ethique des logiciels libres

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  • 8/7/2019 Ethique Des Logiciels Libres

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    thique des

    Logiciels Libres

    Richard M. Stallman & Eben Moglen

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    Table des Matires

    I. Richard M. StallmanQu'est ce qu'un Logiciel Libre ?.......................................................................................................3

    Au del du logiciel................................................................................................................................5Open Source ?.......................................................................................................................................6

    Qu'est ce que le copyleft ? .......................................................................................................................7

    Pourquoi le Copyleft ?............................................................................................................................10

    Copyleft : Idalisme pragmatique.........................................................................................................11

    II. Eben Moglen

    L'anarchisme triomphant :Le logiciel libre et la mort du copyright...............................................................................................14

    La proprit logicielle: le paradoxe thorique.....................................................................................14La proprit logicielle: le problme pratique.......................................................................................18

    Comment nous avons cr la pagaille Microbrain..........................................................................19Les logiciels veulent tre libres, ou comment nous avons appris ne plus nous stresser et aimerla bombe..........................................................................................................................................22

    L'anarchisme comme mode de production..........................................................................................25

    La thorie lgale du logiciel libre...................................................................................................26Car c'est l: l'aimant de Faraday et la crativit humaine...............................................................28

    Nos seigneurs meurent dans le noir ?..................................................................................................31

    Le Manifeste du Point Communiste

    ("The dotCommunist Manifesto").......................................................................................................38

    Propritaires et Crateurs....................................................................................................................38Libert et Cration...............................................................................................................................41

    Cette brochure a t ralise par Florent Gallaire (http://fgallaire.flext.net ).

    Crdits photographiques :

    Montage photographique : F&F Gallaire.Richard Stallman Bruxelles en fvrier 2005 : Creative Commons BY, Chrys (http://exposur3.com).Eben Moglen New York en avril 2003 : Declan McCullagh (http://www.mccullagh.org).

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    http://fgallaire.flext.net/http://www.flickr.com/people/chryshttp://www.mccullagh.org/http://www.flickr.com/people/chryshttp://www.mccullagh.org/http://fgallaire.flext.net/
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    Qu'est ce qu'un Logiciel Libre ?

    Nous maintenons cette dfinition du logiciel libre pour dcrire clairement les conditions remplir pourqu'un logiciel soit considr comme libre.

    L'expression Logiciel libre fait rfrence la libert et non pas au prix. Pour comprendre le concept,vous devez penser la libert d'expression, pas l'entre libre.

    L'expression Logiciel Libre fait rfrence la libert pour les utilisateurs d'excuter, de copier, dedistribuer, d'tudier, de modifier et d'amliorer le logiciel. Plus prcisment, elle fait rfrence quatretypes de libert pour l'utilisateur du logiciel :

    La libert d'excuter le programme, pour tous les usages (libert 0). La libert d'tudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter vos besoins (libert 1).

    Pour ceci l'accs au code source est une conditon requise. La libert de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin, (libert 2).

    La libert d'amliorer le programme et de publier vos amliorations, pour en faire profiter toutela communaut (libert 3). Pour ceci l'accs au code source est une condition requise.

    Un programme est un logiciel libre si les utilisateurs ont toutes ces liberts. Ainsi, vous tes libres deredistribuer des copies, avec ou sans modifications, gratuitement ou non, tout le monde, partout. trelibre de faire ceci signifie (entre autre) que vous n'avez pas demander ou payer pour en avoir lapermission.

    Vous devez aussi avoir la libert de faire des modifications et de les utiliser titre personnel dans votretravail ou vos loisirs, sans en mentionner l'existence. Si vous publiez des modifications, vous n'tes pasoblig de prvenir quelqu'un de particulier ou de le faire d'une manire particulire.

    La libert d'utiliser un programme est la libert pour tout type de personne ou d'organisation de l'utiliserpour tout type de systme informatique, pour tout type de tche et sans tre oblig de communiquer cesujet avec le dveloppeur ou tout autre entit spcifique. Dans cette libert, il est question del'utilisateur, pas du dveloppeur ; en tant qu'utilisateur, vous tes libre d'excuter un programme commebon vous semble et si vous le redistribuer quelqu'un d'autre, cette personne est libre de l'excutercomme bon lui semble, mais vous n'tes pas autoris lui imposer vos conditions.

    La libert de redistribuer des copies doit inclure les formes binaires ou excutables du programme (toutcomme le code source) la fois pour les versions modifies ou non modifies du programme. (Diffuserdes programmes sous une forme excutable est ncessaire pour une installation commode des systmesd'exploitation libres). Il y a une exception s'il n'y a pas moyen de produire une version binaire ou

    excutable (puisque certains langages ne supportent pas cette caractristique), mais le public doit avoirla libert de distribuer de telles formes s'ils ont un moyen d'en produire.

    Pour avoir la libert d'effectuer des modifications et de publier des versions amliores, vous devezavoir l'accs au code source du programme. Par consquent, l'accssibilt du code source est unecondition requise pour un logiciel libre.

    Un moyen important de modifier un programme est de le fusionner avec des modules ou des sous

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    programmes disponibles libres. Si la licence du programme indique que vous ne pouvez pas le

    fusionner dans un module existant, telle que la ncessit que vous soyez le dtenteur du copyright detout code que vous ajoutez, alors la licence est trop restrictive pour tre qualifi de libre.

    Pour que ces liberts soient relles, elles doivent tre irrvocables tant que vous n'avez rien fait de mal;si le dveloppeur du logiciel a le droit de rvoquer la licence sans que vous n'ayez fait quoi que ce soitpour le justifier, le logiciel n'est pas libre.

    Cependant, certains types de rgles sur la manire de distribuer le logiciel libre sont acceptables tantque ces rgles ne rentrent pas en conflit avec les liberts fondamentales. Par exemple, le copyleft (pourrsumer trs simplement) est une rgle qui tablit que lorsque vous redistribuez les programmes, vousne pouvez ajouter de restrictions pour retirer les liberts fondamentales au public. Cette rgle ne rentrepas en conflit avec les liberts fondamentales, en fait elle les protge.

    Vous pouvez avoir pay pour obtenir une copie d'un logiciel libre ou vous pouvez l'avoir obtenugratuitement. Mais indiffremment de la manire dont vous vous l'tes procur, vous avez toujours lalibert de copier et de modifier un logiciel et mme d'en vendre des copies.

    Logiciel libre ne signifie pas non commercial. Un logiciel libre doit tre disponible pour un un

    usage commerciale, pour le dveloppement commercial et la distribution commerciale. Ledveloppement commerciale de logiciel libre n'est plus l'exception; de tels logiciels libres commerciauxsont trs importants.

    Les rgles sur la manire d'empaqueter une version modifie sont acceptables si elles n'entravent pasvotre libert de la publier, ou votre libert de faire et d'utiliser pour votre usage personnel des versionmodifies. Les rgles disant si vous publiez le programme par ce moyen, vous devez le faire par cemoyen aussi sont acceptables aux mme conditions (notez que de telles rgles doivent vous laisser lechoix de publier ou non le programme). Les rgles qui ncessitent que le code source soit publi pourles utilisateurs pour les versions que vous rendez publique sont aussi acceptables. Il est galementacceptable que la licence l'exige, si vous avez ditribu une version modifie et qu'un dveloppeur

    prcdent vous en demande une copie, vous devez lui envoyer, ou que vous indiquiez vos modifications.Dans le projet GNU, nous utilisons le copyleft[1] pour protger ces liberts. Mais des logiciels libresnon copyleft s existent aussi. Nous croyons qu'il y a de bonnes raisons qui font qu'il est mieux d'utiliserle copyleft[2], mais si votre programme est libre non copyleft , nous pouvons tout de mme l'utiliser.

    Lisez Les catgories de Logiciel Libre[3], o sont dcrites les relations entre logiciel libre, logicielcopyleft et les autres catgories de logiciel.

    Parfois le contrle gouvernementale des exportations ou des sanctions conomiques peuvent vouspriver de la libert de distribuer des copies de programmes l'tranger. Les dveloppeurs de logicieln'ont pas le pouvoir d'liminer ou de passer outre ces restrictions, mais ce qu'ils peuvent et doiventfaire, est de refuser d'imposer eux m mes des conditions l'utilsation des programmes. De cettemanire, les restrictions n'affecteront pas les activits et les personnes se trouvant hors de la juridictionde leurs gouvernements.

    La plupart des licences de logiciels sont bases sur le droit d'auteur, or les types d'exigences que le droitd'auteur peut imposer ont des limites. Si une licence base sur le droit d'auteur respect la libert de lamanire dcrite plus haut, il est improbable que nous ayons une autre sorte de problme que nousn'ayons pas anticip (bien que cela arrive parfois). Cependant, certaines licences de logiciels sont

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    bases sur le droit du contrat et les contrats impliquent un champ bien plus large de restrictions. Celasignifie qu'il y a bien plus de possibilits pour qu'une licence de ce type puisse restreindre de manireinacceptable la libert des utilisateurs et ainsi devenir non libre.

    Nous ne pouvons pas lister tout ce qui pourrait se passer. Si une licence base sur le contrat restreintl'utilisateur d'une manire inhabituelle que les licences bases sur le copyright ne peuvent pas faire etqui n'est pas mentione comme lgitime, nous devrons y rflchir et nous conclurons problablementqu'elle n'est pas libre.

    Quand vous parlez des logiciels libres, il est prfrable de ne pas utiliser de termes comme donner ougratuit, car ils laissent supposer que la finalit des logiciels libres est le prix et non la libert.Certains termes rpandus comme piratage comportent des ides auxquelles nous esprons que vousn'adhrerez pas. Lisez Termes prtant confusion, que vous devriez viter[4] pour un essai surl'utilisation de ces termes. Nous avons aussi une liste de traductions de free software[5] dans de

    nombreuses langues.

    Enfin, notez bien que les critres tels que ceux dvelopps dans cette dfinition du logiciel libredemandent une rflexion srieuse quant leur interprtation. Pour dcider si une licence de logicielparticulire est dfinie comme libre, nous la jugeons sur ces critres pour dterminer si elle convient leur esprit tout comme leur formulaton prcise. Si une licence inclut des restricitions inacceptables,nous la rejetons mme si nous n'avons pas anticip le problme dans ces critres. Quelquefois lesconditions d'une licence soulve un problme qui ncessite des rflexions intenses, y compris desdicussions avec un juriste, avant que nous pussions dcider si la condition est acceptable. Quand nousarrivons une conclusion concernant un nouveau problme, nous mettons souvent jour ces critrespour rendre plus facile le fait de savoir si une licence est une licence logicielle libre ou non.

    Si vous voulez savoir si une licence spcifique est dfinie comme libre, reportez vous notre listesde licences[6]. Si la licence qui vous intresse n'y est pas liste, vous pouvez nous demander desprcisions en nous envoyant un mail .

    Si vous envisagez d'crire une nouvelle licence, veuillez contacter la FSF en crivant cette adresse. Laprolifration de diffrentes licences de logiciels libres implique un travail grandissant pour lesutilitsateurs dans la comprhension des licences; nous pouvons vous aider trouver une licenceexistante de logiciel libre et viter divers problmes pratiques.

    Au del du logiciel

    Les manuels de logiciels doivent tre libres, pour les mmes raisons que les logiciels doivent tre libres,et parce que les manuels font en effet partie des logiciels.

    Les mmes arguments peuvent aussi s'appliquer d'autres types de travaux usage pratique c'est

    dire, des travaux qui intgrent de la connaissance utile, tels que les ouvrages ducatifs et les ouvragesde rfrence. Wikipedia est le meilleur exemple connu.

    Tout type d'uvre peut tre libre, et la dfinition du logiciel libre a ttendu la dfinition des uvresculturelles libres applicable tout type d'uvre.

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    Open Source ?

    Un autre groupe a commenc utiliser le terme open source pour exprimer quelque chose de proche(mais pas d'identique) au logiciel libre. Nous prfrons le terme logiciel libre parce que, une foisque vous ayez entendu que ce terme rfre la libert plutt que le prix, il appelle prter attention lalibert[7]. Le mot open ne rend pas cela.

    [1] Qu'est ce que le copyleft ? (page 7)

    [2] Copyleft : Idalisme pragmatique (page 11)[3] http://www.gnu.org/philosophy/categories.fr.html

    [4] http://www.gnu.org/philosophy/words to avoid.fr.html

    [5] http://www.gnu.org/philosophy/fs translations.fr.html

    [6] http://www.gnu.org/licenses/license list.fr.html

    [7] http://www.gnu.org/philosophy/free software for freedom.fr.html

    Copyright 1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006 Free Software

    Foundation, Inc.La reproduction exacte et la distribution intgrale de cet article est permise sur n'importe quel supportd'archivage, pourvu que cette notice soit prserve.

    Traduction : Karl Pradne Rvision : trad [email protected]

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    Qu'est ce que le copyleft ?

    Le copyleft est une faon gnrale de rendre un programme (ou tout autre uvre) libre, et qui requiertque toutes les versions modifies et tendues du programme soient libres galement.

    La manire la plus simple de faire d'un programme un logiciel libre est de le distribuer dans le domainepublic, sans copyright. Cela autorise les gens partager le programme et leurs amliorations si le curleur en dit. Mais cela autorise aussi des personnes indlicates faire du programme un logicielpropritaire. Ils peuvent trs bien y effectuer des changements, juste quelques uns ou plusieurs, etdistribuer le rsultat comme un logiciel propritaire. Ceux qui recevront le programme dans sa formemodifie n'auront pas la libert que l'auteur original leur aura donn; l'intermdiaire l'aura faitdisparatre.

    Dans le projet GNU, notre but est de donner tous les utilisateurs la libert de redistribuer et demodifier les logiciels GNU. Si des intermdiaires pouvaient enlever cette libert, nous aurionsbeaucoup d'utilisateurs, mais ils n'auraient aucune libert. Alors, au lieu de mettre les logiciels GNU

    dans le domaine public, nous les mettons sous copyleft ou gauche d'auteur. Le copyleft indiqueque quiconque les redistribue, avec ou sans modifications, doit aussi transmettre la libert de les copieret de les modifier. Le copyleft garantit cette libert pour tous les utilisateurs.

    Le copyleft fournit aussi un encouragement aux autres programmeurs qui veulent ajouter des logiciels

    libres. Des programmes importants comme le compilateur C++ de GNU n'existent que grce lui.

    Le copyleft aide aussi les programmeurs qui veulent contribuer des amliorations sur des logicielslibres obtenir la permission de le faire. Ces programmeurs travaillent souvent pour des entreprises oudes universits qui feraient n'importe quoi pour plus d'argent. Un programmeur pourrait vouloir faireprofiter la communaut de ses modifications, mais son employeur pourrait vouloir transformer le travailen un produit propritaire.

    Quand nous expliquons l'employeur qu'il est illgal de distribuer la version amliore autrement quecomme logiciel libre, celui ci d cide souvent de le distribuer librement plutt que de le laisser tomber.

    Pour mettre un logiciel sous copyleft, nous dclarons d'abord qu'il est sous copyright, ensuite nousajoutons les conditions de distribution, qui sont un outil lgal donnant chacun le droit d'utiliser, demodifier, et de redistribuer le code du programme, ou tous les programmes qui en sont drivs, mais

    seulement si les conditions de distribution demeurent inchanges. Ainsi, le code et ses liberts sontlgalement indissociables.

    Les dveloppeurs de logiciels propritaires utilisent le copyright pour restreindre la libert desutilisateurs; nous utilisons le copyleft pour la garantir. C'est pourquoi nous avons invers le nom, en

    changeant copyright en copyleft.

    Le copyleft est un moyen d'utilisation du copyright du programme. Cela ne signifie pas d'abandonner le

    copyright ; en fait, faire cela rendrait le copyleft impossible. Le mot left (NdT : en anglais, left

    signifie la fois laiss, abandonn ou gauche) dans copyleft n'est pas une rfrence au verbe toleave (NdT : laisser, abandonner) c'est seulement une rfrence la direction inverse de right (NdT : droite).

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    Le copyleft est un concept gnral, et vous ne pouvez pas utiliser un concept gnral directement ; vouspouvez seulement utiliser une mise en uvre spcifique du concept. Dans le projet GNU, les conditionsde distribution spcifiques que nous utilisons sont contenues dans la GNU General Public License[1].La GNU General Public License est appele la GNU GPL. Il y a galement une page Foire auxquestions[2] propos de la GPL GNU. Vous pouvez lire galement Pourquoi la FSF obtient l'attributiondes droits d'auteurs des contributeurs[3].

    Une forme alternative de copyleft, la GNU Lesser General Public License (LGPL)[4], s'applique quelques (mais pas toutes) bibliothques GNU. Cette licence tait initialement appele la LibraryGPL (GPL pour les bibliothques), mais nous avons chang le nom car l'ancien nom encourageaitl'utilisation de cette licence plus souvent qu'elle aurait dtre utilise. Pour une explication sur lesmotivations qui nous ont convaincu que ce changement tait ncessaire, lire l'article pourquoi vous nedevriez pas utiliser la LGPL pour votre prochaine bibliothque[5].

    La GNU Free Documentation License (FDL)[6] est une forme de copyleft conue pour tre utilisepour un manuel, un livre ou un autre document de manire assurer chacun la libert effective de lecopier et de le redistribuer, avec ou sans modifications, de faon commerciale ou non.

    La licence approprie est incluse dans beaucoup de manuels et dans chaque distribution de code sourceGNU.

    Toutes ces licences sont conues de faon pouvoir tre appliques votre programme si vous endtenez le copyright. Vous n'aurez pas modifier la licence pour le faire, mais seulement ajouter unecopie de la licence votre programme et des rfrences appropries dans les fichiers sources qui serfrent correctement la licence.

    L'utilisation des mmes conditions de distribution pour plusieurs programmes diffrents facilite lacopie de code entre divers programmes. quand ils ont tous les mmes conditions de distribution, il n'y apas de problme. La LGPL version 2, contient une clause qui vous autorise modifier les conditions dedistribution de la GPL ordinaire, ainsi vous pouvez copier du code dans un autre programme couvert

    par la GPL. La version 3 de la LGPL est construite comme une exception ajoute la GPL version3,rendant la compatibilit automatique.

    Si vous dsirez mettre votre programme sous copyleft avec la GNU GPL ou la GNU LGPL, veuillezlire la page d'instructions de la GPL[7] pour des conseils. Veuillez noter que vous devez reproduire le

    texte intgral de nos licences, si vous en utilisez une. C'est un tout, et les copies partielles ne sont pasautorises.

    Si vous dsirez mettre votre manuel sous copyleft avec la GNU FDL, veuillez lire les instructions lafin du texte de la FDFL, ainsi que la page d'instructions de la GFDL. De mme, les copies partielles nesont pas autorises.(Note de Florent Gallaire : Prfrer maintenant les licences Creative Commons).

    [1] http://www.gnu.org/licenses/gpl.html

    [2] http://www.gnu.org/licenses/gpl faq.fr.html

    [3] http://www.gnu.org/licenses/why assign.fr.html

    [4] http://www.gnu.org/licenses/lgpl.html

    [5] http://www.gnu.org/philosophy/why not lgpl.fr.html

    [6] http://www.gnu.org/licenses/fdl.html

    [7] http://www.gnu.org/licenses/gpl howto.fr.html

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    Copyright 1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 FreeSoftware Foundation, Inc.

    La reproduction exacte et la distribution intgrale de cet article est permise sur n'importe quel supportd'archivage, pourvu que cette notice soit prserve.

    Traduction : Benjamin Drieu.

    Rvision : trad [email protected]

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    Pourquoi le Copyleft ?

    Quand il est temps de dfendre la libertd'autrui, ne pas rsister et laisser faire est un acte de

    faiblesse, non d'humilit.

    Au sein du projet GNU, nous recommandons gnralement l'utilisation de licences de type copyleft comme la GNU GPL plutt que des licences de logiciels libres plus permissives. Nous ne polmiquonspas contre les licences non copyleft (en fait, nous les recommandons ponctuellement dans certaines

    circonstances) mais les partisans de ces licences montrent, eux, une tendance marque la polmiquecontre la licence GPL.

    D'une certaine manire, quelqu'un a dcid que l'utilisation d'une des licences BSD tait un acted'humilit : je ne demande rien la personne qui utilise mon code, l'exception de lareconnaissance de mon travail . C'est quelque part une exagration de considrer une demandelgitime de reconnaissance comme de l'humilit , mais il y a ici quelque chose de plus fondamental examiner.

    L'humilit consiste faire abstraction de votre propre intrt, mais vous et celui qui utilise votre coden'tes pas les seuls tre affects par le choix de la licence de logiciel libre pour votre code. Quiconqueutilise votre code dans un programme non libre essaie d'interdire cette possibilit aux autres, et si vouslaissez faire, vous manquez votre devoir de dfendre cette libert pour les autres. Quand vient lemoment de dfendre la libert d'autrui, ne pas rsister et laisser faire est un acte de faiblesse et nond'humilit.

    Diffuser votre code sous une des licences BSD ou une des licences non copyleft permissives n'est

    pas mal faire; le programme reste un logiciel libre et une contribution pour notre communaut. Mais ilest nanmoins faiblement protg et ce n'est pas, dans la plupart des cas, la meilleure manire depromouvoir la libert des utilisateurs de modifier les logiciels et de les partager.

    Copyright 2003, 2007, 2008 Free Software Foundation, Inc.,

    La reproduction exacte et la distribution intgrale de cet article est permise sur n'importe quel supportd'archivage, pourvu que cette notice soit prserve.

    Traduction : Laurent Bertaud.

    Rvision : trad [email protected]

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    Copyleft : Idalisme pragmatique

    Toute dcision prise par une personne dcoule de ses valeurs et buts. Les gens peuvent avoir beaucoupde buts et valeurs diffrents ; la gloire, le profit, l'amour, la survivance, l'amusement, ou la libert, ne

    sont qu'une partie des buts qu'une personne normale peut avoir. Quand ce but est d'aider les autres aussibien que soi m me, cela s'appelle de l'idalisme.

    C'est un but idaliste qui motive mon travail pour le logiciel libre : propager la libert et la coopration.Je veux encourager la diffusion des logiciels libres[1] et le remplacement des logiciels propritaires quiempchent la coopration, et rendre ainsi notre socit meilleure.

    C'est pour cette raison fondamentale que la GNU General Public License est crite de cette manire comme un copyleft[2]. Tout code ajout un programme couvert par la GPL doit tre un programmelibre, mme s'il est plac dans un fichier spar. Je mets mon code disposition pour une utilisationdans des logiciels libres, et pas pour un usage avec des logiciels propritaires, afin d'encourager ceuxqui programment des logiciels les rendre libres galement. Je suppose que, comme les dveloppeursde logiciels propritaires utilisent le copyright pour nous empcher de partager, nous, cooprateurs,pouvons utiliser le copyright pour donner aux autres cooprateurs un avantage bien eux : ils peuventutiliser notre code.

    Ceux qui utilisent la GNU GPL n'ont pas tous ce but. Il y a plusieurs annes, on a demand un de mesamis de rditer un programme copyleft sous des termes non copylefts, et il a plus ou moins rponduainsi :

    Parfois je travaille sur des logiciels libres et parfois sur des logiciels propritaires ; maisquand je travaille sur des logiciels propritaires, j'exige d'tre pay.

    Il voulait bien partager son travail avec une communaut qui partageait les logiciels mais ne voyaitaucune raison d'aider un entreprise commerciale dont les produits seraient interdits notrecommunaut. Son but tait diffrent du mien mais il a dcid que la GNU GPL le satisfaisaitgalement.

    Si vous voulez accomplir quelque chose dans le monde, l'idalisme ne suffit pas ; le choix d'unemthode qui mne l'accomplissement de ce but est ncessaire. En d'autres termes, vous devez tre pragmatique . La GPL est elle pragmatique ? Regardons ses accomplissements.

    Considrons GNU C++. Pourquoi existe t il un compilateur C++ libre ? Uniquement parce que la GNUGPL indiquait qu'il devait tre libre. MCC, un consortium industriel, a dvelopp GNU C++ partir ducompilateur GNU C. En temps normal, MCC rend sa production aussi propritaire que possible. Mais

    ils ont fait une interface C++ libre parce que c'tait la seule possibilit de l'diter que leur laissait laGNU GPL. L'interface C++ comportait beaucoup de nouveaux fichiers, mais comme ils taient prvuspour tre lis GCC, la GPL s'appliquait eux. Le bnfice pour notre communaut est vident.

    Considrons GNU Objective C. Au dbut, NeXT voulait rendre cette interface propritaire ; ils avaientl'intention de l'diter sous la forme de fichiers .o et de laisser aux utilisateurs le soin de les attacher aureste de GCC, pensant pouvoir ainsi contourner les conditions de la GPL. Mais nos juristes ont dit que

    cela n'esquivait pas ces conditions et tait interdit. Et ainsi l'interface Objective C fut un logiciel libre.

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    l'Open Group a revu sa dcision et l'a redistribu sous la mme licence de logiciel libre non copyleft que X11R6.3. Merci, l'Open Group ; mais ce revirement ultrieur n'infirme pas les conclusions quenous avions tires du fait que l'ajout de restrictions tait possible.

    Pour parler pragmatiquement, avoir une vision plus long terme affermira votre volont de rsister cette pression. Si vous concentrez votre attention sur la libert et la communaut que vous pouvez btiren restant ferme, vous trouverez la force de le faire. Restez debout pour quelque chose ou vous

    tomberez pour rien .

    Et si des personnes cyniques ridiculisent la libert, la communaut si des ralistes forcens disentque le profit est le seul idal ignorez les et utilisez le copyleft tout de m me.

    [1] Pourquoi le Copyleft ? (page 10)

    [2] Qu'est ce que le copyleft ? (page 7)

    [3] http://www.gnu.org/philosophy/x.fr.html

    Copyright 1998, 2003 Free Software Foundation, Inc.

    La reproduction exacte et la distribution intgrale de cet article est permise sur n'importe quel supportd'archivage, pourvu que cette notice soit prserve.

    Traduction : ?

    Rvision : trad [email protected]

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    L'anarchisme triomphant :

    Le logiciel libre et la mort du copyright

    La proprit logicielle: le paradoxe thoriqueLOGICIEL: aucun autre mot ne transporte plus profondment les effets pratiques et sociaux de larvolution numrique. Originalement, le terme tait purement technique et servait dfinir les partiesd'un systme d'ordinateur qui, contrairement au matriel (hardware) lequel consistait invariablementen un systme lectronique, pouvait tre librement modifi. Les premiers logiciels se rduisaient laconfiguration du branchement des cbles ou des interrupteurs sur les panneaux extrieurs d'un appareillectronique, mais partir du moment o des moyens linguistiques d'altrer le comportement del'ordinateur ont t dvelopps, le logiciel a surtout signifi l'expression d'un langage plus ou moinshumainement lisible qui dcrivait et contrlait la fois le comportement de la machine[1].

    C'tait alors le cas et a l'est toujours. La technologie base sur la manipulation d'informationsnumriquement encodes est maintenant socialement dominante dans la plupart des aspects de laculture humaine des socits dveloppes [2]. Le mouvement de la reprsentation analogique vers lareprsentation numrique (dans la vido, la musique, l'imprimerie, les tlcommunications et mme lachorgraphie, le culte religieux et le plaisir sexuel) transforme potentiellement toutes les formes de lacrativit symbolique humaine en logiciels, qui sont des instructions modifiables dcrivant etcontrlant le comportement de machines. La division entre le matriel et le logiciel est maintenantobserve dans le monde rel ou social par une forme de drivation rgressive caractristique de lapense scientifique occidentale. Cette division est devenue une nouvelle manire d'exprimer le conflitentre les ides du dterminisme et de la libre pense, de la nature et de l'ducation, des gnes et de laculture. Notre matriel , cbl gntiquement, est notre nature et nous dtermine. Notre ducation est

    le logiciel , qui tablit notre programmation culturelle et qui constitue notre libert relative. Et ainside suite pour ceux qui n'ont pas peur du verbiage[3]. Ainsi, le logiciel devient une mtaphore viablepour toute l'activit symbolique, apparemment spare du contexte technique de l'origine du mot, endpit du malaise soulev chez les personnes qualifies lorsque le terme circule ainsi en supprimant lasignification conceptuelle de sa drivation[4].

    Mais si l'adoption massive de la technologie numrique, pour une utilisation par ceux qui necomprennent pas les principes de son fonctionnement, permet l'emploi massif de la mtaphore du logiciel , elle ne nous permet pas en fait d'ignorer que les ordinateurs sont maintenant partout dans

    notre tissu social. Le mouvement de l'analogique vers le numrique est plus important pour la structurede nos relations sociales et lgales que les mouvement du statut au contrat plus clbres bien que moins

    certains[5]. C'est une mauvaise nouvelle pour des intellectuels en droit qui ne le comprennent pas, c'estpourquoi le nombre de ceux qui font maintenant semblant de comprendre progresse. Potentiellement,

    cependant, cette grande transition est aussi une bonne nouvelle pour ceux qui peuvent s'approprier ce

    terrain nouvellement dcouvert. C'est pourquoi les actuels propritaires de logiciels soutiennent etencouragent si fortement l'ignorance de tous les autres. Malheureusement pour eux, pour des raisons

    familires aux thoriciens en droit, qui n'ont pas encore compris la manire d'appliquer leur logiquetraditionnelle sur ce terrain, l'astuce ne marchera pas. Ce texte explique pourquoi[6].

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    Nous devons commencer par rflchir l'essence technique des priphriques familiers qui nousentourent dans l're du logiciel culturel . Un lecteur de CD est un bon exemple. Son entre principaleest une squence de bits lue partir d'un disque optique. La squence de bits dcrit la musique entermes de mesures de frquence et d'amplitude, prises 44 000 fois par seconde, sur chacun des deuxcanaux sonores. La sortie primaire du lecteur est un signal sonore analogique[7]. Comme dans tout le

    reste du monde numrique, la musique est vue par le lecteur de CD comme de la pure information

    numrique ; un enregistrement particulier de la neuvime symphonie de Beethoven, interprte parArturo Toscanini, l'orchestre symphonique et la chorale de la NBC est (en omettant quelques chiffresinsignifiants) 1276749873424, alors que le dernier enregistrement particulirement pervers desvariations de Goldberg par Glenn Gould est (de la mme manire, particulirement tronqu)767459083268.

    Assez bizarrement, ces deux nombres sont copyrights . Cela signifie, je suppose, que vous nepouvez pas possder une autre copie de ces nombres, une fois figs sur une forme physique, moinsque vous n'ayez un permis pour les utiliser. Et vous ne pouvez pas transformer 767459083268 en

    2347895697 pour vos amis (corrigeant ainsi l'opinion ridicule de Gould sur le tempo) sans crer un travail driv , pour lequel une licence est ncessaire.

    En mme temps, un mme support optique contient un autre nombre, appelons le 7537489532. Celui ciest un algorithme pour la programmation linaire de grands systmes avec de multiples contraintes, cequi est utile, par exemple, si vous dsirez une utilisation optimale de votre matriel roulant dans lagestion d'une voie ferre de marchandises. Ce nombre est brevet (aux tats Unis), ce qui signifieque vous ne pouvez pas puiser dans 7537489532 pour vous m me, ou pour pratiquer l'art du brevetd'une autre manire en ce qui concerne la rsolution de problmes de programmation linaire, quelquesoit la manire dont vous arriviez l'ide (ce qui inclut de la trouver vous mme), moins que vousn'ayez une licence du propritaire du nombre.

    Et puis il y a 9892454959483. Celui ci est le code source de MS Word. En plus d' tre copyright ,celui ci est un secret industriel. Ce qui signifie que si vous obtenez ce nombre de Microsoft, et que vous

    le donnez quelqu'un d'autre, vous pouvez tre puni.Enfin, il y a 588832161316. Il ne fait rien, c'est juste 767354 lev au carr. Autant que je sache, il n'estpas possd par quelqu'un sous le coup d'une de ces catgories. Pas encore.

    ce point, nous devons nous occuper de la premire objection d'rudits. Elle vient d'une cratureconnue sous le nom de l'IPdrode. Le drode a une pense sophistique et une vie culturelle. Il aimebeaucoup les dners lgants et les confrences ministrielles sur les accords TRIPS (ou ADPIC), sansoublier ses apparitions frquentes sur MSNBC. Il veut que vous sachiez que je commets l'erreur deconfondre l'incarnation avec la proprit intellectuelle. Ce n'est pas le nombre qui est brevet, idiot, c'estl'algorithme de Kamarkar. Le nombre peuttre copyright, car le copyright couvre les qualitssignificatives d'une incarnation tangible particulire d'une ide (dans lequel quelques propritsfonctionnelles peuvent mystrieusement se mler, condition qu'elles ne soient pas emmles), maispas l'algorithme. Mme si le nombre n'est pas brevetable, l' enseignement mme du nombre enrapport la construction de voies ferres tombe juste sous le coup du brevet. Et le nombre reprsentantle code source de MS Word peut tre un secret industriel, mais si vous le trouvez vous m me (eneffectuant des manipulations arithmtiques sur d'autres nombres fournis par Microsoft, par exemple, cequi est connu comme l' ingnierie inverse (reverse engineering), vous ne serez pas puni, du moins si

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    vous vivez dans certaines parties des tats Unis[8].

    Ce drode, comme les autres drodes, a souvent raison. La condition pour tre un drode est de toutsavoir sur quelque chose et rien sur tout le reste. Le drode a tabli, par son intervention opportune etempresse, que le systme actuel de la proprit intellectuelle contienne de nombreuses caractristiquesimbriques et ingnieuses. Ces complexits se combinent pour permettre aux professeurs d'tre rudits,aux dputs d'obtenir des contributions leur campagne, aux avocats de porter de beaux costumes etdes mocassins pompon, et Murdoch[9] de s'enrichir. Ces complexits se sont principalementdveloppes une poque de distribution industrielle de l'information, quand celle ci tait inscrite dansdes formes analogiques sur des objets physiques qui cotaient significativement cher et laconstruction, au dplacement, la vente. Applique de l'information numrique, qui se dplace sansfriction travers le rseau, et qui a un cot marginal par copie nul, tout cela fonctionne toujours, plusou moins, tant que vous continuez loucher.

    Mais ce n'tait pas ce sur quoi je discourais. Je voulais faire remarquer autre chose: que notre mondeconsiste de manire grandissante en de grands nombres (ou encore de squences de bits) et que (pourdes raisons qui n'ont rien voir avec les proprits mergeantes des nombres eux m mes) le systmelgal s'est actuellement engag traiter des nombres similaires de manire radicalement diffrente.

    Personne ne peut dire, simplement en regardant un nombre qui est long de 100 millions de chiffres, s'ilest sous le coup d'un brevet, du copyright, sous la protection d'un secret industriel ou s'il est vraiment

    possd par quelqu'un. Alors le systme lgal que nous avons (bienheureux, comme nous lesommes par ses consquences, si nous sommes des enseignants sur le copyright, des dputs, deslobbyistes de Gucci gulch [10] ou Grand Ruppert lui m me) est contraint traiter des choses nondistinguables de manire diffrente.

    Maintenant, en tant qu'historien du droit concern par le dveloppement sculaire (c'est dire, sur letrs long terme) de la pense lgale, j'affirme que les rgimes lgaux bass sur des distinctions finesmais non dterministes entre des sujets similaires, sont radicalement instables. Ils tombent l'eau avecle temps, car chaque occasion d'application de leurs rgles est une invitation pour au moins une des

    parties, revendiquer qu'au lieu de faire partie de la catgorie A, le sujet particulier du litige devraittre jug comme faisant partie de la catgorie B, l o les rgles leur seront plus favorables. Ce jeu(celui o une machine crire devrait tre juge comme tant un instrument de musique pour desbesoins de rgulation de vitesse sur voie ferre et o une pelleteuse vapeur est un vhicule moteur)est le B.A. ba de l'ing niosit lgale. Mais quand les catgories lgales, approuvesconventionnellement, ont besoin de juges pour distinguer celles qui sont identiques, le jeu est

    infiniment long, infiniment coteux et infiniment dplaisant pour le spectateur impartial[11].

    Ces parties peuvent dpenser tout l'argent qu'elles veulent en autant d'avocats et de juges qu'ellespeuvent se permettre (ce qui, pour les nouveaux propritaires du monde digital, est assez peu), maisles lois qu'elles achtent ne fonctionneront pas en fin de compte. Tt ou tard, les paradigmes

    s'effondreront. Bien sr, si tard signifie d'ici deux gnrations, la distribution de la richesse et dupouvoir, sanctifie entre temps, pourrait ne pas tre rversible par un procd moins radical qu'unebellum servile des esclaves de la tlvision contre les magnats des mdias. Alors savoir que l'histoiren'est pas du ct de Bill Gates n'est pas suffisant. Nous prdisons le futur d'une perception trs limite:nous savons que les rgles existantes, qui ont jusqu' prsent la ferveur de la pense conventionnellesolidement engage derrire elle, ne signifient plus rien. Les parties dont nous parlons les utiliseront eten abuseront librement, jusqu' ce que le courant dominant de l'opinion conservatrice respectable

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    reconnaisse leur mort, avec des rsultats incertains. Mais les universitaires ralistes devraient djtreen train de porter leur attention vers le besoin vident de nouvelles rflexions.

    Lorsque nous atteignons ce point de la discussion, nous en arrivons nous battre avec un autreprotagoniste principal de l'imbcilitduque: l'cononain. Comme l'IPdrode, l'cononain est uneespce de hrisson[12]. Mais l o le drode soutient la logique par dessus l'exprience, l'cononain sespcialise dans une vision, nergtique et trs oriente, mais compltement fausse, de la naturehumaine. D'aprs la vision de l'cononain, chaque tre humain est un individu possdant des motivations , qui peuvent tre rtrospectivement exhumes, en imaginant l'tat de son compte enbanque des moments diffrents. Ainsi, de cette manire, l'cononain est oblig d'objecter que sans lesrgles que je tourne en drision, il n'y aurait pas de motivation pour crer ce que ces rgles traitentcomme de la proprit: sans la possibilit de priver les gens de la musique, il n'y aurait pas de musique,car personne ne serait sr d'tre pay pour la crer.

    La musique n'est pas vraiment notre sujet ; le logiciel dont je parle en ce moment est de la vieille cole:les programmes d'ordinateurs. Mais comme l'cononain est dtermin s'occuper du sujet la hte, etparce que, comme nous l'avons vu, il n'est plus vraiment possible de distinguer les programmes

    d'ordinateurs des morceaux de musique, nous devons en dire un mot ou deux. Au moins nous pouvons

    avoir la satisfaction de nous livrer un argument ad pygmeam. Quand l'cononain devient riche, d'aprsmon exprience, il va l'opra. Mais peu importe le nombre de fois o il coute Don Giovanni, il ne luivient jamais l'esprit que le destin de Mozart aurait d, dans cette logique, avoir entirement dcouragBeethoven ou que nous pouvons couter la Flte Enchante, mme si Mozart savait trs bien qu'il neserait pas pay. En fait, la Flte Enchante, la Passion selon Saint Mathieu et les motets de CarloGesualdo, dont la femme a t assassine, sont tous des parts de la tradition, vieille de plusieurs sicles,du logiciel libre, au sens le plus large. Ce que l'cononain n'accepte jamais vraiment.

    Le problme basique du nain est que les motivations sont purement et simplement une mtaphore.Et, en tant que mtaphore pour dcrire l'activit cratrice humaine, elle est plutt minable. Je l'ai djdit auparavant[13] mais la meilleure mtaphore s'est prsente le jour o Michael Faraday a dcouvert

    le premier ce qui arrivait quand on enroule un rouleau de cble autour d'un aimant et qu'on fait tournerl'aimant. Du courant circule dans un tel cble, mais nous ne nous demandons pas quelle est lamotivation des lectrons quitter leur position initiale. Nous affirmons que le courant rsulte d'unepropritmergente du systme, que nous appelons l'induction. La question que nous nous posons est: quelle est la rsistance du cble ? . Alors, la mtaphore de Moglen, corollaire la loi de Faraday, ditque si vous enroulez l'Internet autour de chaque personne de la plante, et que vous faites tourner laplante, le logiciel parcourt le rseau. C'est une propritmergente des esprits humains connects. Ilscrent des choses pour le plaisir de l'autre, et pour surmonter la sensation dsagrable d'tre trop seul.La seule question poser est: quelle est la rsistance du rseau ? La mtaphore de Moglen, corollaire la loi de Ohm, dit que la rsistance du rseau est directement proportionnelle la force du champ dusystme de la proprit intellectuelle . Alors la rponse correcte l'cononain est: rsistez larsistance.

    Bien sr, c'est trs joli dans la thorie. Rsistez la rsistance sonne bien, mais nous aurions unproblme srieux, en dpit de la thorie, si le nain avait raison, et nous nous retrouverions sous produisant de bons logiciels car nous ne permettrions pas de les possder. Mais les nains et les drodessont des formalistes de diffrentes sortes, et l'avantage du ralisme est que si vous commencez par lesfaits, les faits sont toujours de votre ct. Il s'avre que traiter le logiciel comme une proprit produit

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    de mauvais logiciels.

    La proprit logicielle: le problme pratique

    Pour comprendre pourquoi la transformation des logiciels en proprits produit de mauvais logiciels,nous avons besoin d'une introduction l'histoire de l'art. En fait, nous ferions mieux de commencer par

    le mot art lui m me. En effet, la programmation des ordinateurs combine le raisonnementdterministe et l'invention littraire.

    Au premier coup d'oeil, bien sr, le code source apparat comment une forme non littraire decomposition[14]. Le principal but d'un programme d'ordinateur est qu'il fonctionne, c'est dire qu'ils'accomplisse en suivant des spcifications dcrivant formellement ses rsultats, en fonction de sesentres. ce niveau de gnralit, le contenu fonctionnel du programme est tout ce qu'il y a d'apparent.

    Mais les programmes d'ordinateurs existent en tant que parties de systmes informatiques, qui sont desensembles intragissants de matriels, de logiciels et d'tres humains. Les composants humains d'unsystme informatique incluent non seulement les utilisateurs, mais aussi (ce qui est potentiellementdiffrent) les personnes qui maintiennent et amliorent le systme. Le code source communique nonseulement avec l'ordinateur qui excute le programme, travers l'intermdiaire du compilateur quiproduit le code objet (en langage machine), mais aussi avec les autres programmeurs.

    La fonction du code source, lorsqu'on le met en relation avec d'autres tres humains, n'est pas largementcomprise par les non programmeurs, qui ont tendance penser que les programmes informatiques sontincomprhensibles. Ils seraient surpris d'apprendre que la majorit de l'information contenue dans laplupart des programmes est, du point de vue du compilateur ou des autres processeurs de langage, du

    commentaire , une substance non fonctionnelle. Les commentaires, bien sr, sont adresss ceuxqui peuvent avoir besoin de rsoudre un problme, de modifier ou d'amliorer les fonctions duprogramme. Dans la plupart des langages informatiques, bien plus d'espace est consacr expliquer auxautres ce que le programme fait, que de dire l'ordinateur comment l'excuter.

    La conception des langages informatiques a toujours t effectue selon le double besoin d'unespcification complte de l'excution par la machine et d'une description informative pour les lecteurshumains. On pourrait identifier trois stratgies basiques dans la conception de langages informatiquespour atteindre ce double but. La premire, suivie initialement pour la conception des langagesspcifiques des produits matriels et collectivement connus sous le nom d' assembleurs , distinguaitessentiellement les portions du programme communicant avec la machine ou avec l'humain. Les

    instructions de l'assembleur sont trs proches des instructions en langage machine: en gnral, une ligned'un programme en assembleur correspond une instruction dans le langage natif de la machine. Leprogrammeur contrle l'opration de la machine au niveau le plus spcifique et (s'il est bien disciplin)s'engage disposer des commentaires tout au long des instructions en langage machine, crant toutes

    les quelques centaines d'instructions des blocs de commentaires , qui fournissent un rsum de lastratgie du programme ou qui documentent les structures de donnes majeures que le programmemanipule.

    Une seconde approche, illustre de manire caractristique par le langage COBOL (qui signifie COmmon Business Oriented Language ou Langage Commun Orient Industrie ), tait de faireressembler le programme lui m me un ensemble de directives en langage naturel, d'un style

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    dplorable mais thoriquement lisible par un humain. Une ligne de code COBOL pourrait dire, parexemple, MULTIPLY PRICE TIMES QUANTITY GIVING EXPANSION[15]. A l'origine, quand le

    Pentagone et les experts de l'industrie ont commenc concevoir COBOL en commun, au dbut desannes 60, cela semblait une approche prometteuse. Les programmes COBOL apparaissaient largementauto document s, autorisant la fois le dveloppement d'quipes de travail capables de collaborer lacration de gros programmes et la formation de programmeurs qui, bien qu'tant des travailleurs

    spcialiss, n'avaient pas besoin de connatre la machine aussi intimement qu'ils en auraient eu besoinpour des programmes en assembleur. Mais le niveau de gnralit auquel de tels programmes s'auto documentaient tait mal choisi. Une expression plus formelle et compresse des dtails oprationnels expansion = prix x quantit , par exemple, tait mieux approprie, mme pour les applicationsindustrielles ou financires o les lecteurs et concepteurs de programmes sont habitus aux expressionsmathmatiques. Et, cependant, la procdure de description des structures de donnes, tout comme ducontexte oprationnel plus large du programme, n'taient pas rendues obsoltes par la verbosit dulangage dans lequel les dtails de l'excution tait spcifis.

    En consquence, les concepteurs de langages de la fin des annes 60 ont commenc exprimenter desformes d'expression dans lesquelles le mlange de dtails oprationnels et d'informations non

    fonctionnelles ncessaires la modification ou la correction tait plus subtil. Quelques concepteurschoisirent la voie de langages hautement symboliques et compresss, dans lesquels le programmeurmanipulait des donnes abstraites, afin que A x B puisse signifier la multiplication de deux entiers,deux nombres complexes, deux gros tableaux ou d'un tout autre type de donnes capable d'uneopration appele multiplication , et que cela soit gr par l'ordinateur sur les bases du contexte desvariables A et B au moment de l'excution[16]. Comme on pensait que cette approche rsultaiten des programmes extrmement concis, le problme de rendre le code comprhensible par ceux quichercheraient plus tard le modifier ou le corriger tait simplifi. En cachant les dtails techniques desoprations informatiques, et en mettant l'accent sur l'algorithme, les langages pouvaient tre conuspour tre meilleurs que le franais ou tout autre langage naturel pour l'expression des procdssquentiels. Les commentaires ne seraient plus non seulement inutiles mais gnants, tout comme les

    mtaphores utilises pour faire comprendre les concepts mathmatiques en franais embrouillent plusqu'elles n'claircissent.

    Comment nous avons cr la pagaille Microbrain

    Ainsi, l'histoire des langages de programmation reflte directement le besoin de trouver des formes decommunication de l'humain la machine aussi efficaces dans la transmission d'ides complexes auxlecteurs humains. L'expressivit est devenue une proprit des langages de programmation, non pasparce qu'elle facilite l'intgration, mais parce qu'elle facilite la cration collaborative et la maintenancede systmes logiciels de complexit croissante.

    premire vue, cela semble justifier l'application de la pense traditionnelle du copyright aux travauxrsultant. Bien que faisant entrer en jeu des lments fonctionnels , les programmes d'ordinateurcontenaient des fonctions expressives d'une suprme importance. La doctrine du copyrightreconnat la fusion de la fonction et de l'expression comme une caractristique de bien des formes detravaux copyrights. Le code source contient la fois les instructions machine ncessaires l'opration fonctionnelle et les commentaires expressifs l'attention des lecteurs humains. En tantque tel, il tait un bon candidat, pour tre trait par le copyright.

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    C'est vrai, partir du moment o l'on comprend que la composante expressive du logiciel est prsenteseulement dans le but de faciliter la cration de travaux drivs . Si elle n'tait pas l dans le but defaciliter la modification, les lments expressifs des programmes seraient entirement surrogatifs et lecode source ne pourrait pas plus tre copyright que le code objet (la sortie du processeur du langage),pur de tout sauf les caractristiques fonctionnelles du programme.

    L'tat de l'industrie de l'informatique travers les annes 1960 et 1970, quand les lois implicites de laprogrammation informatique sophistique ont ttablies, dissimulait la tension implicite la situation.Lors de cette priode, le matriel cotait cher. Les ordinateurs taient des ensembles de plus en plusgrands et complexes de machines, et l'industrie de la conception et de la construction d'un tel talage demachines pour un usage gnral tait domin (pour ne pas dire monopolis) par une seule entreprise. OrIBM donnait ses logiciels. Pour sr, cette entreprise possdait les programmes que ses employscrivaient et elle plaait sous copyright ses codes sources. Mais elle distribuait aussi les programmes(ce qui inclut le code source) ses clients sans cot supplmentaire, et les encourageait crire et partager des amliorations et des adaptations aux programmes ainsi distribus. Pour un constructeur dematriel dominant, cette stratgie tait sense: de meilleurs programmes faisaient vendre plus dematriel et c'tait l que la rentabilit du march demeurait.

    Les ordinateurs, cette priode, ont eu tendance s'agglomrer l'intrieur d'organisationsparticulires, mais pas communiquer largement avec d'autres. Les logiciels dont on avait besoin pourfonctionner n'taient pas distribus travers un rseau, mais sur des bobines de bande magntique. Lesystme de distribution avait tendance centraliser le dveloppement de logiciels, afin que les clientsd'IBM soient libres d'apporter des modifications et des amliorations aux programmes. Cesmodifications tant partages tout d'abord avec IBM, qui dcidait alors d'incorporer ces modificationsdans les versions distribues du logiciel sur un modle de dveloppement centralis. Ainsi, pour deuxraisons importantes, les meilleurs logiciels du monde taient libres: ils ne cotaient rien acqurir etles termes dans lesquels ils taient fournis autorisaient et encourageaient tout la foisl'exprimentation, la modification et l'amlioration[17]. Que le logiciel en question soit la propritd'IBM sous la loi actuelle du copyright a certainement tabli quelques limites thoriques sur lapossibilit des utilisateurs distribuer leurs modifications ou adaptations aux autres, mais dans lapratique, les logiciels pour supercalculateurs taient dvelopps de manire cooprative par leconstructeur de matriel dominant et par ses utilisateurs techniquement comptents, employant lesressources de distribution vers la communaut des utilisateurs. Le droit d'exclure les autres, un des plusimportants btons dans le paquet des droits de la proprit (pour reprendre une image que la CourSuprme des tats Unis affectionne), tait pratiquement ngligeable ou mme indsirable, au coeur del'industrie du logiciel[18].

    Aprs 1980, tout tait diffrent. Le monde des supercalculateurs a laiss la place, en dix ans, au mondede l'ordinateur personnel. Et, en parallle au dveloppement de l'industrie, l'lment unique le plusimportant des logiciels fonctionnant sur cet ordinateur personnel de base, le systme d'exploitation, estdevenu le seul produit significatif d'une entreprise qui ne faisait pas de matriel. Des logiciels de grandequalit ont cess de faire partie de la stratgie de diffrenciation des produits des producteurs dematriel. la place, une entreprise avec une part prdominante du march, et avec l'absence d'intrtordinaire pour l'adoption de la diversit des quasi monopolistes, dictait les pratiques de l'industrie dulogiciel. Dans un tel contexte, le droit d'exclure les autres de la participation la formation du produitest devenu d'une importance capitale. La puissance de Microsoft dans le march est constitue

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    entirement par la proprit du code source de Windows.

    Pour Microsoft, la cration par d'autres de travaux drivs , qu'on connat ailleurs sous le nom decorrections et d'amliorations, a menac le capital central de leurs affaires. En effet, comme desprocdures judiciaires ultrieures ont eu tendance l'tablir, la stratgie commerciale de Microsoft a tde trouver des ides innovantes ailleurs dans le march du logiciel, de les acheter, et soit de lessupprimer, soit de les incorporer dans leur propre produit propritaire. Le maintien du contrle sur lamanipulation basique des ordinateurs construits, vendus, possds et utiliss par d'autres reprsentait unlevier essentiel et profitable sur le dveloppement de la culture[19] ; le droit d'exclure est revenu aucentre du concept de la proprit logicielle.

    Le rsultat, d'aussi loin que la qualit du logiciel soit concerne, tait dsastreux. Le monopole taitdtenu par une entreprise riche et puissante qui employait un grand nombre de programmeurs, mais quine pouvait effectivement pas se permettre le nombre de testeurs, de concepteurs et de dveloppeursrequis pour produire des logiciels flexibles, robustes et techniquement innovants, appropris au vasteensemble des conditions sous lesquelles les ordinateurs personnels, de plus en plus omniprsents,fonctionnaient. Sa stratgie marketing fondamentale impliquait la conception de son produit pour lesutilisateurs les moins avancs techniquement et l'utilisation de la peur, de l'incertitude et du doute

    (connu au sein de Microsoft comme le FUD ) pour tenir les utilisateurs comptents l'cart desconcurrents potentiels, dont la survie long terme en face de la puissance de march de Microsoft atoujours t en question.

    Sans la constante interaction entre les utilisateurs capables de corriger des problmes et d'amliorer desfonctionnalits et le constructeur de systme d'exploitation, l'invitable dtrioration de la qualit estinluctable. Mais comme la rvolution de l'ordinateur personnel a tendu le nombre d'utilisateurs demanire exponentielle, pratiquement tous ceux qui sont entrs en contact avec le systme rsultant n'ontpu poser d'lment de comparaison face au systme qu'ils avaient l'habitude d'utiliser. Ignorants desstandards de stabilit, de robustesse, de maintenance et d'efficacit prcdemment tablis dans lemonde des supercalculateurs, on pouvait difficilement attendre de la part des utilisateurs d'ordinateurs

    personnels qu'ils comprennent quel point, en termes relatifs, les logiciels du monopole fonctionnaientmal. Comme la puissance et la capacit des ordinateurs personnels se sont tendues rapidement, lesdfauts des logiciels taient moins vidents, au sein de l'augmentation gnrale de la productivit. Lesutilisateurs ordinaires, pour plus de la moiti effrays par une technologie qu'ils ne comprenaientpratiquement pas, ont rellement fait bon accueil la dfectuosit des logiciels. Dans une conomiesubissant des transformations mystrieuses, avec la dstabilisation concomitante de millions decarrires, il tait tranquillisant, d'une manire perverse, qu'aucun ordinateur personnel ne semblecapable de fonctionner plus de quelques heures conscutives sans se planter. Bien qu'il soit frustrant deperdre du travail en cours chaque fois qu'une erreur imprvue arrive, l'vidente faillibilit desordinateurs tait intrinsquement rassurante[20].

    Rien de tout cela n'tait ncessaire. La faible qualit des logiciels pour ordinateurs personnels aurait putre vite en faisant intervenir les utilisateurs dans le processus fondamentalement volutionnaire de laconception et de l'implmentation de logiciels. Un mode Lamarckien, dans lequel les amliorationspeuvent tre effectues partout, par tout le monde et hrites par tous les autres, aurait effac le dficit,restaurant dans le monde de l'ordinateur personnel la stabilit et la robustesse des logiciels crits dansun environnement quasi propri taire de l're des supercalculateurs. Mais le business model deMicrosoft cartait l'hritage Lamarckien des amliorations de logiciels. La doctrine du copyright, en

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    gnral, et comme elle s'applique au logiciel en particulier, dnature le monde vers le crationisme ;dans ce cas, le problme tait que BillG le Crateur tait loin d'tre infaillible et, en fait, il n'avait mmepas essay.

    Comble d'ironie, la croissance du rseau a rendu l'alternative non propri tarienne encore plus cense.Ce que les crits scolaires et populaires dnomment comme une chose ( l'Internet ) est en fait le nomd'une condition sociale: le fait que tout le monde dans la socit du rseau soit connect directement,sans intermdiaire, tous les autres[21]. L'interconnexion globale des rseaux a limin le gouletd'tranglement qui a requis un diteur centralis de logiciels pour rationaliser et distribuer les rsultatsde l'innovation individuelle dans l're des supercalculateurs.

    Et ainsi, par une des petites ironies de l'histoire, le triomphe global des mauvais logiciels l'ge del'ordinateur personnel a t renvers par une combinaison surprenante de forces: la transformationsociale initie par le rseau, une thorie europenne de l'conomie politique longtemps mise de ct, etune petite bande de programmeurs travers le monde mobiliss par une simple ide.

    Les logiciels veulent tre libres, ou comment nous avons appris ne plus nous

    stresser et aimer la bombeBien avant que le rseau des rseaux ne soit une ralit pratique, mme avant qu'il ne soit une ide, il yavait un certain dsir de faire fonctionner les ordinateurs sur la base de logiciels librement disponiblespour tout le monde. Ce dsir avait emerg en tant que raction contre les logiciels propritariens de l'redu supercalculateur, et demande une autre brve digression historique.

    Bien qu'IBM soit le plus grand vendeur d'ordinateurs gnralistes de l're du supercalculateur, il n'taitpas le plus grand concepteur et constructeur d'un type de matriel donn. Le monopole du tlphone,dtenu par l'American Telephone & Telegraph (AT&T), tait en fait plus important que celui d'IBM,mais il utilisait ses produits en interne. Et c'est aux clbres Bell Labs, dpartements de la recherche dela compagnie dtenant le monopole du tlphone, la fin des annes 60, que les dveloppements de

    langages dcrits prcdemment ont donn naissance un systme d'exploitation appel Unix.

    L'ide d'Unix tait de crer un systme d'exploitation simple, s'adaptant toutes les chelles, pour tousles ordinateurs, des petits aux grands, que la compagnie du tlphone construisait pour elle m me.Atteindre ce but impliquait d'crire un systme d'exploitation, ni dans un langage machine ni dans unassembleur dont la forme linguistique tait intgrante une conception particulire du matriel, maisdans un langage plus expressif et gnraliste. Celui choisi tait aussi une invention des Bell Labs,appel C [22]. Le langage C est devenu commun et mme dominant, pour de nombreuses tches deprogrammation, et la fin des annes 1970, le systme d'exploitation Unix crit dans ce langage a ttransfr (ou port , dans le jargon professionnel) sur des ordinateurs de nombreux constructeurs etde nombreuses conceptions diffrentes.

    AT&T a largement distribu Unix, et en raison de la conception mme du systme d'exploitation, lacompagnie devait effectuer cette distribution sous forme de code source C. Mais AT&T a conserv laproprit du code source et a contraint les utilisateurs acheter des licences qui ont interdit laredistribution et la cration de travaux drivs. Les gros centres informatiques, industriels ouacadmiques, pouvaient se permettre d'acheter de telles licences, mais pas les individus. En mmetemps, les restrictions des licences interdisaient la communaut des utilisateurs qui utilisaient Unix de

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    l'amliorer d'une manire volutionnaire plutt qu'pisodique. Et comme les programmeurs travers lemonde commenaient aspirer une rvolution de l'ordinateur personnel (et mme l'attendre), lestatut non libre d'Unix a commenc devenir une source de problmes.

    Entre 1981 et 1984, un homme a imagin une croisade pour changer la situation. Richard M. Stallman,alors employ au laboratoire d'intelligence du MIT, a conu le projet d'une reconception et d'uneimplmentation indpendantes et coopratives d'un systme d'exploitation qui serait constitu de vraislogiciels libres. De la bouche de Stallman, le logiciel libre serait une question de libert , pas de prix.Tout le monde pourrait librement modifier et redistribuer de tels logiciels ou mme les vendre, avecjuste la restriction de ne pas essayer de rduire les droits de ceux qui ils sont redistribus. De cettemanire, le logiciel libre pourrait devenir un projet auto organis , dans lequel aucune innovation neserait perdue travers l'exercice des droits de la proprit. Le systme, tel que Stallman l'a dcid, seraitappel GNU, qui signifie (c'est un des exemples initiaux des acronymes rcursifs qui ont caractris lelogiciel libre depuis) GNU N'est pas Unix . Malgr des doutes sur la conception fondamentaled'Unix aussi bien que sur ses termes de distribution, GNU tait conu pour bnficier de la large (bienque non libre) distribution de sources d'Unix. Stallman a commenc le projet GNU en crivant descomposants du systme final qui taient aussi conus pour fonctionner sans modification sur les

    systmes Unix existants. Le dveloppement des outils GNU pouvait ainsi se faire directement dansl'environnement des universits et des autres centres de calcul avanc travers le monde.

    L'chelle d'un tel projet tait immense. D'une manire ou d'une autre, des programmeurs volontairesdevaient tre recruts, organiss et incits construire tous les outils ncessaires la constructionultime. Stallman lui m me tait l'auteur initial de plusieurs outils fondamentaux. De petites ou grandesquipes de programmeurs contribuaient ailleurs aux autres outils et les attribuaient au projet deStallman ou les distribuaient directement. Quelques endroits travers le rseau du dveloppement sontdevenus des archives pour le code source de ces composants de GNU, et au long des annes 80, lesoutils GNU ont gagn la reconnaissance et l'acceptation par les utilisateurs d'Unix travers le monde.Les outils GNU sont devenus synonymes de stabilit, de fiabilit et de bonne maintenance, tandis queles capacits profondes de Stallman concevoir ont continu devancer et fournir des buts auprocessus. La rcompense d'un prix de la fondation MacArthur, accorde en 1990 Stallman, tait unereconnaissance approprie pour ses innovations conceptuelles et techniques et leurs consquencessociales.

    Le projet GNU et la Free Software Foundation, qui il a donn vie en 1985, n'taient pas les seulessources d'ides sur le logiciel libre. Plusieurs formes de copyright ont commenc se dvelopper dansla communaut universitaire, pour la plupart autour de l'environnement Unix. L'universit Berkeley deCalifornie a entam la conception et l'implmentation d'une autre version d'Unix pour une libredistribution dans la communaut universitaire. L'Unix BSD, tel que nous le connaissons maintenant, aaussi considr l'Unix d'AT&T comme un standard conceptuel. Le code tait largement distribu etconstituait un rservoir d'outils et de techniques, mais les termes de sa licence limitaient la porte deson utilisation, alors que l'limination de code propritaire spcifique au matriel de la distributionsignifiait que personne ne pouvait vraiment construire un systme d'exploitation fonctionnel pour unordinateur particulier partir de BSD. D'autres travaux universitaires se sont aussi termins par deslogiciels presque libres ; par exemple, l'interface graphique (ou GUI, pour Graphical User Interface)

    des systmes Unix, appele X Window System, a t cre au MIT et distribue avec le code source surdes termes permettant la libre modification. Et en 1989 1990, un tudiant en informatique de

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    l'universit d'Helsinki, Linus Torvalds, a commenc le projet qui a complt le circuit et a vraimentimpuls de l'nergie la vision du logiciel libre.

    Ce que Torvalds a fait tait de commencer adapter un outil informatique pdagogique pour un usagerel. Le noyau MINIX d'Andrew Tannenbaum[23] tait une base des cours de systmes d'exploitation,fournissant un exemple de solutions de base des problmes de base. Lentement, et d'abord sans enreconnatre l'intention, Linus a commenc transformer le noyau MINIX en un vrai noyau Unix pourles processeurs Intel x86, qui fonctionnaient sur les ordinateurs personnels de base du monde entier. Au

    fur et mesure que Linus commenait dvelopper son noyau, qu'il appela Linux, il ralisa que lameilleure manire de faire fonctionner le projet tait d'ajuster ses dcisions conceptuelles, afin que lescomposants GNU soient compatibles avec son noyau.

    Le rsultat du travail de Torvalds aboutit, en 1991, la distribution sur le rseau d'une esquisse demodle fonctionnel d'un noyau libre pour un systme d'exploitation sur PC semblable Unix,entirement compatible, et mme conu de manire convergente pour l'norme ensemble decomposants systmes de haute qualit crs par le projet GNU de Stallman et distribus par la FreeSoftware Foundation. Puisque Torvalds a dcid de distribuer le noyau Linux sous la Licence GnralePublique de la Free Software Foundation (sur laquelle je m'tendrai plus bas), les centaines et

    finalement milliers de programmeurs travers le monde qui ont dcid de contribuer par leurs effortsau dveloppement futur du noyau pouvaient tre srs que leurs efforts auraient pour rsultat un logicielperptuellement libre, que personne ne pourrait transformer en produit propritaire. Tout le mondesavait que d'autres personnes seraient capables de tester, d'amliorer et de redistribuer leursmodifications. Torvalds acceptait les contributions volontiers, et avec un style gnialement efficace amaintenu la direction globale sans refroidir l'enthousiasme. Le dveloppement du noyau Linux a prouvque l'Internet a rendu possible l'agrgation d'ensembles de programmeurs bien plus grands quen'importe quel diteur commercial ne pourrait se le permettre, rassembls de manire pratiquement nonhirarchique dans un projet de dveloppement faisant finalement intervenir plus d'un million de lignesde code source (une chelle de collaboration entre des volontaires non pays et disperssgographiquement, auparavant inimaginable dans l'histoire humaine[24]).

    En 1994, Linux a atteint la version 1.0, reprsentant un noyau utilisable en production. Le niveau 2.0 at atteint en 1996. En 1998, avec le noyau la version 2.2.0 et disponible non seulement pour lesmachines base de x86 mais pour toute une varit d'autres architectures de machines, GNU/Linux (lacombinaison du noyau Linux et le bien plus grand corps des composants du projet GNU) et

    Windows NT taient les deux seuls systmes d'exploitation du monde gagner des parts de march.Une valuation interne Microsoft de la situation a filtr en octobre 1998 (et ultrieurement reconnuecomme authentique par la compagnie) concluait que Linux reprsente un UNIX qui sort du rang, enqui on fait confiance pour des missions d'applications critiques et (ce qui est en partie d au codesource [sic] ouvert) et qui a une crdibilit sur le long terme qui excde celle de nombreux systmesd'exploitation comptitifs. [25] Les systmes GNU/Linux sont maintenant utiliss travers le monde,fonctionnant partout, faisant office de serveurs web dans des sites de commerce lectronique majeursou en tant que clusters ddis l'infrastructure rseau de centres de paiement de banques. On trouveGNU/Linux dans la navette de l'espace ou mme fonctionnant ct jardin chez (eh oui) Microsoft. Lesvaluations de l'industrie sur la fiabilit des systmes Unix ont montr de manire rpte que Linux estde loin le noyau Unix le plus stable et le plus fiable, dont la fiabilit est seulement dpasse par lesoutils GNU eux m mes. GNU/Linux ne dpasse pas seulement les versions propritaires d'Unix pour

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    les PC dans les tests de performances, mais est renomm pour sa capacit fonctionner, sansperturbation et sans plainte, pendant des mois sur des environnements de haut volume et de haute

    sollicitation sans se planter.

    D'autres composants du mouvement du logiciel libre ont galement t couronns de succs. Apache,de loin le serveur web dominant, est un logiciel libre, de mme que Perl, le langage de programmationqui est la langue vhiculaire des programmeurs qui construisent des sites web sophistiqus. NetscapeCommunications distribue dsormais son navigateur Netscape Communicator 5.0 en tant que logiciellibre, sous une licence proche de la Licence Gnrale Publique de la Free Software Foundation. Desconstructeurs de PC majeurs, ce qui inclut IBM, ont annonc des projets de distribution de GNU/Linuxou sont dj en train en train de le distribuer en tant qu'option pour le client sur leurs PC de haut degamme destins une utilisation en tant que serveurs web ou de partage de fichiers. Samba, unprogramme qui permet aux ordinateurs GNU/Linux de se comporter en tant que serveurs de fichiers

    Windows NT, est mondialement utilis comme une alternative Windows NT Server, et lui assne unecomptition efficace court terme dans son propre march rserv. Grce aux standards de la qualitdes logiciels qui ont t reconnus par l'industrie depuis des dcennies (et dont la pertinenceininterrompue sera claire pour vous la prochaine fois que votre PC sous Windows se plantera), les

    nouvelles la fin de ce sicle ne sont pas ambigus. La corporation accumulant le plus de profits et laplus puissante au monde arrive de loin seconde, ayant tout exclut sauf le vrai vainqueur de la course. Lepropritarianisme joint la vigueur du capitalisme a dtruit toute comptition commerciale digne de cenom, mais lorsqu'il est question de faire de bons logiciels, l'anarchisme gagne.

    L'anarchisme comme mode de production

    C'est une jolie histoire, et si seulement l'IPdrode et l'cononain n'avaient pas t aveugls par la thorie,ils l'auraient vu venir. Mais comme certains d'entre nous y travaillaient et l'avaient prdite depuis desannes, les consquences thoriques sont si subversives pour les cheminements de la pense qu'ilsmaintiennent nos nains et nos drodes dans la situation confortable o l'on pourrait difficilement lesblmer d'avoir refus de voir. Les faits prouvent qu'il y avait une erreur dans la mtaphore de l'incitation qui taye les raisonnement classiques sur la proprit intellectuelle.[26] Mais ils ont faitplus. Ils ont fourni un aperu initial du futur de la crativit humaine dans un monde d'interconnexionglobale. Et ce n'est pas un monde fait pour les nains et les drodes.

    Mon argumentation, avant que nous ayons fait une pause pour nous rafrachir dans le monde rel, peutse rsumer de cette manire: le logiciel (qu'il s'agisse de programmes excutables, de musique, d'artvisuel, de liturgie, d'armement etc.) consiste en des flux de bits, qui bien qu'essentiellement

    indistinguables sont traits par une multiplicit droutante de catgories lgales. Cette multiplicit estinstable sur le long terme pour des raisons intgres au processus lgal. La diversit instable des rglesest cause par le besoin d'effectuer des distinctions entre les diffrentes sortes d'intrts sur les flux debits. Ce besoin est principalement ressenti par ceux qui essayent d'obtenir du profit des formessocialement acceptables de monopole cres en traitant les ides comme de la proprit. Ceux d'entrenous qui se soucient de l'ingalit sociale et de l'hgmonie culturelle cres par ce rgimeintellectuellement insatisfaisant et moralement rpugnant sont hus. Ceux qui nous huent, les nains etles drodes, croient que ces lois sur la proprit sont ncessaires, non pas pour aspirer ouvertement vivre dans le monde de Murdoch (bien qu'un petit peu de cooptation luxueuse soit toujours la

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    bienvenue) mais parce que la mtaphore de la motivation, qu'ils ne prennent pas juste pour une imagemais pour un argument, prouve que ces rgles (en dehors de leurs consquences lamentables) sontncessaires si nous voulons crire de bons logiciels. La seule faon de continuer le croire est d'ignorerles faits. Au centre de la rvolution numrique, avec des flux de bits qui rendent tout possible, lesrgimes propritaristes ne rendent non seulement pas les choses meilleures, mais ils peuvent en plusrendre les choses radicalement pires. Les concepts de la proprit, quoi qu'on puisse leur reprocher, ne

    permettent pas (et en fait retardent) le progrs.Mais quelle est cette mystrieuse alternative ? Le logiciel libre existe, mais quels sont ses mcanismeset comment se gnralise t ils travers une thorie non propritariste de la socit numrique ?

    La thorie lgale du logiciel libre

    Un mythe, qui comme la plupart des mythes est partiellement fond sur la ralit, dit que lesprogrammeurs de logiciels sont tous des libertaires. Ceux de droite sont des capitalistes, agripps leurs stock options et d daignant les lois sur les impts, les syndicats et les droits civils ; ceux degauche hassent le march et les gouvernements, croient l'encryption forte quel que soit le terrorisme

    nuclaire que cela puisse causer[27] et n'aiment pas Bill Gates parce qu'il est riche. Cette croyance estsans doute fonde. Mais la diffrence la plus importante entre les courants politiques au sein de lacyberlite et les courants politiques extrieurs est que dans la socit du rseau, l'anarchisme (ou pluscorrectement, l'individualisme anti possessif) est une philosophie politique viable.

    Le coeur du succs du mouvement du logiciel libre et la grande ralisation de Richard Stallman n'estpas un logiciel. Le succs du logiciel libre, ce qui inclut l'crasant succs de GNU/Linux, est le rsultatde la possibilit d'exploiter d'extraordinaires quantits d'efforts de grande qualit pour des projets detaille immense et d'une complexit profonde. Et cette possibilit est son tour le rsultat du contextelgal dans lequel la main d'oeuvre est mobilis e. En tant qu'architecte visionnaire, Richard Stallman acr plus qu'Emacs, GDB ou GNU. Il a cr la Licence Publique Gnrale[28].

    La GPL[29], aussi connue sous le nom de copyleft, utilise le copyright (pour paraphraser Toby Milsom)pour contrefaire le phnomne de l'anarchisme. Comme le prambule de la licence l'exprime[30]:

    Lorsque nous parlons de free software, nous entendons free dans le sens de libert, et nonpas de gratuit. Notre licence est conue pour s'assurer que vous avez la libert de distribuerdes copies des programmes, gratuitement ou non, et que vous recevez ou pouvez obtenir le

    code source, que vous pouvez modifier les programmes ou en utiliser des parties dans

    d'autres programmes libres, en sachant que vous pouvez le faire.

    Afin de protger vos droits, nous devons faire des restrictions qui interdisent quiconque devous refuser ces droits ou de vous demander d'y renoncer. Ces restrictions vous imposent

    par consquent certaines responsabilits si vous distribuez des copies des programmesprotgs par la Licence Publique Gnrale ou si vous les modifiez.

    Par exemple, si vous distribuez des copies d'un tel programme, gratuitement ou non, vous

    devez transmettre aux utilisateurs tous les droits que vous possdez. Vous devez vousassurer qu'ils reoivent ou qu'il peuvent se procurer le code source. Vous devez leur montrercette licence afin qu'ils soient eux aussi au courant de leurs droits.

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    Plusieurs variantes de cette ide de base du logiciel libre ont t exprimes dans plusieurs licences dediffrents types, comme je l'ai dj indiqu. La GPL est diffrente des autres manires d'exprimer cesvaleurs sur un plan crucial. La section 2 de la licence en fournit un extrait pertinent:

    Vous pouvez modifier votre copie ou vos copies du programme ou toute partie de celui ci,

    ou travail bas sur ce programme, et copier et distribuer ces modifications ou ce travail ..., condition que vous vous conformiez galement aux conditions suivantes :

    ...

    b) C'est sous les termes de la Licence Publique Gnrale que vous devez distribuerl'ensemble de toute ralisation contenant tout ou partie du programme, avec ou sansmodifications.

    La section 2(b) de la GPL est parfois appele restrictive , mais son intention est de librer. Elle creun pot commun auquel chacun peut ajouter quelque chose mais duquel personne ne peut rien retirer. cause du paragraphe 2(b), chaque contributeur d'un projet sous GPL est assur qu'il poura, ainsi que

    tous les autres utilisateurs, excuter, modifier et redistribuer le programme indfiniment, que le codesource sera toujours disponible et (contrairement aux logiciels commerciaux) que sa longvit nepourra pas tre limite par les contingences du march ou les dcisions des dveloppeurs futurs.L' hrdit de la GPL a parfois t critique comme un exemple du parti pris anti commercial dumouvement du logiciel libre. Rien ne peut tre plus loign de la vrit. L'effet du paragraphe 2(b) estde rendre les distributeurs de logiciels libres meilleurs que les commerces du logiciel propritaire. Pourconfirmer ce point, on ne peut pas faire mieux que de le demander aux concurrents propritaires.Comme l'auteur de la note de service Halloween , Vinod Vallopillil l'exprime:

    La GPL et son aversion pour la sparation divergente du code rassurent les clients sur le faitqu'ils ne s'engagent pas dans une impasse technologique en souscrivant une distributioncommerciale particulire de Linux.

    L' impasse technologique est le coeur de l'argument du FUD logiciel[31].

    Traduit en Microlangue, cela signifie que la stratgie par laquelle l'diteur propritaire dominantloigne les clients des concurrents (en semant le doute, la peur et l'incertitude propos de la viabilitsur le long terme de leurs logiciels) n'est pas efficace sur les logiciels sous GPL. Les utilisateurs de

    code sous GPL, ce qui inclut ceux qui achtent des logiciels et des systmes un distributeurcommercial, savent que les amliorations futures et les corrections seront accessibles par les potscommuns et n'ont pas besoin d'avoir peur de la disparition de leur fournisseur ou que quelqu'un utilisera

    une amlioration attractive ou une rparation dsesprment ncessaire comme un moyen de

    s'approprier le programme .

    Cette utilisation des rgles de la proprit intellectuelle pour crer un pot commun dans le cyber espaceest la structure institutionnelle permettant le triomphe anarchiste. Garantir l'accs libre et permettre lamodification chaque tape du processus signifie que l'volution du logiciel s'effectue selon le moderapide Lamarckien: chaque caractristique favorable acquise du travail des autres peut tre directementhrite. D'o la vitesse avec laquelle le noyau Linux, par exemple, dpassa tous ces prdcesseurs

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    propritaires. Comme la dfection est impossible, les cavaliers seuls sont les bienvenus, ce qui rsout undes casse t te centraux des actions collectives dans un systme social propritarien.

    La production non propri tarienne est aussi directement responsable de la fameuse stabilit et de larobustesse du logiciel libre, qui merge de ce qu'ric Raymond appelle la loi de Linux : avecsuffisamment d'yeux, tous les bugs disparaissent. D'un point de vue pratique, l'accs au code sourcesignifie que si j'ai un problme, je peux le rsoudre. Comme je peux le rsoudre, je n'ai pratiquementjamais le faire car quelqu'un d'autre l'a pratiquement toujours vu et rsolu avant.

    Pour la communaut du logiciel libre, l'engagement la production anarchiste peut tre un impratifmoral ; comme Richard Stallman l'a crit, il s'agit de libert, pas de prix. Ou il pourrait s'agir d'utilit,de chercher produire de meilleurs logiciels que les modes de travail propritariens n'autoriserontjamais. Du point de vue du drode, le copyleft reprsente la perversion de la thorie, mais il rsout lesproblmes de l'application du copyright aux caractristiques fonctionnelles et expressivesinextricablement mles des programmes d'ordinateur mieux que tous les autres propositions traversles dcennies passes. Qu'il produise des logiciels meilleurs que son oppos n'implique pas que lesrgles traditionnelles du copyright devraient tre dsormais interdites ceux qui veulent possder etcommercialiser des produits logiciels infrieurs ou (plus charitablement) ceux dont les produits sont

    trop limits en attrait pour la production commune. Mais notre histoire devrait servir d'avertissementpour les drodes: le monde du futur aura peu de relation avec le monde du pass. Les lois se penchentaujourd'hui dans les deux directions. Les entreprises propritaires d' icnes culturelles et d'autrescapitaux qui cherchent des termes encore plus longs pour les auteurs de l'entreprise, en convertissant le

    temps limit de l'article I, 8 en une proprit foncire disponible ont naturellement sifflot de lamusique l'oreille de l'androde[32]. Aprs tout, qui achte aux drodes leurs places de concert ? Maiscomme la conception propritarienne cherche s'inclure encore plus fort dans une conception ducopyright libre des problmes mineurs tels que les clauses de terminaison et d'usage loyal, au centremme de notre systme du logiciel culturel , la contre attaque anarchiste a commenc . Le pire estencore d'arriver aux drodes, comme nous le verrons. Mais d'abord, nous devons nous acquitter de nosdevoirs finaux envers les nains.

    Car c'est l: l'aimant de Faraday et la crativit humaine

    Aprs tout, ils mritent une rponse. Pourquoi des personnes font des logiciels libres s'ils n'en tirent pasde profit ? On a habituellement donn deux rponses. Une est moiti vraie et la deuxime est fausse,mais les deux sont insuffisamment simples.

    La rponse fausse est inscrite dans de nombreuses rfrences la culture hacker du partage . Cetteutilisation du jargon ethnographique commenait tre commune dans le domaine, il y a quelquesannes, et est devenue rapidement, si ce n'est trompeuse, du moins omniprsente. Cela nous rappelleseulement que les conomretriciens[33] ont tellement corrompu notre processus de rflexion que touteforme de comportement conomique non marchand semble gal tout autre sorte. Mais l'change dedons, comme l'change rciproque du march est une institution propritarienne. La rciprocit estcentrale ces rglements symboliques de dpendance mutuelle et si les ignames ou le poisson ne fontpas le mme poids, il y a un problme. Le logiciel libre, au risque de le rpter, est un pot commun :aucune rciprocit rituelle n'est rglemente ici. Quelques personnes donnent du code que d'autresvendent, utilisent, modifient ou y en empruntent le principal afin d'en tirer des parties pour quelque

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    chose d'autre. Malgr le trs grand nombre de contributeurs GNU/Linux (des dizaines de milliers toutau plus), c'est un ordre de grandeur infrieur au nombre d'utilisateurs qui ne contribuent pas de toutefaon[34].

    Une partie de la vraie rponse est suggre par l'hypothse que le logiciel libre est fait par ceux quicherchent en compensation une rputation pour leur activit. La thorie est que les dveloppeurs noyauclbres sont connus travers la plante comme des dieux de la programmation. Ils en tirent soit uneestime personnelle plus haute, soit des avantages matriels indirects[35]. Mais les dieux de laprogrammation, tout autant qu'ils aient contribu au logiciel libre, n'ont pas ralis la totalit du travail.Les rputations, comme Linus Torvalds l'a lui m me souvent fait remarquer, sont faites enreconnaissant volontairement que tout a t fait par quelqu'un d'autre. Et comme beaucoupd'observateurs l'ont remarqu, le mouvement du logiciel libre a aussi produit de la documentationchappant aux superlatifs. L'criture de documentation n'est pas ce que les hackers font pour s'amuser,et la plupart de la documentation a tcrite par des personnes qui n'ont pas crit le code. Nous nedevons pas non plus limiter les avantages matriels indirects de la paternit l'augmentation du capitalrputation. La plupart des auteurs de logiciels libres que je connais ont des emplois dans les industriestechnologiques, et les qualifications qu'ils acquirent dans travail plus cratif qu'ils font, en dehors du

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