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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles

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L'oeuvre fantastique . I. NouvellesAdaptation d'un texte lectronique provenant de la Bibliothque Nationale de France : http://www.bnf.fr/

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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles

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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles

La cafetire Onuphrius Omphale La morte amoureuse La pipe d'opium Le chevalier double Le pied de momie Deux acteurs pour un rle Le Club des hachichins Arria Marcella

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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles

La cafetireJ'ai vu sous de sombres voiles Onze toiles, La lune, aussi le soleil, Me faisant la rvrence, En silence, Tout le long de mon sommeil. La vision de Joseph. I L'anne dernire, je fus invit, ainsi que deux de mes camarades d'atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie. Le temps, qui, notre dpart, promettait d'tre superbe, s'avisa de changer tout coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux o nous marchions taient comme le lit d'un torrent. Nous enfoncions dans la bourbe jusqu'aux genoux, une couche paisse de terre grasse s'tait attache aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas que nous n'arrivmes au lieu de notre destination qu'une heure aprs le coucher du soleil. Nous tions harasss ; aussi, notre hte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos billements et tenir les yeux ouverts, aussitt que nous emes soup, nous fit conduire chacun dans notre chambre. La mienne tait vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fivre, car il me sembla que j'entrais dans un monde nouveau. En effet, l'on aurait pu se croire au temps de la Rgence, voir les dessus de porte de Boucher reprsentant les quatre Saisons, les meubles surchargs d'ornements de rocaille du plus mauvais got, et les trumeaux des glaces sculpts lourdement. Rien n'tait drang. La toilette couverte de botes peignes, de houppes poudrer, paraissait avoir servi la veille. Deux ou trois robes de couleurs changeantes, un ventail sem de paillettes d'argent, jonchaient le parquet bien cir, et, mon grand tonnement, une tabatire d'caille ouverte sur la chemine tait pleine de tabac encore frais. Je ne remarquai ces choses qu'aprs que le domestique, dposant son bougeoir sur la table de nuit, m'eut souhait un bon somme, et, je l'avoue, je commenai trembler comme la feuille. Je me dshabillai promptement, je me couchai, et, pour en finir avec ces sottes frayeurs, je fermai bientt les yeux en me tournant du ct de la muraille. Mais il me fut impossible de rester dans cette position : le lit s'agitait sous moi comme une vague, mes paupires se retiraient violemment en arrire. Force me fut de me retourner et de voir. La cafetire 5

L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles Le feu qui flambait jetait des reflets rougetres dans l'appartement, de sorte qu'on pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les figures des portraits enfums pendus la muraille. C'taient les aeux de notre hte, des chevaliers bards de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fard et aux cheveux poudrs blanc, tenant une rose la main. Tout coup le feu prit un trange degr d'activit ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que j'avais pris pour de vaines peintures tait la ralit ; car les prunelles de ces tres encadrs remuaient, scintillaient d'une faon singulire ; leurs lvres s'ouvraient et se fermaient comme des lvres de gens qui parlent, mais je n'entendais rien que le tictac de la pendule et le sifflement de la bise d'automne. Une terreur insurmontable s'empara de moi, mes cheveux se hrissrent sur mon front, mes dents s'entrechoqurent se briser, une sueur froide inonda tout mon corps. La pendule sonna onze heures. Le vibrement du dernier coup retentit longtemps, et, lorsqu'il fut teint tout fait... Oh ! non, je n'ose pas dire ce qui arriva, personne ne me croirait, et l'on me prendrait pour un fou. Les bougies s'allumrent toutes seules ; le souffler, sans qu'aucun tre visible lui imprimt le mouvement, se prit souffler le feu, en rlant comme un vieillard asthmatique, pendant que les pincettes fourgonnaient dans les tisons et que la pelle relevait les cendres. Ensuite une cafetire se jeta en bas d'une table o elle tait pose, et se dirigea, clopinclopant, vers le foyer, o elle se plaa entre les tisons. Quelques instant aprs, les fauteuils commencrent s'branler, et, agitant leurs pieds tortills d'une manire surprenante, vinrent se ranger autour de la chemine. II Je ne savais que penser de ce que je voyais ; mais ce qui me restait voir tait encore bien plus extraordinaire. Un des portraits, le plus ancien de tous, celui d'un gros joufflu barbe grise, ressemblant, s'y mprendre, l'ide que je me suis faite du vieux sir John Falstaff, sortit, en grimaant, la tte de son cadre, et, aprs de grands efforts, ayant fait passer ses paules et son ventre rebondi entre les ais troits de la bordure, sauta lourdement par terre. Il n'eut pas plutt pris haleine, qu'il tira de la poche de son pourpoint une clef d'une petitesse remarquable ; il souffla dedans pour s'assurer si la forure tait bien nette, et il l'appliqua tous les cadres les uns aprs les autres. Et tous les cadres s'largirent de faon laisser passer aisment les figures qu'ils renfermaient. Petits abbs poupins, douairires sches et jaunes, magistrats l'air grave ensevelis dans de grandes robes noires, petitsmatres en bas de soie, en culotte de prunelle, la pointe de l'pe en haut, tous ces personnages prsentaient un spectacle si bizarre, que, malgr ma frayeur, je ne pus m'empcher de rire.

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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles Ces dignes personnages s'assirent ; la cafetire sauta lgrement sur la table. Ils prirent le caf dans des tasses du Japon blanches et bleues, qui accoururent spontanment de dessus un secrtaire, chacune d'elles munie d'un morceau de sucre et d'une petite cuiller d'argent. Quand le caf fut pris, tasses, cafetire et cuillers disparurent la fois, et la conversation commena, certes la plus curieuse que j'aie jamais oue, car aucun de ces tranges causeurs ne regardait l'autre en parlant : ils avaient tous les yeux fixs sur la pendule. Je ne pouvais moimme en dtourner mes regards et m'empcher de suivre l'aiguille, qui marchait vers minuit pas imperceptibles. Enfin, minuit sonna ; une voix, dont le timbre tait exactement celui de la pendule, se fit entendre et dit : Voici l'heure, il faut danser. Toute l'assemble se leva. Les fauteuils se reculrent de leur propre mouvement ; alors, chaque cavalier prit la main d'une dame, et la mme voix dit : Allons, messieurs de l'orchestre, commencez ! J'ai oubli de dire que le sujet de la tapisserie tait un concerto italien d'un ct, et de l'autre une chasse au cerf o plusieurs valets donnaient du cor. Les piqueurs et les musiciens, qui, jusquel, n'avaient fait aucun geste, inclinrent la tte en signe d'adhsion. Le maestro leva sa baguette, et une harmonie vive et dansante s'lana des deux bouts de la salle. On dansa d'abord le menuet. Mais les notes rapides de la partition excute par les musiciens s'accordaient mal avec ces graves rvrences : aussi chaque couple de danseurs, au bout de quelques minutes, se mit pirouetter, comme une toupie d'Allemagne. Les robes de soie des femmes, froisses dans ce tourbillon dansant, rendaient des sons d'une nature particulire ; on aurait dit le bruit d'ailes d'un vol de pigeons. Le vent qui s'engouffrait pardessous les gonflait prodigieusement, de sorte qu'elles avaient l'air de cloches en branle. L'archet des virtuoses passait si rapidement sur les cordes, qu'il en jaillissait des tincelles lectriques. Les doigts des flteurs se haussaient et se baissaient comme s'ils eussent t de vifargent ; les joues des piqueurs taient enfles comme des ballons, et tout cela formait un dluge de notes et de trilles si presss et de gammes ascendantes et descendantes si entortilles, si inconcevables, que les dmons euxmmes n'auraient pu deux minutes suivre une pareille mesure. Aussi, c'tait piti de voir tous les efforts de ces danseurs pour rattraper la cadence. Ils sautaient, cabriolaient, faisaient des ronds de jambe, des jets battus et des entrechats de trois pieds de haut, tant que la sueur, leur coulant du front sur les yeux, leur emportait les mouches et le fard. Mais ils avaient beau faire, l'orchestre les devanait toujours de trois ou quatre notes. La pendule sonna une heure ; ils s'arrtrent. Je vis quelque chose qui m'tait chapp : une femme qui ne dansait pas. Elle tait assise dans une bergre au coin de la chemine, et ne paraissait pas le moins du monde prendre part ce qui se passait autour d'elle.

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L'oeuvre fantastique . I. Nouvelles Jamais, mme en rve, rien d'aussi parfait ne s'tait prsent mes yeux ; une peau d'une blancheur blouissante, des cheveux d'un blond cendr, de longs cils et des prunelles bleues, si claires et si transparentes, que je voyais son me travers aussi distinctement qu'un caillou au fond d'un ruisseau. Et je sentis que, si jamais il m'arrivait d'aimer quelqu'un, ce serait elle. Je me prcipitai hors du lit, d'o jusquel je n'avais pu bouger, et je me dirigeai vers elle, conduit par quelque chose qui agissait en moi sans que je pusse m'en rendre compte ; et je me trouvai ses genoux, une de ses mains dans les miennes, causant avec elle comme si je l'eusse connue depuis vingt ans. Mais, par un prodige bien trange, tout en lui parlant, je marquais d'une oscillation de tte la musique qui n'avait pas cess de jouer ; et, quoique je fusse au comble du bonheur d'entretenir une aussi belle personne, les pieds me brlaient de danser avec elle. Cependant je n'osais lui en faire la proposition. Il parat qu'elle comprit ce que je voulais, car, levant vers le cadran de l'horloge la main que je ne tenais pas