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Download Clair de lune - beq.  de lune dition de rfrence : Œuvres compltes de Guy de Maupassant : Clair de lune, Paris, Louis Conard, libraire-diteur, 1889

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  • Guy de Maupassant

    CCllaaiirr ddee lluunnee

    BeQ

  • Guy de Maupassant

    CCllaaiirr ddee lluunnee

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 392 : version 2.01

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  • Du mme auteur, la Bibliothque :

    Mademoiselle Fifi

    Mont-Oriol Pierre et Jean

    Sur leau La maison Tellier La petite Roque

    Une vie Fort comme la mort

    Contes de la bcasse Miss Harriet

    La main gauche Yvette

    Linutile beaut Monsieur Parent

    Le Horla Les surs Rondoli

    Le docteur Hraclius Gloss et autres contes Les dimanches dun bourgeois de Paris

    Le rosier de Madame Husson Contes du jour et de la nuit

    La vie errante Notre cur

    Bel-Ami

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  • Clair de lune

    dition de rfrence : uvres compltes de Guy de Maupassant : Clair de lune, Paris, Louis Conard, libraire-

    diteur, 1889.

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  • Clair de lune Il portait bien son nom de bataille, labb

    Marignan. Ctait un grand prtre maigre, fanatique, dme toujours exalte, mais droite. Toutes ses croyances taient fixes, sans jamais doscillations. Il simaginait sincrement connatre son Dieu, pntrer ses desseins, ses volonts, ses intentions.

    Quand il se promenait grands pas dans lalle de son petit presbytre de campagne, quelquefois une interrogation se dressait dans son esprit : Pourquoi Dieu a-t-il fait cela ? Et il cherchait obstinment, prenant en sa pense la place de Dieu, et il trouvait presque toujours. Ce nest pas lui qui et murmur dans un lan de pieuse humilit : Seigneur, vos desseins sont impntrables ! Il se disait : Je suis le serviteur de Dieu, je dois connatre ses raisons dagir, et les deviner si je ne les connais pas.

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  • Tout lui paraissait cr dans la nature avec une logique absolue et admirable. Les Pourquoi et les Parce que se balanaient toujours. Les aurores taient faites pour rendre joyeux les rveils, les jours pour mrir les moissons, les pluies pour les arroser, les soirs pour prparer au sommeil et les nuits sombres pour dormir.

    Les quatre saisons correspondaient parfaitement tous les besoins de lagriculture ; et jamais le soupon naurait pu venir au prtre que la nature na point dintentions et que tout ce qui vit sest pli, au contraire, aux dures ncessits des poques, des climats et de la matire.

    Mais il hassait la femme, il la hassait inconsciemment, et la mprisait par instinct. Il rptait souvent la parole du Christ : Femme, quy a-t-il de commun entre vous et moi ? et il ajoutait : On disait que Dieu lui-mme se sentait mcontent de cette uvre-l. La femme tait bien pour lui lenfant douze fois impure dont parle le pote. Elle tait le tentateur qui avait entran le premier homme et qui continuait

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  • toujours son uvre de damnation, ltre faible, dangereux, mystrieusement troublant. Et plus encore que leur corps de perdition, il hassait leur me aimante.

    Souvent il avait senti leur tendresse attache lui et, bien quil se st inattaquable, il sexasprait de ce besoin daimer qui frmissait toujours en elles.

    Dieu, son avis, navait cr la femme que pour tenter lhomme et lprouver. Il ne fallait approcher delle quavec des prcautions dfensives, et les craintes quon a des piges. Elle tait, en effet, toute pareille un pige avec ses bras tendus et ses lvres ouvertes vers lhomme.

    Il navait dindulgence que pour les religieuses que leur vu rendait inoffensives ; mais il les traitait durement quand mme, parce quil la sentait toujours vivante au fond de leur cur enchan, de leur cur humili, cette ternelle tendresse qui venait encore lui, bien quil ft un prtre.

    Il la sentait dans leurs regards plus mouills de pit que les regards des moines, dans leurs

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  • extases o leur sexe se mlait, dans leurs lans damour vers le Christ, qui lindignaient parce que ctait de lamour de femme, de lamour charnel ; il la sentait, cette tendresse maudite, dans leur docilit mme, dans la douceur de leur voix en lui parlant, dans leurs yeux baisss, et dans leurs larmes rsignes quand il les reprenait avec rudesse.

    Et il secouait sa soutane en sortant des portes du couvent, et il sen allait en allongeant les jambes comme sil avait fui devant un danger.

    Il avait une nice qui vivait avec sa mre dans une petite maison voisine. Il sacharnait en faire une sur de charit.

    Elle tait jolie, cervele et moqueuse. Quand labb sermonnait, elle riait ; et quand il se fchait contre elle, elle lembrassait avec vhmence, le serrant contre son cur, tandis quil cherchait involontairement se dgager de cette treinte qui lui faisait goter cependant une joie douce, veillant au fond de lui cette sensation de paternit qui sommeille en tout homme.

    Souvent il lui parlait de Dieu, de son Dieu, en

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  • marchant ct delle par les chemins des champs. Elle ne lcoutait gure et regardait le ciel, les herbes, les fleurs, avec un bonheur de vivre qui se voyait dans ses yeux. Quelquefois elle slanait pour attraper une bte volante, et scriait en la rapportant : Regarde, mon oncle, comme elle est jolie ; jai envie de lembrasser. Et ce besoin dembrasser des mouches ou des grains de lilas inquitait, irritait, soulevait le prtre, qui retrouvait encore l cette indracinable tendresse qui germe toujours au cur des femmes.

    Puis, voil quun jour lpouse du sacristain, qui faisait le mnage de labb Marignan, lui apprit avec prcaution que sa nice avait un amoureux.

    Il en ressentit une motion effroyable, et il demeura suffoqu, avec du savon plein la figure, car il tait en train de se raser.

    Quand il se retrouva en tat de rflchir et de parler, il scria : Ce nest pas vrai, vous mentez, Mlanie !

    Mais la paysanne posa la main sur son cur :

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  • Que Notre-Seigneur me juge si je mens, monsieur le cur. J vous dis quelle y va tous les soirs sitt qu votre sur est couche. Ils se rtrouvent le long de la rivire. Vous navez qu y aller voir entre dix heures et minuit.

    Il cessa de se gratter le menton, et il se mit marcher violemment, comme il faisait toujours en ses heures de grave mditation. Quand il voulut recommencer se barbifier, il se coupa trois fois depuis le nez jusqu loreille.

    Tout le jour, il demeura muet, gonfl dindignation et de colre. sa fureur de prtre, devant linvincible amour, sajoutait une exaspration de pre moral, de tuteur, de charg dme, tromp, vol, jou par une enfant ; cette suffocation goste des parents qui leur fille annonce quelle a fait, sans eux et malgr eux, choix dun poux.

    Aprs son dner, il essaya de lire un peu, mais il ne put y parvenir ; et il sexasprait de plus en plus. Quand dix heures sonnrent, il prit sa canne, un formidable bton de chne dont il se servait toujours en ses courses nocturnes, quand il allait

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  • voir quelque malade. Et il regarda en souriant lnorme gourdin quil faisait tourner, dans sa poigne solide de campagnard, en des moulinets menaants. Puis, soudain, il le leva, et, grinant des dents, labattit sur une chaise dont le dossier fendu tomba sur le plancher.

    Et il ouvrit sa porte pour sortir ; mais il sarrta sur le seuil, surpris par une splendeur de clair de lune telle quon nen voyait presque jamais.

    Et comme il tait dou dun esprit exalt, un de ces esprits que devaient avoir les Pres de lglise, ces potes rveurs, il se sentit soudain distrait, mu par la grandiose et sereine beaut de la nuit ple.

    Dans son petit jardin, tout baign de douce lumire, ses arbres fruitiers, rangs en ligne, dessinaient en ombre sur lalle leurs grles membres de bois peine vtus de verdure ; tandis que le chvrefeuille gant, grimp sur le mur de sa maison, exhalait des souffles dlicieux et comme sucrs, faisait flotter dans le soir tide et clair une espce dme parfume.

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  • Il se mit respirer longuement, buvant de lair comme les ivrognes boivent du vin, et il allait pas lents, ravi, merveill, oubliant presque sa nice.

    Ds quil fut dans la campagne, il sarrta pour contempler toute la plaine inonde de cette lueur caressante, noye dans ce charme tendre et languissant des nuits sereines. Les crapauds tout instant jetaient par lespace leur note courte et mtallique, et des rossignols lointains mlaient leur musique grene qui fait rver sans faire penser, leur musique lgre et vibrante, faite pour les baisers, la sduction du clair de lune.

    Labb se remit marcher, le cur dfaillant, sans quil st pourquoi. Il se sentait comme affaibli, puis tout coup ; il avait une envie de sasseoir, de rester l, de contempler, dadmirer Dieu dans son uvre.

    L-bas, suivant les ondulations de la petite rivire, une grande ligne de peupliers serpentait. Une bue fine, une vapeur blanche que les rayons de lune traversaient, argentaient, rendaient luisante, restait suspendue autour et au-dessus des

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  • berges, enveloppait tout le cours tortueux de leau dune sorte de ouate lgre et transparente.

    Le prtre encore une fois sarrta, pntr jusquau fond de lme par un attendrissement grandissant, irrsistible.

    Et un doute, une inquitude vague lenvahissait ; il sentait natre en lui une de ces interrogations quil se posait parfois.

    Pourquoi Dieu avait-il fait cela ? Puisque la nuit est destine au sommeil, linconscience, au repos, loubli de tout, pourquoi la rendre plus charmante que le jour, plus douce que les aurores et que les soirs, et pourquoi cet astre lent et sduisant, plus potique que le soleil et qui semblait destin, tant il est discret, clairer des choses trop dlicates et mystrieuses pour la grande lumire, sen venait-il faire si transparentes les tnbres ?

    Pourquoi le plus habile des oiseaux chanteurs ne se reposait-il pas comme les autres et se mettait-il vocaliser dans lombre troublante ?

    Pourquoi ce demi-voil

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