gérard balvay

Download Gérard Balvay

Post on 05-Jan-2017

216 views

Category:

Documents

1 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Avez-vous t marqu par des professeurs au cours de vos formations ?

    Au lyce et surtout en facult, jai eu des enseignants convain-cants, en particulier les spcialistes des lacs (J. Wautier, J.Juget), ou dautres domaines de la biologie : zoologie (R.Ginet, A.L. Roux, E. Pattee, M. Pavans de Ceccaty) ou biologiegnrale (MM. Nigon et Legay). Plusieurs dentre eux ontdailleurs fait partie une poque des comits scientifiques oudes jurys des concours de lINRA.Ils mont confort dans mon dsir duvrer en limnologie, enapprofondissant mes connaissances dans diffrents domainescomme la biologie animale et vgtale, la taxonomie qui sontdes disciplines essentielles pour la limnologie, science relative-ment complexe qui intgre de nombreux autres domainescomme la mtorologie, la gologie, lhydrodynamique, la chi-mie et la physique des eaux, la bactriologie, la toxicologie...

    Pouvez-vous nous en dire plus sur la limnologie ?

    Il y a plus dun sicle, le savant suisse Franois-Alphonse Forel, la suite de ses tudes menes sur le Lman durant plus detrois dcennies, crait la limnologie, science nouvelle relative ltude des lacs et dfinie en 1892 comme locanographiedes eaux douces.Autrefois limit ltude des lacs, le domaine de la limnologiesest progressivement tendu lensemble des eaux douces,quelles soient stagnantes, faible vitesse de renouvellementdes eaux (milieux lentiques : lacs, retenues, tangs, gravires etballastires, tourbires...) ou courantes (milieux lotiques : fleu-ves, rivires, torrents, ruisseaux...) pour englober actuellementlensemble des eaux superficielles continentales.Cette science pluridisciplinaire fait appel un ensemble com-plexe dtudes : hydrologie, physique et chimie des eaux, bio-logie des organismes (benthos, plancton, poissons...), cotoxi-cologie, bactriologie, nature et utilisation du bassin versant(urbanisation, agriculture, industrie), sources de pollution, envi-ronnement des milieux aquatiques...La productivit dun lac repose sur le fonctionnement durseau trophique allant du monde inorganique au phytoplanc-ton consomm par le zooplancton, lui-mme proie des pois-sons. Tout impact sur une partie du rseau trophique peutavoir des rpercussions nfastes sur le fonctionnement globaldun plan deau. Une surpopulation de poissons peut limiterlabondance du zooplancton dont la pression de prdation sur le phytoplancton est alors insuffisante ; labondance des algues dgrade alors la qualit des eaux. Le fonctionnement

    de lcosystme dpend en outre de nombreux facteurs exter-nes comme la climatologie locale, les apports nutritifs ou pol-luants en provenance du bassin versant par les affluents ou leruissellement diffus...La gestion des milieux aquatiques qui dbouche sur la fourni-ture deau potable, assure une production piscicole de valeuret permet la pratique des activits de loisirs, implique deconnatre le fonctionnement et la structure des divers compar-timents de ces cosystmes complexes, la productivit de cesmilieux et les risques potentiels encourus. Do lapprofondis-sement des recherches sur le zooplancton tant en lui-mmequen collaboration avec dautres disciplines (structure du phy-toplancton, physiologie algale, production bactrienne et pro-duction primaire algale, production secondaire zooplancto-nique, ichtyologie...) afin de contribuer une meilleure con-naissance du fonctionnement des cosystmes lacustres.

    La limnologie est-elle couramment enseigne luniversit ?

    La limnologie est toujours enseigne dans plusieurs universitsfranaises, mais jai limpression que lenseignement magistralde cette discipline synthtique se perd progressivement auprofit dautres enseignements pourtant utiliss en limnologie(chimie, bactriologie, hydrodynamique, gntique, biologiecellulaire, cotoxicologie...).Dans le monde existent de nombreux instituts et laboratoiresde recherche pour promouvoir la limnologie et former les tu-diants 1.Cependant Thonon, leffectif des chercheurs nest en riencomparable celui des quipes canadiennes. L o ils sont

    Grard Balvay, Thonon-les-Bains, le 28 fvrier 2008

    Grard BalvayJe suis n en 1941 Mcon, terre natale de Lamartine dont le cl-

    bre pome Le Lac a peut-tre t le signe prmonitoire de ma future

    orientation professionnelle sur ltude des milieux lacustres.

    Petit-fils de fermiers, fils dun prparateur en pharmacie et dune

    mre au foyer, jai suivi mes tudes primaires et secondaires

    Mcon, toujours passionn par les sciences naturelles et expri-

    mentales. Jai poursuivi mes tudes suprieures avec une licence de

    sciences naturelles la facult des sciences de Lyon (1964), un DEA

    en biologie (1965) et un doctorat de spcialit en sciences biolo-

    giques (option biologie animale) en 1967.

    1 Au Canada le centre canadien deseaux intrieures (CCIW) Burlington,les universits du Qubec et deMontral, en Suisse lInstitut Forel Versoix, le laboratoire deKastanienbaum et les instituts poly-techniques fdraux de Lausanne etde Zurich, les instituts allemands de Langenargen et de Constance,la station biologique de Lunz-am-See(Autriche), lInstitut italien dhydrobiologie Pallanza...La France nest pas en reste avec ses universits, lINRA (stationsde Thonon, Saint-Pe-sur-Nivelle,Jouy-en-Josas, Rennes), lIRD et le CNRS, le CEMAGREF, le CEA et EDF, lcole nationale des Ponts et Chausses, les stations biologiques de Villefranche-sur-Mer, Tamaris,Ordon, Roscoff, la Tour-du-Valat,Besse-en-Chandesse... en regrettantde ne pouvoir citer toutes les struc-tures impliques en limnologie.) 195

    Le btiment administratif de la station.

    Phot

    o :

    INRA

    - Ch

    ristia

    n Ga

    lant

  • Propos recueillis par C. Mousset-Dclas et Ch. Galant

    plusieurs dizaines, nous ne sommes quune poigne mais avecune certaine notorit, ce qui ma valu, ainsi qu mes coll-gues, daccueillir de nombreux tudiants franais et trangersau cours de stages obligatoires, mais parfois dans des situa-tions curieuses. Ainsi, lUST du Languedoc (CREUFOP) Montpellier mavait envoy des tudiants du Niger, du Gabonet du Congo pour se former la pisciculture en eau chaude...au Lman ! Il semblait difficile daccueillir de tels stagiairesmais nous les avons quand mme forms lhydrobiologie,aux mthodes et aux techniques de base de laquaculture afinquils puissent les adapter aux conditions climatiques de leurpays dorigine.Thonon fut durant plusieurs annes une base de repli de lex-ORSTOM (IRD), accueillant les chercheurs qui revenaient enFrance pour sinformer des nouvelles techniques de la limnolo-gie, rdiger leur thse ou publications, avant que cet institut nesinstalle Montpellier.Grce aux nombreux rapports entretenus avec diffrentes struc-tures de recherche sur les milieux aquatiques, il est possible defaire de la limnologie compare, ce qui est beaucoup plus int-ressant du point de vue scientifique que de senfermer dans unetour divoire en ne travaillant que sur un seul lac comme leLman ou sur un seul sujet (lment chimique, algue ou micro-crustac, macrophyte, poisson...). Cette mthodologie multidis-ciplinaire dbouche sur la conservation des milieux naturels,lutilisation des lacs comme ressource en eau potable, la ges-tion globale des milieux aquatiques, le dveloppement et lamlioration des productions aquicoles de valeur, avec desimplications socio-conomiques trs importantes ; il en est demme des fonctions patrimoniales et touristiques des lacs quien dcoulent. Cest pourquoi de nombreuses instances de

    lINRA ont toujours fait rfrence Thonon dans le domaine dela protection des milieux naturels, mme si lon a limpressionque notre unit a parfois servi de bonne conscience pourlInstitut.

    Quelle est votre perception de la formation universitaire dans votre spcialit ?

    mon avis luniversit ne forme pas suffisamment les tu-diants la limnologie et la taxonomie. Ces tudiants prsen-tent souvent dimportantes lacunes dans leur formation debase en taxonomie, cologie et thologie aquatiques, domai-nes indispensables pour une connaissance approfondie dufonctionnement des cosystmes lacustres, mais quils consi-drent souvent comme peu valorisants. Or, cette connaissancesynthtique des plans deau est primordiale tant pour ltudedes cosystmes que dans la valorisation et le transfert desconnaissances.Les tudiants actuels sont trs comptents en biochimie, bio-logie molculaire ou cellulaire, gntique, biomtrie, dyna-mique des populations, modlisation... mais ils sont parfoisincapables de connatre les diffrences fondamentales entreun insecte et une grenouille !Le transfert des savoirs se fait actuellement surtout pour destudiants, futurs limnologues ou hydrobiologistes au cours destages parfois volontaires, le plus souvent obligatoires dans lecadre des tudes, sur des thmes choisis par le matre de stagepour complter ses propres recherches ou aborder un nouveaudomaine pouvant savrer utile.

    Que diriez-vous aujourdhui des jeunes dsireux de se lancer dans la limnologie ?

    Je leur dconseillerais la recherche en limnologie gnrale ; lesdbouchs paraissent limits car cela nintresse que les orga-nismes communaux ou intercommunaux et les instances loca-les qui veulent protger ou valoriser leurs plans deau, souventpar lintermdiaire de bureaux dtudes.Les orientations actuelles favorisent les disciplines considrescomme nobles ou dans le vent (lies des financements int-ressants) comme la gntique, la gnomique, lcotoxicologie,la biologie molculaire... On reproche aux cologistes et auxtaxonomistes des techniques anciennes ou juges trop clas-siques, mais les disciplines ci-dessus ne remplaceront jamaislil de lobservateur pour identifier correctement un organis-me sous le microscope.

    Que diriez-vous encore sur lvolution des mtiers ?

    Plusieurs fois je suis intervenu avec diverses structures profes-sionnelles du Chablais (gendarmerie, douanes, eaux et forts,chambres de commerce, dindustrie et dagriculture, notariat...)dans des actions visant sensibiliser les lycen