halbwachs, maurice. les cadres sociaux de la mémoire

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Oeuvre classique des études de la mémoire, conçue sous l'influence d'Émile Durkheim. Téléchargement de la BNF.

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Les Cadres sociaux dela mmoire, par MauriceHalbwachs,... Source gallica.bnf.fr / Bibliothque nationale de France Halbwachs, Maurice (1877-1945). Les Cadres sociaux de la mmoire, par Maurice Halbwachs,.... 1925. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numriques d'oeuvres tombes dans le domaine public provenant des collections de laBnF.Leur rutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n78-753 du 17 juillet 1978 :*La rutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la lgislation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source.*La rutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par rutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produitslabors ou de fourniture de service.Cliquer ici pour accder aux tarifs et la licence2/ Les contenus de Gallica sont la proprit de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code gnral de la proprit des personnes publiques.3/ Quelques contenus sont soumis un rgime de rutilisation particulier. Il s'agit :*des reproductions de documents protgs par un droit d'auteur appartenant un tiers. Ces documents ne peuvent tre rutiliss, sauf dans le cadre de la copie prive, sansl'autorisation pralable du titulaire des droits.*des reproductions de documents conservs dans les bibliothques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signals par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothquemunicipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invit s'informer auprs de ces bibliothques de leurs conditions de rutilisation.4/ Gallica constitue une base de donnes, dont la BnF est le producteur, protge au sens des articles L341-1 et suivants du code de la proprit intellectuelle.5/ Les prsentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont rgies par la loi franaise. En cas de rutilisation prvue dans un autre pays, il appartient chaque utilisateurde vrifier la conformit de son projet avec le droit de ce pays.6/ L'utilisateur s'engage respecter les prsentes conditions d'utilisation ainsi que la lgislation en vigueur, notamment en matire de proprit intellectuelle. En cas de nonrespect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prvue par la loi du 17 juillet 1978.7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute dfinition, contacter reutilisation@bnf.fr.LES CADRES SOCIAUXDE LAMMOIREDUMMEAUTEURALAMME LIBRAIRIELaClasse ouvrire et lesniveaux de vie.Recherches sur lahirarchiedes besoins dans lessocits industriellescontem-poraines. Travaux de l'Anne sociologique. Un volumein-8.La Thorie de l'homme moyen.Essai sur Quetelet et la statis-tique morale. Un vol. in-12.LesExpropriationsetleprixdesterrains Paris(1860-1900).Socit nouvelle de librairieet d'dition (Rieder). Unvol. in-8,avecdeux plansettrois graphiques horstexte.LeCalcul des probabilits la porte de tous(encollabo-rationavecM. Frchet, professeur la Facult desSciences de l'Universit de Strasbourg). Dunod,unvol.in-12. Prix...18 fr.TRAVAUX DE L'ANNESOCIOLOGIQUEPUBLIS SOUSLADIRECTION DE M.MARCELMAUSSFondateur: EMILEDURKHEIMLESCADRESSOCIAUXDELAMMOIREPARMAURICE HALBWACHSProfesseur l'Universit deStrasbourgPARISLIBRAIRIE FLIXALCAN1925Tous droits de reproductionet d'adaptation rservsAVANT-PROPOSCommenousfeuilletions, dernirement,unancienvolumedu Magasin pittoresque, nous y avons lu une histoire singu-lire, celle d'une jeune fille de neufou dix ans qui fut trou-ve dans les bois, prs de Chlons,en 1731. On neput savoiroelle tait ne, nid'oelle venait. Elle n'avait gardaucun'souvenir de son enfance. En rapprochant les dtailsdonnspar elle aux diverses poques de sa vie, on supposaqu'elle tait ne dans le nord de l'Europe et probablementchezles Esquimaux, que de lelle avait ttransporteaux Antilles, et enfin en France. Elle assurait qu'elle avaitdeux fois travers de larges tendues de mer, et paraissaitmue quandonlui montrait des images qui reprsentaientsoit deshuttes etdesbarques dupaysdesEsquimaux,soit des phoques, soit descannes sucre et d'autres pro-duits deslesd'Amrique. Ellecroyaitserappelerassezclairement qu'elleavaitappartenu commeesclaveunematressequil'aimaitbeaucoup, maisquelematre,nepouvant lasouffrir, l'avait fait embarquer1.Si nous reproduisons ce rcit, dont nous ne savons s'ilest authentique, et que nous ne connaissons que de secondemain, c'estparce qu'il permet de comprendre en quel senson peut direquela mmoire dpend de l'entourage social. Aneufou dix ans, un enfant possde beaucoup de souvenirs,1.Magasin Pittoresque,1849,p.18. Comme rfrences, l'auteur nous dit: On crivit son sujet unarticle dansleMercure deFrance, septembre173.(ledernier Chiffreenblanc), etunpetitopusculeen1755(dont ilnenousindique pas le titre) auquel nous avons emprunt ce rcit."VIII LESCADRES SOCIAUXDELAMMOIRErcentsetmmeassezanciens. Que luienresterait-il,s'il tait brusquement spardes siens, transportdansun pays o on ne parle pas sa langue, oni dans l'aspectdes gens et des lieux, ni dans lescoutumes,ilneretrouveraitriendecequi lui tait familier jusqu'cemoment ?L'enfant a quitt une socit pour passer dans une autre.Il semble que, du mme coup, il ait perdu la facult de sesouvenir dans lasecondede toutcequ'ila fait, de toutcequi l'aimpressionn, etqu'ilse rappelait sans peine,dans lapremire. Pour que quelques souvenirsincertainsetincomplets reparaissent, il fautque,danslasocito il se trouve prsent, on lui montre tout au moins desimagesqui reconstituent [unmoment autourde lui legroupe et le milieu d'o il a t arrach.Cet exemple n'est qu'uncas limite.Maissi nousexami-nions d'un peu plus prs de quelle faon nous nous souve-nons, nous reconnatrions que,trs certainement, leplusgrandnombredenossouvenirsnousreviennent lorsquenos parents, nosamis,ou d'autres hommes nous les rap-pellent. On est assez tonn lorsqu'on lit les traits de psy-chologie o il est trait de la mmoire, que l'homme y soitconsidr commeun treisol. Il semble que, pour com-prendre nos oprations mentales, ilsoit ncessaire des'entenir l'individu, et de sectionnerd'abordtouslesliensqui le rattachent la socitdesessemblables. Cependantc'est dansla socitque,normalement,l'homme acquiertsessouvenirs, qu'il se les rappelle, et,comme on dit, qu'il lesreconnat etleslocalise. Comptons,dans unejourne, lenombredesouvenirsque nousavonsvoqusl'occa-sion denosrapportsdirectsetindirectsavecd'autreshommes. Nousverrons que,le plussouvent,nous nefaisonsappel notremmoirequepourrpondre desquestions que les autres nous posent, ou que nous suppo-sons qu'ils pourraient nousposer,etque,d'ailleurs, pourAVANT-PROPOS IXy rpondre, nous nous plaons leur point de vue, et nousnousenvisageonscomme faisant partie dumme groupeoudes mmesgroupes qu'eux. Maispourquoicequiestvrai d'ungrandnombredenossouvenirs neleserait-ilpas de tous? Le plus souvent, si je me souviens, c'est quelesautresm'incitent mesouvenir,queleur mmoirevientausecoursdelamienne,quelamiennes'appuiesur la leur. Dans ces cas au moins, le rappel des souvenirsn'a rien de mystrieux. Il n'y a pas chercher o ils sont,oilsseconservent, dans mon cerveau, ou dans quelquerduit demonesprit o j'aurais seul accs, puisqu'ilsmesontrappels dudehors, etquelesgroupesdont jefaispartiem'offrentchaque instant lesmoyens delesreconstruire, condition que je me tournevers eux et quej'adopte au moins temporairement leurs faons de penser.Maispourquoi n'en serait-il pas ainsi danstouslescas?C'est en cesensqu'ilexisterait une mmoire collectiveet des cadres sociaux de la mmoire, et c'est dans lamesureo notre pense individuelle se replace dans ces cadres etparticipe cette mmoire qu'elle serait capable de se sou-venir. Oncomprendra quenotre tudes'ouvre par un etmmedeux chapitres consacrs au rve1,si l'on remarquequel'homme qui dortsetrouve pendant quelque tempsdansun tat d'isolement qui ressemble, au moinsen partie,celui o il vivraits'il n'taiten contact eten rapportavecaucunesocit. Acemoment,il n'estpluscapableet il n'a plus besoin d'ailleurs de s'appuyer sur ces cadresde la mmoire collective, et il est possible de mesurer l'ac-tion de ces cadres, en observant ce que devient la mmoireindividuelle lorsque cette action ne s'exerce plus.Mais, lorsquenousexpliquions ainsi la mmoired'un indi-I.Le premier chapitre, qui a t le point de dpart de notrerecherche, parusousformed'article, peuprstelque nousle reproduisons, danslaRevue Philosophique, en janvier-fvrier1923.X LES CADRES SOCIAUXDE LAMMOIREvidu par la mmoire des autres, netournions-nouspasdansun cercle? Il fallait, eneffet, expliquer alors comment lesautres sesouviennent, et lemme problmesemblait seposer de nouveau, dans les mmes termes.Si lepass reparat, il importe fort peu de savoir s'il repa-rat dansmaconscience,oudans d'autresconsciences. Pour-quoi reparat-il? Reparatrait-il, s'il ne se conservait pas?Ce n'est point apparemmentsans raison que, dans la tho-rieclassique de lammoire, aprs l'acquisition des souve-nirs on tudie leur conservation, avant de rendre comptede leur rappel. Or, si l'on ne veut pas expliquer la conser-vationdessouvenirspardesprocessus crbraux(expli-cation,eneffet,assezobscureetqui soulvedegrossesobjections), il semble bien qu'il n'y ait pas d'autre alterna-tivequed'admettre queles souvenirs,entant qu'tatspsychiques, subsistent dansl'esprit l'tat insconscient,pour redevenir conscients lorsqu'onseles rappelle. Ainsi,le passne sedtruirait etne disparatrait qu'en apparence.Chaqueespritindividueltranerait derrireluitoutelasuitedesessouvenirs. On peutadmettremaintenant, sil'onveut,queles diversesmmoiress'entr'aidentetseprtent mutuellement secours. Mais ce que nous appelonslescadrescollectifs de la mmoirene seraient que le rsul-tat,lasomme,lacombinaisondes souvenirsindividuelsdebeaucoupdemembresd'unemmesocit. Ilsservi-raient, peut-tre, les mieux classer aprs coup,situerles souvenirsdes uns par rapport ceux des autres. Maisils n'expliqueraient point la mmoire elle-mme, puisqu'ilsla supposeraient.L'tude du rve nous avait apport dj des argumentstrs srieux contre la thse de l