d©mocratie, libert©, ©galit© : le socialisme pour le num©rique

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Dossier réalisé par les Jeunes Socialistes sur les questions numériques.

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  • LE SOCIALISME POUR LE NUMRIQUE

    DMOCRATIE

    LIBERT

    GALIT

  • DHadopi ACTA, aux logiciels libres, des r-volutions arabes Wikileaks, de lexplosion des rseaux sociaux la protection des don-nes personnelles prives, le monde num-rique concerne notre gnration et trans-forme au quotidien notre rapport aux autres, au vivre-ensemble, lducation, la propri-t prive. Les consquences de lexplosion du numrique sont extrmement importantes aussi bien dans les vies professionnelles que personnelles. Face ces nouveaux territoires ouverts par le numrique, les socialistes doivent rester attentifs lessor de ceux-ci en tant que nouveaux espaces de renforcement de la dmocratie et de lgalit, dans la conti-nuit de notre aspiration collective au progrs.

    Le monde numrique nest pas rductible lInternet. La socit numrique cest le monde dmatrialis et en interconnexion perma-nente avec lextrieur. Ce nouveau mode de communication est une aubaine pour la connaissance et la culture, mais galement un facteur disolement. Il faut donc semparer de la question de laccs et de lducation au net pour que le numrique soit un outil d-mocratique et non un outil qui renforce les clivages et la prcarisation des plus fragiles.

    Les rponses politiques apporter seront donc celles de lgalit dans laccs aux ou-tils numriques, de notre lutte contre les frac-tures dans laccs au numrique, tant mat-rielles que sociales et ducatives. En parallle, il est ncessaire de garantir laccs au rseau et la neutralit du net, pour que les oprateurs daccs internet ne privilgient pas certains contenus sur dautres, ni ne restreignent lac-cs au rseau en instaurant des barrires, des filtres, au passage de certains. Cest tout lenjeu

    qui se pose quand la rgulation des rseaux est laisse aux fournisseurs daccs internet. Quelle intervention politique, et dans quelle mesure ?

    Le progrs technique a t le moteur des der-nires rvolutions industrielles, mais la rvo-lution des technologies de linformation et de la communication, couramment appeles NTIC (Nouvelles Technologies de lInforma-tion et Communication), dpasse le stade de la simple rvolution industrielle. Le capi-talisme sen est empar pour se transformer, sadapter et en tirer profit. Il nous appartient de nous approprier les outils numriques et leurs potentialits (partage et reproductibili-t infinie moindre cot) afin de dpasser le systme et den faire bnficier le plus grand nombre.

    Cette adaptation du capitalisme se ressent dans la sphre du travail, quand la production de richesses devient illimite et organise par des millions dinternautes volontaires ou non, au profit de quelques uns. Google utilise ain-si les clics pour amliorer son systme et de mieux cibler la publicit. Le numrique accrot lefficacit en dlgant des tches des ma-chines, il cre galement une servitude pour certains salaris, connects internet 24h/24 par leur tlphones portables, les empchant de conserver des temps ddis aux loisirs et la famille, laissant un lien permanent avec le monde du travail.

    Face cette omnipotence de la sphre co-nomique sur le numrique, les rponses po-litiques apportes jusque-l, y compris par la gauche, ne sont que trop tardives, marquant un temps de retard, quand elles ne remettent

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    Dmocratie, libert, galit :le socialisme pour le numrique

  • pas en cause la vie prive ou la libert dex-pression des citoyens.

    Du dogme de la raret au principe dabon-dance : dpasser la proprit priveLa rvolution numrique dans le champ de la connaissance est en effet caractrise par le fait que lon peut dissocier linformation de son support, et saffranchir ainsi des limita-tions de la matire. Le modle conomique doit alors sadapter aux nouvelles potentiali-ts de reproduction, de portage et dchanges, qualifies dinfinies. Contrairement au jeu somme nulle qui caractrise le libralisme conomique, partant du principe que la ri-chesse donne un joueur A quivaut celle perdue par le joueur B, le monde numrique relve dun jeu somme infinie. La possession dune uvre, dune information, dun fichier par un tiers ne lte pas autrui. Les biens immatriels peuvent tre copis cot nul. Nous sommes donc passs dune conomie de la raret, au rgime de labondance., chan-geant de fait notre apprhension politique de ce nouveau systme conomique.

    Un logiciel, en tant quensemble dinstructions donnes un ordinateur, un calculateur lectronique, peut tre couvert par diffrentes licences. Un logiciel est soit propritaire , son code source appartenant un individu ou une socit, appartenir au domaine public, soit tre libre , cest--dire librement excu-table, modifiable, amliorable, sans pour au-tant tre forcment gratuit. Le logiciel en tant que dcouverte a donc t produit par des milliers de dveloppeurs travers le monde, appartenant originellement au domaine de la recherche, du partage, loin de la sphre mar-chande. Mais ce qui sest dvelopp initiale-ment la marge du capitalisme y a finalement t pleinement intgr. Aujourdhui, les bre-vets sur les logiciels ou autres applications, services, sont dposs, et accepts, chaque jour. Monopoles et oligopoles se sont multi-plis alors mme que le numrique porte en lui les principes de copie et de diffusion po-tentiellement infinis.

    De mme en matire culturelle, le num-rique pose des questions la proprit intel-lectuelle. Aujourdhui instrumentalise des fins commerciales par les grands monopoles

    de diffusion culturelle, la proprit intellec-tuelle avait t initialement cre pour pro-tger les auteurs contre ces mmes acteurs. Dsormais, les notions dautorat ou dinven-tion permettent un droit dalination du tra-vail intellectuel par un industriel des fins marchandes. Toutes ces questions nous en-tranent sur les pistes des droits dauteurs, du partage non-marchand, de lopen-data et de la libert dexpression.

    Repenser le travail dans uncapitalisme cognitif

    En tant que socialistes, nous savons que lin-tervention politique est ncessaire, mais il reste dfinir son primtre. Pourtant, notre pense de ce systme conomique, social et dmocratique se fait attendre avec dautant plus de force. Il sagit bien de la mutation dun systme, le capitalisme, en ce que Yann Mou-lier-Boutang appelle le capitalisme cognitif.

    Le capitalisme cognitif peut se dfinir par le glissement du capital productif au capi-tal intellectuel. La production de richesses nest plus concentre dans des usines, sur des chanes de production, mais dans un ensemble dchanges dmatrialiss qui chappent pour quelques 1500 milliards de dollars au fisc chaque jour. La valeur cono-mique elle-mme semble donc avoir chang. Lorganisation de lconomie reste toutefois monopolistique. Si la richesse intellectuelle produite chaque jour lest par des salaris, des internautes, des milliers d abeilles pol-linisatrices volontaires ou non, un petit nombre dentreprises concentrent les profits ainsi engendrs. Pour preuve, nous sommes tous des producteurs de contenu sur le net, victimes souvent dun pillage de linventivit de la collaboration gratuite. La notion de tra-vail change donc, ainsi que celle de temps de travail.

    Des rponses politiques trop souvent conservatrices et liberticides

    Le numrique pose des questions nos li-berts individuelles comme collectives, celle dexpression et dinformation lorsque un op-rateur restreint laccs un site de contenus en raison de ses partenariats commerciaux, ou

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  • quand des Etats comme la Chine, ou lEgypte sous pressions rvolutionnaires, bloquent laccs des citoyens au web mondial. Garan-tir la libre-circulation des internautes et des informations est une ncessit, tandis que se pose la question de la libre-circulation din-formations pouvant porter atteinte lintgri-t dune personne, la vracit dun propos, au respect dun groupement de citoyens, etc. Le numrique et le web participatif imprgnent notre mode de penser, dagir et de consom-mer. Lusage du partage, la consommation collaborative reprsentent une formidable opportunit de dpassement du dogme de la proprit prive. Nous passerons du principe de la valeur marchande la valeur dusage. Les rponses politiques apportes par la gauche tardent se faire entendre, si ce nest sous un mode rpressif et le systme semble se dvelopper au dtriment de lgalit, des droits et des liberts fondamentales. Le nombre de donnes personnelles changes et stockes explose, reposant la notion de vie prive, se rpercutant sur la vie sociale, les comporte-ments, le travail La rponse politique la plus communment rpandue reste malheureuse-ment celle de la surveillance, du traage, de lenregistrement, relevant dun conservatisme politique qui rprime par peur de ne plus rien matriser. Hadopi, LOPPSI , Acta, CETA, le nou-veau trait commercial liberticide en cours dlaboration, multiplication des fichiers poli-ciers sont autant de lois hyper-rpressives aux rponses inadaptes, refltant lengagement

    de la puissance publique vers un vritable contrle social des donnes personnelles.

    ***Dans ce Dossier du Changement, nous dcri-rons les outils politiques envisageables par la gauche pour garantir lexpression de lintrt gnral dans laccs, lusage, les contenus, les outils numriques, lchelle tant nationale quinternationale, pour rpondre aux nou-veaux dfis du travail, de la vie prive, de la li-bert dexpression, imposs par le numrique. Nous rpondrons ces nouveaux dfis dmo-cratiques, aux chelles imbriques, en quatre temps :

    (1) Concilier vie prive et libert dexpres-sion est un grand dfi pos au politique, alors quaujourdhui, seule lconomie semble sy intresser. (2) Il nous faudra donc repenser la place du citoyen, de lhumain, en termes de droit du travail, dducation, de protec-tion, dans la dmocratie numrique. (3) Cette nouvelle rpartition des richesses produites qui est en train de se dessiner nous oblige repenser nos modes de rmunration du tra-vail, notamment du travail cognitif, et repen-ser ainsi monopoles, brevets, approp

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