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  • HOMMAGE A HENRY CORBIN

    LA PENSE D'HENRY CORBIN ET LE TEMPLE MAONNIQUE par le Professeur Gilbert DURAND

    14 avril 1903 - 7 octobre 1978. Entre ces deux dates fut crite fune des uvres contemporaines les plus importantes au regard de la spiritualit. U11 cahier de fHerne dirig par C/vistian Jambet rend timoignage de ruvre de la personnaliti de Henry Corbin avec le concours de ses amis Mircea Eliade, Jean Brun, Richard Staulfer, Gilbert Durand, de ses disciples Daryush Shayeagan, Vieillard-Baron, Stlphane Ruspoli et de proches timoins Gaston Bachelard, Martin Heidegger, Ger.shom Scholem, Georges Dumizil, Carl Gustav Jung, sans compter ceu.T de l'invisible qu'il nous a apprit d mieux connatre : Sohravard, Ibn 'Arabi, l'ange Gabriel ...

    Henry Corbin, parce qu'il /tait des n8tres plus d'un titre, mritait cet hommage lmu que Villard de Honnecourt. dlJnt il tait membre cfhonneur, tenait d lui rendre en ces quelque.s pages, encore que 110us sachions fort bien que c'est en chacun de nru Frres qui reprennent un des ouvrages de cet illustre an que .s'accomplit, une fois encore, -le prodige de la Rsurrection.

    Nous remerions tout spcialement le Professeur Gilbert Durand, qui fut fun des intimes intelkctuels et fraternels de Henry Corbin, d'avoir bien voulu crire pour nous cet hommage.

    Alors que vient de paratre un des ouvrages majeurs d'Henry Corbin, et majeur pour la c contemplation> maonnique (Temple ei Contemplation, F1ammarion, 1981), il est opportun pour quelqu'un qui a vcu pendant dix-sept ans une grande amiti compagnonnique avec le Matre orientaliste, d'voquer quelques jalons intellectuels ou existentiels qui mnent ce livre.

    Tout l'itinraire spirituel d'Henry Corbin prface pour ainsi dire la ralisation concrte et rituelle d'une initiation. Trs tt (1932-1939), l'enthousiasme de jeunesse, en compagnie de Denis de Rougemont, pour les crits du c premier > Karl Barth tant vite tomb devant le c regrettable automne scolastique > du grand thologien protestant, la spiritualit de Corbin dresse le constat de faillite historique des Eglises - catholique comme protestante - se laissant entra}ner comme des cadavres au fil de l'histoire. C'est que durant le demi-sicle d'ffitler et de Staline la moindre compromission avec le Csar de l'heure prend un fatal accent. En face de l'historicisme et des aggiornamenti sinis-trement florissants, Corbin dresse d'abord avec le c premier>, K. Barth

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    (1922), qu'il dcouvre en 1930, la stature d'un Dieu totaliter aliter :i. (radicalement autrement), plus proche du Souverain bien platonicien, du prophtisme de Hamann - le Mage du Nord qui Corbin consacre un article en 1939 - que des scularisations, des morts de Dieu , prdites par Nietzsche. Mais derrire ce constat de dca-dence des spiritualits d'Occident, en filigrane d'abord travers les cours de Gilson, de Jean Baruzzi, puis grce l'amiti de Georges Vajda, d'Emile Benveniste, d'H.C. Puech, et enfin de Louis Massignon qui, le 13 octobre 1929, lui remet le manuscrit de la Thosophie orientale de Sohravard, se pose, si je puis dire, comme en attente une fondamentale pierre du Temple. C'est en effet de 1933 que date la premire traduction par Corbin d'un texte de Sohravard.

    Ds lors, par derrire la dcadence occidentale et comme dans un temps en surplomb , qui disloque l'idlatrie progressiste de l'Occident, Corbin va dcouvrir avec merveillement et fafre dcouvrir par des traductions, des ditions qui s'chelonnent sur plus de 40 annes, une philosophie et une vision de l'esprit elles aussi radicale-ment autrement'.' par rapport aux scularisations du christianisme histo-rique. L'on peut dire que l'initiation savante, progressive et obstine du Matre 1' e Orient des Lumirei; ,face l'immense et tnbreuse trahison des clercs de l'Occident, date de cette rencontre dterminante avec Sohravard, la victime de l'orthodoxie en place, le rsurrecteur dans l'Islam de la philosophie de la Lumire de !'Ancienne Perse et du platonisme des philosophes de l'Islam. Comme l'crit si bien son ami Denis de Rougemont, "n ailleurs (i.e. dans le catholicisme) mais ayant choisi par une dcision de ferveur - non moins profondment philosophique - les formes luthriennes d'une mystique aurorale (Hamann, Valentin Weigel, Boehme, Oetinger, Swedenborg ... ) puis urt temps la Lumire de Byzance, Henry Corbin, en Islam Iranien, cherche les voies de l'Ame unique et de la vocation illuminante ... >.

    Aussi, l'on connat le got spirituel du Matre pour les hrsies -o il trouvait toujours la flamme d'un rveil prophtique - chrtiennes ou musulmanes, et son exaspration devant le reproche superficiel de syncrtisme > qui lui tait fait, par des clercs aveugles. Pour Corbin, la spiritualit ne dpendait pas d'une orthodoxie codifie et, selon l'expression de Sohravard, elle est toujours confluence, " au confluent des deux mers :i.. Car cette philosophie n'est nullement un mlange clectique, une syncrse, mais bien plutt - ce qui nouera en 1949, au Cercle d'Eranos, une durable amiti avec C.G. Jung, M. Eliade, G. Scholem, E. Benz - l'effort de dcouverte de l'archtype qui cons-titue la spiritualit, la vrit et la vie , de toute religion. C'est dj fortuitement la rencontre avec cette essence du sacr avec la contem-plation, avec ce que Maistre appelait la transcendance > de la reli-gion, c'est cette mthode spirituelle qu'illustre magnifiquement le livre qui vient de paratre et sur lequel nous allons reven;r. Pour l'instant, essayons d'esquisser ce qui allait rapprocher la spiritualit de la Lumire orientale et son platonisme inhrent, de la spiritualit cos-saise >. Insatisfait de la compromission des Eglises, mais homme de dialogue, de chaude convivialit de compagnonnage - ne fut-il pas fidle pendant trente ans aux runions annuelles des compagnons d'Eranos ? - nous pouvons affirmer, au moins depuis 1964, date laque11e notre intgration au Cercle d'Eranos fut faite par Henry

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    Corbin lui-mme, que le Maitre tait dsireux, au sens trs fort que donne L.C. de Saint-Martin cet adjectif, de rejoindre si possible et d'y regrouper ses fidles disciples, une sodalit tmoignant par le symbolisme et la rigueur de son rituel mme de la vrit de la queste spirituelle. Au cours d'une conversation, en 1966, sous les Cdres d' Ascona, alors que je lui demandais s'il n'avait jamais t inclin entrer dans une tariqtl musulmane et ne me rpondant pas directement, il me disait : c C'est une chose difficile lorsque tu n'es pas lev dans le contexte religieux et culturel, mais sais-tu ce qu'un Shayk m'a rpondu la mme question que tu me poses 1 Ce serait trs facile, m'a-t-il dit, si tu tais dj initi par les Francs-Maons par exemple >. C'tait la premire fois que nous prononcions le mot de c Franc-Maonnerie , .

    Paralllement, la mditation de l'thique zoroastrienne et de l'Islam et nommment cette trange prescription de la c Guerre Sainte >, avait amen Henry Corbin s'intresser de prs une grande image archtypique, incarnant dans l'action ici-bas l'archtype indicible - totaliter aliter I - de la spiritualit. Telle est bien l'image persane, juive, essnienne, puis islamique et chrtienne de la Cheva-lerie. Tel tait le sens qu'il donnait ds 1965 son tude parue dans Eranos lahrbuch : c De l'pope hroque l'pope mystique>. C'est toujours cette mditation sur fa Chevalerie qui illustre explicitement sa confrence c improvise ::> d'Eranos 1971 (lahrbuch 40, 1973): c Juv-nilit et Chevalerie en Islam iranien >, reprise plus libre du livre VII du quatrime tome de la somme du Maitre, En Islam iranien : c Le douzi~me lmm et la chevalerie spirituelle>. C'est alors qu'il se passionnait, par del les romans arthuriens et la lgende du Graal, par del mme l'histoire tragique des Templiers pour ce premier ordre religieux et militaire que fut celui des Chevaliers Hositaliers de Saint-Jean de Jrusalem. Ce qui plaisait Corbin derrire l'exotrisme de l'adjectif hospitalier > des Chevaliers soignants de l'Hpital Saint-Jean de Jrusalem, c'tait la glose sotrique de cette c hospitalit>. Comme aim.ait le dire avec une humeur plaisante le Maitre : c Nous sommes aujourd'hui en rgime de Scurit Sociale qui se charge des uvres caritatives, l'hospitalit qui nous est dicte est celle de recevoir un Hte que l'Occident a laiss s'loigner - comme le Graal - vers ses rsidences orientales > .. . Et aussi, bien sfu, l'appellation explici-tement johannite de l'Ordre tait une garantie contre toutes les tenta-tives de c ptrification , sculire. Je cdais son amiti et entrepris, bien que je ne fusse nullement historien, une histoire de cet Ordre prototype qui finalement fut subrogation des biens du Temple. Ce qui frappait - et enchantait - Henry Corbin, c'tait l'cumnisme de cet Ordre - la transconfessionnalit - runissant en sa Comman-derie de Pot-Laval, o Corbin aimait inviter ses amis fidles, protes-tants et catholiques ; c'tait aussi le soucbage de branches anglicane ou luthrienne comme le St John Ortler ou l'Ordre des Johannites prussien. Enfin, comme pour parachever cet cumnisme, l'Ordre de Saint-Jean ne s'tait-il pas repli, aprs 1803, sous la sauvegarde orthodoxe de son protecteur Paul Jcr de Russie 1 Je me souviens de la joie du Matre lors d'une visite l'Abbaye de Saint-Antoine--en-Viennois, vieux fief des Antonins et ultime proprit avant la Rvo-lution Franaise des J?aznes Johannites. Mais dans l'historiographie de

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    l'Ordre, Henry Corbin allait faire une trouvaille qui devait orienter l'action et les options des dernires annes de sa vie. Il dcouvrait l'existence Strasbourg, au x1v sicle, d'un chevalier johannite, Rulman Merswin, qui ralisait le projet de runir autour de lui, l'Ile Verte, des lacs c parce que le temps des clotres est pass ... >. Sohravard avait t le guide spirituel de toute une partie de la vie d'Henry Corbin, Rulrnan Merswin allait tre le second guide, ou plutt le prolongeme

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