roman de Gatan Soucy, qui a dj publi L'Immacule Conception ( J 994) et L'acquittement (1997), La petite fille qui aimait trop les allumettes' t acclam par ba critique, tant qubcoise que franaise, au moment de sa parution en 1998. Grande vedette du Printemps du Qubec Paris (1999), dans le cadre du Salon du livre,

    l'crivain, originaire d'un quartier ouvrier de Montral, a mrit, avec ce roman, le prix du public de La Presse, dcern au Salon du Uvre de Montral ( 1999), et le prix Ringuet de l'Acadmie des lettres du Qubec ( 1999). Point tonnant qu'un tel succs ait oblig l'diteur le rimprimer quelques reprises et le rditer dans la collection Boral compact, ds fvrier 2000.

    DE QUOI S'AGIT-IL ? Plus prs du mythe et du conte, voire de

    la fable, que du roman proprement dit, La pe-tite fille qui aimait trop les allumettes n'est pas facile rsumer car un bon lecteur ne doit pas se contenter du premier niveau de lecture de cette uvre, riche et dense, certes, mais aussi d'une grande porte symbolique et mtapho-rique (voir, plus loin, la porte de l'uvre). L'intrigue s'amorce sur la mort du pre trouv pendu, vnement qui perturbe l'existence des deux enfants que le dfunt a maintenus jusque-l isols du monde en se contentant de leur dispenser un enseignement qu'il puise essentiellement dans les livres, saints surtout. Cette disparition est, pour les deux adoles-cents, une vritable tragdie : peine pou-vions-nous par nous-mmes hsiter, exister, avoir peur, souffrir (p. 13), crit dans son grimoire, sorte de journal intime, qu'il qua-lifie quelques reprises de testament, celui des enfants qui se croit le plus intelligent et qui prend en charge la narration. C'est en-core lui qui dcide de se rendre au village, qu'il n'a jamais visit parce qu'il leur tait in-terdit de franchir la pinde qui entoure leur domaine, isol, assurant ainsi, ce que le pote Pierre Perrault a appel la suite du monde . L'enfant est bien conscient qu'il doit, dornavant, apprendre composer avec les autres, qu'il appelle les semblables , et avec le village tout entier, lui qui, comme son frre, a t condamn vivre loin de toute

    civilisation, qu'il ne connat que par les li-vres. Le narrateur , qui se qualifie de secrtarien, se rend dans ce village pour ache-ter une bote trou (un cercueil) afin d'y inhumer son pre. Il en revient toutefois bre-douille et profondment du. 11 y a t mal accueilli, car, le pre disparu, les sembla-bles envisagent d'envahir le domaine. Le narrateur se rfugie alors dans un hangar bois o il compile, dans son cahier, les v-nements qu'il vient de vivre, y voquant aussi ses sentiments et motions. Parsem de sou-venirs, qui nous clairent tant bien que mal sur les secrets de cette famille, unique dans sa marginalit, ce texte que nous lisons est crit dans une langue pour le moins ton-nante, ponctue de mots invents la Br-nice Einberg (L'avale des avals de Rjean Ducharme), d'expressions surprenantes pour un adolescent plus ou moins instruit, et de phrases souvent incompltes, mais tout de mme savantes. Privs ainsi du mortier paternel, les deux jeunes doivent ( r a p -prendre vivre et adhrer de nouvelles va-leurs, tout le moins trouver de nouveaux re-pres. Chacun s'y applique sa manire. L'un apprend jouer avec les fusils, perptuant la violence du pre, dans la ferme intention de dfendre le domaine contre les envahisseurs, l'autre, jouer avec les mots pour dcouvrir non seulement leur sens mais aussi la Vrit. Il y a un drame dans ce roman nigme qui nous est rvl par bribes jusqu'au dnoue-ment final. Le narrateur, qui a toujours (re)ni son sexe et qui est en fait une adoles-cente, est enceinte de son frre et, comme son pre, doit apprendre vivre avec la faute.

    Depuis plusieurs annes, le pre retient pri-sonnire dans le hangar, par pure vengeance, la jumelle brle vive et momifie de la nar-ratrice, qui a provoqu, en jouant avec les al-lumettes interdites, la mort de la mre. Con-vaincue que les semblables s'occuperaient de celle qui donne son titre au roman et qu'elle recommencerait une nouvelle vie avec du soleil en dehors de son cachot (p. 167), la narratrice, peu de temps aprs que le frre eut t menotte et amen par les po-liciers pour avoir tu un inspecteur des mines, dont sa sur la narratrice tait tombe amou-reuse, et le cheval, prisonnier, comme eux, d'une existence pnible, s'isole dans la salle de bal du domaine, se tord dans les douleurs de l'accouchement, regrettant d'avoit trop attendu d'ici-bas, en martyre de l'espoir, comme a arrive dans les meilleures familles (p. 180).

    LE TITRE Il fait allusion, bien sr, au drame de la

    jumelle, le Juste Chtiment, qui, en jouant avec des allumettes, malgr une interdiction du pre, a provoqu l'incendie et la mort de la mre. Le pre se venge en l'attachant dans le caveau bois o la narratrice crit, sans doute pour lui tenir compagnie.

    LA STRUCTURE La petite fille qui aimait trop les allumettes est

    divis en deux parties d' peu prs gale lon-gueur. La premire, constitue de huit cha-pitres non numrots, est raconte en grande partie par un narrateur masculin, tout le moins qui crit au masculin, jusqu' l'avant-

    90 QUBECFRANAIS I NUMRO 122 I T 2001

  • dernier chapitre. Aprs avoir rencontr l'ins-pecteur des mines l'htel de ville, ce nar-rateur est en ralit une narratrice qui ac-cepte enfin, une fois sortie du monde d'hommes au pouvoir tout-puissant o elle tait condamne par son sexe, d'affirmer sa fminit. Ainsi, dornavant, le roman de-vient, pour l'adolescente enfin dlivre d'un pre intransigeant et misogyne, une qute d'identit. Le lecteur s'attendait cependant une telle rvlation, car le romancier s'est amus distribuer et l des indices sut le sexe de la narratrice : elle s'est souvent amu-se jeter du sang menstruel son frre, pour se venger du geste de ce dernier qui lui met-tait sous le nez ses deux doigts qu'il venait d'enduire du suintement de sa saucisse (p. 44) : elle voque plusieurs reprises ses enflures , telles ces allusions, d'abord quand elle rencontre au magasin gnral un bambin dont la taille le surprend puisqu'il lui va jusqu'aux enflures (p. 54), puis quand elle parle de sa propre transformation qu'elle remarque par ses enflures sur le torse (p. 79) et cette confession : Et on ne peut pas se fiet aux enflutes ce sujet, j 'en suis la preuve ambulante (p. 48). On pourrait en-core voquer ces allusions la jupe qu'elle porte (d'o son surnom, plus loin, de mon-sieur la jupe , p. 100) pour pas que le sang tche quand il dborde (p. 79).

    La deuxime partie, constitue de 11 cha-pitres, est raconte au fminin. C'est dans cette partie que la narratrice livre les secrets de son existence, qui sont galement les se-crets de sa famille, une famille clate, que les agissements du pre ont rendue marginale.

    LE TEMPS (LA DURE) L'intrigue de Laa petite fille qui aimait trop

    les allumettes dure moins de 48 heures, de-puis la mort du pre, trouv pendu un ma-tin d'automne ( L'ai-je mentionn ? nous sommes au dbut de l'automne , p. 54) jus-qu' l'arrestation du frre le lendemain, la dernire visite au Juste Chtiment (la ju-melle) et l'accouchement de la narratrice. Aucun indice ne permet de dater cette his-toire. La narratrice, qui crit plusieurs re-prises dans son grimoire, ne fournit aucun lment en ce sens. Mais on peut quand mme dduire, par l'image que le pre in-carne de la religion, que l'intrigue se droule avant l'avnement de la Rvolution tran-quille. Dans ce journal, sont voqus une foule de souvenits qui se rapportent l'exis-tence de son pre, la sienne propre, son enfance... Elle raconte, par exemple, les sances de sadomasochisme auxquelles elle a t tenue de participer, sur ordre de son pre, les visites mouvantes pour elle au Juste Chtiment en compagnie de son pre, les nombreux assauts de son frre qui ne pense qu' se rouler sur elle, qu' lui gigo-

    ter dessus, ce qui [la] mettait en rage et d-sespoir, mais tac, l'oreiller sur la tte, et envoy par l la petite chvre, endure, en-dure, jusqu' ce que, enfin, toute saucisse ra-mollie, [elle] pouvai[t] recommencer res-pirer dans [s]es poumons (p. 170). Elle voque encore les sances de lecture la bi-bliothque ( la bibli bibi ) o elle lit toujours les mmes livres, les Mmoires du duc de S