ingrid oesterle, isabelle kalinowski recit d un voyage a paris metropole et paysage chez carl gustav...

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  • Revue germaniqueinternationale7 (1997)Le paysage en France et en Allemagne autour de 1800

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    Ingrid Oesterle

    Rcit dun voyage Paris: mtropoleet paysage chez Cari Gustav Carus(1835)................................................................................................................................................................................................................................................................................................

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    Rfrence lectroniqueIngrid Oesterle, Rcit dun voyage Paris: mtropole et paysage chez Cari Gustav Carus (1835), Revuegermanique internationale [En ligne], 7|1997, mis en ligne le 22 septembre 2011, consult le 13 octobre 2012.URL: http://rgi.revues.org/617; DOI: 10.4000/rgi.617

    diteur : CNRS ditionshttp://rgi.revues.orghttp://www.revues.org

    Document accessible en ligne sur : http://rgi.revues.org/617Ce document est le fac-simil de l'dition papier.Tous droits rservs

  • Rcit d'un voyage Paris: mtropole et paysage

    chez Cari Gustav Carus (1835)

    INGRID OESTERLE

    I

    Jusque dans la seconde moiti du XVIIIe sicle, Paris tait pour les aristocrates et les bourgeois allemands une cole de sociabilit et de connaissance des hommes, un haut lieu des sciences et des arts. Cette mtropole constituait leurs yeux un extraordinaire rassemblement de savoirs, de savants et d'artistes clbres, une concentration de places, d'glises et de btiments mmorables. Avec la Rvolution franaise, ou mme avant, elle devint pour les Allemands le lieu o il tait possible de saisir le mouvement de l'histoire. La perception de la grande ville se modifia : autrefois domine par l 'espace, elle tait prsent domine par le temps. Des correspondants allemands dcrivaient et observaient la faon dont le temps structurait la vie urbaine dans tous les contextes sociaux : dans la vie quotidienne, dans la mode , dans la dynamisation du savoir, dans l'histoire et ses mouvements rvolutionnaires. Dans ce qu'ils lisent et crivent au sujet de la mtropole parisienne, les Allemands per-oivent l 'acclration de l'histoire de l 'humanit et de la vie urbaine.

    Selon les catgories de la pense topologique, la mtropole tait aupa-ravant conue comme un espace o tout obissait un ordre. Tout avait sa place. Dsormais, le principe d 'ordre spatial fait place des modles de dynamisation et de mouvement , pa r exemple celui de la circulation sanguine ou celui des changes d'nergie 1 . La grande ville devient espace de perception sensorielle de mouvements, de changements et de transformations continuels. A l'impression de concentration succde celle de la distraction, la contemplation la dispersion des sens. La grande

    1. Voir Richard Sennett, Fleisch und Stein. Der Krper und die Stadt in der westlichen Welt, Ber-lin, 1995, p . 319 sq. Revue germanique internationale, 7/1997, 127 140

  • ville rend impossible la contemplation qui seule permet - selon certaines conceptions - la saisie esthtique de l'art et du paysage. Bien que Napo-lon ait fait de Paris un lieu o se concentrent les sciences, les institutions scientifiques et le patr imoine artistique, Paris acquiert ainsi, auprs des romantiques, peut-tre mme ds avant, la rputat ion d'tre un lieu hos-tile l 'art et la nature. Parmi tous les Allemands sjournant alors Paris, Wilhelm von Humbold t est le seul poser un regard classique sur la capitale, la regarder comme un paysage 1 . Pour Humbold t , la beaut de Paris s t imule (...) l ' imagina t ion . Runissant les hommes les plus divers et des talents multiples , la ville suscite notre intrt le plus vif. Dans le droit-fil de l 'esthtique schillrienne, Humboldt esquisse un tableau de la ville fort contrast et suscitant un va-et-vient permanent entre l ' imagination et l 'entendement. Paris est le reflet d 'un monde en mouvement . Avec ses foules humaines , son ternelle suc-cession de scnes, avec le souvenir de l'histoire qu i , spontanment , surgit la vue de ces lieux et de ces noms , Paris devient une ville incommensurable . Elle concentre en elle tout ce qui est rpugnant et hassable, tout le tumulte , mais offre, d 'un autre ct, la vision d 'un paysage fluvial en milieu urbain : si l'il suit le cours du fleuve, il rejoint la nature libre et un horizon libre . Suivant l 'antithse classique, Humbold t dpasse l 'opposition entre la ville et la nature sous l'effet du regard : Pour l'il, la ville se transforme peu peu en nature.

    I I

    Lorsque Carus se rend Paris en 1835, la mtropole franaise, la suite de la rvolution de Juillet, est devenue pour la littrature al lemande contemporaine un lieu historique de premire importance. Carus traduit cette propension aux bouleversements et aux changements historiques en employant une image naturelle, au demeurant parfaitement courante : celle du volcan. Il se sert de cette mtaphore au moment o il s 'approche de la ville, et il y a galement recours au moment o il relate son dpar t 2 . Elle souligne l 'incertitude qui pse sur l 'avenir historique et les dangers latents d 'une vie urbaine toujours domine par le mouvement . Mais Carus donne cette image naturelle des accents qui lui sont propres. Pour cet amateur de gologie, l 'image du volcan, applique la ville et l'histoire, est particulirement approprie. A la perception de l'histoire

    1. Wilhelm von Humboldt Friedrich Schiller, Paris, le 7 dcembre 1797, in Briefwechsel zwischen Friedrich Schiller und Wilhelm von Humboldt, d. par S. Seidel, vol. 2, Berlin, 1962, p . 130 sq.

    2. Car l Gustav Carus, Paris und die Rheingegenden. Tagebuch einer Reise im Jahre 1835, 2 vol., Leipzig, 1836, p . 101-121. Les pages indiques entre parenthses dans le texte renvoient cette dition.

  • succde celle de la nature. Le passage d'une sphre l'autre est caract-ristique de la pense et de l'criture de Carus. Ainsi, l'inverse de ce qu'on trouve dans les crits sur Paris publis la mme poque en Alle-magne, il passe des donnes historiques aux donnes naturelles (gogra-phiques) qui dterminent la vie de la mtropole. Dans son journal pari-sien, la mtropole de l'histoire universelle est replace un endroit bien spcifique de la vie de la terre.

    Aprs la rvolution de Juillet, la littrature allemande avait de plus en plus dcrit Paris comme le lieu de transformations historiques. A la suite des Lettres de Paris de Ludwig Borne et des Franzsische Zustnde de Heine, des auteurs appartenant au mouvement de la Jeune Allemagne avaient peru un important changement de paradigme. On ne se rendait plus en Italie pour y admirer les uvres d'art et les paysages, mais Paris pour apprhender l'histoire et sa dynamique1. Lorsque Robert Prutz for-mula cette thse, Carus avait dj effectu deux voyages en Italie, avec la cour de Saxe. A prsent, il vient Paris de sa propre initiative, des fins scientifiques. Il se rend dans une ville dont les institutions scientifiques sont non seulement clbres, mais aussi fort nombreuses. Cette concentra-tion pouvait laisser esprer un renouveau des changes scientifiques en gnral, et plus particulirement entre la France et l'Allemagne. Son-geant ces nouvelles formes d'change du savoir, Goethe avait exprim l'espoir qu'une littrature universelle voie le jour 2. Une grande partie du journal publi par Carus est consacre au rcit de ses rencontres avec des savants franais, auprs desquels il fut introduit par Alexander von Hum-boldt, et de la visite d'institutions scientifiques. Lorsqu'il doit quitter Paris, il a beaucoup de mal se sparer de trois lieux : le Jardin du Roy, ses animaux, ses plantes, sa bibliothque, ses collections anatomi-ques et zoologiques, l'Acadmie des sciences et le progrs rgulier de sa contribution une vie scientifique de haute tenue, et les trsors artisti-ques du Louvre (II, 24). Il admire la grande ville parce qu'elle est un lieu d'activit incessante et d'enrichissement continuel de l'esprit. Paris donne de la grandeur la vie , rompt avec la paresse et la mesquine-rie, et suscite la naissance aise de grandes uvres (ibid.). Voil donc comment, dans un premier temps, on pourrait situer le discours de Carus, homme de science, peintre et disciple de Goethe, sur Paris: comme les romantiques, il apprcie les institutions scientifiques et les bibliothques parisiennes ; comme les reprsentants de l'Aufklrung et de la Jeune Allemagne, il est en mme temps fascin par la circulation du savoir et par l'acclration de sa production dans la capitale franaise. Il est manifestement conscient du lien entre l'accumulation et la circulatio