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Henri Michaux - Plume

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  • Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • UVRES D'HENRI MICHAUX

    1899-1984

    Aux ditions Gallimard

    QUI JE FUS, 1927.

    ECUADOR, 1929.

    UN BARBARE EN ASIE, 1933.

    LA NUIT REMUE, 1935.VOYAGE EN GRANDE GARA BAGNE, 1936.

    PLUME prcd de LOINTAIN INTRIEUR, 1938.AU PAYS DE LA MAGIE, 1941.

    ARBRES DES TROPIQUES, 1942.

    L'ESPACEDUDEDANS(Pages choisies), 1944 (nouvelle dition 1966).PREUVES, EXORCISMES (1940-1944), 1946.AILLEURSS (Voyage en Grande Garabagne Au pays de la Magie Ici,

    Poddema), 1948.LA VIE DANS LES PLIS, 1949.

    PASSAGES (1937-1950), 1950 (nouvelle dition 1963).MOUVEMENTS, 1952.

    FACE AUX VERROUS, 1954.

    CONNAISSANCE PAR LES GOUFFRES, 1961.

    LES GRANDES PREUVES DE L'ESPRIT ET LES INNOM-BRABLES PETITES, 1966.

    FAONS D'ENDORMI, FAONS D'VEILL, 1969.MISRABLE MIRACLE (La mescaline), 1972.MOMENTS, TRAVERSES DU TEMPS, 1973.FACE CE QUI SE DROBE, 1976.CHOIX DE POMES, 1976.POTEAUX D'ANGLE, 1981.

    Suite de la bibliographie en fin de volume

    Extrait de la publication

  • HENRI MICHAUX

    PLUMEPRCD DE

    LOINTAIN INTRIEUR

    NOUVELLE DITION

    REVUE ET CORRIGE

    Vif

    GALLIMARD

    Extrait de la publication

  • ditions Gallimard, 1963.

    Extrait de la publication

  • LOINTAIN INTRIEUR

    Extrait de la publication

  • Extrait de la publication

  • Entre centre

    et absence

    Extrait de la publication

  • MAGIE

    i

    J'tais autrefois bien nerveux. Me voici sur unenouvelle voie

    Je mets une pomme sur ma table. Puis je memets dans cette pomme. Quelle tranquillit 1

    a a l'air simple. Pourtant il y a vingt ansque j'essayais; et je n'eusse pas russi, voulantcommencer par l. Pourquoi pas ?Je me seraiscru humili peut-tre, vu sa petite taille et sa vieopaque et lente. C'est possible. Les penses de lacouche du dessous sont rarement belles.

    Je commenai donc autrement et m'unis l'Escaut.

    L'Escaut Anvers, o je le trouvai, est largeet important et il pousse un grand flot. Lesnavires de haut bord, qui se prsentent, il lesprend. C'est un fleuve, un vrai.

    Je rsolus de faire un avec lui. Je me tenais sur

    le quai toute heure du jour. Mais je m'par-pillai en de nombreuses et inutiles vues.

    Extrait de la publication

  • LOINTAIN INTRIEUR

    Et puis, malgr moi, je regardais les femmesde temps autre, et a, un fleuve ne le permetpas, ni une pomme ne le permet, ni rien dans lanature.

    Donc l'Escaut et mille sensations. Que faire ?Subitement, ayant renonc tout, je me trou-vai. je ne dirai pas sa place, car, pour direvrai, ce ne fut jamais tout fait cela. Il couleincessamment (voil une grande difficult) et seglisse vers la Hollande o il trouvera la mer etl'altitude zro.

    J'en viens la pomme. L encore, il y eut desttonnements, des expriences c'est toute unehistoire. Partir est peu commode et de mmel'expliquer.

    Mais en un mot, je puis vous le dire. Souffrirest le mot.

    Quand j'arrivai dans la pomme, j'tais glac.

    II

    Ds que je la vis, je la dsirai.D'abord pour la sduire, je rpandis des

    plaines et des plaines. Des plaines sorties de monregard s'allongeaient, douces, aimables, rassu-rantes.

    Les ides de plaine allrent sa rencontre, et

  • ENTRE CENTRE ET ABSENCE

    sans le savoir, elle s'y promenait, s'y trouvantsatisfaite.

    L'ayant bien rassure, je la possdai.Cela fait, aprs quelque repos et quitude,

    reprenant mon naturel, je laissai rapparatremes lances, mes haillons, mes prcipices.

    Elle sentit un grand froid et qu'elle s'taittrompe tout fait sur mon compte.

    Elle s'en alla la mine dfaite et creuse, etcomme si on l'avait vole.

    III

    J'ai peine croire que ce soit naturel et connude tous. Je suis parfois si profondment engagen moi-mme en une boule unique et dense que,assis sur une chaise, pas deux mtres de lalampe pose sur ma table de travail, c'est grand'peine et aprs un long temps que, les yeuxcependant grands ouverts, j'arrive lancer jus-qu' elle un regard.

    Une motion trange me saisit ce tmoignagedu cercle qui m'isole.

    Il me semble qu'un obus ou la foudre mmen'arriverait pas m'atteindre tant j'ai de matelasde toutes parts appliqus sur moi.

    Plus simplement, ce serait bien que la racine

    Extrait de la publication

  • LOINTAIN INTRIEUR

    de l'angoisse est pour quelque temps enfouie.J'ai dans ces moments l'immobilit d'un

    caveau.

    IV

    Cette dent de devant carie me poussait sesaiguilles trs haut dans sa racine, presque sousle nez. Sale sensation 1

    Et la magie ? Sans doute, mais il faut alorsaller se loger en masse presque sous le nez. QueldsquilibreI Et j'hsitais, occup ailleurs, unetude sur le langage.

    Sur ces entrefaites une vieille otite, qui dormaitdepuis trois ans, se rveilla et sa menue perfo-ration dans le fond de mon oreille.

    Il fallait donc bien me dcider. Mouill, autantse jeter l'eau. Bouscul en sa position d'qui-libre, autant en chercher une autre.

    Donc, je lche l'tude et me concentre. En troisou quatre minutes, j'efface la souffrance de l'otite(j'en connaissais le chemin). Pour la dent, il mefallut deux fois plus de temps. Une si drle deplace qu'elle occupait, presque sous le nez. Enfinelle disparat.

    C'est toujours pareil la seule premire fois estune surprise. La difficult est de trouver l'endroit

    Extrait de la publication

  • ENTRE CENTRE ET ABSENCE

    o l'on souffre. S'tant rassembl, on se dirigedans cette direction, ttons dans sa nuit, cher-chant le circonscrire (les nervs n'ayant pasde concentration sentent le mal partout), puis, mesure qu'on l'entame, le visant avec plus desoin, car il devient petit, petit, dix fois plus petitqu'une pointe d'pingle vous veillez cependantsur lui sans lcher, avec une attention croissante,lui lanant votre euphorie jusqu' ce que vousn'ayez plus aucun point de souffrance devantvous. C'est que vous l'avez bien trouv.

    Maintenant, il faut y rester sans peine. A cinqminutes d'effort doit succder une heure et demieou deux heures de calme et d'insensibilit. Je

    parle pour les hommes pas spcialement forts, nidous c'est d'ailleurs mon temps .

    (A cause de l'inflammation des tissus, il sub-siste une sensation de pression, de petit blocisol, comme il subsiste aprs l'injection d'unliquide anesthsique.)

    v

    Je suis tellement faible (je l'tais surtout), quesi je pouvais concider d'esprit avec qui que cesoit, je serais immdiatement subjugu et avalpar lui et entirement sous sa dpendance mais

    Extrait de la publication

  • LOINTAIN INTRIEUR

    j'y ai l'il, attentif, acharn plutt tre tou-jours bien exclusivement moi.

    Grce cette discipline, j'ai maintenant deschances de plus en plus grandes de ne jamaisconcider avec quelqu'esprit que ce soit et depouvoir circuler librement en ce monde.

    Mieux M'tant tel point fortifi, je lanceraisbien un dfi au plus puissant des hommes. Queme ferait sa volont ? Je suis devenu si aiguet circonstanci, que, m'ayant en face de lui, iln'arriverait pas me trouver.

  • UNE TTE SORT DU MUR

    J'ai l'habitude, le soir, bien avant d'y trepouss par la fatigue, d'teindre la lumire.

    Aprs quelques minutes d'hsitation et de sur-prise, pendant lesquelles j'espre peut-tre pou-voir m'adresser un tre, ou qu'un tre viendra moi, je vois une tte norme de prs de deuxmtres de surface qui, aussitt forme, fonce surles obstacles qui la sparent du grand air.

    D'entre les dbris du mur trou par sa force,elle apparat l'extrieur (je la sens plus que jene la vois) toute blesse elle-mme et portant lestraces d'un douloureux effort.

    Elle vient avec l'obscurit, rgulirementdepuis des mois.

    Si je comprends bien, c'est ma solitude qui prsent me pse, dont j'aspire subconsciemment sortir, sans savoir encore comment, et quej'exprime de la sorte, y trouvant, surtout au plusfort des coups, une grande satisfaction.

    Cette tte vit, naturellement. Elle possde savie.

    Extrait de la publication

  • LOINTAIN INTRIEUR

    Elle se jette ainsi des milliers de fois traversplafonds et fentres, toute vitesse et avec l'obsti-nation d'une bielle.

    Pauvre tte

    Mais pour sortir vraiment de la solitude on doittre moins violent, moins nerv, et ne pas avoirune me se contenter d'un spectacle.

    Parfois, non seulement elle, mais moi-mme,avec un corps fluide et dur que je me sens, biendiffrent du mien, infiniment plus mobile, soupleet inattaquable, je fonce mon tour avec imp-tuosit et sans rpit, sur portes et murs. J'adoreme lancer de plein fouet sur l'armoire glace.Je frappe, je frappe, je frappe, j'ventre, j'ai dessatisfactions surhumaines, je dpasse sans effortla rage et l'lan des grands carnivores et desoiseaux de proie, j'ai un emportement au-del descomparaisons. Ensuite, pourtant, la rflexion,je suis bien surpris, je suis de plus en plussurpris qu'aprs tant de coups, l'armoire glacene se soit pas encore fle, que le bois n'ait paseu mme un grincement.

  • MA VIE S'ARRTA

    J'tais en plein ocan. Nous voguions. Tout coup le vent tomba. Alors l'ocan dmasqua sagrandeur, son interminable solitude.

    Le vent tomba d'un coup, ma vie fit toc .Elle tait arrte tout jamais.

    Ce fut une aprs-midi de dlire, ce fut uneaprs-midi singulire, l'aprs-midi de la fiancese retire .

    Ce fut un moment, un ternel moment, commela voix de l'homme et sa sant touffe sans effort

    les gmissements des microbes affams, ce fut unmoment, et tous les autres moments s'y enfour-nrent, s'y envaginrent, l'un aprs l'autre, aufur et mesure qu'ils arrivaient, sans fin, sansfin, et je fus roul dedans, de plus en plus enfoui,sans fin, sans fin.

  • UN TOUT PETIT CHEVAL

    J'ai lev chez moi un petit cheva