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  • La numérisation du patrimoine écrit de la Grande Guerre

    État des lieux et perspectives

    Laurent Veyssière Conservateur général du patrimoine

    Novembre 2016

    14 Mission 18 CENTENAIRE

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    Résumé du RappoRt

    La numérisation et la mise en ligne du patrimoine écrit participe activement à la démocratisation culturelle. Protégeant les collections les plus fragiles, cette démarche permet à tous d’avoir accès gratuitement et à distance aux documents manuscrits et imprimés. Les mises en ligne massives réalisées en France depuis une quinzaine d’années par les institutions culturelles ont contribué au développement des recherches individuelles, familiales et savantes, ainsi qu’à de nouvelles pratiques participatives des internautes, grâce à ce que l’on a coutume de nommer le web 2.0. Toutes les administrations publiques participent à ce vaste mouvement de fond : les ministères et leurs établissements publics, le Parlement, les collectivités territoriales. La France est aujourd’hui un pays leader en la matière, eu égard au volume de documents numérisés et au nombre de consultations (400 millions de documents d’archives en ligne et 2,5 milliards de pages consultées en 2015). Parmi ces sources numérisées figurent les documents manuscrits et imprimés datant de la Première Guerre mondiale, conservés dans tous les services d’archives et dans de très nombreuses bibliothèques.

    Alors que nos compatriotes ont toujours entretenu un lien intense et souvent intime avec la Première Guerre mondiale, ils ont vu arriver son Centenaire juste après la disparition des derniers poilus et donc sans témoin pour continuer à transmettre la mémoire du conflit. Les commémorations du Centenaire avec ses cérémonies fortement médiatisées, ses très nombreux projets issus des territoires, la Grande Collecte – appel à tous les Français à apporter leurs archives familiales dans les institutions de conservation – ont démontré une très forte demande sociale comportant une détermination à découvrir le parcours de ses ancêtres durant cette période terrible. En effet, traditionnellement attirés par les recherches généalogiques, les Français se sont retournés sur leurs histoires familiales et se sont, à cette occasion, emparé des archives de la Grande Guerre.

    Pendant la décennie 2000, les Français avaient essentiellement à leur disposition sur Internet les fiches individuelles des 1,325 million de soldats ayant obtenu la mention « Mort pour la France » ainsi que les journaux des unités militaires, véritable boîtes noires qui rendent comptent de l’activité quotidienne de chaque état-major, armée, division, régiment, bâtiment de la marine, etc. Mis en ligne par le ministère de la Défense sur son site Mémoire des hommes, ces documents ont été et restent toujours massivement consultés par les Français. Ce site n’a pas cessé de s’enrichir et de se moderniser au fils des années. L’autre offre résulte d’un partenariat entre la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, étendu ensuite à d’autres services, concernant les journaux de tranchées, des périodiques écrits par les poilus pour les poilus. D’une immense richesse, ces documents ont été beaucoup moins consultés, faute de signalisation suffisante au public.

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    À l’approche du Centenaire, tous les établissements de conservation ont souhaité répondre à la forte attente des Français et valoriser leurs fonds et collections en les numérisant et en les mettant en ligne. La Bibliothèque nationale de France a réussi à mettre en place avec ses partenaires un plan de numérisation concertée, indispensable pour éviter les doublons, et rendu possible dans la mesure où elle en finançait tout ou partie. Le vaste projet européen de numérisation de documents de la Première Guerre mondiale intitulé « Europeana Collections 1914-1918 », concernant essentiellement les bibliothèques, a également été un accélérateur de cette politique. L’ organisation de la conservation des archives, identique à l’organisation administrative française, entre l’État et les collectivités territoriales, a rendu bien plus difficile la coordination de ce vaste élan dans le monde des archives. Cependant, le rôle du Service interministériel des Archives de France à la tête du réseau et les appels à projet nationaux ont permis d’harmoniser certaines entreprises de numérisations, à commencer par celle concernant les registres matricules militaires des huit à neuf millions d’hommes mobilisés, devenue par la suite un projet présidentiel. Le résultat demeure qu’aujourd’hui près de 200 sites Internet français proposent des sources numérisées. Il s’agit là d’une offre considérable qui dénote un investissement humain et financier important, mais malheureusement invisible dans sa globalité pour les Français qui n’arrivent pas identifier tous ces sites.

    Dès 2011, Bruno Racine, alors président de la Bibliothèque nationale de France, appelait l’ensemble des acteurs du patrimoine écrit à une démarche raisonnée et concertée avant de s’engager dans de vastes programmes de numérisation, afin de donner une visibilité globale et une lisibilité assurée aux nombreuses ressources numériques produites à l’occasion du Centenaire. Force est de constater que cette ambition légitime n’a pas été atteinte. Il est cependant encore temps avant la fin du Centenaire de remédier en grande partie à cette situation. Trois axes de travail sont proposés dans ce rapport afin de pallier à ces difficultés.

    Tout d’abord, le ministère de la Culture et de la Communication devrait profiter de son leadership interministériel et de son rôle de tête de réseau professionnel en matière d’archives et de bibliothèques auprès des collectivités territoriales pour définir quels derniers documents doivent être numérisés et mis en ligne. Pour cela, il conviendrait de réunir un groupe de travail comprenant professionnels de la conservation et usagers afin de déterminer un dernier plan de numérisation de documents de la Grande Guerre répondant aux attentes des Français. Ces dernières sont différentes selon qu’elles viennent des universitaires ou des familles : des arbitrages devront être rendus en fonction des priorités qui seront données et des capacités budgétaires. Ce plan devra être assorti de services numériques innovants, en particulier ceux intégrant des pratiques collaboratives.

    Par ailleurs, en profitant du lancement du portail francearchives.fr, il est indispensable de rendre lisible le paysage numérique de la Grande Guerre en mettant à disposition de tous un véritable inventaire général des ressources en ligne, organisé sous forme de mode d’emploi didactique le plus simple possible. Les Français doivent pouvoir se repérer et

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    naviguer aisément dans l’immense offre numérique afin de renouer avec leurs ancêtres et de donner un sens intime, social, civique et mémoriel au Centenaire.

    Enfin, parmi tous les projets nés à l’occasion du Centenaire, un portail se détache en raison de son ambition et de son adéquation avec l’attente des Français. Inauguré le 11 novembre 2014 par le Président de la République, le Grand Mémorial est incontestablement le projet phare du Centenaire. Ce portail a vocation à interroger les bases conçues par la centaine de services d’archives départementales, les Archives nationales d’outre-mer et le ministère des Affaires étrangères et du Développement international (Centre des archives diplomatiques de Nantes) à partir de la numérisation et de l’indexation des registres matricules militaires des classes 1887 à 1921, ainsi que la base des soldats « Morts pour la France » de Mémoire des hommes. Cette fonctionnalité de recherche nationale permet de retrouver son ancêtre en une seule requête. Les résultats ainsi obtenus renvoient directement sur les sites internet des services contributeurs, où s’effectue la consultation des images. Grâce à cette recherche fédérée, le Grand Mémorial doit devenir la base nationale des huit à neuf millions de soldats français ayant participé à la Grande Guerre. Au moment de la rédaction de ce rapport, la numérisation des registres matricules est presque totalement achevée alors que de nombreux départements ne se sont toujours pas engagés dans leur indexation. Par ailleurs, les solutions techniques retenues pour celle-ci ne sont pas systématiquement interopérables avec le portail national. Ce projet présidentiel doit impérativement se poursuivre en étant soutenu techniquement et financièrement par l’État afin d’être achevé pour la fin du cycle commémoratif du Centenaire. Un dispositif de soutien financier aux départements et aux associations participant à l’indexation des registres matricules sera mis en place à la fin de l’année 2016 par le Service interministériel des Archives de France et la Mission du Centenaire. Dans le même temps, la Mission du Centenaire rencontrera les derniers départements ne participant pas au Grand Mémorial afin de les convaincre d’entrer dans ce dispositif. Enfin, une réflexion au sujet de la numérisation et de l’indexation des registres matricules des recrues ne disposant pas du statut de citoyen français devra être engagée avec le ministère de la Défense qui les conserve. Il apparaît en effet difficile pour ne pas dire impossible de disposer d’une base des poilus de la Grande Guerre qui n’inclut pas les so