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  • ESSAI SUR LES RAPPORTS DE L'GLISE CHRTIENNE AVEC L'TAT ROMAIN PENDANT

    LES TROIS PREMIERS SICLES

    PAR HENRY DOULCET.

    ANCIEN LVE DE L'COLE DES CARMES, LICENCI EN DROIT.

    THSE PRSENTE LA FACULT DES LETTRES DE PARIS.

    PARIS - PLON ET CIE - 1882

  • AVANT-PROPOS.

    PREMIRE PARTIE. Rapports des Juifs et de l'glise chrtienne avec l'tat romain jusqu'en 96.

    DEUXIME PARTIE. Rapports de l'glise chrtienne avec l'tat romain de 96 180.

    Ier. Le rescrit de Trajan. II. Les apologistes. III. Les martyrs.

    TROISIME PARTIE. Rapports de l'glise chrtienne avec l'tat romain de 180 235.

    QUATRIME PARTIE. Rsum des rapports de 235 313, conclusion.

  • AVANT-PROPOS.

    Qu'avaient craindre les rois de la terre de l'Enfant Jsus ? Ignoraient-ils qu'il tait un roi dont le royaume n'est pas de ce monde ? Cependant Hrode le craint, le hait ds sa naissance : cette haine est hrditaire dans sa maison, et on y regarde Jsus comme l'ennemi de la famille royale. Ainsi s'est perptue de prince en prince la haine de l'glise naissante. Ainsi s'est leve contre l'glise une double perscution : la premire, sanglante, comme celle d'Hrode ; la seconde, plus sourde, comme celle d'Archlas, mais qui la tient nanmoins dans l'oppression et la crainte : et cette perscution, durant trois cents ans, ne s'est jamais ralentie. Afin de mieux saisir les lments de ce problme historique, que Bossuet expose avec autant de prcision que d'loquence1, je me suis dtermin l'envisager dans toute son tendue et examiner l'ensemble des relations de l'glise chrtienne avec l'tat romain pendant les trois premiers sicles.

    Je dis l'tat romain, pax Romana, selon l'heureuse expression des anciens ; et en effet, l'unit du monde romain tait accomplie au commencement de l're chrtienne. Qu'on se reprsente le spectacle qu'offrait cette poque la capitale de l'empire. Le citoyen qui ds son enfance avait respir l'air de l'Aventin et avait t nourri des fruits de la Sabine, s'indignait de ne pouvoir faire un pas sur la voie Sacre sans tre coudoy par les Grecs et les Syriens. Aucune distinction n'est maintenue ; Rome adore les divinits monstrueuses de l'gypte qu'elle avait vaincues Actium ; l'Oronte se dverse dans le Tibre2. Au milieu d'une pareille confusion, il y avait moins de singularit propager le culte de Jsus-Christ crucifi par un gouverneur romain3 qu' s'abstenir de solliciter pour lui une place au Panthon ct de tous les autres dieux. Cette abstention tait cependant un des traits caractristiques de l'attitude des premiers fidles, telle qu'ils la dcrivaient eux-mmes : Les chrtiens, disent-ils, habitent les villes des Grecs ou des barbares4, selon qu'il est chu chacun d'eux ; ils se conforment aux habitudes du pays pour le vtement, la nourriture et le reste de la vie, et nanmoins, de l'aveu de tous, leurs manires prsentent je ne sais quoi de remarquable et d'extraordinaire. Ils habitent les patries qui leur sont propres, mais comme des gens de passage ; ils ont le droit complet de citoyens et sont absolument traits en trangers. Toute terre trangre leur est patrie, et toute patrie leur est comme trangre. Ils se marient l'exemple de tout le monde et donnent le jour des enfants, mais ils n'exposent jamais leurs nouveau-ns. Ils prennent part des repas communs, mais sans se livrer au dsordre. Ils mnent dans la chair une vie non charnelle ; ils sjournent sur la terre, et leur conversation est clans le ciel. Ils obissent aux lois tablies et les dpassent par leur morale. Ils aiment tous les hommes et sont attaqus par tous. On ne les connait pas, et on les condamne.... Les Juifs leur manifestent une hostilit nationale, et les Grecs les perscutent ; leurs ennemis oublient de dire le motif de leur haine. Conformment cette peinture, nous les verrons ignors d'abord, mais, cause de la noble originalit de leur conduite, victimes dsignes par la jalousie des Juifs au caprice vindicatif d'un despote, puis mis hors la loi, et sitt

    1 lvations sur les mystres, dix-neuvime semaine, sixime lvation. 2 JUVNAL, Sat. III, v. 59 et suiv. 3 TACITE, Annales, XV, LXIV. 4 Barbares, peuples autres que les Grecs. Ep. ad Diogn, c. V, 4-17.

  • que l'occasion s'offrait, punis du dernier supplice ; enfin devenus assez nombreux pour se faire accepter par l'autorit, ou pour exciter ses craintes et s'attirer une guerre gnrale et acharne.

    Je n'avais pas m'arrter l'antique numration de dix perscutions portant chacune le nom d'un empereur, quoiqu'elle ait t reue de bonne heure chez les historiens ecclsiastiques. Dj saint Augustin, se plaant au point de vue gnral, en contestait, non sans raison, la justesse. Pourquoi donc, s'crie-t-il1, commencer par Nron, puisqu'avant lui le dveloppement de l'glise avait rencontr des obstacles terribles dans le dtail desquels il serait trop long d'entrer ? Que si l'on ne tient compte que des perscutions suscites par les princes, Hrode, qui tait un prince, aprs l'Ascension du Seigneur, fut galement l'auteur d'une trs-srieuse perscution. Et que dire de Julien que l'on oublie de joindre ses dix prdcesseurs ? pas, lui aussi, perscut l'glise, alors qu'il interdisait aux chrtiens de donner et de recevoir l'enseignement libral ?..... Il poursuit de la sorte et montre que la liste des perscuteurs n'tait pas encore close de son temps. Rejetant, son exemple, cette division factice, j'ai prfr la simple exposition des faits dans leur suite chronologique.

    Von Wietersheim, dans son Histoire de la migration des peuples2, remarque que la situation des chrtiens vis--vis de l'tat romain a pass par trois phases correspondant peu prs aux trois sicles : 1 Celle d'une existence ignore officiellement jusqu'en 96 ; 2 celle de la rpression lgale, diffrente de la perscution haineuse et systmatique, jusqu'en 211 ; 3 celle de l'alternative entre la faveur croissante et la perscution systmatique, jusqu' l'adoption du christianisme comme religion d'tat. Pour ma part, j'ai distingue une priode intermdiaire entre la deuxime et la troisime ; en effet, aprs l'tat de non-lgalit absolue (96-180), l'glise traversa un temps de transition o la tolrance atteignit son maximum (180-235). A partir de cette dernire poque, j'ai pu abrger mon rcit : bien que trois quarts de sicle dussent s'couler encore avant l'dit de Milan (313), l'issue finale n'tait ds lors plus douteuse. L'assurance d'Origne ce moment mme est trs-frappante. A Celse qui avait dit : Les barbares viendront, et ils dtruiront paens et chrtiens, il rpondait : Qu'arriverait-il si les barbares se convertissaient3 ? Tous les cultes paens seraient dtruits ; le culte chrtien subsisterait seul ; or, c'est lui seul qui triomphera un jour, car sa doctrine gagne de plus en plus les mes. Et il ajoutait : Lorsque Dieu permet que nous soyons perscuts, nous le sommes, et lorsqu'il ne le permet plus, au milieu du monde qui continue nous har, nous gardons une srnit merveilleuse, croyant cette parole : Ayez confiance, car j'ai vaincu le monde. La foi, voil donc le secret de la victoire du christianisme. Cependant les perscuteurs taient plus que jamais dcids en finir avec la religion nouvelle : il suffit, pour le prouver, de nommer un Dce, un Valrien, un Galre ! Aussi, malgr la ralit des trves dans cette dernire crise, trop prolonge pour tre constamment violente, le sang chrtien a-t-il abondamment coul.

    1 Civ. Dei, XVIII, LII. Les auteurs ne sont mme pas d'accord entre eux. SULP. SVRE attribue le quatrime rang la perscution d'Hadrien, et met celle de Maximin hors rang (Chron., II, XXXII), tandis que PAUL OROSE (Hist., VII, XIX) compte celle de Maximin la sixime, et omet celle d'Hadrien. 2 Geschichte der Vlkerscanderung (Leipzig, 1859-1864) ; le dix-neuvime chapitre du IIIe vol. (1862) est intitul : Das Christenthum und der Rmische Staat. 3 Les barbares, cette fois, ceux qui sont aux frontires de l'empire. C. Celse, VIII, LXVIII.

  • Pendant la troisime priode, au contraire, l'glise s'panouit presque librement. Ce contraste parait trange quand les souverains s'appellent Commode, Caracalla ou Hliogabale ; mais ces empereurs portaient de prfrence leurs coups sur leur propre entourage. En mme temps le nombre des fidles s'tait accru, et de nouvelles mesures devenaient ncessaires pour les atteindre avec efficacit. Or, c'tait prcisment l'instant o les jurisconsultes romains, soit par un progrs naturel du droit, soit sous la pression d'une ncessit sociale, inclinaient, sans se l'avouer, vers la libert d'association en consacrant d'importants privilges en faveur des collges funraires. Comment les chrtiens n'auraient-ils pas profit de ces facilits accordes surtout aux classes moyennes et infrieures, tenuiores ? Leurs croyances, assurment, restaient frappes d'interdit, et ils devaient toujours tre prts faire pour elles le sacrifice de leur vie ; mais l'opinion publique ne pouvait gure s'mouvoir du spectacle de ces morts enterrant leurs morts. Il est donc vraisemblable, sinon certain, que l'assimilation fut tacitement admise. De l faire participer la socit des fidles au bienfait de l'existence lgale, il n'y avait qu'un pas, que franchit en fait le bon vouloir personnel de plusieurs princes, entre autres, d'Alexandre Svre.

    A ce double titre, on se trouvait loin de la fin du premier sicle, o, d'une part, la lgislation tait trs-rigoureuse contre toute espce de socits, et o, d'autre part, le gouvernement avait peine une notion claire de ce qu'tait un chrtien. En effet, le caractre dominant de cette poque primitive (je laisse momentanment de ct celle qui suivit), c'est qu'aux yeux de l'autorit il n'y a pas de distinction entre les Juifs et les chrtiens. Ces derniers forment une secte que ddaignent les gouverneurs romains comme Gallion Corinthe, Festus Csare, et mme Rome le conseil de l'empereur , plutt qu'ils ne la condamnent. Ce ne sont pas assurment les accusateurs qui font dfaut, mais tous les fonctionn