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  • Stendhal

    AArrmmaannccee

    BeQ

  • Stendhal

    Armance roman

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 585 : version 1.0

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  • Du mme auteur, la Bibliothque :

    Lucien Leuwen I et II Nouvelles

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  • Armance ou

    Quelques scnes dun salon de Paris en 1827

    dition de rfrence : ditions Rencontre, Lausanne, 1961.

    Image de couverture :

    Pauline Beyle, sur favorite de Stendhal.

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  • Avant-propos Une femme desprit, qui na pas des ides bien

    arrtes sur les mrites littraires, ma pri, moi indigne, de corriger le style de ce roman. Je suis loin dadopter certains sentiments politiques qui semblent mls la narration ; voil ce que javais besoin de dire au lecteur. Laimable auteur et moi nous pensons dune manire oppose sur bien des choses, mais nous avons galement en horreur ce quon appelle des applications. On fait Londres des romans trs piquants : Vivian Grey, Almaks, High Life, Matilda*, etc., qui ont besoin dune cl. Ce sont des caricatures fort plaisantes contre des personnes que les hasards de la naissance ou de la fortune ont places dans une position quon envie.

    Voil un genre de mrite littraire dont nous ne voulons point*. Lauteur nest pas entr, depuis 1814 au

    * Matilda : Vivian Grey est le premier roman de Disraeli, publi en

    1826. La mme anne avait paru la traduction franaise du livre de lord Normanby, Mathilde, a tale of the day. LAlmaks tait un club de Londres trs la mode, frquent par la haute socit.

    * Nous ne voulons point : Expdient du romancier pour veiller la curiosit de ses lecteurs : les inviter ne pas chercher de cl veut dire les engager la dcouvrir. Et cest prcisment ce qui est arriv. On suppose

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  • premier tage du palais des Tuileries ; il a tant dorgueil, quil ne connat pas mme de nom les personnes qui se font sans doute remarquer dans un certain monde.

    Mais il a mis en scne des industriels et des privilgis, dont il a fait la satire. Si lon demandait des nouvelles du Jardin des Tuileries aux tourterelles qui soupirent au fate des grands arbres, elles diraient : Cest une immense plaine de verdure o lon jouit de la plus vive clart. Nous, promeneurs, nous rpondrions : Cest une promenade dlicieuse et sombre o lon est labri de la chaleur et surtout du grand jour dsolant en t.

    habituellement que pour peindre Mme dAumale Stendhal sest inspir de la duchesse de Castries ; quant Mme de Bonnivet, ses modles ont pu tre la comtesse de Broglie, la fille de Mme de Stal, Mme de Krudener, Mme Swetchine. En ce qui est de lhrone du roman, Armance, Stendhal a affirm dans une lettre Mrime quelle est le portrait de la dame de compagnie de la matresse de Stroganoff . Ce Stroganoff est sans doute Grgoire Alexandrovitch, baron et ensuite comte de Stroganoff, favori et conseiller du tsar Alexandre Ier, qui a sjourn Paris au cours de lhiver 1825-1826, et qui a pous sa matresse, la comtesse Da Ega. Mais il ne semble pas que le prototype dArmance soit la dame de compagnie de cette comtesse, mais plutt Nadine Staeline, fille naturelle du gnral Swetchine, qui avait pous au dbut de 1825 Raymond de Sgur. Cette hypothse, avance par Franois Michel (Armance de Zohiloff, dans le volume tudes Stendhaliennes, Mercure de France, 1957) est dautant plus vraisemblable quil sagit dune dame russe dont le beau-pre sappelle Octave.

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  • Cest ainsi que la mme chose, chacun la juge daprs sa position ; cest dans des termes aussi opposs que parlent de ltat actuel de la socit des personnes galement respectables qui veulent suivre des routes diffrentes pour nous conduire au bonheur. Mais chacun prte des ridicules au parti contraire.

    Imputerez-vous un tour mchant dans lesprit de lauteur les descriptions malveillantes et fausses que chaque parti fait des salons du parti oppos ? Exigerez-vous que des personnages passionns soient de sages philosophes, cest--dire naient point de passions ? En 1760 il fallait de la grce, de lesprit et pas beaucoup dhumeur, ni pas beaucoup dhonneur, comme disait le rgent, pour gagner la faveur du matre et de la matresse.

    Il faut de lconomie, du travail opinitre, de la solidit et labsence de toute illusion dans une tte, pour tirer parti de la machine vapeur. Telle est la diffrence entre le sicle qui finit en 1789 et celui qui commena vers 1815.

    Napolon chantonnait constamment en allant en Russie ces mots quil avait entendus si bien dits par Porto (dans la Molinara) :

    Si batte nel mio cuore

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  • Linchiostro e la farina.1

    Cest ce que pourraient rpter bien des jeunes gens

    qui ont la fois de la naissance et de lesprit. En parlant de notre sicle, nous nous trouvons avoir

    esquiss deux des caractres principaux de la Nouvelle suivante. Elle na peut-tre pas vingt pages qui avoisinent le danger de paratre satiriques ; mais lauteur suit une autre route ; mais le sicle est triste, il a de lhumeur, et il faut prendre ses prcautions avec lui, mme en publiant une brochure qui, je lai dj dit lauteur, sera oublie au plus tard dans six mois, comme les meilleures de son espce.

    En attendant, nous sollicitons un peu de lindulgence que lon a montre aux auteurs de la comdie des Trois Quartiers*. Ils ont prsent un miroir au public ; est-ce leur faute si des gens laids ont pass devant ce miroir* ? De quel parti est un miroir.

    1 Faut-il tre meunier, faut-il tre notaire ? Notaire ? : La

    Molinara est un opra de Paisiello (1788). Dans la Vie de Rossini, Stendhal lui avait trouv la grce du Corrge.

    * Trois Quartiers : Comdie de Picard et Mazres, joue au Thtre-Franais le 27 mai 1827.

    * Devant ce miroir ? : Stendhal a compar plus dune reprise le roman un miroir : Le Rouge et le Noir, livre I, chapitre XIII ; livre II, chapitre XIX. Lucien Leuwen, premire et troisime prfaces.

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  • On trouvera dans le style de ce roman des faons de parler naves, que je nai pas eu le courage de changer. Rien dennuyeux pour moi comme lemphase germanique et romantique. Lauteur disait : Une trop grande recherche des tournures nobles produit la fin du respect et de la scheresse ; elles font lire avec plaisir une page, mais ce prcieux charmant fait fermer le livre au bout du chapitre, et nous voulons quon lise je ne sais combien de chapitres ; laissez-moi donc ma simplicit agreste ou bourgeoise.

    Notez que lauteur serait au dsespoir que je lui crusse un style bourgeois. Il y a de la fiert linfini dans ce cur-l. Ce cur appartient une femme qui se croirait vieillie de dix ans si lon savait son nom. Dailleurs un tel sujet !...

    STENDHAL. Saint-Gigouf, le 23 juillet 1827*.

    * Le 23 juillet 1827 : Il sagit de Saint-Gingolph sur le lac Lman, en

    face de Vevey. Dans lt de 1827, cest par le Simplon que Stendhal sest rendu en Italie. Notons que Waysse Villiers, qui a publi en 1819 un Itinraire descriptif ou Description routire de la France et de lItalie, adopte lorthographe Saint-Gengoux.

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  • Chapitre premier

    It is old and plain .......... It is silly sooth And dallies with the innocence of love.

    Twelfth Night, act. II*. peine g de vingt ans, Octave venait de sortir de

    lcole Polytechnique*. Son pre, le marquis de Malivert*, souhaita retenir son fils unique Paris. Une fois quOctave se fut assur que tel tait le dsir

    * Twelfth Night, act. II : Elle est vieille et simple... Elle est

    navement vraie et joue avec linnocence de lamour. Shakespeare, La Nuit des Rois ou Ce que vous voudrez, acte II, scne IV.

    Sur le sens et le choix des pigraphes places en tte des diffrents chapitres, Stendhal crira en 1830 : Lpigraphe doit augmenter la sensation, lmotion du lecteur, si motion il peut y avoir, et non plus prsenter un jugement plus ou moins philosophique sur la situation. La plupart de ces pigraphes ont t fournies Stendhal par Mrime. Certaines dentre elles ont t, comme on verra, fabriques de toutes pices.

    * Lcole Polytechnique : Le jeune Henri Beyle avait travaill les mathmatiques lcole Centrale de Grenoble pour entrer lcole Polytechnique, mais, en 1799, il ne se prsenta pas au concours.

    * Le marquis de Malivert : Malhivert est un hameau de la commune de Claix. Cest Claix que le pre de Stendhal possdait une maison de campagne. Le futur romancier y a pass une partie de son enfance.

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  • constant dun pre quil respectait et de sa mre quil aimait avec une sorte de passion, il renona au projet dentrer dans lartillerie. Il aurait voulu passer quelques annes dans un rgiment, et ensuite donner sa dmission jusqu la premire guerre quil lui tait assez gal de faire comme lieutenant ou avec le grade de colonel. Cest un exemple des singularits qui le rendaient odieux aux hommes vulgaires.

    Beaucoup desprit, une taille leve, des manires nobles, de grands yeux noirs les plus beaux du monde auraient marqu la place dOctave parmi les jeunes gens les plus distingus de la socit, si quelque chose de sombre, empreint dans ces yeux si doux, net port le plaindre plus qu lenvier. Il et fait sensation sil et dsir parler ; mais Octave ne dsirait rien, rien ne semblait lui causer ni peine ni plaisir. Fort souvent malade durant sa premire jeunesse, depuis quil avait recouvr des forces et de la sant, on lavait toujours vu se soumettre sans balancer ce qui lui semblait prescrit par le devoir ; mais on et dit que si le devoir navait pas lev la voix, il ny et pas eu chez lui de motif pour agir. Peut-tre quelque principe singulier, profondment empreint dans ce jeune c

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