journal des expositions n°17 - musée dauphinois

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Journal des expositions n°17 - Musée dauphinois Exposition " Ce que nous devons à l'Afrique

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  • On connat lintrt que porte leMuse dauphinois explorerlhistoire des communautstrangres installes enDauphin. Avec cette nouvelleexposition, il semble quilregarde plus loin que le simpleprimtre des Alpes. Commentdoit-on comprendre votredmarche ?Jean-Claude Duclos* : La vocation dun musedethnographie est de faireapparatre les diffrences entre lestres ou les groupes, puis decomprendre comment ces groupescommuniquent et trouvent ce quilspeuvent partager. Lapproche delaltrit est donc une questionmajeure pour nous. Les vnements rcents de laVilleneuve ont certainement

    voir avec la perte dun terreaucommun, soit dun mmesentiment dappartenance lacommunaut grenobloise etisroise, quelle que soit sonorigine. Le Muse dauphinois,lorsquil propose des expositionssur les diverses communautsdorigine trangre, les Italiens, lesArmniens, les Maghrbins, etc.,mne cette recherche de ce qui faitlien. Sagissant de lAfrique,permettre tous de comprendre cequi fait la richesse des culturesafricaines, sinscrit pleinementdans notre dmarche .

    Mais le titre de lexposition est Ce que nous devons lAfrique J-C.D : Le monde associatifisrois qui cultive le lien aveclAfrique, milite pour crer unrapport autre que celui dun mondeoccidental qui donne. Mme si ces

    O C T O B R E 2 0 1 0 M u s e d a u p h i n o i s G r e n o b l e N u m r o 1 7LE JOURNAL DES EXPOSITIONS

    Actualit

    Ce que nous devons

    lAfriquedito

    (*) Jean-Claude Duclos, directeur du Musedauphinois, commissaire de lexposition.

    LAfrique et nousQue vaut le sentiment dappartenir une mme communaut urbaine et dpartementale, quand la rage et lenviede dtruire lemportent ? Au-del des mesures qui simposent, conomiques et sociales surtout, les vnements de la Villeneuve doivent aussi nous rappelerquelles ne suffiront pas si nmerge pas chez ceux que la violence submerge, ce mmesentiment dappartenance. Nous savons que nous ny parviendrons pas sans la contribution de lducation et de la culture.Cest pourquoi le Conseil gnral y consacredes moyens considrables, bien au-del de ce que ses comptences lexigent. Le Muse dauphinois, dont nous attendonsquil donne chacun les moyens de situerdans le temps et lespace du mondedaujourdhui, est dans ce domaine lun de nos outils. Ses expositions et notammentcelle que prsente ce journal, Ce que nousdevons lAfrique, ont ce mme objectif.Nous confronter lAfrique, son histoire et son actualit est sans doute aujourdhuilun des meilleurs moyens de se sentircollectivement concerns, voire mobilissdans la recherche des solutions quiconditionnent lavenir.

    Andr ValliniDput de lIsre,Prsident du Conseil gnral de lIsre

  • associations tentent de luttercontre toutes les misres (Sida,endettement, guerres,dplacements de population, etc.)dont souffre lAfrique, nousvoudrions avec elles regarder laralit autrement. Bien sr,lurgence est dapporter une aide des gens qui souffrent, mais peut-tre faut-il aussi apprhender lesAfricains comme porteurs dunehistoire et dune culture qui sontdevenues ntres bien des gards,ne serait-ce qu travers lamusique .

    Vous parlez des associations en lien avec lAfrique. Ont-ellesjou un rle dans lcriture de cette exposition ?J-C.D : Cest une constante dansnotre dmarche. Le Musedauphinois a toujours invit lesassociations concernes par lesfaits de socit quil traite, partager sa rflexion. Pour cetteexposition le partenariat sestdvelopp au cours de quatresminaires o lon a travaill surlhistoire, les cultures, lart et sur laquestion du politique. Sils ontpermis de confronter des points devue, ces sminaires ont aussinourri le propos de lexposition etde la publication qui la prolonge .Pouvez-vous nous parlermaintenant de lexposition ?J-C.D : Le souci a t de trouvercomment aborder le sujet. Nousavons retenu lide dinterpeller le

    visiteur par une question.Lincarnation de lAfrique, jouepar Marie-Josphine Kon,grandeur nature sur cran vido,fait tat des richesses culturellesafricaines et demande : Pensez-vous que le monde occidental puisseavoir un jour besoin des acquis de lacivilisation africaine ? Eh bien,regardez ce que lon vous montre iciet reparlons-en la fin duparcours ! . Puis vient lexposition,structure en quatre parties, quidveloppe cette rflexion. Lapremire, consacre lhistoire,rappelle que lhumanit vient de l,de lAfrique. En tmoigne danslexposition, Lucy, dcouverte en1974 par Yves Coppens et qui estlune des plus anciennes tracesdhominid : trois millions deuxcent mille ans ! Mais surtout, cestaussi en Afrique que des socitsse constituent, bien avant lesntres pour quelquefois accder des degrs de cultureextrmement levs. Cest le casde la civilisation gyptienne, biensr, mais galement des grandsempires africains qui se succdentjusquau XIVe sicle, et dont lesvestiges tmoignent duneimmense production intellectuelle,ne de la rencontre avec lIslampionnier. Pour ne citer quequelques exemples, les manuscritset ouvrages des bibliothques deTombouctou, inscrits au patrimoinemondial, les sculptures (le museexpose la rplique en bronze dune

    tte royale provenant du BritishMuseum), mais aussi La chartedu Mand , dclame danslexposition par un conteur. Elledfinit au XIIIe sicle les droits etles devoirs de chacun, sorte deprfiguration de la Dclarationuniverselle des Droits de lHommequi montre bien que ces droits nesont pas une invention occidentale.

    Lorsque lOccident prendconscience des richesses de cecontinent, il va vouloir senaccaparer en pratiquant lesclavagepuis la colonisation. En Dauphincomme ailleurs, certaines famillesvont construire leur fortune sur cecommerce humain. Pour rendrecompte du long combat menjusqu son abolition en 1848,partisans et opposants delesclavage se font face une foisencore dans lexposition. Ainsi,lAbb Grgoire, dput de lIsre,ardent dfenseur de toutes lesminorits, soppose Barnave quimilite pour lesclavage. Pour autant, cette consciencedavoir faire une population desous hommes ncessitant dtreciviliss, reste ancre dans lespritde beaucoup.

    Lethnologie, telle que la pratiquaitJean Rouch, a largement contribu faire voluer les mentalits. Il estlun des premiers reconnatre laqualit dexpert ceux quilinterroge. Il propose uneanthropologie partage, libre detoute idologie colonialiste, quiconsiste questionner ensemble laralit. Ses travaux majeurs surlimaginaire, la place du travaildans ces socits et la fonction delamiti, la question de savoircomment ces cultures peuvent serencontrer servent de supportdans lexposition pour explorer lesidentits africaines.Lart et la notion du beau sontabords dans la troisime partie delexposition. Les bijoux touaregs,par exemple, sont plus que desapparats, ils indiquent la fonctionque lon occupe dans lacommunaut. Puis lesphotographies dHans Silvester

  • nous emmnent auprs despopulations de la valle de lOmoen thiopie. Leurs coiffes vgtaleset leurs ornements participent la

    Publications

    Ce que nous devons lAfriqueOuvrage collectif sous la direction de Jean-Claude Duclos, directeur du Muse dauphinois etconservateur en chef et dOlivierCogne, charg de mission.192 p., illustr, N&B et couleur. 20 Parcourir, des premiers temps delhomme aux questions daujourdhui, latrs longue histoire du continentafricain, sans omettre limmense apportde ses cultures et de ses productionsartistiques, tel est le dfi que relventcet ouvrage et lexposition quilprolonge.Tel est aussi lambitieux projetque se sont donns, autour du Musedauphinois, les associations etpartenaires culturels de lIsre enrflchissant ensemble ce que nousdevons lAfrique .De Louise-Marie Diop-Maes Emmanuel Terray, en passant parThophile Obenga, Djibril TamsirNiame,Tayeb Chenntouf, Etienne Fau,Claude-Hlne Perrot ou Anne-CcileRobert, pour ne citer queux, desspcialistes tentent ici, chacun dans leurdiscipline, de procder cettevaluation. Lobjectif, ainsi que nous yinvite Edgard Pisani, tant de rinventer [avec lAfrique] unerelation fonde sur le respect mutuel .

    ProgrammeAfriquIsreDanse, thtre, contes,confrences, concerts,expositions, ateliers de dcouverte pour enfantset adultes, ..., la richesse desmanifestations proposesdoctobre 2010 juillet 2011par de nombreux acteursassociatifs isrois et desinstitutions culturelles,est ici rassemble.

    Programme dit gratuitement par le Conseil gnral de lIsre, disponibledans les offices de tourisme et lesmuses dpartementaux de lIsre. commander sur :www.musee-dauphinois.fr ou sursimple demande au 04 57 58 89 01

    jouissance de la beaut dans unerelation la nature intacte depuisla prhistoire. Hans Silvester a fix,avant quelles ne disparaissent, cespeintures corporelles et ce quellestraduisent de lharmonie avec lemilieu.

    Enfin, la dernire partie delexposition aborde ce que lon doit lAfrique et propose de rflchirsur les moyens de nous extraire dece rapport de dominants domins. O nous mneralexploitation des richesses de cecontinent et de sa main duvre ?Quand cesseront les dettesaccumules et les guerres lies lapossession de ses ressources ? Lestravaux rcents dEgard Pisaniouvrent une voie possible, basesur le respect et la comprhensionde lautre, sous la forme dun pacteavec lAfrique. Des tmoignagesfilms de personnalits du mondepolitique et associatif viennenttayer lurgence de changer notreregard sur ce continent. Le visiteurest ensuite confront a troisuvres dun jeune plasticiendorigine congolaise, MoridjaKitenge Banza. Les deuxpremires, Hymne nous et De 1848 nos jours viennentdtre primes la dernireBiennale dArt contemporain deDakar. La troisime, sans titre ,inspire prcisment de la dette, est ralise spcialement pourlexposition. lui dinspirer auvisiteur ce quil faut en penser, auregard de tout ce quil aura vuprcdemment.

    Enfin, Marie-Josphine Konsadresse nouveau au visiteur ense demandant : Mais jusququand lAfrique donnera ? Jusququand le monde pourra-t-il satisfaireaux besoins de lhumanit si rien ne change ? Et sil fautchanger, lAfrique a des solutions proposer . n

    EXPOSITION

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