19401945 souvenirs de roland maurice .souvenirs de roland maurice . préambule . dès l’automne

Download 19401945 Souvenirs de Roland Maurice .Souvenirs de Roland Maurice . Préambule . Dès l’automne

Post on 14-Sep-2018

213 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • 19401945

    Souvenirs de Roland Maurice

  • Prambule

    Ds lautomne 1939, ma famille sest replie de la Madeleine les Lille An-gers. Le souvenir de loccupation et des destructions de la Premire Guerre Mon-diale dans le Nord, tant Arras (rgion dorigine de la branche paternelle) qu Va-lenciennes (celle de la branche maternelle) a vite dcid ma Mre emmener ses trois enfants rejoindre sa belle-sur dans une rgion clbre pour sa douceur.

    Mon oncle, Pierre Dupas, Lieutenant-colonel aux Affaires Indignes au Ma-roc, a t mut sur la Ligne Maginot vers Baccarat. Ma famille avait dj pay son tribut en 14-18 : Un cousin y est mort, un grand-oncle, Alexandre Dupas, y a t bless six fois (cit huit fois, Commandeur de la Lgion dHonneur), mon Oncle Pierre y a t bless deux fois (cit, Chevalier de la Lgion dHonneur). N le 17 septembre 1919, je ne serai appel au service militaire que le 16 Avril 1940. Au cours de mes tudes lEcole Nationale Suprieure dArts et Mtiers Lille, jai suivi les cours de la Prparation Militaire Suprieure de la Cavalerie, ce qui ma valu dtre appel lEcole dApplication de la Cavalerie et des Chars Saumur. Cette ville restera un lieu trs important dans mon histoire : Jy dbuterai et y finirai la guerre.

    Dans ma Brigade linstruction, un camarade, Paul Pigassou, me fera, plus tard, dcouvrir sa famille et jpouserai sa sur, Lucienne. Cest Saumur que na-trons nos trois premiers enfants : Bernard, Edith et Anne.

    Le 17 juin 1940 les Allemands se prsentent devant Saumur, ce sera le d-

    but de ce rcit.

    1

  • 1940

    Premiers souvenirs de militaire: dans le train qui me transporte dAngers Saint Germain en Laye, encore en costume civil, un militaire en uniforme me dit de ne pas parler de ma destination mes interlocuteurs du moment. Je fais la connais-sance avec la psychose de la cinquime colonne . Ce sera ensuite lapprentissage de la vie en communaut, dont le moins quon puisse dire, est quelle est trs diversifie!! Du rappel au service qui connat la chanson , au paysan illettr, il y a toute la gamme des Gaulois. Autre dcouverte : celle de la vac-cination en groupe; le torse nu, on se serre assis sur un banc, un infirmier nous ba-digeonne lpaule la teinture diode, le suivant nous enfonce laiguille, que nous gardons bien sagement plante en attendant le passage du toubib muni de la seringue.

    Enfin lapprentissage de la rigueur toute militaire : en sortant du Quartier (la caserne sappelle ainsi dans la cavalerie) le Sous-officier de service me fait recti-fier le revers de mon manteau (les cavaliers ne connaissent pas la capote). Heu-reusement je ne sjourne Saint Germain quune semaine et suis envoy Sau-mur comme Elve Aspirant de Rserve.

    Jarrive un soir lEcole et trouve une place dans un dortoir sans que per-sonne ne me demande ce que je fais l, le lendemain matin au garde--vous au pied du lit, inspection rituelle du Sous-officier de service, qui se prsente tre du Cadre Noir. Je lui demande o se trouve les Brigades Motorises, sa rponse, hau-taine et ddaigneuse, est simple : connais pas ! . Pendant les deux mois, qui nous sparent de larrive de lennemi, notre instruction sera entrecoupe dalertes ariennes, sans que nous ayons en subir les effets. Jai eu la possibilit, pendant ce sjour Saumur, de voir ma Mre venue accompagne de ma sur Ccile.

    Au cours de mes tudes aux Arts jai d, en mme temps que la Prparation Militaire, passer le permis de conduire civil qui sera valid par larme. A lEcole jai donc eu me familiariser avec la conduite dun side-car Harley-Davidson dont jaurai me servir.

    Le 17 juin midi, au rfectoire, ordre nous est donn de faire silence. Et nous entendons la voix chevrotante du Marchal Ptain qui nous annonce : Cest le cur serr que je vous dis aujourdhui quil faut cesser le combat. Je me suis adress cette nuit ladversaire pour lui demander sil est prt rechercher, avec

    2

  • moi, entre soldats, aprs la lutte et dans lhonneur, le moyen de mettre un terme aux hostilits Personne ne bronche.

    Laprs midi la dcision du Colonel Michon qui commande lEcole nous est

    transmise : lEcole dfendra le passage de la Loire, comme il tait prvu avant cette annonce. Nous prparons aussitt: les armes (mousqueton de cavalerie), les muni-tions et le paquetage : un grand sac que nous mettons dans un autocar, notre moyen de transport ! Nous avons avec nous une musette et un bidon. Je nai aucun souvenir de lendroit o nous avons pass la nuit.

    Au cours de ces cinq annes de guerre, je nai pris aucune note. Jai d re-constituer ces rcits avec laide de divers documents : livres dhistoriens, crits de camarades, photos et bien entendu mes souvenirs. Curieusement, jai, pour certains passages, la mmoire exacte des faits, y compris la mmoire visuelle! A noter que toutes les runions danciens combattants des units auxquelles jai appartenu, ont entretenu ces souvenirs.

    Je retrouve la mmoire en haut de la cte de Bournant situe sur la hauteur sud de Saumur. Lofficier qui commande la Brigade me demande de lemmener au P.C. de lEscadron, Boucheron, une dizaine de kilomtres louest. Nous partons donc en side-car et me fais vite sermonner parce que je reste dcouvert larrive sur le site. Je me rends compte trs vite de la justesse de ce reproche, en voyant dans le ciel deux Stukas en maraude.

    De retour Bournant, je suis la recherche de nourriture, et me rappelle tre entr dans une petite maison sur le bord de la route o je trouve une bote de sardines, que je dguste avec un biscuit de soldat, le seul ingrdient qui est dans ma musette. Je suis nouveau dsign pour aller faire une patrouille, mais cette fois pied, muni dun fusil-mitrailleur (modle 1924-29) dont javais dj appris le manie-ment la prparation militaire et dont je me souviens quil pse 16 kilos, sans comp-ter les chargeurs de munitions! Nous sommes cinq et partons vers les rives du Thout pour voir si les Allemands y sont dj parvenus. Curieusement depuis notre position nous nentendons rien des combats qui se droulent sur les bords de Loire. Nous ne verrons rien au cours de cette patrouille et insouciants, protgs par moi, avec mon FM, mes camarades prennent un bain dans la rivire! Retour Bournant, nous recevons lordre de nous replier! Dans lautocar je mendors et peine arriv, me couche dans lherbe, puis. Le lendemain ds laube notre sous-officier (Marchal des logis Bagenault de Viville, un lgant cavalier chauss de bottes magnifiques) propose trois dentre nous de partir vers le Sud pour chapper lencerclement des troupes alle-mandes! Nouvelle qui nous surprend, nous ne savions pas tre encercls! Parmi nous trois, un cavalier plus ancien : Tiraspolski, Ingnieur des Mines, son exp-rience de lorientation en fort, nous sera fort utile, nous navons que le calendrier des Postes pour nous guider !

    Nous allons vivre dix jours extraordinaires. En uniforme, mais non arms, sauf notre sous-officier qui possdait un revolver quil pouvait dissimuler dans sa musette. Nous sommes donc partis plein Sud vitant les routes et recherchant les zones boises. De ces longs, trs longs, kilomtres parcourus, essentiellement la nuit, je ne puis reconstituer le trajet; sauf que nous avons atteint la zone libre Li-moges.

    3

  • Voici quelques unes de nos aventures: En traversant une route, nous sommes surpris par un Allemand, seul, en bicyclette. Il a plus peur que nous et fait demi-tour rapidement. Mais peu aprs, nous entendons des aboiements de chiens et des cris gutturaux. Nous voil donc partis au pas de course, sans aucun arrt jusqu' ne plus entendre nos poursuivants.

    Une autre fois de nuit, un cri, arrte notre colonne : Ver Da ! Nous venons de nous heurter une troupe endormie, couche dans une clairire. Demi-tour rapide, cette fois sans autre consquence !

    Ailleurs, de jour, nous entrons dans une petite ferme isole pour demander un moment de repos labri, car nous sommes encore mouills par une pluie r-cente. La fermire nous dispose des matelas de paille ltage. A peine venons nous darriver ltage quelle vient crier dans lescalier : les Allemands ! Nous voyons en effet arriver dans la cour un side-car de gendarmes Allemands. Heureu-sement ltage, une fentre donne sur larrire de la ferme et les bois ne sont pas loin. Je nai pas souvenir davoir saut dune telle hauteur, a une telle vitesse ! Nous tions dans les bois avant que ne sarrte le bruit du side-car. Enfin vers la fin de notre quipe nous avons pu prendre un petit autocar qui navait comme passager quun sous-officier du Corps Franc de Neuchze qui a combattu a nos cots Saumur! Nous avons donc parcouru la fin de notre trajet confortablement. Ensuite par le train nous avons rejoint lEcole replie Montauban, pour apprendre que les Allemands lavaient laiss sortir de lencerclement ! Au cours dune prise darmes dans la cour du quartier de cavalerie de Mon-tauban jentends citer mon nom Elve Aspirant de Rserve MAURICE , parmi ceux des dcors de la croix de guerre : appartenant une unit prive de moyens de dfense, volontaire pour regagner les lignes avec un Sous Officier, a russi aprs dix jours de marche au cours desquels il a fallu viter les embuscades et essuyer le feu de lennemi Cette citation comporte lattribution de la Croix de Guerre avec toile de bronze.

    Japprends que mon camarade de promo Claude Delatouche, qui fut aussi avec moi Fournes en prpa est sorti indemne des combats de la ferme dAunis prs de Saumur ; et que Paul Pigassou, qui stait vad plus tard de lencerclement tait parmi nous.

    Nous sommes rpartis dans les villages au nord de Montauban et logeons dans les granges, ce fut loccasion dattraper la gale ! Il nous fut demand daller aider faire les moissons de la rgion : Paul Pigassou a emmen trois dentre nous dans lune des proprits de son pre, cest ainsi que je