crampes encaoua

Download Crampes encaoua

Post on 19-Oct-2014

143 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

DESCRIPTION

 

TRANSCRIPT

[halshs-00185310, v1] Microconomie de l'innovation

1

MICROECONOMIE DE LINNOVATION

Claude CRAMPES et David ENCAOUA

hals

hs-0

0185

310,

ver

sion

1 - 5

Nov

200

7Manuscrit auteur, publi dans "Encyclopdie de l'innovation, Philippe Mustar et Herv Durand (Ed.) (2005) 405-430"

2

Toute action procurant un gain suprieur son cot doit tre entreprise et toute action

dont le cot est suprieur au gain ne doit pas tre entreprise. C'est sur cette norme lmentaire,

mais trs puissante, que sont btis le calcul micro-conomique en gnral et la micro-

conomie de l'innovation en particulier. La difficult particulire que pose l'analyse de

lactivit de Recherche et Dveloppement (R&D) provient de ce que son principal input et

son principal output sont de l'information qui, quel que soit son degr d'intgration dans des

systmes complexes de connaissance, est la fois trs coteuse crer et copiable cot

presque nul. Comme le gain direct que peut retirer un agent d'une innovation particulire est

en gnral assez petit, on arrive au paradoxe suivant : pour chaque agent, il peut tre

inefficient de crer (l'utilit tant plus faible que le cot) et efficient de copier (l'utilit tant

positive, elle est plus grande que le cot de la copie qui est presque nul). Puisque tout agent

conomique rationnel prend ses dcisions sur la base de ses gains et cots futurs et remonte

progressivement la chane des dcisions jusqu' la date prsente, s'il anticipe qu'il ne pourra

percevoir que son utilit directe, le candidat innovateur prfrera s'abstenir. En revanche si,

par un artefact commercial (rputation) ou juridique (droit de proprit), le candidat

innovateur peut capter une partie des gains dont bnficient les autres agents, alors il

entreprendra un programme de R&D.

Quand plusieurs entreprises sont capables de mener bien un programme de R&D,

elles s'engagent dans une concurrence dont l'analyse requiert le recours la thorie des jeux

non coopratifs (Tirole, 1988). Chaque agent ou centre de recherche prend ses dcisions en

fonction de ce qu'il croit tre l'avancement des travaux de ses concurrents ou partenaires, de

leurs dcisions courantes (s'il peut les observer) et des ractions des autres ses propres

dcisions (si les autres les connaissent). De ce calcul nat une stratgie de meilleure rponse

aux projets des autres et de la confrontation de ces meilleures rponses nat un quilibre du

jeu de R&D, c'est--dire la dtermination des plans de recherche arrts par les entreprises.

Les caractristiques de cet quilibre font gnralement l'objet de deux types d'analyse : une

analyse de sensibilit (ou statique comparative) pour savoir comment varient les programmes

de recherche quand change l'un des paramtres structurant du modle (par exemple, l'arrive

d'un challenger ou l'allongement de la dure maximum d'un brevet) et un test d'optimalit

pour savoir si les efforts de recherche et/ou les flux d'innovation produits par les dcisions

prives des oprateurs sont excessifs ou au contraire trop faibles par rapport aux valeurs qui

conduisent l'optimum collectif.

hals

hs-0

0185

310,

ver

sion

1 - 5

Nov

200

7

3

Le chapitre est organis de la faon suivante. La premire partie dtaille les

mcanismes lmentaires qui poussent les entreprises innover et les freins leur effort

quand l'appropriation des rsultats n'est pas parfaite. La deuxime partie prsente la

distinction entre innovation de produit et innovation de procd. La troisime partie

s'intresse aux aspects stratgiques et dynamiques de linnovation en analysant les modles

d'enchres et les courses au brevet. Deux effets sont analyss, dune part, celui de la

concurrence pour lobtention de linnovation et, dautre part, celui de la concurrence sur le

march des produits. On examine ainsi la validit de l'argument schumptrien qui fait des

monopoles les moteurs essentiels de la R&D. La quatrime partie examine les facteurs

influenant le rythme des innovations. La cinquime partie aborde l'aspect spatial et sectoriel

de l'conomie de l'innovation en introduisant les effets externes positifs crs dans l'entourage

des innovateurs (effets de dbordement et effets d'agglomration). Enfin, la sixime partie est

consacre aux instruments institutionnels qui permettent de promouvoir l'effort de R&D, en

particulier le systme des brevets et des licences.

1. Innovation et mcanismes de march.

Depuis larticle fondateur de Kenneth Arrow (1962), on comprend mieux les raisons

pour lesquelles lallocation des ressources et la coordination par les forces du march ne sont

pas toujours optimales pour la production dinnovations sur le plan collectif. Deux raisons

sont au cur de lanalyse : les risques inhrents toute recherche et la nature de bien public

des produits de la recherche.

1.1 Les risques de la recherche

La dcision dinnover est un processus risqu, puisquen gnral linnovateur nest pas

assur lavance que son effort dinvention sera rcompens sur le plan commercial ni mme

quil va aboutir sur le plan technologique. Comme dans le cas dautres activits conomiques

dont le rsultat est entach dincertitude, on peut se demander si un mcanisme dassurance ne

pourrait pas protger l'innovateur contre ces alas et conduire une allocation optimale des

ressources dans un univers incertain. La rponse est ngative. Certes, des financements

spcifiques du capital-risque existent, mais ils permettent au mieux dallger les obstacles au

financement de linnovation sans constituer pour autant un vritable mcanisme dassurance.

Linefficacit laquelle conduirait lexistence dun tel mcanisme peut tre aisment perue.

hals

hs-0

0185

310,

ver

sion

1 - 5

Nov

200

7

4

Du fait de limpossibilit dobserver et de contrler leffort de recherche individuel, un

mcanisme dassurance contre le risque dchec de production dun nouveau bien ou de mise

au point dun nouveau procd ne peut en effet quaffaiblir les incitations individuelles dun

innovateur russir son projet. Il nest donc pas collectivement efficace dassurer lactivit

individuelle dinnovation contre le risque dchec. Ce quon observe plutt, ce sont des

mcanismes dauto-assurance ou de gestion des risques. Ainsi, les grandes entreprises ont

souvent un avantage important par rapport aux innovateurs individuels parce quelles ont les

moyens de mener plusieurs projets de recherche simultanment et de diversifier les risques

correspondants. Un tel mcanisme dauto-assurance par la gestion dun portefeuille de projets

de recherche discrimine clairement entre ceux qui ont les moyens dentreprendre

simultanment plusieurs projets de recherche et les autres. Cest une premire source

dimperfection des forces du march dans lallocation des ressources pour la production

dinnovations. On retrouve l une certaine justification du premier argument schumptrien

selon lequel les grandes entreprises auraient un avantage, en matire dinnovation, sur les

units atomistiques des marchs de concurrence parfaite. Notons bien cependant quil ne

sagit ce stade que dun avantage en termes de diversification des risques et non en termes

dintensit de la recherche ou de rythme des innovations. Nous aurons loccasion dans la suite

de prciser les autres arguments schumptriens en ces domaines.

1.2 Connaissance et march

Une deuxime imperfection tient la nature du bien connaissance qui est le rsultat de

linnovation. Est-il possible de concevoir un march o schangeraient des informations lies

la connaissance ? Dans certains cas, de tels marchs existent et jouent un rle important. On

peut citer par exemple les journaux spcialiss pour lesquels il existe une demande et une

offre dinformations spcifiques. Mais dans dautres cas qui intressent au premier chef

linnovation, les caractristiques de la connaissance empchent lexistence dun march. En

tout premier lieu, si l'acheteur doit connatre le contenu de la connaissance pour en estimer la

valeur avant de l'acqurir, on ne voit pas pour quelle raison, aprs avoir obtenu l'information,

il serait encore dispos en payer le prix. Le producteur ne serait donc plus incit consentir

l'effort en temps et en argent pour produire un bien dont il ne pourrait tirer aucun revenu. Ceci

se rsume un argument bien connu. La connaissance est coteuse produire mais,

linverse des biens traditionnels, une fois produite, elle na pas besoin dtre reproduite pour

tre utilise et elle peut tre utilise par chacun sans perdre pour autant son utilit intrinsque.

hals

hs-0

0185

310,

ver

sion

1 - 5

Nov

200

7

5

Contrairement la plupart des biens courants, la connaissance est un bien pour lequel il n'y a

pas de rivalit entre les consommateurs car elle n'est pas dtruite par l'usage. Pour crer

lincitation la production de connaissance, il faut donc, soit confier cette activit la sphre

publique (comme cela est en gnral le cas de la recher

Recommended

View more >