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Filosofía

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  • Cet article est disponible en ligne ladresse :http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RMM&ID_NUMPUBLIE=RMM_012&ID_ARTICLE=RMM_012_0069

    Pratique et fondement de la mthode en histoire de la philosophie chez Martial Gueroultpar Christophe GIOLITO

    | Presses Universitaires de France | Revue de Mtaphysique et de Morale2001/2 - n 30ISSN 0035-1571 | ISBN 2-1305-1768-4 | pages 69 95

    Pour citer cet article : Giolito C., Pratique et fondement de la mthode en histoire de la philosophie chez Martial Gueroult, Revue de Mtaphysique et de Morale 2001/2, n 30, p. 69-95.

    Distribution lectronique Cairn pour les Presses Universitaires de France. Presses Universitaires de France. Tous droits rservs pour tous pays.La reproduction ou reprsentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorise que dans les limites des conditions gnrales d'utilisation du site ou, le cas chant, des conditions gnrales de la licence souscrite par votre tablissement. Toute autre reproduction ou reprsentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manire que ce soit, est interdite sauf accord pralable et crit de l'diteur, en dehors des cas prvus par la lgislation en vigueur en France. Il est prcis que son stockage dans une base de donnes est galement interdit.

  • Dossier : f20593 Fichier : revue02 Date : 11/6/2007 Heure : 10 : 44 Page : 69

    Pratique et fondement de la mthodeen histoire de la philosophie

    chez Martial Gueroult

    RSUM. Martial Gueroult est exemplaire parmi les historiens franais de laphilosophie : ses travaux permettent dtudier la divergence des dimensions de lactivitdinterprtation (commentaire, mthodologie, fondation). Cet article procde une lec-ture de ses monographies emblmatiques, essaie de comprendre la limitation du champde leurs objets, se risque une critique de lidalisme radical pour finalement expli-quer que le manuscrit de la Dianomatique nait jamais t publi, sans pourtant queson auteur en dsavoue lintention : son principal dfaut relevait dune contradictionthorique.

    ABSTRACT. Martial Gueroult is an exemplary case among the historians of philo-sophy : his works enable to study the discrepancy between the various interpretativeactivities (commentary, methodology, foundation). The aim of this article is to read hissymbolic monographies, to understand the limitation of their perspective, to criticizeradical idealism and lastly to explain that the manuscript of the Dianoematic has neverbeen issued, without its author ever denying his intention to do so. Its main defect wasa theoretical contradiction.

    Nous nous proposons de confronter les deux orientations essentielles destravaux du clbre historien de la philosophie Martial Gueroult (1896-1976) :dun ct son activit de commentateur, quil a illustre par de remarquablesmonographies, de lautre sa thorisation philosophique, tentative dune fonda-tion radicale de sa mthode dinvestigation des doctrines. Les positions respec-tives de la pratique dhistorien et de la recherche de ses principes fondateurssont-elles compatibles ? Laquelle de ces deux dimensions de lactivit dhisto-rien de la philosophie prexiste lautre ? Dans quelle mesure la secondedpend-elle de la premire ? Le fondement se donne dabord sans relationimmdiate 1 avec les moyens de la lecture des uvres, paraissant postrieur la patiente critique des doctrines 2. Reste-t-il pourtant indpendant de toute

    1. Notons demble que les textes proprement mthodologiques, comme la Leon inaugurale oularticle de lEncyclopdie franaise, ne constituent pas une vritable thorisation philosophique.

    2. Linvestigation fondatrice fut publie titre posthume, en 1979, dans la Philosophie de

    Revue de Mtaphysique et de Morale, No 2/2001

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    pratique, vrai a priori ? Ou bien doit-on reconnatre quil nest valid que parles applications quil permet ? Dans ce cas, son caractre fondateur ne sentrouve-t-il pas remis en cause ? Parmi les grands historiens franais de la phi-losophie 3, Martial Gueroult est celui qui a fait de lexigence de mthode unevritable bannire. Il considrait linvestigation structurale comme seule cautionde ses interprtations prtention exclusive. Cest sur le statut de la notion demthode en gnral que nous essaierons de nous prononcer terme.

    Lhistoire de la philosophie apparat dabord comme un acte de lecture,cest--dire daccueil dune donne textuelle. Cette rception est premirementpartielle 4, secondement rgule par ladoption de principes de lecture. Cesderniers ont une fonction dinformation : ils dfinissent une perspective surlobjet ; ils le constituent en partie. Leur application rgulire conduit dfinirdes units ou degrs dinvestigation, qui correspondent la formeconstante des prlvements oprs sur le discours tudi. On lgitimera ensuiteune pratique en dfinissant ses critres opratoires identiques. Llve qui sou-ligne un terme important, le professeur qui choisit un texte essentiel, linterprtequi privilgie un ouvrage sur les autres ; tous effectuent une slection quilsvoudraient rendre indpendante de leur option personnelle. Aussi, le premierimpratif, pour justifier cette slection, cest de lui donner des critres objectifs,relevant de la nature empirique de ce qui est en question. Cela conduit considrer le texte sous sa forme matrielle : objet-livre, pages, noir sur blanc,graphie. Lintrt contemporain de cette dfinition des lments de notre rcep-tion est de permettre des recensements exhaustifs et infaillibles laide desmoyens informatiques. Ici, la slection est toujours justifie puisque, selon sondegr dinformation (recherche doccurrences, constitution dindex ou de tablesde frquences), elle reproduit lidentique les donnes textuelles ; aussi peut-elle tre dite ne consister quen un autre ordre de prsentation de la doctrine.Dans la mmoire toute quantitative de la machine, le stockage est permanent etintgral ; ds que linterprte lutilise, cette mmoire devient active, cest--direslective. Nous comprenons que le souci de ne pas faire dpendre sa lecturedengagements subjectifs apparat dautant plus illusoire quil a acquis uneeffectivit par le dveloppement de nos moyens techniques dinvestigation.Grce lordinateur, le lecteur est appel (a contrario) prendre conscience deson intervention : il ne peut borner son rle celui dun accueil indiffrent.

    lhistoire de la philosophie, bien quelle ft rdige dans les annes trente, faisant suite la thseque Martial Gueroult a soutenue sur Fichte.

    3. Dont nous prsentons et comparons les perspectives dans Lcole franaise dhistoire de laphilosophie, in Lenseignement philosophique, no 5, 1998, p. 25-42.

    4. La lecture est une activit interprtative, parce quelle est toujours appropriation intellectuelle.Recueillir sans transformer, ce serait reproduire lidentique.

    70 Christophe Giolito

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    Lapprhension matrielle en laquelle consiste lenregistrement informatique neconstitue pas, en effet, une pratique de lhistoire de la philosophie, mais pluttune tape liminaire ou auxiliaire, qui donne au fantasme dune histoire imm-diate ou originale son sens.

    Un second impratif consiste vouloir rduire la part de dtermination danslintervention que toute lecture suppose. Une rception consciente se voudraitattentive, constituant ses principes de faon rflchissante, au fur et mesurede son investigation. Il sagit dtre mthodique , duvrer en bon historiendu local vers le global, de donner ses units dinvestigation comme identifiesa posteriori 5. Martial Gueroult ne sest pas content dune telle lecture rfl-chissante. Comment a-t-il rendu raison dune telle doctrine de linterprtationpour laquelle, linverse, on progresse du global au local, les principes sontconstitutifs, la dmarche est dductive, les units deviennent dterminantes ?Nous distinguons plusieurs niveaux de linvestigation historique en philosophie,autant de statuts reconnus la pratique de lhistoire. Ces prceptes rgulateurssont-ils infrs au cours de ltude suivie de lobjet, ou bien sont-ils adopts etlgitims a priori ? Sans insister sur son absence de scrupules lgard de lalittralit, on pourra se demander pourquoi la mthode simpose MartialGueroult comme une vidence, pourquoi il ny a pas den de de la rechercheanime dintentions dterminantes. Dans quelle mesure une dmarche de consti-tution philosophique, propre accder un autre plan de recherche, conduit-elle transformer la pratique de lhistorien ? Pourquoi la philosophie de lhistoirede la philosophie ne peut-elle se confondre, ni mme se relier explicitement 6,avec la mthode de lhistoire ? Peut-on esprer une conciliation entre mthoderflchissante, proprement historique, et principes constitutifs, spcifiquementphilosophiques ? Nous commenons par examiner le travail de lhistorien, pouridentifier ses procds. Nous tudions ensuite sa thorisation fondatrice afin destatuer finalement sur leur rapport. En choisissant dvoquer dabord les tudesde doctrines, ne cherchons-nous pas supplanter la philosophie par lhistoire ?Non, puisque nous nous conformons seulement lordre dans lequel notre auteura port ses travaux notre connaissance.

    5. On pourrait dcrire le dchiffrage dun systme philosophique, linstar du dcryptage desfragments dun idiome chez les linguistes, au moyen de permutations, diffrenciations, sriations,hirarchisations.

    6. Nous verrons que la formulation de prceptes dinterprtation des philosophies passes nestpas appuye par Gueroult sur sa propre doctrine philosophique.

    71Pratique et fondement de la mthode en histoire de la philosophie

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    1. LA MTHODE LUVRE

    On a pu souponner la mthode qualifie de structurale de dpendretroitement de lobjet auquel elle tait dabord applique, lidalisme allemand